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Les ordis portables des années 90 étaient tellement mignons.

J’ai remarqué que j’avais assez peu posté sur ce blog cette année. Il y a plusieurs raisons à cela, outre le fait que mon année ait été très chargée. Je compte bien faire revivre ce petit coin, qui tient une place particulière dans mon cœur, au cours des mois à venir. A quel rythme, je l’ignore. Wait and see.

C’est au milieu d’une année pourtant bien pleine de projets que j’ai eu l’idée de me lancer dans le NaNoWriMo (National Novel Writing Month). Il s’agit d’un défi un peu fou, qui a lieu chaque année en novembre, et qui consiste à écrire 50 000 mots en un mois. L’idée, c’est de rédiger une première ébauche de roman, et de booster la quantité plus que la qualité. Le site officiel du NaNoWriMo permet de mettre sa jauge de mots à jour quotidiennement, et de voir où on en est : est-ce qu’on a du retard, est-ce qu’on est toujours dans la course, etc.

Chaque année, plusieurs personnes me demandent via Facebook si je compte faire le NaNoWriMo. Jusqu’à ce mois-ci, ma réponse a toujours été non. Je n’en avais pas le temps, ou pas l’envie, ou pas la motivation. Je me suis toujours dit que je le ferai un jour, « mais pas maintenant ». En cette année 2016, j’ai décidé sur un coup de tête de faire le NaNoWriMo… et je ne le terminerai pas.

Ce n’est pas un aveu d’échec, parce que je considère que cette expérience m’a appris des choses sur moi et mon écriture.

Au moment de commencer le NaNo, j’ai dit à un ami que c’était paradoxal que je me lance dans cette expérience précisément l’année où j’avais le moins de temps pour la faire. Prémonitoire. Dans l’idéal, pour réussir le NaNoWriMo, il faut écrire 1600 mots par jour, ce qui équivaut à trois pages Word et des poussières. Et si vous n’avez pas toujours le temps de les faire… vous pouvez toujours vous rattraper pendant le week-end.

Au quotidien, je vis de ma plume : je suis rédactrice web/journaliste. (Quant à savoir où, petits malins, une simple recherche sur Google vous l’apprendra.) C’est-à-dire que j’écris déjà chaque jour. Je doute fort d’avoir rédigé 50 000 mots pour mon travail à la fin de chaque mois, mais il est clair que je laisse toujours une certaine quantité de texte derrière moi.

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Ceci est un de mes gifs préférés au monde et je me devais de le placer dans cet article.

Parenthèse. Traditionnellement, quand je m’attelle à mes autres projets d’écriture (comme mes pièces de théâtre), je les rédige sur le papier, avant de les corriger et de fixer leur version définitive sur ordinateur. J’ai déjà dit que j’aimais voir la progression d’un texte au stylo, les ratures, les annotations… Mais si j’écris à la main, le soir et le week-end, c’est aussi parce que je fais un rejet des écrans, après les avoir regardés pendant une journée de travail. En semaine, le soir, je vais lire (du papier ou l’écran mat de ma liseuse), écrire (à la main), et éteindre absolument tous mes écrans à 22h. J’admets que mon téléphone portable est parfois – souvent – totalement éteint à 21h. Ça me permet de me recentrer, de me détendre et surtout, de me prouver que je ne dépends pas des écrans. Fin de la parenthèse.

Tout ceci pour expliquer que faire le NaNo était une renonciation à ces habitudes, en quelque sorte. Pour le réussir, il est indispensable de taper son texte sur ordinateur. Ce qui s’est rapidement révélé déplaisant. D’un autre côté, ça m’a permis de constater à quel point j’avais besoin de mon moment sans les écrans, et combien mon rejet d’eux était vivace. (Ce que j’ai tendance à considérer comme un bon signe, en ces temps ultra connectés, où certaines connaissances m’avouent être incapables d’éteindre leur portable pendant la nuit.) Quand on rentre chez soi après une longue journée à écrire, à devoir trouver des idées et à voir du monde, écrire frénétiquement trois pages à l’ordinateur peut être la dernière chose dont on a envie. Ça va sembler épouvantablement girly, mais : écouter son corps, c’est important.

Mais surtout, le NaNo m’a fait prendre conscience d’éléments fondamentaux concernant ma façon d’écrire. Il m’a rappelé que j’ai mes limites, mais il m’a aussi fait découvrir des ressources insoupçonnées. Je ne partais pas de nulle part en commençant le défi : j’avais une trame principale, au moins trois personnages principaux dessinés dans ma tête, et une idée de la structure de l’histoire. Même si j’aime boucler mes projets assez vite, je préfère écrire quand l’inspiration est là, et ne pas me forcer quotidiennement. Si l’envie n’est pas là, ça se débloquera plus tard.

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Excellente idée. Inutile de tourner en rond.

Pendant le NaNoWriMo, j’ai découvert que j’étais parfaitement capable d’inventer chaque jour la suite de mon histoire sous la contrainte – même si, encore une fois, ça n’était pas souvent agréable. Soit j’étais inspirée, soit j’étais motivée par ma maudite fierté à aller jusqu’au bout : toujours est-il que je suis contente de ce que j’ai écrit pendant le temps où j’ai tenu. Je finirai cette histoire, je pense, mais ça prendra plus de temps que prévu, et infiniment plus de soin.

L’enjeu du défi était aussi, pour moi, de savoir si on pouvait faire le NaNo tout en ayant un travail, des projets artistiques et une vie à côté. La réponse est officiellement non, du moins en ce qui me concerne. Ce qui a un côté infiniment rassurant : somme toute, j’ai une existence assez « remplie » pour ne pas avoir le temps de faire le NaNo. Ça n’aurait sans doute pas été le cas il y a quelques années. (Sortez les violons.)

Si on choisit de faire ce défi littéraire, il ne faut se consacrer qu’à ça, et j’ai regretté bien des fois de ne pouvoir dévorer des livres tranquillement le soir, ou de ne me pouvoir me consacrer aux projets d’écriture que je trouvais vraiment importants. En définitive, je n’ai pas exactement perdu mon temps, parce que je tire des leçons de cette courte aventure.

Et pour une fois, je ne vais pas trépigner en songeant que les héros que j’admire le plus auraient, eux, remporté le NaNoWriMo s’ils y avaient été confrontés. Le fait de ne pas le réussir m’a fait prendre conscience de choses très positives. Si certains considèrent cela comme un échec, je l’accepte de bonne grâce.

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Fantin-Latour – Hommage à Delacroix (1864)

Cette histoire est affectueusement dédiée à un cercle de musiciens et d’artistes qui ne compte aucun vampire parmi ses membres.
Je crois.

8 Octobre 1891 :

Suis allée au théâtre voir la dernière mise en scène d’Hamlet au Globe. Acteurs très bien, rôle-titre un peu trop fébrile, peut-être.
Ce style télégraphique ne me sied pas du tout, surtout pour raconter ce qui a suivi la représentation. J’ai été présentée à Oscar Wilde. J’ai eu du mal à conserver mon calme, étant donné l’admiration sans borne que je voue à l’écrivain, mais je crois avoir été très bien. Il me semble que j’ai fait bonne impression – à moins que Wilde n’ait utilisé son sourire amusé pour dissimuler quelque chose. Je lui ai dit que j’étais écrivain, et j’ai mentionné ma dernière nouvelle publiée.

« Dans ce cas, ma chère, vous devez absolument vous rendre demain soir au salon de *** », a-t-il dit.

Il y sera, naturellement. Je suis impatiente !

10 Octobre 1891 :

Je suis rentrée si tard hier que je n’ai pas eu le temps d’écrire mon journal. Disons plutôt que je me suis couchée immédiatement, sans pouvoir dormir tout de suite, cependant.

Je me suis rendue au salon en essayant d’être élégante, espérant avec mes habits modestes que mon esprit ferait le reste. L’endroit était rempli d’écrivains et d’artistes, que j’ai reconnus pour certains d’entre eux. Je connaissais les noms de presque tous les autres. Tous ont déjà une réputation, ne serait-ce que dans le cercle fermé des écrivains. Pendant un instant de pur effroi, je me suis demandé ce que je venais faire ici, mais ma fierté a repris le dessus – une seconde à peine avant que Wilde ne m’aperçoive et ne m’introduise à la compagnie.

Le dîner fut très bon et plaisant. Il y avait deux autres femmes – une actrice fort spirituelle et une danseuse – avec qui j’ai peu parlé, préférant la compagnie de Wilde et d’un jeune homme nommé Aloysius. Je ne sais pas exactement ce qu’il fait – il se dit poète ou musicien à ses heures. Quoi qu’il en soit, sa conversation était délicieuse.

17 Octobre 1891 :

Ai à nouveau été invitée à un dîner hier soir. Cette fois-ci, j’étais la seule femme, mais je me suis sentie beaucoup moins intimidée que la semaine dernière. J’ai toléré les cigares de ces messieurs afin de les suivre au salon après le repas, ce qui les a grandement amusés. Il me semble qu’ils me considèrent comme une égale parmi eux. Du moins, ils ne me regardent jamais avec condescendance, et m’ont fait quelques compliments discrets sur mes histoires.

Aloysius était présent. Il a pu se mettre au piano à la fin de la soirée pour nous jouer un morceau de sa composition, qui nous a tous laissés mélancoliques. Fort heureusement, Mr Rossetti a lancé une plaisanterie qui remis les choses en ordre. Je suis rentrée à une heure très avancée, ce qui était bien audacieux pour une demoiselle respectable. Mais je n’étais pas sans escorte : Aloysius s’est proposé pour jouer les chaperons, un rôle dont il s’est acquitté avec les honneurs.

« Vous avez un étrange prénom. Un joli prénom, lui ai-je dit sur le pas de ma porte. Je suis certaine que vous pourriez faire le sujet d’une excellente histoire.

– La vôtre, par exemple ?

– Peut-être, s’il m’en prenait l’inspiration. Je vous connais suffisamment pour composer un poème, désormais. Pour un roman, il me faudrait davantage. »

Il a paru réfléchir un instant, et ses yeux m’ont fixée comme s’il m’étudiait.

« Eh bien, si vous désirez davantage d’informations, je puis aisément me libérer dans trois soirs. Cela vous convient-il, mademoiselle l’écrivain ? »

Nous avons ensuite convenu d’un lieu et d’un horaire de rendez-vous. Quand il est reparti, j’aurais juré qu’il souriait.

21 Octobre 1891 :

Si les événements continuent ainsi, je vais réellement écrire un roman sur toute cette période, de mon intronisation parmi les écrivains londoniens à mon amitié avec Aloysius. Car je suppose que nous sommes amis, maintenant. Se promener la nuit en parlant de littérature et de la meilleure façon d’accommoder une veste ne peut pas avoir d’autres conséquences.
En fait d’informations, il m’a surtout livré ses impressions de Londres, et une opinion cynique sur l’abrutissement du genre humain en général – du moins dans les limites de l’Angleterre.

« Si le sort de l’humanité est si désespéré, n’est-ce pas à nous autres artistes de transmettre notre goût du savoir en publiant des écrits, en incitant les gens à lire, à aller plus loin que la dernière édition du Times ?

Il a considéré la question. « C’est là un parti pris courageux. Presque une cause perdue, pour ainsi dire. J’ai vécu assez longtemps pour constater que les choses vont en se dégradant. Ceci dit, si vous pensez inverser la tendance…

– Mr Rossetti le croit, et c’est aussi mon opinion. Vous êtes d’un pessimisme ! dis-je en riant. Et vous ne semblez guère âgé que de dix ans de plus que moi, tout au plus, sans indiscrétion. Mais puis-je demander combien de temps vous avez vécu ?

– Largement plus d’un siècle, dit-il le plus sérieusement du monde.

– Si c’était vrai, cela vous aurait donné le temps d’agir contre la décrépitude humaine.

– J’observe, et je jette éventuellement quelques morceaux de piano ici et là. Cela me suffit.

– Je ne suis pas certaine que cela vous suffise.

– Votre optimisme vous perdra, mademoiselle.

– Oh, j’espère bien ! Je ne consomme jamais les émotions à moitié. »

Cette fois, Aloysius a ri franchement. En passant sous un réverbère, je me suis rendue compte qu’il était très pâle. Apparemment, ça n’est pas entièrement dû au contraste causé par ses sempiternels habits noirs. J’espère qu’il ne finira pas comme ces poètes maladifs, mais il ne m’a jamais semblé souffrant. Étrange.

24 Octobre 1891 :

Mon roman est officiellement commencé. J’en ai bâti le plan hier et je me suis lancée, après avoir racheté des réserves d’encre et de papier. Je n’ai divulgué mon intrigue à personne, mais je sais que je ne vais pas pouvoir m’empêcher d’en toucher un mot à Mr Wilde la prochaine fois que je le verrai. Je suis certaine que le sujet l’intéressera.

« Quel en est le sujet ? m’a demandé Aloysius alors que nous sortions de l’opéra.

– Vous et d’autres, ai-je répondu avec un sourire. Ne vous flattez pas trop vite. Disons que vous constituez un motif intéressant. »

Au moment de le quitter, je lui ai serré la main. Elle était très froide. Pour la première fois, plusieurs informations se sont réunies dans ma tête et m’ont fait voir Aloysius sous un jour encore plus intrigant.

« Si vous étiez un vampire, me le diriez-vous, tout en sachant que je garderais le secret ?

– Pas avant que vous ne rédigiez le chapitre dix. Il faut garder un peu de suspense pour vos lecteurs. »

Il m’a quittée sur un salut théâtral. Aloysius semble de bien meilleure humeur, ces jours-ci.

28 Octobre 1891 :

Je pensais avoir fait la découverte du siècle, tout au moins de la semaine : Aloysius est un vampire ! Il s’avère que notre petit cercle d’écrivains élégants et raffinés est déjà au courant. Tout cela est déprimant.
Je n’ai rien révélé, bien entendu : un auteur a glissé une allusion à la condition d’Aloysius d’un air tout à fait détaché, et mon « secret » n’en a subitement plus été un. Orage, désespoir : Aloysius est donc un mystère partagé. Le fait qu’il soit un vampire n’a pas l’air d’affoler ces artistes outre mesure, il le rend simplement plus intéressant.

Au moins ai-je la certitude qu’aucun d’entre eux n’a écrit de roman où il figurait.

30 Octobre 1891 :

« Vous semblez déçue, m’a dit Aloysius.

– Faire des découvertes qui l’ont déjà été a quelque chose de terriblement frustrant.

– Je vous l’accorde, mais vous avez eu le mérite de parvenir à cette conclusion seule. Que les autres aient été au courant avant vous n’y change rien.

– Je suppose qu’aucun de nous ne risque quoi que ce soit en votre compagnie ?

– Absolument rien, je suis navré de le dire. »

Nous entamions tout juste notre promenade du soir et la ville était délicieusement animée. J’ai rarement connu un mois aussi rempli, et je dois avouer que ce n’est pas pour me déplaire. Un roman en cours, et de nouveaux amis dont l’un d’eux s’avère être un vampire tout à fait bien élevé. Je crois que je préfère ne pas tout connaître de ses habitudes, pour le moment. Pas avant de rédiger le chapitre 14.

Fin ?

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Jack White III

J’ai publié de la fiction ici ces derniers temps. Rassurez-vous, je n’oublie pas que ce blog a aussi été fait pour poster des articles en tous genres, même des essais et des élucubrations parfois farfelues – sans compter les interviews.

Période oblige, il me faudrait parler de Jack White. Après tout, Lazaretto, son deuxième album solo, est sorti il y a quelques semaines à peine. Si je n’ai pas encore eu l’occasion d’aller voir le monsieur en concert, je m’amuse à suivre sa tournée (entre autres) en regardant les concerts qui sont retransmis par les festivals où le grand pâlichon passe. Mais j’ai déjà tellement parlé de lui sur ce blog, par exemple ici, ici ou même (et oui, l’histoire de l’inventeur et son élève…) qu’il me semblait redondant de recommencer.

Et puis, ce matin, j’ai lu un essai de William Giraldi dans les transports. L’auteur, professeur de littérature à l’université de Boston, a écrit une non-fiction brillante et non dénuée d’humour sur son obsession pour Jack White, intitulée Jack My Heart. Une obsession qui n’existe plus, comme il l’a expliqué dans une interview, même si Giraldi reste passionné par le musicien. Quant à moi, même si je n’ai jamais repeint ma chambre en rouge et blanc (pas même accroché un poster des White Stripes dans ma chambre !), ce texte m’a amenée à réfléchir. Mine de rien, il évoquait avec justesse des éléments très profonds et je me suis forcément reconnue dans certains aspects, même si les conséquences d’une telle passion ont été différentes pour Giraldi et pour moi.

Lazaretto est un bon album, inutile de le cacher. Peut-être moins bon que Blunderbuss, le premier album solo de Jack White, et je sais que beaucoup ne seront pas de cet avis. Blunderbuss me semble plus uni, plus cohérent que son petit frère, qui a tendance à s’éparpiller un peu. (J’ai ma théorie là-dessus : d’ordinaire, White met quelques semaines à mettre en boîte un album. Lazaretto lui a pris dix-huit mois – assez pour essayer trop de choses et perdre son fil conducteur.)

Il n’empêche. Fidèle à mon habitude, je me suis contentée d’écouter les singles, je n’ai rien téléchargé et je suis allée acheter l’album à la Fnac le lendemain de sa sortie. (La veille était un jour férié.) Comme par hasard, le jour où je rendais mon mémoire de fin d’études. La fin d’une époque, en quelque sorte. En six ans, j’ai grandi, accompli des choses et su ce que je voulais faire. Jack White n’aurait plus le même impact sur moi qu’à dix-sept ans. La passion se serait diluée avec toutes les expériences que j’aurais vécues, tous les disques que j’aurais écoutés et tous les livres que j’aurais lus depuis. Seulement, en rentrant chez moi pour glisser le disque dans le lecteur tout en feuilletant le livret de Lazaretto, la même impression est venue. Celle de retrouver un ami très cher, et disons-le tout net, le maître qui m’a tout appris. We meet again, girl.

Rien ne me prédestinait à ressentir ça. (J’entends déjà une amie me dire : « Tu es dans le déni ». Soit. Je ne m’attendais guère à ressentir ça.) En six ans, j’ai gagné en objectivité, la preuve : Lazaretto a des défauts, je suis la première à le dire. Ces dernières années, il m’est arrivé d’être agacée par White (voire carrément remontée), de désapprouver certains de ses actes et décisions. Et heureusement ! J’étais sortie de ma phase d’adoration première pour avoir plus de recul. Ainsi, je m’étais affranchie, pensais-je. Blunderbuss m’avait beaucoup touchée, mais en 2014 Lazaretto trouverait une jeune femme sûre d’elle et un brin cynique, qui saluerait Jack d’un signe de la main, passerait de précieux moments avec lui avant de retourner à ses occupations.

J’ai écouté l’album un grand nombre de fois, et je l’écoute toujours. On fait tous ça avec les disques qu’on aime, pas vrai ? S’en imprégner pour déclarer à la fin : « Oui, je l’ai bien écouté, je peux te dire ce que j’en pense ». Je fais toujours ça avec les albums que j’apprécie. (En ce moment, je suis dans une période Nine Inch Nails et dire le nombre de fois où j’ai passé Year Zero m’est impossible.) J’aime écouter les différents instruments, connaître les paroles, repasser en boucle certains morceaux. Cela dit, lorsque j’ai commencé à lire les interviews de Jack White qui sortaient, à acheter certains journaux anglo-saxons dont il faisait la couverture et à repartir à la recherche des œuvres qu’il citait, il a fallu me rendre à l’évidence.

Le bougre faisait son grand retour dans ma vie.

Damn.

En fait, il me rappelait surtout qu’il n’était jamais parti. Ce qui m’a jetée dans une grande phase d’interrogations et, finalement, poussée à écrire cet article. La question que je me pose, la voici : dans quelle mesure Jack White a-t-il déterminé ce que je suis devenue ? Plus largement, à quel point un artiste peut-il influencer ce que l’on devient ?

A la fin de son essai, William Giraldi écrit que l’on devient obsédé par un artiste parce qu’on veut lui ressembler et qu’on envie ses capacités. On finit ensuite par trouver sa propre voie, et l’obsession n’a plus de raison d’être :

Artists obsess over other artists, over the masters, because we want to be them, want their aptitude and cunning and force in the world. We want to touch our targets of veneration because we’d like to filch pocketfuls of their godliness with the wish of becoming gods ourselves. We obsess over what is doled to us in pieces but denied to us in total, but only until we gain the daring to achieve our own brand of mastery.

Soit. Agreed. Pourtant, le lien que je ressens pour Jack White et sa musique est toujours aussi fort qu’avant, alors que je le croyais atténué. Même si, précisément, j’ai trouvé ma voie. Pourquoi ?

Revenons au commencement. A 17 ans, j’entends pour la première fois l’album des Raconteurs Consolers of the Lonely chez moi, et je suis instantanément captivée. Je connaissais Jack White de réputation, mais je n’avais jamais accroché au peu de chansons White Stripes que j’avais entendues. Je ne sais pas ce qui s’est passé ce jour-là, mais je me souviens très exactement de la phrase que j’ai prononcée, dans un état d’euphorie inconnu : « Je savais bien que Jack White arriverait à la maison ! ». Six ans plus tard, je ne me l’explique toujours pas. Dans la foulée, je suis allée à la médiathèque la plus proche pour emprunter Get Behind Me Satan, dont la pochette me faisait de l’œil depuis sa sortie. (Par la suite, je me suis procuré toute la discographie de Jack White en un temps record.) Je place le disque dans le lecteur. Et à My Doorbell, c’est le début de la fin : j’ai envie de monter un groupe et de faire des chansons.

Forever For Her (Is Over For Me) me motive comme jamais :

Well, let’s do it, let’s get on a plane and just do it
Like the birds and the bees and get to it
Just get out of town and forever be free

Quant à As Ugly As I Seem, c’est la chanson que j’attendais depuis toujours. Elle est encore aujourd’hui ma chanson favorite. C’était le début. J’avais 17 ans, j’étais jeune – et fort impressionnable –, mais j’étais loin de prévoir les conséquences qu’aurait Jack White sur mon existence. Je me suis mise à emprunter tous les albums qu’il citait en interview, et c’est ainsi que j’ai fait mon éducation musicale. Grâce à lui, j’ai découvert le blues des années 30, le garage rock et le cinéma d’Orson Welles, pour ne citer que ça. J’ai lu des choses que je n’aurais jamais lues autrement, sur tous les sujets, parce que notre homme est polymathe, évidemment. Aller lire ou regarder ce que des artistes que j’aime citent est une méthode que j’utilise encore – bien pratique lorsqu’on est à cours d’idées.

Pour les Dead Weather, il a aussi décoré sa batterie avec l’image des trois épouses de Dracula dans la version de Tod Browning (1931).

L’année suivante, je suis entrée à l’université et j’ai fondé mon premier groupe, Tinker Bell, avec une amie. (Qui s’appelait Meg. Je la connaissais bien avant les White Stripes, voyons cela comme une heureuse coïncidence. Ajoutons à cela qu’elle a le même caractère que l’illustre batteuse, que je suis pâle avec des cheveux sombres et bouclés et que je parle beaucoup. Vous voyez le truc.) A l’exception d’un mini concert improvisé à la fac cette année-là, le groupe n’a jamais dépassé les frontières de notre appartement. Il nous reste quelques enregistrements bricolés avec les moyens du bord. La même année, après un an de panne d’écriture, je me suis remise à griffonner, inspirée par la musique de Jack White. D’abord un conte gothique, des petites histoires, puis mon premier roman, Clothilde & Adhémar, qui a été publié aux éditions La Bouquinerie en Décembre 2010. L’histoire se déroule au Moyen-Age. Un jeune homme dont on ignore tout, Adhémar, arrive un jour dans un château. Deux personnages en particulier gravitent autour de lui : un chevalier, Enguerrand, qui le prend en amitié tout en décidant de percer son secret, et la dame des lieux, Clothilde, qui se retrouve envoûtée par Adhémar. C’est une histoire très sombre, où les passions des différents personnages ont des conséquences dramatiques. Le héros était en grande partie inspiré par… Jack White, eh oui. Je me souviens avoir fait tourner en boucle Blue Veins en rédigeant le dernier chapitre. Au début du livre, j’ai mis deux citations, une d’Oscar Wilde et une des Dead Weather, extraite de Will There Be Enough Water. White et Wilde figurent tous deux dans mes remerciements. (Qui sont bien trop débordants et sentimentaux, mais j’étais jeune, encore une fois.)

Ma première phase est passée, et je me suis intéressée à d’autres groupes. Black Rebel Motorcycle Club a aussi eu son importance. Moindre que celle de White, mais une importance qui se manifeste toujours. Rétrospectivement, c’est Jack White qui a provoqué ma passion pour la musique, mon envie d’écrire dessus et de rencontrer des musiciens, ce que j’ai commencé à faire ici et là, pour des blogs… Je sais aussi que je tiens de lui mon éthique de travail : j’aime faire les choses vite et bien. Si je suis impliquée dans un projet, j’aime m’y plonger immédiatement, me concentrer dessus et le réaliser le plus vite possible. Si un projet ne me captive pas tout de suite, ça ne vaut pas le coup. (C’est particulièrement vrai pour les chansons que je bricole : celles que je mets du temps à finir sont systématiquement inutiles et ennuyeuses.) L’écriture de mon premier roman m’a pris trois mois. Celle du roman-feuilleton publié deux ans plus tard pour un quotidien pour lequel je travaillais, quelques semaines. Même chose pour les articles que j’ai publié l’an dernier sur les symboles et l’esthétique de Jack White pour le site Whitestripes.fr : je n’ai fait que ça pendant des jours dès l’instant où on me les a commandés. (Résultat, j’ai appris qu’ils avaient été utilisés pour une thèse – s’il savait.)

Bref, de l’eau a coulé sous les ponts. On arrive en 2014. Six ans plus tard, j’ai déménagé. Je continue toujours à écrire, bien sûr, mais davantage pour le journalisme, ces derniers temps. J’ai publié des articles sur le webzine MIIY, pour qui j’ai interviewé des musiciens. J’ai aussi eu la chance immense de participer à des projets artistiques, comme une adaptation sixties des Femmes Savantes pour le théâtre où j’ai chanté et joué, ou le doublage d’un court-métrage. J’ai aussi fondé un nouveau groupe, The Venetian Sisterhood, avec qui j’ai enregistré des démos en studio la semaine dernière. Et là, c’est le drame. Entendons-nous bien : ce qu’on fait n’a rien à voir avec Jack White. C’est une musique gothique, avec des influences médiévales parfois et, bon. Mais quand je me suis retrouvée dans le studio, je me suis rendue compte que la façon dont je concevais la musique n’était pas si différente de celle d’un grand pâlichon hirsute. La jeune femme qui chante et écrit dans ce groupe avec moi m’a d’ailleurs taquinée sur ma manie de vouloir conserver certains accidents sur l’enregistrement, ou mon émerveillement face à l’idée de mettre trois voix dans le refrain – au lieu des deux initialement prévues.

Plutôt que de m’enfermer dans ma chambre et de tourner en rond en me posant des questions, je préfère écrire. Récemment, je me suis demandée si j’avais voulu devenir journaliste juste pour avoir la chance de rencontrer Jack White un jour. Je ne le pense pas. Ça a dû motiver mon choix, bien sûr, mais ce n’est pas la raison principale. J’aime écrire depuis toujours, et rencontrer toutes sortes de gens – voilà les raisons. Et si j’ai la chance de pouvoir rencontrer des musiciens et d’écrire sur eux, comme ça a été le cas cette année avec Lauren Housley et The Legendary Tigerman, alors je suis très heureuse de cet accomplissement. Il suffit juste de passer à l’étape suivante. Celle du dessus. Peut-être rencontrer le Maître un jour – et je sais exactement quel genre de questions je voudrais lui poser.

Est-ce que Jack White est responsable de la façon dont je travaille, d’une certaine vision que j’ai du monde, de mon envie de faire le plus de choses possible ? En grande partie. Si je me tourne vers les six années écoulées depuis que les premières notes de l’album des Raconteurs ont résonné dans mes oreilles, je me dis que je ne m’en suis pas si mal tirée. J’ai raconté une petite partie de ce qui m’est arrivé grâce à (ou à cause de) Jack dans cet article. Je pense encore à plein d’autres choses qui ne seraient pas survenues sans lui, aux gens que je n’aurais jamais rencontrés. La sortie de Lazaretto les a ravivées, et m’a aussi rappelé toutes les choses qui me restaient à faire avant de saluer la Grande Faucheuse. Merci Jack White ?

Avec de la chance, je pourrais peut-être le lui dire en personne, un jour. Après tout, une élève se doit de remercier celui qui l’a formée.

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Pour Alexandra Bourdin.
Sa robe était rouge sang.
A bien y réfléchir, c’était la première fois que Dante Gabriel la voyait porter une robe de couleur. Les fois – les rares fois – où il l’avait rencontrée auparavant, elle portait des robes ténébreuses, noires ou bleues, mais d’un bleu si sombre qu’il reflétait le ciel nocturne.
Cela la rendait presque plus inquiétante, en définitive – la robe rouge qui tranchait sur sa gorge blanche et ses cheveux sombres, comme toujours lâchés. Par paresse ou rébellion, elle détestait les attacher. Il n’avait pas encore fixé la question. Sans doute un peu des deux.

Il songea à l’étrange façon dont leur relation s’était nouée, il y avait quelques semaines de cela. Elle était venue dans son atelier et il avait peint un portrait d’elle, cependant qu’elle écrivait sur une page blanche ce qu’il découvrit être un portrait écrit de lui. Elle le lui avait offert avec un sourire, disant que, si par le plus grand des hasards il pouvait lui en fournir la copie, elle en serait fort aise.

C’était cela, plus que leur rencontre dans une obscure taverne londonienne, qui avait scellé leur… amitié ? Car au fond, il n’y avait certainement rien de plus.

Deux ou trois semaines auparavant, ils s’étaient vus dans ce lieu fort peu raffiné. Dante Gabriel le trouvait idéal pour y chercher l’inspiration, l’oubli et, souvent, des modèles parmi les filles qui le hantaient.

Lillian Henshaw était entrée, elle l’avait vu immédiatement. Elle était peut-être à sa recherche. Elle n’était connue que dans un certain cercle d’artistes mais il avait eu l’occasion d’avoir une ou deux de ses nouvelles sous la main. Elle admirait ses toiles et le lui dit.

Ils savaient tous deux que la soirée n’allait pas se terminer en conversation conventionnelle sur l’art. En moins d’une demi-heure, ils avaient quitté l’endroit et il l’avait entraînée dans son atelier.
Dante Gabriel séduisait les femmes. Beaucoup trop, jusqu’à l’excès. Il avait cependant rarement l’occasion d’être séduit par elles.
Seulement Lillian le voulait, et elle l’avait eu.

Excepté cette nuit, la première, ils n’avaient jamais été amants. Ou alors, c’étaient des amants d’une étrange sorte… Une relation basée sur l’art. Ils en parlaient souvent.
Une nuit, il l’avait emmenée sur les quais beaux et sordides de l’East End.

« Tous mes amis ou amants m’entraînent ici à un moment ou un autre, avait soupiré Lillian. Je n’ai presque jamais vu un paysage dans tes toiles. Seulement des dames médiévales. Alors pourquoi venir ici ? Londres, l’East End, la Tamise ?

– Cela m’inspire.

– Pourquoi ?

– Peindre de ténébreuses dames. »

Il l’avait regardée avec le sourire moqueur avec lequel il regardait le monde entier, semblait-il. Ce n’était qu’un masque et elle le savait : elle en portait un sensiblement identique. Mais elle l’ôtait parfois, dans son atelier.

Dante Gabriel et Lillian étaient tous deux amoureux, et ce n’était pas l’un de l’autre. Chacun portait en lui une passion qui les déchirait, et qui luttait contre leur nature impétueuse.

Ils ne pouvaient s’empêcher d’être constamment séduits par la beauté, l’art et l’intelligence qu’ils rencontraient sur leur chemin. Ce qui avait amené l’épouse de Dante Gabriel à se tuer, il n’y avait pas si longtemps.
Lillian était aimée d’un individu bien particulier qu’elle ne pouvait s’empêcher de fuir. Elle ne supportait pas la stagnation et était captivée, sans cesse, par d’autres qui croisaient son chemin.

« Je suis d’un égoïsme fou, avait-elle dit une fois. Je sais, je sais qu’il m’attend, je le sais. Et pourtant je suis là, ce soir. Et je ne lui reviendrai pas tout de suite. Je suis d’une nature… diabolique, peut-être ? Je ne peux contrôler cela. »

Le visage de Dante Gabriel était devenu sombre, et nul n’aurait alors voulu savoir ce qui se tramait dans son esprit. Son épouse s’était empoisonnée avec du laudanum. Et pourtant, même après sa mort, il n’avait pas changé. Il restait le même, toujours, succombant à la beauté des modèles qui croisaient sa route.

Mais ce soir-là, Lillian était différente. Vêtue de sa robe rouge sang, elle semblait tranquillement résignée. Ils devaient sortir ce soir-là, dans le centre animé de Londres.
Elle venait de lire une histoire publiée sur un journal presque indigne de ce nom, qu’elle avait acheté pour quelques cents. Une histoire d’apocalypse, mal écrite et baroque comme elle adorait en lire de temps en temps – un goût commun avec Dante Gabriel.

« Si la fin du monde avait vraiment lieu, je voudrais la passer avec toi. » Elle était près de lui, les doigts posés sur le velours vert de la veste du peintre, et sa voix n’était plus qu’un murmure. « J’ignore s’il y a un Paradis et je ne crois pas à l’Enfer. Au moins, j’aurais une âme également damnée pour m’accompagner, si tu le permets. »

Il l’avait embrassée, mais c’était le baiser reconnaissant de celui qui découvre son semblable.

Ils marchèrent jusqu’à l’Hôtel Royal. En d’autres circonstances, Lillian se serait attardée pour observer l’animation et la Lune, presque irréelle, dont le croissant parfait se faisait voir au-dessus d’eux.

« I have been there before, but when or how I cannot tell », murmura la jeune femme.

Elle s’était arrêtée en face du bâtiment, probablement plein à cette heure.

« J’ai écrit cela, affirma calmement Dante Gabriel, debout à ses côtés.

– Je le sais ! Mon peintre-poète préféré. » Elle redevint subitement sérieuse. « Il va nous attendre. Rentrons. »

Elle poussa la porte et tous deux traversèrent le hall, puis le salon enfumé – une association de gentlemen se réunissait ordinairement à cette heure – pour prendre un escalier qui les mena au troisième étage. La porte de la chambre était entrebâillée. Lillian la poussa sans hésitation et entra.

Sherlock Holmes se tenait dans l’encadrement de la fenêtre. Il se retourna en les entendant entrer.

« Bonsoir, Lillian… et Dante Gabriel Rossetti, si je ne m’abuse ?

– Lui-même, répondit le peintre.

– Je vois nettement pourquoi elle vous a trouvé. Mais nous n’allons pas nous porter coups et blessures mortelles ce soir, ajouta-t-il d’un ton insouciant. Nous sommes là pour une affaire des plus ténébreuses. J’ai oui dire qu’en plus de vos talents de peintre et de poète, vous aviez un certain penchant pour… les sciences occultes. Il y en a des traces sur vos toiles.

– C’est une plaisanterie esthétique, souffla Lillian avec un sourire.

– Insinueriez-vous que notre homme fait de l’esbroufe, miss Henshaw ?

– Pas du tout, monsieur Holmes. Dante Gabriel a effectivement un savoir immense en la matière, mais cette passion sert également son aura. »

L’artiste se tourna vers Lillian, à la fois interloqué, amusé et légèrement furieux.

« J’ai une affaire à vous proposer », annonça Holmes. Il fixa un instant Dante Gabriel en plissant les yeux. « Votre aide pourra m’être utile.

Nous être utile », rectifia Lillian.

Holmes eut un bref sourire à l’adresse de la jeune femme – presque malgré lui, remarqua Dante Gabriel. Il lui expliqua rapidement la situation. Ils devaient se rendre à Venise. Ce fut bref, concis mais non dénué de style, et lorsque le peintre donna son accord, le détective parut à peine surpris.
Lillian, quant à elle, souriait en les observant. C’était un sourire de triomphe, mais elle le cachait assez habilement.
Finalement, Dante Gabriel fut sommé par Holmes de quitter la pièce pendant un instant. Ce que la jeune femme et lui se dirent, le peintre ne le sut jamais, et le sourire de Lillian lorsqu’elle sortit de la pièce ne l’informa pas plus sur ce sujet.

« Je comprends pourquoi tu l’aimes et pourquoi tu le fuis, dit-il.

– Oui, répondit-elle. Tout comme je comprends tes raisons.

– A cette différence près… »

Dante Gabriel s’arrêta dans l’escalier qu’ils descendaient, regarda Lillian et posa une main sur ses cheveux.

« …Que Holmes est en vie. Mon épouse est morte.

– Je lui reviendrai et il le sait, affirma Lillian. Et si l’un de nous deux doit mourir, crois-moi, ce ne sera pas lui. »

Sans laisser à Dante Gabriel le temps de lui répondre, la jeune femme l’entraîna vers la sortie de l’Hôtel Royal. Une fois revenue dans la rue, son visage changea. L’air de la nuit parut l’enivrer et elle rit.

« Quelque chose me dit que ce que Holmes t’a confié va faire naître des toiles et des poèmes magnifiques. En attendant, je suis avec toi, ce soir.  »

Elle se tourna vers lui, saisit le visage de Dante Gabriel entre ses mains et l’embrassa sur le front.

« Ce n’est pas encore la fin du monde et je veux voir tout ce qu’il a à m’offrir. »

Fin

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