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Archive for July, 2013

J’ai souvent parlé à mes amis des maisons où je rêverais d’habiter – il m’est même arrivé d’en poster des photos sur ma page fb –, mais réflexion faite, ça peut faire un excellent petit article pour ce blog.
Il fera plaisir à vos yeux et, qui sait, vous redonnera peut-être envie de découvrir ces maisons/châteaux/souterrains si vous ne les connaissez pas déjà. A l’heure de partir en vacances, voici les cinq où j’irais bien m’isoler pendant Juillet-Août.

1 Thornfield Hall (Jane Eyre, Susanna White, 2006) :

Le château d’Edward Fairfax Rochester se place naturellement en tête de liste. Il est parfois difficile de parler simplement des choses qu’on aime. Solennellement, je peux dire que j’apprécie le manoir pour sa beauté. C’est une grande bâtisse de pierre, avec un immense jardin, une rivière juste à ses pieds – et en été, le paysage devient tout à fait charmant. A l’intérieur, il y a de grands couloirs, de larges escaliers en marbre, d’autres en spirale, de grandes salles idéales pour les réceptions. Tout cela est montré dans la série Jane Eyre. (Produite par la BBC en 2006, largement évoquée ici. Les quatre épisodes d’une heure sont sur youtube en version originale. C’est ma série préférée, et je la recommanderai toujours.)

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Sans oublier le bureau du maître des lieux, Edward Rochester himself. Une pièce protégée de la lumière par ses vitraux, pleine de livres, de cartes et d’objets insolites. Rochester a voyagé, est élégant et d’un naturel curieux. Son bureau reflète magnifiquement son caractère. Si j’avais besoin d’un havre, je saurais où aller : à Thornfield, sans hésitation.

2 Le manoir de la famille Addams (Les Valeurs de la famille Addams, Barry Sonnenfeld, 1993) :

Est-il vraiment besoin de m’expliquer ? Le manoir des Addams est beau. Le manoir des Addams a des portes qui grincent et une jolie véranda. Le manoir des Addams a une galerie souterraine digne du Fantôme de l’Opéra. J’ai aussi l’impression qu’il fait toujours gris chez eux, et si par malheur le soleil pointait le bout de son nez, ils ne m’en voudraient pas de ne pas sortir, bien au contraire. (Non, l’été n’a pas été inventé pour moi.) Pouvoir discuter avec Mercredi des meilleures techniques de meurtre, disputer une partie de lancer de couteau contre Gomez ou faire des potions bizarres avec la grand-mère me plairait beaucoup. J’ai toujours vu les Addams comme une famille d’adoption idéale, et ce n’est pas pour rien que leur portrait en noir et blanc est accroché depuis des années dans ma chambre d’étudiante.

3 La Galerie des Ombres (V pour Vendetta, James McTeigue, 2006) :

Le maître des lieux vous salue.

V pour Vendetta de James McTeigue est un de mes films favoris depuis que je l’ai vu à sa sortie au cinéma en 2006. J’ai particulièrement apprécié son héros, ses tirades shakespeariennes, ses dagues et… sa maison. Je pense que tout amoureux de l’Art et de la Beauté s’y sentirait comme chez lui. La maison de V, en plus d’être souterraine (pas de bronzage là non plus), est une succession de pièces à colonnes, ornées d’arcades et de portes en bois massif. Sobrement baptisée la Galerie des Ombres (the Shadow Gallery en vo) par son propriétaire, on y trouve des pièces remplies de livres jusqu’au plafond, de vieux miroirs ornés de citations de Faust et un jukebox contenant 872 chansons. La maison est décorée par des tableaux de toutes époques, des sculptures et des couvertures de comics qui en font un paradis.

 

Alors oui, je serais ravie de passer quelques jours là-bas, de pouvoir contempler de mes yeux la Lady of Shalott de Waterhouse, d’écouter du jazz (et pourquoi pas danser sur Cry Me A River de Julie London) et dévorer les œufs que V me fera au petit déjeuner.

4 Erebor (The Hobbit, Peter Jackson, 2012) :

La scène d’ouverture du Hobbit m’a subjuguée, et je n’ai pu que déplorer sa brièveté. ” Faites-la durer un peu, que j’en voie plus ! ” Indépendamment de cela, je savais au terme du film qu’Erebor était à ranger dans les résidences d’été idéales : c’est magnifique, immense – pour les explorations des premiers jours, voire semaines, le programme sera rempli –, et à l’abri de la lumière. De plus, la nourriture promet d’être excellente, puisque les nains sont des fondus de beefsteak. (Je viens de rire à la pensée d’un barbecue avec Thorin et ses potes.) Erebor, j’arrive.

5 La Stark Villa (Iron Man 1, 2, et 3, Jon Favreau  en 2008/2010 et Shane Black en 2013) :

La villa d’Anthony Edward Stark, alias Tony Stark, alias Iron Man, tranche sévèrement avec les autres demeures que j’ai montrées. Cependant, je ne pouvais décemment finir ce classement sans l’ajouter. Elle est idéalement située : sur une falaise au bord de la mer, juste en bordure d’une grande métropole – je commence à parler comme un agent immobilier. J’ai déjà expliqué l’attrait des hologrammes de Stark. Inutile de dire que si je pouvais passer des heures à les manipuler afin de mettre mes idées en forme, j’en serais ravie. Et il y a JARVIS, bien sûr.

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J’aime bien le salon avec la baie vitrée, la chambre aussi. Et bien entendu, je n’ai pu m’empêcher de remarquer plusieurs instruments de musique dispersés dans la villa. Si Anthony se met au piano pour jouer du jazz, je ne dirais pas non. Pour ces raisons et bien d’autres, j’estime que la villa de Stark a parfaitement sa place ici.

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Saint Jean-Baptiste – Le Caravage (1603-1604)

La première chose fut de rejeter les drogues dont ils avaient rempli mes poumons. Je toussai. Puis j’ouvris les yeux. L’éclairage était tamisé. Accueil délicat pour celui qui revenait des Enfers, où l’obscurité occupait toute chose. Mes yeux se réhabitueraient, sans doute. Mes membres étaient raides et froids. Je fis bouger mes doigts avec difficulté. Ils étaient blancs, comme de l’ivoire poli, et je sus bientôt que tout mon corps était parfaitement conservé.

Pourquoi m’avoir embaumé et me faire revenir ? La lumière ne m’intéressait plus. J’avais trouvé dans les ténèbres des aventures autrement plus passionnantes que celles qui m’étaient réservées ici. Je savais ce qui m’y attendait : si nous autres âmes damnées ne revenons pas sur Terre, c’est que nous avons nos raisons. Que m’attendait-il ici ? J’avais laissé un fils à la comtesse Almaviva – une erreur impardonnable qui a, je crois, précipité ma chute dans l’Ombre. Elle l’a appelé Léon. Peut-on imaginer pire ? Figaro et Suzanne ne sont plus que de pâles reflets de ce qu’ils étaient jadis. Fi de l’impertinence qui les animait ! J’ai vu, de là où je me trouvais, des bourgeois conventionnels.

Je soupçonne la comtesse de m’avoir ramené à la vie. Une aristocrate qui m’aura réveillé par ennui, pour se trouver face à un court mystère, un frisson qui ne durera pas. C’est la raison qui l’a amenée à réanimer ces membres roides, conservés alors qu’ils étaient jeunes encore, bien plus que le noble élan de s’attacher à une ultime solution afin de sauver sa famille des disputes qui la morcellent. Morbide, ma comtesse, funèbre ! Et tellement stupide…

Eh bien, je n’obéirai pas. Ces doigts pâles et ces paupières seront les seules choses que vous aurez vu bouger, Madame, tandis que je les referme sous vos regards faussement affolés.

Rendez-moi mes ténèbres ! Voici que je retourne parmi mes compagnons infernaux.

Nos jeux ne vous concernent pas et je mène un voyage dont je tairai le nom. Allons, ne soyez pas si triste, Madame, vous m’y rejoindrez bientôt !

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Hesiode et la Muse – Gustave Moreau (1891)

[Une fois n’est pas coutume, cet article sera un peu particulier puisqu’il a été écrit pour répondre à défi. Alexandra est une amie de longue date qui écrit, est passionnée de romans, de séries de la BBC et de héros intéressants. Elle tient l’un des blogs que je préfère, La Bouteille à la mer : courez-y et lisez ses billets. Le seul problème étant, je vous avertis d’entrée, que vous aurez envie de découvrir tout ce dont elle parle, car la gente dame sait diablement donner envie. (Le blog a également le mérite d’être très beau à regarder…) C’est grâce à elle que j’ai découvert Guy de Gisborne, auquel j’ai consacré deux essais et le conte publié cette semaine sur ce blog, L’hymen maudit. Ça veut tout dire, je crois. Un beau jour, j’ai posté une citation d’Anne Rice sur le mur facebook de mon amie, et elle a presque aussitôt  lancé l’idée d’écrire un texte à partir de cet extrait. Un défi, soit ! Mission acceptée. Alexandra a rédigé une très belle nouvelle néo-victorienne, The Gipsy Gentleman, avec des personnages qu’il me tarde de retrouver sous sa plume. Cette histoire m’a ravie et troublée à la fois, et je vous invite à la découvrir. La demoiselle touche juste.
Quant à moi, j’ai écrit la courte nouvelle poétique qui suit. J’espère que son ange noir vous plaira…]

“I love you still, that’s the torment of it. Who will take care of me, my love, my dark angel, when you are gone?”
– Anne Rice, Interview with the vampire –

ENLUMINURES

J’ai inventé des litanies, créé des phrases au hasard. J’ai dansé, chanté des vers, tout le temps, sans arrêt. Et pourtant, cela me semble toujours vain. Comment parler de ce que je ressens si tout a été fait ? J’ai cherché dans les livres. J’ai vu ce que Miss Browning disait et je l’ai pris à cœur. Il me semblait que cela résumait parfaitement mon humeur. How do I love thee ? demandait-elle d’une voix douce, presque timide, cependant que la question faisait écho dans mon esprit.

J’ai marché dans les rues et la seule chose qui me venait à l’esprit étaient des noms, lancés au hasard. Comment mon invocation peut-elle fonctionner si elle ressemble à toutes les autres ? J’ai regardé les étendues d’herbe, j’ai cherché une réponse dans les fleurs sauvages ou domestiquées que j’ai pu croiser. J’ai même tenté de percevoir une réponse dans les rayons du soleil qui me brûlaient le visage – sacrifice ultime. Rien !

La réponse la plus immédiate fut : la fiction. Par une histoire je pouvais montrer, peut-être, ce que je ressentais. Tout déguiser. Du papier, de l’encre, et advienne que pourra. De toute évidence, le monde entier sait ce que tu ressens – ça n’est un secret pour personne. Ils n’ont qu’à regarder ta figure et écouter les paroles que tu chantes, voir les tableaux nouvellement accrochés dans les couloirs de la maison, en remplacement des anciens placés au grenier.

Je passai des nuits à violer la blancheur de feuilles qui n’avaient rien demandé. Ou qui ne demandaient que ça, je l’ignore. Je dessinai une lettrine au début de chaque chapitre que je colorai avec des poudres trempées dans l’eau, récupérées ici et là. Des oiseaux, des feuilles, des plantes joliment vénéneuses. Le travail fini, je vis que j’avais créé une belle chose. Juste pour dissimuler – trop mal – les sentiments qui y étaient déversés. Il en découvrirait donc l’ampleur, s’il ne la soupçonnait pas déjà. Après tout, ne me laissait-il pas le voir chaque soir ?

Il était temps de lui remettre la chose, pensai-je. Il faut qu’il sache, que cela scelle ma perte ou non. De toute façon, il pouvait partir d’un moment à l’autre. L’ennui de s’attacher à un être sans attache. Cela dit, s’il partait irrémédiablement, j’étais toujours libre, moi aussi, de renoncer à toute forme d’attachement. Je pouvais me jeter du haut de ma fenêtre et offrir un sublime martyre à ces temps troublés. Pourquoi pas ?

Le rouleau en main, je partis le trouver. Les pages enluminées glissèrent l’une après l’autre de ses mains au fur et à mesure que ses yeux faisaient sien chaque mot. Il avait compris, évidemment. Il ne parut pas le moins du monde effrayé par ce qu’il avait lu – s’il l’était, le masque était parfait. Ou peut-être avait-il l’habitude de causer cet effet. D’autres avaient certainement succombé avant moi. Après tout, son visage était celui d’un ange, un ange noir… Il m’annonça qu’il partait. A cause de mes écrits ? Non. Il partait, tout simplement. D’autres avaient certainement succombé avant moi et, ne supportant pas son départ, avaient eu recours à un expédient pour se défaire de tout attachement ?

Je lui posai la question. Il n’en avait jamais eu connaissance. Il fixa sur moi des yeux limpides. Comment allais-je faire, moi, sans mon ange des ténèbres, lui demandai-je ? Comment pourrais-je apprendre et voir ? Je perdrais la raison. Je me perdrais tout court. Et plutôt que de vivre cela, lui dis-je, je préférais encore me soustraire à ce monde à l’instant où il aurait quitté les lieux.

J’avais un amour pour lui qui était beaucoup trop grand, ajoutai-je en tordant dans mes mains des pans de ma robe. Je ne savais pas… et je tournais la tête de tous côtés. Enfin, il avait bien vu, n’est-ce pas ? Il pouvait parfaitement concevoir, comme une fin possible, envisageable, que je veuille me défenestrer après son départ ?

Il était fort impoli de ma part de l’interrompre, dit-il. Je l’avais coupé d’une façon fort impétueuse. Il partait et désirait que je l’accompagne, me dit l’ange noir. Si, cependant, je désirais le laisser aller seul et me défenestrer, il n’y verrait pas d’objection. Il lui suffirait simplement de s’acheter un poison dans le pays où il arriverait afin de rejoindre la destination où je l’aurais précédé séance tenante.

Laquelle de ces solutions m’agréait ? Il me regardait toujours de ses yeux ressemblant à deux onyx. Il me fallut le temps de la réflexion. La première me semblait, je crois, la plus engageante : je le suivrais. Cela dit, si cette issue s’avérait insatisfaisante, libre à nous d’opter pour la seconde, n’est-ce pas ?

L’ange noir roula mes feuilles enluminées et les pressa un moment contre ses lèvres. Absolument, mon amour, absolument. Il est si facile de se soustraire au monde. Et que deviendrai-je, quant à moi, si vous décidez de partir ?

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