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Archive for March, 2013

 

Quand on a visité les Enfers, on n’est que trop heureux d’en revenir afin de raconter à ses amis à quoi ressemblaient le Styx et les Champs Élysées.

En l’occurrence, l’endroit où je me suis rendue était assez proche de l’idée qu’on peut se faire de l’Enfer, avec ses âmes perdues, ses meurtriers, ses engins de torture et… Bref. Le tout prenant l’aspect d’un cabinet de curiosités du XIXème siècle.

Le musée d’anatomie de Lyon, ni plus ni moins. Un endroit difficilement trouvable et peu connu, apparemment, ce qui n’a rien d’étonnant quand on sait qu’il est situé dans l’une des ailes de la lugubre université de médecine de Lyon 1. (Et lugubre, elle l’est, je vous prie de le croire : je me suis perdue dans ses couloirs avant de parvenir à trouver mon chemin, un jour où les secrétariats étaient fermés et où les étudiants eux-mêmes ignoraient l’existence dudit musée. Un petit frisson préparatoire, en somme.)
Une fois les escaliers grimpés, j’ai finalement poussé la porte du musée Testut Latarjet. Il n’est pas très grand, mais on peut y passer beaucoup de temps. Il y a énormément de choses à y voir.
Dès lors, vous mettez une barrière entre vous et le reste du monde et vous observez tout avec un œil scientifique. A savoir : « La nature peut donc causer cette malformation ! C’est absolument fascinant. » C’est ça ou vous laisser submerger par les atrocités qui vont défiler sous vos yeux.
Quoiqu’il en soit, si j’en suis ressortie indemne, je gage que ce lieu n’est pas à recommander à tout le monde.

Commençons par le commencement. Étant gauchère, j’ai commencé par regarder les vitrines de gauche, qui sont les plus curieuses. Elles contiennent en effet des monstres, terme on ne peut plus médical pour désigner des bébés nés avec des malformations hors du commun. Concrètement, ce sont des bébés enfermés dans des bocaux de formol. Il y en a des dizaines et je vous garantis que vous ne pouvez pas imaginer ce qui peut exister. A moins d’avoir déjà été confronté à une telle expérience. J’ai vu des bébés sirènes, un bébé à deux têtes et des bébés cyclopes.
(La question qui se pose désormais étant : la mythologie n’a-t-elle donc rien inventé ?)

Si on a posé la barrière dont j’ai parlé précédemment et qu’on observe tout cela avec calme, cela peut réellement s’avérer intéressant. Sans pour autant devenir une fascination malsaine. Une fois le rayon des bébés morts parcouru, j’ai slalomé entre des étagères exposant des maquettes et des tranches de cerveaux. Une zone qui a trait à l’anatomie telle qu’on l’imagine, donc.

Ah, tant que j’y pense : le musée d’anatomie se compose de deux parties. Celle contenant les galeries dont je suis en train de parler, et une sorte de mezzanine consacrée à des sujets plus… exotiques, dirons-nous. J’ai interrompu ma promenade au rez-de-chaussée pour en faire le tour. J’y ai donc vu des momies égyptiennes – sans leurs bandelettes, ça aurait été moins drôle sinon –, des animaux empaillés à foison, des pieds de dames chinoises déformés par leurs chaussures et des têtes réduites. Oui, des vraies. Je n’aurais jamais pensé en voir un jour, c’est désormais chose faite.

En redescendant, je suis passée devant un tableau occupant toute la hauteur du mur et représentant la mort sous forme de squelette. (Quelle surprise !) La peinture avait un petit côté vanité qui n’a fait que renforcer mon impression de me retrouver dans un cabinet de curiosités.

Et des curiosités, je n’avais pas fini d’en voir. Pour clore le sujet des squelettes, sachez que le musée en regorge, de toutes tailles et de tous types. J’ai vu des squelettes d’enfants, des crânes annotés par des scientifique et aussi le squelette d’une femme assassinée.

Passons désormais à une autre facette du musée. Celui-ci garde en effet entre ses murs des armes blanches, des pièces à conviction datant des XVIIIème et XIXème siècle, ayant servi à des meurtres. On trouve par exemple un petit couteau avec lequel un assassin a tué une fillette de sept ans. Mais ce n’est pas tout. Des morceaux de peau, devenus du cuir avec le temps, sont exposés derrière des vitrines, troués par ce qui s’avère être les blessures causées par des armes blanches. On peut notamment voir la peau du visage d’une femme ayant été égorgée – la blessure se situant en haut du cou.
Comme je l’ai dit, il est facile de se trouver choqué par tout ce qui est exposé ici. Tout considérer avec distance est indispensable.

Après tout cela vient une partie presque plus « légère ». Le musée conserve également certains accessoires utilisés dans les pratiques sado-masochistes, ce qui m’a fait sourire. (Ayant lu quelques écrits du marquis de Sade – qui décrira toujours pire que ce qu’on peut imaginer –, je ne suis pas réellement choquée par ce genre de chose, qui ne me touche pas du tout.)

Sans compter quelques outils scientifiques propres au XIXème siècle. Il y a évidemment des instruments chirurgicaux – accompagnés de leurs manuels ouverts sur des dessins explicatifs – servant par exemple aux amputations.
Mais on trouve aussi un baquet de Mesmer. Je n’en avais jamais vu et j’ai donc été un peu surprise par la forme de l’engin. J’ai lu par la suite que Mesmer, malgré ses pratiques qui relevaient parfois du charlatanisme, avait en quelque sorte été un précurseur de Freud…

Et des outils d’électrobiologie. Je l’avoue, j’ai eu un moment de fangirl devant les coffrets ouverts qui les exposaient, yeux qui pétillent et sourire enfantin inclus. Voir ces objets pile la semaine où je m’intéresse à la question était une coïncidence plus que bienvenue. J’avais également vu le Frankenstein de Kenneth Branagh deux semaines avant (un peu kitsch mais pas mal). J’ai regardé ces outils étranges pendant un petit moment, ne pouvant retenir un sourire devant la mention « efficacité douteuse » qui les accompagnait.

Ma visite s’est terminée quelques instants plus tard, après avoir examiné les derniers détails qui me restaient à voir. Le musée est rempli de moulages de visages, notamment, qu’il s’agisse de ceux de médecins réputés ou des monstres déjà évoqués. Des dessins de visages ayant subi des malformations sont aussi accrochés aux murs, sur tout le tour de la salle.

Si vous avez vu From Hell, vous vous souvenez certainement du passage où Jack l’Éventreur est occupé à dîner chez lui. Au son d’une musique sépulcrale, la caméra parcourt la salle à manger et le spectateur peut voir des tableaux de gens malformés, des animaux empaillés et des instruments chirurgicaux… Vous voyez ? Eh bien, le musée Testut Latarjet, c’est exactement ça.

En quittant les lieux, parfaitement calme, j’ai cependant ressenti une étrange ambiance s’installer dans ma tête durant quelques minutes. Le temps gris et venteux n’a pas aidé à la faire disparaître plus vite… Cependant, je ne regrette pas cette visite. J’étais venue au musée d’anatomie pour voir, m’instruire et ressentir des sensations fortes. J’ai eu les trois.

Je recommande donc de visiter cet étrange musée d’anatomie. Le prix de la visite est de 2 euros, réduit à 1,50 euros – si, comme moi, vous êtes étudiant(e). Mais n’oubliez pas, ce qui s’y cache peut être éprouvant, vous êtes prévenu. Après tout, ce lieu est à mi-chemin entre le cabinet de curiosités et l’antichambre des Enfers… Mais je l’ai déjà précisé, je crois ?

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L’affaire des fées de Cottingley sied merveilleusement à ce blog, c’est pourquoi j’ai décidé de lui consacrer un article.

Au début du XXème siècle, cinq photographies montrant des fées furent l’objet d’une attention et d’une polémique sans précédent. La chose est d’autant plus étonnante quand on sait que les photographes étaient une adolescente et une petite fille. Qu’elles aient pu être prises au sérieux peut étonner. Et que le grand Arthur Conan Doyle, créateur du si rationnel Sherlock Holmes, ait pu prêter foi à une plaisanterie d’enfants me stupéfie – et je ne suis pas la seule.

Sans faire un essai ennuyeux, je vais rappeler brièvement les faits qui ont débuté dans le village anglais de Cottingley. Disons-le tout net, si ces images sont restées aussi célèbres, c’est également pour leur beauté, et parce qu’elles demeurent l’un des plus célèbres trucages photographiques.

Quand j’étais petite, j’avais une de ces images accrochée dans ma chambre. Je n’ai jamais ignoré qu’il s’agissait d’un trucage, mais à l’époque la question des fées m’intéressait. Je crois fermement que nos ancêtres avaient un sens du merveilleux qui nous échappe désormais. Sans vouloir être superstitieuse, et même si je ne crois pas en la magie, j’envie une qualité que ceux ayant vécu avant nous possédaient, et que nous avons perdue. Ils voyaient du merveilleux partout. Jusqu’à la fin du XIXème siècle – voire début du XXème, comme nous allons le voir –, certaines personnes vivaient encore dans un monde peuplé d’esprits et de fées.
Aujourd’hui, tout cela n’existe plus : notre époque est désespérément rationnelle et dès qu’un événement légèrement hors du commun surgit, diverses personnes s’emploient à démontrer qu’il s’agit d’une supercherie.

L’affaire des fées de Cottingley est intéressante, car elle est à la croisée de ces chemins. Les premières photos d’Elsie Wright (seize ans) et Frances Griffiths (dix ans) sont prises en 1917 et diffusées en 1919. Les dernières le seront en 1920 – cinq au total. En ce début de XXème siècle qui se veut rationnel et scientifique, les fées de Cottingley vont ranimer certaines croyances et alimenter la soif de magie de ceux qui ont été traumatisés par la première Guerre Mondiale.

C’est le cas d’Arthur Conan Doyle. Que le créateur de Sherlock Holmes lui-même ait pu croire à la véracité des photos prises par les deux fillettes a de quoi étonner. Cependant, l’auteur avait connu de nombreuses pertes, y compris celle de son propre fils durant la guerre. Comme Victor Hugo avant lui, sa réaction fut de se réfugier dans le spiritisme, sur lequel il rédigea plusieurs ouvrages. On peut parler de circonstances atténuantes… Elsie elle-même avoua ne pas avoir révélé la supercherie à l’écrivain par compassion pour lui.

Car il s’agit bien d’une supercherie. Le père d’Elsie lui-même n’était pas dupe et savait que les fées prises par les filles n’étaient en réalité que des découpages en carton. Elsie s’était inspirée des illustrations d’un livre pour enfant afin de dessiner ses propres fées, pour ensuite les prendre en photo. Avec Frances, elles avaient fixé les silhouettes dans l’herbe ou à des branches d’arbre à l’aide d’épingles à chapeau. Quant à l’impression de mouvement évoquée par certains – les fées bougent, c’est une preuve de leur authenticité –, il s’agit ni plus ni moins de la brise qui a pu agiter les frêles images en carton.

En somme, beaucoup de bruit pour rien ? Certains irréductibles croient toujours que de véritables fées ont été photographiées à cette époque.
Je n’ai pas écrit ce billet uniquement pour faire un simple rappel des faits – beaucoup de gens, et des plus brillants, se sont déjà penchés sur la question. Voici d’ailleurs l’émission que le grand Arthur C. Clarke présenta en 1985, où il aborde la question des trucages photographiques, notamment l’affaire qui nous occupe :

(Je l’avais manquée sur Arte dans mon enfance et je suis ravie que quelqu’un ait eu la bonne idée de la mettre sur youtube.)

Ce qui me fascine, en réalité, c’est de voir que cinq photographies, prises par deux très jeunes filles, ont pu causer un tel émoi dans le monde. Cinq et pas une de plus.

Cela peut se comprendre à une époque où les gens avaient désespérément besoin de merveilleux. Certains essayistes prédisent d’ailleurs son grand retour en raison de la crise actuelle… Et si les fées pouvaient remplacer les vampires à paillettes, je ne dirais pas non. (Les auteurs actuels semblent malheureusement oublier qu’un vampire est avant tout dangereux, même si potentiellement torturé et susceptible de tomber amoureux. Dois-je ressusciter Bram Stoker, Polidori et Théophile Gautier afin de remettre les pendules à l’heure ?)

Quoiqu’il en soit, l’affaire des fées de Cottingley est assez passionnante si l’on s’intéresse à l’histoire des supercheries, et même des trucages photographiques. A l’art, également. J’ai souvent tendance, en effet, à voir les cinq photographies d’Elsie et Frances comme des œuvres d’art à part entière. Il y a un mélange de charme, d’ambiguïté, une certaine beauté et une qualité de mise en scène. Habile, vu l’âge de leurs auteurs.

Je vous laisse avec ma photographie préférée, la dernière de la série à avoir été prise. Certaines fées paraissent presque réelles…

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