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Posts Tagged ‘musique’

J’ai récemment lu le recueil Lettres à l’ado que j’ai été, dirigé par Jack Parker. Le principe : demander à des personnalités, youtubeurs, artistes, d’écrire à l’ado qu’ils ont été. Comme le but de l’initiatrice du projet était de pousser ses lecteurs à se prêter à l’exercice, j’ai décidé de publier sur ce blog une lettre à l’ado que j’étais à 15 ans. C’est un choix qui n’a pas été facile, mais ça fait un moment que je cherche un moyen de parler du harcèlement scolaire. Si ce témoignage peut aider ou réconforter des lecteurs qui passent par là, ou même leur ouvrir les yeux sur des situations qu’ils connaissent, cette lettre aura été utile.

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Ma chère Adeline,

Quand tu reçois cette lettre, tu dois avoir quinze ans. Je sais que tu es terrifiée à l’idée de savoir ce que l’avenir te réserve, mais je t’envoie ce petit aperçu de toi dans douze ans et quelques mois, en 2018. A titre d’encouragement, disons. Déjà, tu seras toujours en vie. Tu penses mourir jeune parce que ça fait très poète romantique, mais je te l’annonce : à 27 ans, tu seras encore là, et tu n’auras plus la moindre envie d’y passer.

Tu as quinze ans en recevant ma lettre, donc. Tu es dans une sorte… d’entre-deux. Tu te dis que tu as déjà vécu la pire année de ta vie, celle de 4ème. Et tu as raison : tu auras d’autres années très dures dans le futur, mais rien qui égale les horreurs de celle-là. Cette année où tu es arrivée dans un nouveau collège, loin de la ville où tu avais grandi, et où tu avais si peur d’être nouvelle. Tu aurais voulu te faire des amis mais, dès le premier jour où tu t’es mise dans la queue de la cantine avec des filles de ta classe, on t’a clairement fait comprendre que tu « tapais l’incruste ». (Oui, les ados de l’époque avaient une façon très raffinée de s’exprimer.) L’année de 4ème a été la pire de ta vie. C’est celle où on t’a volé tes habits de sport, enfin c’est ce que tu croyais jusqu’à ce que tu t’aperçoives qu’on les avait jetés dans les toilettes du collège. (Tu les as récupérés, lavés et les as portés au cours suivant comme si de rien n’était. Tu voulais montrer à ta classe que ça ne t’atteignait pas. C’était faux.) On a tagué ton casier, on t’a craché dessus et on a fait rimer ton nom de famille avec toutes les insultes possibles. On a aussi accroché ta photo dans les toilettes en y ajoutant quelques enjolivures d’un goût douteux.

Les adultes t’ont fait comprendre que tu devais peut-être être moins arrogante, moins froide avec les autres, que tu devais « te fondre dans la masse ». Ce qu’ils ne comprenaient pas, c’est que tu étais d’une fragilité dingue et que ton orgueil était une des armures que tu utilisais pour tenir bon. Ça n’était peut-être pas la bonne, mais aujourd’hui je sais que c’était la seule que tu pouvais utiliser pour te blinder – même si certains des élèves de ta classe n’étaient pas aveugles et voyaient que tu souffrais. Tu te rappelles qu’un de tes tourmenteurs t’a dit une fois, « Quoi qu’on te fasse, tu restes toi-même et j’admire ça chez toi » ? Ça t’a aidée, mine de rien.

Repenser à cette période, même douze ans plus tard, sera toujours dur et te donnera toujours envie de pleurer. Alors laisse-moi te dire que, quoi qu’on t’ait dit, quoi que tu aies fait, tu ne méritais pas ce qui t’est arrivé. Personne ne le mérite. Tu vas me répondre qu’il y a des collégiens à qui on a fait bien pire, et c’est vrai. Mais ce que tu as subi est inexcusable, et vu les séquelles que ça te laisse des années plus tard, ça ne sera jamais négligeable. Le harcèlement scolaire ne laisse jamais indemne. Ah, j’ai lâché la sacro-sainte expression.

Désormais, tu as quinze ans. La 3ème était une amélioration comparé à la 4ème, la 2nde aussi, même si ça reste une année compliquée où tu manges seule presque chaque midi. Rassure-toi, ça ne va pas durer : la 1ère et la Terminale se passeront beaucoup mieux. Je sais que tu fais encore des rêves de vengeance tous les soirs, où tu fais payer de sanglante manière ceux qui t’ont fait du mal. La vengeance sera ton moteur pendant plusieurs années encore : ton ambition est sans limites, ils verront bien de quoi tu es capable ! Ta vengeance à toi, ce sera de réussir à accomplir tes rêves.

La bonne nouvelle, c’est que tu vas effectivement accomplir des choses. Par exemple, tu vas publier ton premier roman chez un petit éditeur dans cinq ans, que tu tiendras imprimé dans tes mains la veille de tes 20 ans. Pas mal, non ? Plus tard, tu vas aussi écrire des pièces qui seront jouées dans de vrais théâtres, devant de parfaits inconnus. Tu vas interviewer des artistes et des musiciens pour des webzines sur internet. Ton cercle d’amis sera en partie composé de comédiens et d’illustrateurs. (Et oui, tes trois amies les plus proches seront toujours là douze ans plus tard.) A l’heure où je t’écris, je suis en train de rédiger un texte que je vais lire dans un mois, pendant une soirée dédiée aux artistes féminines – tu seras aussi considérée comme une artiste. (Tu ne vivras pas de tes histoires dans douze ans, mais tu vivras de ta plume, ce qui est déjà bien.)

Mais ne nous précipitons pas. Je te disais qu’à 15 ans, tu étais dans un entre-deux. Tu as vécu le pire de ta vie, mais les plus grands bouleversements sont devant toi. Je suis sûre que tu ne vas pas croire la moitié de ce que je vais te raconter, mais ça vaut peut-être mieux : tu seras toujours aussi surprise quand ça t’arrivera.

Déjà, la musique va commencer, dans un an ou deux, à occuper une place très importante dans ta vie. Tu vas d’abord devenir fan de Marilyn Manson. Si, si, je t’assure ! Je sais qu’il te fait très peur à l’heure actuelle, mais tu ne vas pas tarder à virer de bord – et tu auras raison. Et puis, Jack White va débarquer, et ça va être un tremblement de terre dont tu ne te remettras pas. Arrête d’ouvrir de grands yeux. Je sais que chaque fois que tu passes devant l’album Get Behind Me Satan à Carrefour ou à la Fnac, tu ne peux pas t’empêcher de le regarder en te demandant quelle musique se cache derrière une pochette aussi élégante. Tu ne vas pas tarder à le savoir. Jack White aura une influence aussi importante sur toi qu’Oscar Wilde – on l’aime toujours autant douze ans plus tard, pas de soucis. Tu vas devenir une dingue de musique grâce à ce choc. Ce sera une passion aussi forte et vorace que ta cinéphilie ou ton amour des livres, et ça va t’apporter de très belles choses.

Quoi d’autre ? Tu vas devenir féministe. Ne fais pas cette mine horrifiée. Pour toi, « féministe » est presque une insulte, et tu imagines en l’entendant des femmes à barbe prônant leur suprématie sur les hommes. Oublie. Oublie tout de suite ! Je ne vais pas te faire un cours d’Histoire, mais sache que si tu vas devenir une féministe engagée dans le futur, c’est pour d’excellentes raisons.

Oh, et tu te rappelles quand tu t’intéressais à la sorcellerie à 12 ans et que tout le monde trouvait ça bizarre ? Eh bien, en 2018, on peut se revendiquer sorcière et faire de la magie sans que ça paraisse aberrant. C’est d’ailleurs ce que tu feras, après des années passées à lire des grimoires et des essais sur la question sans oser sauter le pas.

Aussi, on te dit souvent qu’en grandissant les filles se féminisent plus, qu’il y a d’anciens « garçons manqués » (quelle sinistre expression) qui ne jurent désormais que par le maquillage et le lisseur depuis qu’elles sont au lycée ? De ton côté, tu as ce truc étrange : il y a des matins où tu te lèves en étant « d’humeur fille » et d’autres où tu es « d’humeur garçon », et où ton comportement change imperceptiblement en fonction. Tu es persuadée que tout ça va se stabiliser un jour, quand tu seras définitivement adulte… et donc une femme. J’ai un truc à t’apprendre : ça ne partira jamais. Et c’est normal, parce que ça fait partie de toi. Ces « humeurs », comme tu les appelles, ne te quitteront pas. C’est pour ça que tu aimeras jouer des rôles de garçon au théâtre douze ans plus tard, comme te faire belle et porter des robes vintage. Grâce à la magie d’internet, tu vas découvrir que tu n’es pas la seule à n’être « pas seulement » une fille, à être à la fois une fille et un garçon. Ça va grandement te soulager. Tu n’éprouveras jamais le besoin de te déclarer « non binaire » ou de « genre neutre » sur tes descriptions Twitter ou Facebook, mais tu seras en paix avec toi-même à ce niveau. Tu peux déjà commencer à l’être : tu n’es pas bizarre !

D’ailleurs, tu estimes à 15 ans que le maquillage est de trop sur ton visage et que c’est une perte de temps, pas vrai ? A 27 ans, ce sera toujours pareil. Tu ne te maquilles pas parce que, veinarde, tu aimes ton visage comme il est. Ah, c’est un autre truc qu’il faut que je te dise : tu vas devenir belle en grandissant. Physiquement, tu ne seras d’ailleurs pas si différente des héroïnes que tu décris dans tes histoires, une fois que tu auras compris que c’est en arrêtant de te sécher les cheveux au sèche-cheveux que tu peux avoir une magnifique tignasse bouclée au lieu d’un tas de paille sur la tête. (J’ai un scoop tout récent : en fait, les cheveux longs, ça te va bien ! Aie confiance et arrête de les couper sans arrêt.) Vu que tu n’aimes pas tes vêtements et les moqueries qu’ils t’ont attiré au collège, je vais te donner un autre aperçu du futur. Plus tard, les gens te trouveront élégante, que tu sois en robe ou en redingote. Ça t’en bouche un coin, pas vrai ? En même temps, tu as passé ton adolescence et tu passeras une partie de ta vie de jeune adulte à aduler les types les plus classes qui soient. Pas étonnant que tu prennes des notes en les regardant.

D’ailleurs, en parlant d’hormones : non, nous n’avons toujours pas rencontré le brun ténébreux ou le génie classieux qui sera notre mari et le père de nos enfants. Si jamais on se marie, parce qu’en grandissant, tu vas petit à petit comprendre que le mariage n’est pas le but de ton existence. Qu’écrire et savoir qui tu es sont bien plus importants, dans un premier temps. Maintenant qu’on commence un peu à maîtriser notre identité, restons ouvertes à l’éventualité d’un coup de foudre.

Je pense souvent à toi, ces derniers temps. Je me demande ce que tu penserais de la toi du futur, de ce qu’on est devenues. J’aimerais si fort que tu sois contente de ce que tu verrais. Bien sûr, tout n’est pas parfait, loin de là. Tu m’as quand même laissé de sacrées casseroles : beaucoup de peurs que j’essaie de démonter une à une. Et ta foutue ambition : je peux t’assurer que même si beaucoup me disent que j’ai fait pas mal de choses, j’ai l’impression de ne pas avoir accompli le quart de ce que j’aurais dû faire à 27 ans. Depuis peu, je me donne un gros coup de pied aux fesses en pensant à toi, pour que tu sois fière. Mais avant toute chose, c’est de toi que je suis fière. Parce que tu as survécu à ta 4ème. Tu as montré à ceux qui t’ont torturée de quoi tu étais capable, tu es restée toi-même coûte que coûte. Certains viendront même te voir pour s’excuser, plus tard. Et tu leur pardonneras parce qu’au fond, tu n’attendais que ça.

Maintenant, si j’ai un conseil à te donner qui pourrait te faciliter la vie : c’est d’en parler. Je sais que tu gardes toute ta souffrance au fond de toi et que ça te bouffe, parfois de façon visible. Si tu en parlais, que tu t’ouvrais, ça nous ferait beaucoup de bien à toutes les deux. Je sais que c’est difficile, j’ai hérité de ta méfiance envers autrui. Je sais que tu as une affection toute particulière pour les héros un peu sombres parce que tu te sens proche d’eux. Et je ne te cache pas que douze ans plus tard, c’est encore plus le cas ! Mais parle, et tu seras écoutée. Au moins à tes parents qui ne savent qu’une infime partie de ce qui t’est arrivé. Je crois que tu ne t’en rends pas compte, alors je préfère te le dire.

Autre chose : on te dira souvent au cours de ton adolescence « Ne te compare qu’aux meilleurs ». Très mauvaise idée. Tu es partie pour des années de complexe d’infériorité par rapport à tes modèles, et ton ambition en sera décuplée. Mon conseil, ce sera : ne te compare pas. Point final. Tu n’arrêtes pas de fanfaronner en clamant « Moi, c’est moi », alors accepte d’être singulière et de ne pas avoir la même évolution que les aînés que tu admires. Ça t’évitera d’être trop dure envers toi-même, comme tu l’es déjà. Je te l’avoue, je le suis toujours à l’heure actuelle, mais je me soigne – parfois. Attention, je ne te dis pas que tu ne dois pas bosser et continuer à inventer. Fais-le, mais avec de l’indulgence envers toi-même – ça ne signifie pas être paresseuse.

Les douze prochaines années vont être riches et vont profondément te faire évoluer, alors profites-en. Profite de cette troisième année de Licence qui sera l’année de fac que tu as toujours voulu avoir. Profite de toutes les découvertes musicales que tu vas faire. Profite des rencontres, des amitiés à naître et des histoires à écrire. Profite de tes premiers voyages. Tu vas découvrir de ces films et de ces bouquins, je t’envie ! (Retiens : Sherlock Holmes, Marvel, nouvelle trilogie Star Wars.) Tu vas tellement les adorer. Il m’arrive encore d’en baver sacrément, mais je suis sur la bonne voie, celle que tu as toi-même initiée. Parce que tu as surmonté cette année de 4ème et que tu as été tellement, tellement forte. (T’es maline de me faire pleurer sur la fin de ma lettre.) Alors je vais continuer à aller de l’avant pour toi.

Dors bien.

P.S. : Dis, ton crush du moment, c’est pas Sayid de Lost, par hasard ? Je l’aimais bien.

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Il est venu le temps d’écrire le top culturel 2017 ! *sortez les confettis* Ça fait deux ans que j’écris moins sur ce blog, mais je lui reste fidèle. Avec le temps, je le vois vraiment comme un refuge où je peux publier ce qui ne peut pas l’être sur les sites où je travaille/collabore. Cela dit, j’aimerais qu’il soit un peu plus alimenté en 2018, mais nous verrons.

L’année 2017 n’a pas été facile, mais je suis heureuse de dire qu’elle s’est bien terminée. Si elle a plutôt été placée sous le signe de l’introspection en ce qui me concerne, l’action devrait être le maître mot de 2018 ! J’ai très peu écrit pour mes projets personnels en 2017, en raison d’une grosse panne d’inspiration. Apparemment, ladite inspiration s’est rappelée à moi pendant les dernières semaines de décembre, où j’ai été plus productive qu’au cours des onze mois précédents. J’ai donc bouclé la première version d’Élise, une pièce de théâtre destinée à la jeunesse, qui s’éloigne de l’univers gothique du Vampire de la rue Morgue (qui tourne toujours avec le Théâtre Ishtar et se porte bien !).

Autre gros changement : je vais désormais régulièrement collaborer à SyFantasy.fr, un de mes sites préférés dédié à la SF, à la Fantasy et au fantastique. Mon premier article pour eux a été publié récemment. Il porte sur Kylo Ren en tant que personnage romantique, et les retours ont été si enthousiastes sur les réseaux sociaux que j’en suis absolument stupéfaite et ravie. C’était la meilleure façon de finir 2017, et c’est aussi la réalisation d’un grand rêve. J’ai mis tout mon cœur dans cet article, alors n’hésitez pas à aller le lire si le cœur vous en dit !

Un autre article que j’ai été heureuse de publier en 2017 est celui sur le manque de superhéroïnes intelligentes, sorti sur le webzine Ta Chatte. Il est le fruit d’une réflexion sur les modèles féminins qu’on m’avait donnés à voir depuis petite, et le point de départ de l’écriture d’Élise. Sans transition, le top culturel de l’année 2017.

TOP DES SERIES 2017

J’en ai vu plus que l’an dernier, indéniablement. Pour une bonne partie, il s’agissait surtout de séries que j’avais déjà commencées. La saison 4 de Sherlock était un peu décevante (j’ai donné mon avis ici dans une lettre adressée au héros). J’ai enfin pu terminer la websérie Carmilla, que je recommande à tout le monde. La saison 3 est un mélange d’humour, de féminisme, de références pop culture, de geekerie et d’ambiance cosy absolument parfaite. Il ne me reste plus qu’à voir le film ! American Gods était une excellente adaptation, même si je redoute un peu la saison 2 maintenant que Bryan Fuller n’est plus aux commandes. Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire était l’adaptation que nous attendions tous – même si j’adore le film aussi –, avec quelques messages bien placés. Vivement la suite ! Enfin, j’ai également rattrapé les saisons de Game of Thrones. Jaqen H’Ghar reste mon personnage préféré, et j’espère qu’il viendra faire un coucou dans la dernière saison, prévue pour 2019. Mais le coup de cœur de cette année va à…

SWEET/VICIOUS

Sweet/Vicious

La série a commencé en 2016, mais sa diffusion s’est achevée en 2017. C’est une série importante, que j’ai conseillée à beaucoup de monde après l’avoir vue, j’en profite donc pour le faire ici. L’histoire de ces deux justicières qui décident de punir les violeurs qui sévissent sur leur campus est à la fois dure, émouvante et drôle. Je persiste à dire qu’elle devrait être montrée dans les collèges et lycées, parce qu’elle joue un vrai rôle éducatif sur la culture du viol. J’en ai largement parlé ici (c’est rare que je vous mette des liens vers le site pour lequel je travaille officiellement, mmh ?), et je n’ai pas grand chose à ajouter sur le sujet. Regardez-la, aimez-la et recommandez-la à vos amis, parce que vous ne le regretterez pas et qu’elle le mérite.

Les séries que je voudrais voir en 2018 : je préfère ne pas trop prévoir, étant donné que je regarde rarement celles que je pronostique. Cependant, je compte bien finir Girls. Oh, et j’attends la suite de la websérie Kyloki, petite découverte hilarante que je vous conseille ! Ainsi que la suite des Orphelins Baudelaire. Et l’adaptation de De bons présages, dont les premières photos me laissent perplexe, mais c’est un de mes bouquins préférés.

TOP DES FILMS 2017

Je suis pas mal allée au cinéma en 2017, et je dois dire que je n’ai pas été déçue. Ça a été une très bonne année en terme de films, à tel point que je serai incapable de départager un grand coup de cœur en particulier. Ils sont plusieurs, ils sont légion ! Avant de vous parler d’eux et des films qui occupent une place à part dans mon cœur, je précise que je n’ai vu ni Blade Runner 2049, ni Silence. Ce sera fait, un jour. Donc, les films que je retiens en 2017 sont :

LoganLogan, de James Mangold : un grand film, et un western plus qu’un film de superhéros. C’était voulu, et c’était le Wolverine que je souhaitais voir à l’écran. Cette ambiance de poussière, de sang et de road movie avait tout pour me séduire. C’est avec ce film que j’ai pu amorcer une évolution dans mon écriture et mes histoires. Logan/Wolverine/James Howlett fait partie des personnages qui m’ont marquée et m’ont appris la vie en 2017, mais j’y reviendrai dans mon top de lectures. Sacré voyage, en tout cas.

Free Fire, de Ben Wheatley : un film passé totalement inaperçu, très pfree fireeu distribué, et c’est bien dommage. Pourtant, le casting fou du film (Cillian Murphy, Sam Riley, Brie Larson, Armie Hammer) était à lui seul un argument de vente ! J’y suis allée un soir d’été, sans autre attente que de me laisser embarquer dans cette histoire d’affrontement armé entre gangsters dans un entrepôt. Résultat : mes hormones m’ont dit merci en sortant. Ce film était exactement ce dont j’avais besoin en cet instant T, et c’est un sentiment assez rare pour que Free Fire figure dans ce top. Regardez-le.

dunkirkDunkirk, de Christopher Nolan : je n’aime pas les films de guerre. Mais ce film immersif a été une vraie claque visuelle, sonore et émotionnelle. J’ai l’impression que beaucoup se méprennent sur son propos et son sujet quand j’en parle autour de moi. Si vous ne l’avez pas vu, oubliez tous vos préjugés, parce que ça ne ressemblera certainement pas à ce que vous imaginiez. Et ce casting ! Tant d’acteurs que j’apprécie au même endroit, c’est indécent. Un peu comme dans Free Fire.

Logan Lucky, de Steven Soderbergh : là aussi, je connais peu de personnLogan Luckyes qui l’ont vu. Quand j’ai vu l’affiche avant la sortie de la bande-annonce, j’ai cru à un fake : Adam Driver, Daniel Craig et Channing Tatum devant cette voiture, ça avait tout du fanmade. Eh bien pas du tout ! Ce film de casse au pays de l’Amérique profonde était drôle, intelligent et divertissant. Tous les acteurs ont l’air de s’éclater (surtout toi, Daniel, en roue libre) et leur plaisir est communicatif.

Thor : Ragnarok, de Taika Waititi : j’aime le réalisateur Taika Waititi, et j’attendais Thor thor ragnarok3 depuis trois longues années. Il est enfin arrivé, et malgré quelques imperfections, je n’ai pas été déçue. Loki était impérial, ce personnage me manquait beaucoup trop. Les retrouvailles furent joyeuses : ce film est un pur feel good (à voir quand vous avez besoin de motivation), parsemé de trouvailles visuelles, et mine de rien assez gonflé. Détruire toute la mythologie d’un personnage en deux heures, il fallait oser, Waititi l’a fait. (Un peu comme un certain Rian Johnson…)

Mentions honorables : La La Land, auquel je n’ai cessé de penser pendant les dix jours qui ont suivi son visionnage avant de l’oublier petit à petit. Ça reste un très beau film. Spiderman : Homecoming, qui était une bonne relecture du personnage (et MJ est fabuleuse !). Et Baby Driver, pour la prouesse sonore et visuelle d’Edgar Wright (et Jon Hamm, aussi).

Les deux coups de cœur à part : l’année est placée sous le signe d’Adam Driver, manifestement, puisqu’il figure Patersondans les deux films en question. Paterson (de Jim Jarmusch) est sorti fin 2016, mais je l’ai vu début 2017. J’ai dû penser à ce film chaque semaine depuis, tant il m’a marquée. Son message est tout simple : son héros mène une vie routinière, griffonne des poèmes dans son carnet, il s’en contente, est heureux et profite de chaque petite chose. C’est un film lent et contemplatif, qui donne l’impression de vous envelopper dans un cocon. Je ne sais pas si je le reverrai un jour, mais il m’est resté. Vraiment.

the last jediStar Wars : The Last Jedi, de Rian Johnson. Passées les presque 24h de « Mais qu’est-ce que je viens de voir ? Est-ce que j’ai aimé ou pas ? ». Oui, j’ai aimé. L’audace de Rian Johnson, la beauté visuelle du film, la richesse du propos (notamment sur l’échec et la zone grise de certains personnages), les personnages féminins bien écrits, me font lui pardonner ses quelques défauts d’écriture. J’attendais mes retrouvailles avec Kylo Ren avec beaucoup d’appréhension, et il m’a encore plus bouleversée que dans le 7. A l’heure où j’écris ces lignes, j’ai honoré SW8 d’un second visionnage, et il se bonifie avec le temps !

Les films que je veux voir en 2018 : The Shape of Water, de Guillermo Del Toro, ce qui ne saurait tarder. Pour le reste, je vais me laisser porter comme en 2017, et rester à l’affût des bonnes surprises !

TOP LIVRES 2017

En 2017, j’avais un défi de lecture : lire un livre par semaine. J’ai relevé le challenge, et j’en suis sacrément fière ! (Mon carnet indique 60 livres lus en 2017, en comptant le peu de comics et de mangas que j’ai lus.) Je crois bien que c’est la première année où on trouve si peu de gothique et autant d’auteurs actuels dans mes coups de cœur, mais écoutez, j’avais décidé d’élargir mes horizons. En 2017, j’ai eu envie de lire de grands récits d’aventure, de partir à la découverte de nouveaux paysages et de nouveaux mondes avec des personnages intéressants. Et j’en ai rencontré ! Donc, plutôt que de faire un : « En première position… », je vais présenter les gars que j’ai croisé en 2017 dans les pages de mes bouquins. Ceux-là mêmes qui m’ont « appris la vie » comme je le disais en parlant de Logan : ils m’ont rendue plus courageuse, plus déterminée et m’ont sacrément remonté le moral.

gagner la guerreDon Benvenuto, (anti)héros de Gagner la guerre, de Jean-Philippe Jaworski : je vous ai déjà beaucoup parlé de ce roman sur mon blog. Ça reste LA claque de 2017 pour moi, un immense livre dont je ne me suis toujours pas remise.

Melmoth, (anti)héros de Melmoth, l’homme errant de Charles Robert Maturin : ce roman est un classique gothique du XIXème siècle (oui, bon…) qui m’a fascinée du début à la fin. Melmoth est le personnage que j’attendais de croiser en littérature. Il a tout pour lui : la classe, la façon de s’exprimer élégante et ténébreuse, le passé qui n’est jamais dit, la terreur (ou l’amour !) qu’il provoque chez ceux et celles qui le croisent. Et c’est un immortel, bon sang ! Mais j’en reparle bientôt sur SyFantasy.fr. Je lui avais aussi consacré un podcast à la sauvage ici.

Kaz Brekker, héros de Six of Crows de Leigh Bardugo : ce type-là vient se rangersix of crows aux côtés d’Artemis Fowl, de Locke Lamora et de Daniel Atlas. Oui, c’est un jeune voleur à l’ego surdimensionné. Sa particularité, c’est de boiter, d’avoir toujours les mains gantées… et bien entendu de garder un coup d’avance sur ses ennemis. J’ai aimé explorer Ketterdam, la ville imaginaire et corrompue créée par Leigh Bardugo, en sa compagnie. J’ai hâte de lire le deuxième et dernier tome de ses aventures !

Archibald, personnage de la saga La Passe-Miroir de Christelle Dabos : j’ai dévoré les trois premiers tomes de la série à différents moments de l’année. Pour une fois, Booktube aura eu raison : cette série est très bien, l’univers est intéressant et ses personnages aussi. Si le personnage de Thorn a son lot de fangirls, c’est surtout Archibald qui a retenu mon attention. Je le vois comme un cousin éloigné de Dorian Gray, avec un caractère qui lui est propre (et bien plus profond qu’il n’y paraît). Vivement le tome 4, Archibald a encore plus d’un tour dans son chapeau !

carry onBaz, héros de Carry On de Rainbow Rowell : dans la catégorie plaisir coupable, je nomme ce bouquin dévoré en quelques jours, et qui m’a fait un bien fou. C’est une petite sucrerie qui parlera à tous ceux qui ont lu Harry Potter, Fangirl de Rainbow Rowell (où Baz était déjà mentionné dans les écrits de plusieurs personnages) ou les fanfictions. Baz est un vampire de dix-sept ans, qui est aussi un élève brillant au sein de son école de magie. Il est insupportable, il est beau, il est arrogant, il est doué et il le sait. Oh, et il habite dans un manoir (parce que pourquoi pas, hein). Bref, il est bien trop cool, et ce roman était parfait pour se détendre entre deux lectures plus sérieuses.

Madeleine de Maupin, héroïne de Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier : relecture récente de ce livre que j’avais adoré à 20 ans. Madeleine est badass, elle se bat en duel, elle se déguise en homme, elle choisit d’aimer qui elle veut (hommes et femmes), elle vit des aventures et est dotée d’une aura presque byronienne. Elle reste une de mes héroïnes préférées. Et ce livre a été publié en 1835 !

Mentions spéciales : Oscar’s Books, de Thomas Wright. C’est un des livres que j’ai ramenés de mon petit voyage à Londres, et qui a pour sujet la bibliothèque d’Oscar Wilde, ainsi qui les lectures qui ont émaillé sa vie. C’est un livre touchant, qui donne beaucoup d’idées de lectures et qui confirme ce que je soupçonnais : le Maître adorait lui aussi Mademoiselle de Maupin. L’enfant et le Maudit, une série de mangas signée Nagabe et toujours en cours (trois tomes sont sortis). La relation entre les deux personnages principaux est tellement belle et émouvante que je conseille cette série à tout le monde.

Ce que je voudrais lire en 2018 : comme pour les films, j’ai envie de me laisser surprendre. Et de continuer à élargir mes horizons, en découvrant de nouveaux personnages forts avec qui traverser cette année.

TOP ALBUMS 2017

Cette année musicale n’aura pas tenu ses promesses : malgré des sorties intéressantes, je reste un tantinet déçue. Cependant, j’ai fait quelques découvertes dont je tenais à vous parler ici. Les deux plus importantes de l’année restent pour moi (et là, oui, on va être un brin gothique) Drab Majesty et The Horrors.

Drab Majesty a sorti l’album The Demonstration début 2017, et je suis tombée dessus totalement par hasard (au détour d’une playlist aléatoire Deezer, probablement). Si certains titres m’ont plu immédiatement, il m’a fallu plusieurs écoutes pour apprécier les autres. The Demonstration est un album parfaitement maîtrisé et bien produit, qui dévoile sa richesse au fil des écoutes. Le groupe est influencé par toute la vague cold wave et gothique des années 80’s (on trouve des hommages évidents à The Cure, notamment). Si vous aimez ce style et la voix grave et profonde du chanteur, vous ne serez pas déçus. Mentions spéciales à Dot In The Sky, Cold Souls, Kissing The Ground et Behind The Wall, qui sont mes morceaux favoris du disque.

Je connaissais quelques chansons de The Horrors et je les aimais beaucoup, mais je n’avais jamais tenté plus loin l’expérience. Ils ont sorti l’album V en 2017, et je suis allée l’écouter pour vérifier le bien fondé des bonnes critiques que je lisais. J’ai adoré, adoré V. Je n’ai même pas de titre favori : cet album est vraiment la découverte d’un univers sonore pour moi. Résultat : je me suis fait toute la discographie du groupe. (Unpopular opinion : Luminous, leur avant-dernier album, est celui qui m’émeut le plus.) La voix grave de ce grand échalas de Faris Badwan fait des merveilles dans mes oreilles, et je ne manque pas une occasion de chanter sur sa musique. V est le meilleur album sorti en 2017 pour moi. C’est du rock qui déploie des paysages devant vos yeux, et vous enveloppe dans son atmosphère. Ou alors il vous fait danser. Je suis incapable de lui coller une étiquette ! Anecdote : Something to Remember Me By est devenue la chanson que j’écoute pour me mettre dans la peau du Chevalier de La Locandiera, pièce que je joue avec le Théâtre Ishtar. (Mais je vous mets Hologram parce que j’adore cette ouverture d’album.)

Mentions honorables : Noel Gallagher, Queens of the Stone Age et Marilyn Manson ont tous signé d’excellents albums en 2017. C’est aussi le moment où j’admets publiquement que l’album de Harry Styles est (vraiment) très bien, et j’en suis la première surprise. Je vais donc suivre de près la carrière de ce petit (qui joue aussi fort bien dans Dunkirk). La petite génie Lorde a sorti un album à la hauteur de mes attentes. J’ai découvert sur le tard l’album Manipulator de Ty Segall (qui est assez fou). Si vous aimez le blues-rock bien badass qui sent la poussière et le sang, je vous conseille le dernier EP du groupe Blackbird Hill, Midday Moonlight. Et dans le registre darkwave, celui de Perturbator, New Model, que je ne m’attendais pas du tout à aimer. Enfin, Nine Inch Nails s’est encore fendu d’un bon EP, qui m’a plutôt bien servi lors de séances d’écriture. La petite playlist que je m’étais constituée pour une de mes histoires pleine de sabres lasers, de désert et de batailles (oui, j’ai utilisé Kylo Ren pour m’exercer à écrire des scènes de baston) aura également été un des beaux moments musicaux de mon année.

Les albums que je veux écouter en 2018 : ceux de Jack White, de Ghost, de BRMC et d’Anna Calvi. S’ils ne se ratent pas, ils peuvent à eux seuls rendre 2018 radieuse en terme de musique. Dans ce domaine en particulier, j’aimerais élargir mes horizons et découvrir plein de nouvelles choses.

Fin du bilan 2017 ! *trompettes et tambours* J’espère qu’il vous aura donné quelques idées d’œuvres à découvrir. Je crois que c’est l’année la plus diverse en terme de culture que j’aie présentée ici. Que 2018 soit grande, belle, et que la Force soit avec vous.

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Jack White III

J’ai publié de la fiction ici ces derniers temps. Rassurez-vous, je n’oublie pas que ce blog a aussi été fait pour poster des articles en tous genres, même des essais et des élucubrations parfois farfelues – sans compter les interviews.

Période oblige, il me faudrait parler de Jack White. Après tout, Lazaretto, son deuxième album solo, est sorti il y a quelques semaines à peine. Si je n’ai pas encore eu l’occasion d’aller voir le monsieur en concert, je m’amuse à suivre sa tournée (entre autres) en regardant les concerts qui sont retransmis par les festivals où le grand pâlichon passe. Mais j’ai déjà tellement parlé de lui sur ce blog, par exemple ici, ici ou même (et oui, l’histoire de l’inventeur et son élève…) qu’il me semblait redondant de recommencer.

Et puis, ce matin, j’ai lu un essai de William Giraldi dans les transports. L’auteur, professeur de littérature à l’université de Boston, a écrit une non-fiction brillante et non dénuée d’humour sur son obsession pour Jack White, intitulée Jack My Heart. Une obsession qui n’existe plus, comme il l’a expliqué dans une interview, même si Giraldi reste passionné par le musicien. Quant à moi, même si je n’ai jamais repeint ma chambre en rouge et blanc (pas même accroché un poster des White Stripes dans ma chambre !), ce texte m’a amenée à réfléchir. Mine de rien, il évoquait avec justesse des éléments très profonds et je me suis forcément reconnue dans certains aspects, même si les conséquences d’une telle passion ont été différentes pour Giraldi et pour moi.

Lazaretto est un bon album, inutile de le cacher. Peut-être moins bon que Blunderbuss, le premier album solo de Jack White, et je sais que beaucoup ne seront pas de cet avis. Blunderbuss me semble plus uni, plus cohérent que son petit frère, qui a tendance à s’éparpiller un peu. (J’ai ma théorie là-dessus : d’ordinaire, White met quelques semaines à mettre en boîte un album. Lazaretto lui a pris dix-huit mois – assez pour essayer trop de choses et perdre son fil conducteur.)

Il n’empêche. Fidèle à mon habitude, je me suis contentée d’écouter les singles, je n’ai rien téléchargé et je suis allée acheter l’album à la Fnac le lendemain de sa sortie. (La veille était un jour férié.) Comme par hasard, le jour où je rendais mon mémoire de fin d’études. La fin d’une époque, en quelque sorte. En six ans, j’ai grandi, accompli des choses et su ce que je voulais faire. Jack White n’aurait plus le même impact sur moi qu’à dix-sept ans. La passion se serait diluée avec toutes les expériences que j’aurais vécues, tous les disques que j’aurais écoutés et tous les livres que j’aurais lus depuis. Seulement, en rentrant chez moi pour glisser le disque dans le lecteur tout en feuilletant le livret de Lazaretto, la même impression est venue. Celle de retrouver un ami très cher, et disons-le tout net, le maître qui m’a tout appris. We meet again, girl.

Rien ne me prédestinait à ressentir ça. (J’entends déjà une amie me dire : « Tu es dans le déni ». Soit. Je ne m’attendais guère à ressentir ça.) En six ans, j’ai gagné en objectivité, la preuve : Lazaretto a des défauts, je suis la première à le dire. Ces dernières années, il m’est arrivé d’être agacée par White (voire carrément remontée), de désapprouver certains de ses actes et décisions. Et heureusement ! J’étais sortie de ma phase d’adoration première pour avoir plus de recul. Ainsi, je m’étais affranchie, pensais-je. Blunderbuss m’avait beaucoup touchée, mais en 2014 Lazaretto trouverait une jeune femme sûre d’elle et un brin cynique, qui saluerait Jack d’un signe de la main, passerait de précieux moments avec lui avant de retourner à ses occupations.

J’ai écouté l’album un grand nombre de fois, et je l’écoute toujours. On fait tous ça avec les disques qu’on aime, pas vrai ? S’en imprégner pour déclarer à la fin : « Oui, je l’ai bien écouté, je peux te dire ce que j’en pense ». Je fais toujours ça avec les albums que j’apprécie. (En ce moment, je suis dans une période Nine Inch Nails et dire le nombre de fois où j’ai passé Year Zero m’est impossible.) J’aime écouter les différents instruments, connaître les paroles, repasser en boucle certains morceaux. Cela dit, lorsque j’ai commencé à lire les interviews de Jack White qui sortaient, à acheter certains journaux anglo-saxons dont il faisait la couverture et à repartir à la recherche des œuvres qu’il citait, il a fallu me rendre à l’évidence.

Le bougre faisait son grand retour dans ma vie.

Damn.

En fait, il me rappelait surtout qu’il n’était jamais parti. Ce qui m’a jetée dans une grande phase d’interrogations et, finalement, poussée à écrire cet article. La question que je me pose, la voici : dans quelle mesure Jack White a-t-il déterminé ce que je suis devenue ? Plus largement, à quel point un artiste peut-il influencer ce que l’on devient ?

A la fin de son essai, William Giraldi écrit que l’on devient obsédé par un artiste parce qu’on veut lui ressembler et qu’on envie ses capacités. On finit ensuite par trouver sa propre voie, et l’obsession n’a plus de raison d’être :

Artists obsess over other artists, over the masters, because we want to be them, want their aptitude and cunning and force in the world. We want to touch our targets of veneration because we’d like to filch pocketfuls of their godliness with the wish of becoming gods ourselves. We obsess over what is doled to us in pieces but denied to us in total, but only until we gain the daring to achieve our own brand of mastery.

Soit. Agreed. Pourtant, le lien que je ressens pour Jack White et sa musique est toujours aussi fort qu’avant, alors que je le croyais atténué. Même si, précisément, j’ai trouvé ma voie. Pourquoi ?

Revenons au commencement. A 17 ans, j’entends pour la première fois l’album des Raconteurs Consolers of the Lonely chez moi, et je suis instantanément captivée. Je connaissais Jack White de réputation, mais je n’avais jamais accroché au peu de chansons White Stripes que j’avais entendues. Je ne sais pas ce qui s’est passé ce jour-là, mais je me souviens très exactement de la phrase que j’ai prononcée, dans un état d’euphorie inconnu : « Je savais bien que Jack White arriverait à la maison ! ». Six ans plus tard, je ne me l’explique toujours pas. Dans la foulée, je suis allée à la médiathèque la plus proche pour emprunter Get Behind Me Satan, dont la pochette me faisait de l’œil depuis sa sortie. (Par la suite, je me suis procuré toute la discographie de Jack White en un temps record.) Je place le disque dans le lecteur. Et à My Doorbell, c’est le début de la fin : j’ai envie de monter un groupe et de faire des chansons.

Forever For Her (Is Over For Me) me motive comme jamais :

Well, let’s do it, let’s get on a plane and just do it
Like the birds and the bees and get to it
Just get out of town and forever be free

Quant à As Ugly As I Seem, c’est la chanson que j’attendais depuis toujours. Elle est encore aujourd’hui ma chanson favorite. C’était le début. J’avais 17 ans, j’étais jeune – et fort impressionnable –, mais j’étais loin de prévoir les conséquences qu’aurait Jack White sur mon existence. Je me suis mise à emprunter tous les albums qu’il citait en interview, et c’est ainsi que j’ai fait mon éducation musicale. Grâce à lui, j’ai découvert le blues des années 30, le garage rock et le cinéma d’Orson Welles, pour ne citer que ça. J’ai lu des choses que je n’aurais jamais lues autrement, sur tous les sujets, parce que notre homme est polymathe, évidemment. Aller lire ou regarder ce que des artistes que j’aime citent est une méthode que j’utilise encore – bien pratique lorsqu’on est à cours d’idées.

Pour les Dead Weather, il a aussi décoré sa batterie avec l’image des trois épouses de Dracula dans la version de Tod Browning (1931).

L’année suivante, je suis entrée à l’université et j’ai fondé mon premier groupe, Tinker Bell, avec une amie. (Qui s’appelait Meg. Je la connaissais bien avant les White Stripes, voyons cela comme une heureuse coïncidence. Ajoutons à cela qu’elle a le même caractère que l’illustre batteuse, que je suis pâle avec des cheveux sombres et bouclés et que je parle beaucoup. Vous voyez le truc.) A l’exception d’un mini concert improvisé à la fac cette année-là, le groupe n’a jamais dépassé les frontières de notre appartement. Il nous reste quelques enregistrements bricolés avec les moyens du bord. La même année, après un an de panne d’écriture, je me suis remise à griffonner, inspirée par la musique de Jack White. D’abord un conte gothique, des petites histoires, puis mon premier roman, Clothilde & Adhémar, qui a été publié aux éditions La Bouquinerie en Décembre 2010. L’histoire se déroule au Moyen-Age. Un jeune homme dont on ignore tout, Adhémar, arrive un jour dans un château. Deux personnages en particulier gravitent autour de lui : un chevalier, Enguerrand, qui le prend en amitié tout en décidant de percer son secret, et la dame des lieux, Clothilde, qui se retrouve envoûtée par Adhémar. C’est une histoire très sombre, où les passions des différents personnages ont des conséquences dramatiques. Le héros était en grande partie inspiré par… Jack White, eh oui. Je me souviens avoir fait tourner en boucle Blue Veins en rédigeant le dernier chapitre. Au début du livre, j’ai mis deux citations, une d’Oscar Wilde et une des Dead Weather, extraite de Will There Be Enough Water. White et Wilde figurent tous deux dans mes remerciements. (Qui sont bien trop débordants et sentimentaux, mais j’étais jeune, encore une fois.)

Ma première phase est passée, et je me suis intéressée à d’autres groupes. Black Rebel Motorcycle Club a aussi eu son importance. Moindre que celle de White, mais une importance qui se manifeste toujours. Rétrospectivement, c’est Jack White qui a provoqué ma passion pour la musique, mon envie d’écrire dessus et de rencontrer des musiciens, ce que j’ai commencé à faire ici et là, pour des blogs… Je sais aussi que je tiens de lui mon éthique de travail : j’aime faire les choses vite et bien. Si je suis impliquée dans un projet, j’aime m’y plonger immédiatement, me concentrer dessus et le réaliser le plus vite possible. Si un projet ne me captive pas tout de suite, ça ne vaut pas le coup. (C’est particulièrement vrai pour les chansons que je bricole : celles que je mets du temps à finir sont systématiquement inutiles et ennuyeuses.) L’écriture de mon premier roman m’a pris trois mois. Celle du roman-feuilleton publié deux ans plus tard pour un quotidien pour lequel je travaillais, quelques semaines. Même chose pour les articles que j’ai publié l’an dernier sur les symboles et l’esthétique de Jack White pour le site Whitestripes.fr : je n’ai fait que ça pendant des jours dès l’instant où on me les a commandés. (Résultat, j’ai appris qu’ils avaient été utilisés pour une thèse – s’il savait.)

Bref, de l’eau a coulé sous les ponts. On arrive en 2014. Six ans plus tard, j’ai déménagé. Je continue toujours à écrire, bien sûr, mais davantage pour le journalisme, ces derniers temps. J’ai publié des articles sur le webzine MIIY, pour qui j’ai interviewé des musiciens. J’ai aussi eu la chance immense de participer à des projets artistiques, comme une adaptation sixties des Femmes Savantes pour le théâtre où j’ai chanté et joué, ou le doublage d’un court-métrage. J’ai aussi fondé un nouveau groupe, The Venetian Sisterhood, avec qui j’ai enregistré des démos en studio la semaine dernière. Et là, c’est le drame. Entendons-nous bien : ce qu’on fait n’a rien à voir avec Jack White. C’est une musique gothique, avec des influences médiévales parfois et, bon. Mais quand je me suis retrouvée dans le studio, je me suis rendue compte que la façon dont je concevais la musique n’était pas si différente de celle d’un grand pâlichon hirsute. La jeune femme qui chante et écrit dans ce groupe avec moi m’a d’ailleurs taquinée sur ma manie de vouloir conserver certains accidents sur l’enregistrement, ou mon émerveillement face à l’idée de mettre trois voix dans le refrain – au lieu des deux initialement prévues.

Plutôt que de m’enfermer dans ma chambre et de tourner en rond en me posant des questions, je préfère écrire. Récemment, je me suis demandée si j’avais voulu devenir journaliste juste pour avoir la chance de rencontrer Jack White un jour. Je ne le pense pas. Ça a dû motiver mon choix, bien sûr, mais ce n’est pas la raison principale. J’aime écrire depuis toujours, et rencontrer toutes sortes de gens – voilà les raisons. Et si j’ai la chance de pouvoir rencontrer des musiciens et d’écrire sur eux, comme ça a été le cas cette année avec Lauren Housley et The Legendary Tigerman, alors je suis très heureuse de cet accomplissement. Il suffit juste de passer à l’étape suivante. Celle du dessus. Peut-être rencontrer le Maître un jour – et je sais exactement quel genre de questions je voudrais lui poser.

Est-ce que Jack White est responsable de la façon dont je travaille, d’une certaine vision que j’ai du monde, de mon envie de faire le plus de choses possible ? En grande partie. Si je me tourne vers les six années écoulées depuis que les premières notes de l’album des Raconteurs ont résonné dans mes oreilles, je me dis que je ne m’en suis pas si mal tirée. J’ai raconté une petite partie de ce qui m’est arrivé grâce à (ou à cause de) Jack dans cet article. Je pense encore à plein d’autres choses qui ne seraient pas survenues sans lui, aux gens que je n’aurais jamais rencontrés. La sortie de Lazaretto les a ravivées, et m’a aussi rappelé toutes les choses qui me restaient à faire avant de saluer la Grande Faucheuse. Merci Jack White ?

Avec de la chance, je pourrais peut-être le lui dire en personne, un jour. Après tout, une élève se doit de remercier celui qui l’a formée.

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Oneiroi

Par Adeline Arénas

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And the moonlight they’re more thrilling
Those things that he knows
Alex Turner – The Jeweller’s Hands

Elizabeth a oublié ses mitaines et penche la tête de côté. Il est tard, l’aiguille de l’horloge va bientôt en frapper le sommet et… Ah, voilà. Le tintamarre a commencé, rompant le silence de la ville. Douze coups, minuit. Le cliché est vite passé. Ses mains sont froides.

Il n’empêche qu’elle l’attend toujours. D’un côté, s’il était arrivé à minuit pile, ça aurait paru si irréel et si fabriqué que, forcément, un peu de gâchis aurait été constaté. L’instant aurait été gâché.

Elizabeth tourne, observe toutes les entrées des ruelles qui débouchent sur la petite place mais non, il n’est toujours pas là. Dans cinq minutes, elle estimera le cap du retard franchi. Et jurera tout bas, probablement.

« Elizabeth. »

Elle se retourne et le voilà, surgit de la ruelle qu’elle a regardée deux minutes avant. Le temps, une obsession ! C’est la première fois qu’elle aura l’occasion de vraiment lui parler. Plus en tout cas que les cinq minutes de conversation échangées dans une salle de concert, au début de la nuit dernière. Ils étaient venus voir la même chose. Elizabeth se retient d’incliner la tête.
Ce qui est amusant, parce qu’elle s’incline toujours quand on lui présente des gens. N’importe qui. Politesse d’un autre âge qu’elle s’est instituée et qu’elle respecte. C’est le plus ancien, le plus majestueux de tous les êtres qui lui aient été donnés de voir – et pourtant elle ne bouge pas. Elizabeth se contente de le regarder comme un membre de sa famille, avec le respect dû à un aîné depuis longtemps parti et attendu.

« Oneiroi. »

Elizabeth l’a soufflé et l’être semble réfléchir à la portée du nom.

« Si c’est ainsi que tu veux me nommer.
– Peu importe ton vrai nom, ça fluctue et tu en changes souvent. Tu seras Oneiroi pour moi car c’est ainsi que je te vois. »

Lui semble réfléchir. Comme s’il ouvrait un vieux tiroir et souriait à la vue d’un souvenir.

« Les dieux des songes, habitants de l’Érèbe aux confins du monde. »

Elizabeth irradie.

« Que veux-tu voir ?
– Tout.
– Ce qui peut avoir une définition différente pour toi et moi, dit-il. Viens. »

Oneiroi l’entraîne à travers les rues baignées par la nuit. Si calmes, et si peu dangereuses que les confins du monde semblent se trouver là. Elle le dit et elle sait, même s’il ne répond pas, que son idée n’est pas différente.

Les grains de sable qu’elle a ramassé s’écoulent de son poing serré, à la fois rugueux et agréables. Froids, alors qu’ils ont été chauds toute la journée. Pendant qu’ils s’écoulent hors d’elle, Oneiroi lui explique la marche du monde. Elizabeth secoue la tête, sourit : c’est une théorie qu’elle n’approuve pas. Il change de sujet et lui fait voir des constellations. Il place sa main sous la sienne et recueille des grains de sable, les minéraux et les morceaux de rochers qu’elle laisse tomber. Il les compare aux astres et aux étoiles.
Des galaxies il en vient à la musique. Comme ça, juste en passant. Les deux phrases qu’il lâche resteront gravées en elle. Elizabeth veut parler d’une pièce très vieille et très oubliée qu’elle a lue il y a longtemps, à laquelle Oneiroi lui fait penser. C’est au visage de l’être de s’éclairer.

« La chose est peu connue. »

Sa voix à lui est presque raffinée, pleine de tous les livres qu’il a lus et de toutes les musiques qu’il a écoutées. Elle en serait tombée amoureuse si elle n’avait pas déjà un amant qui avait noué son cœur au sien. Il est loin, si loin d’elle en ce moment… Oneiroi est lié, lui aussi, à une épouse qui l’attend à l’autre bout du monde. Il regarde Elizabeth. Son reflet, avec un ou deux millénaires de retard.

Il lui parle de livres et elle se souvient d’articles d’encyclopédies. Elles prennent la poussière, elle doit toujours souffler sur la tranche des pages fines comme du papier bible. Elle imagine les illustrations frappées entre les colonnes chargées d’inscriptions. Bam. Ses lèvres forment une onomatopée muette.

« Et la musique ?
– La musique ?
– Tu ne peux pas te contenter de m’en parler si peu. (Elle se corrige.) Je ne peux pas m’en contenter. Parle-moi des vieux instruments. »

Oneiroi s’exécute obligeamment, comme on satisferait au caprice d’un enfant déjà trop gâté. Elizabeth pose brusquement une question sur la mécanique. Comment fonctionnent les choses ? Est-ce qu’on sait pourquoi…

« C’est à mon tour d’avoir une question à te poser. »

Au loin, le ciel bleuit légèrement. Le noir devient gris, le jour va se lever. La promenade a été longue. Leur point de départ est très loin derrière eux.

Elizabeth regarde Oneiroi.

« C’est ta faim qui t’a poussée à venir me voir, n’est-ce pas ? »

Elle sourit. Qu’il lui pose cette question est un paradoxe en soit.

« Impossible de le nier.
– Suppose que je te donne ceci. (Il dresse une main blanche, qu’elle devine froide sans la toucher, dans l’obscurité qui faiblit.) Y as-tu pensé ?
– Brièvement. Comme une chose qu’il serait trop insultante de demander. Je n’ai pas cette prétention. Je ne veux pas faire offense…
– Si je te fais ce don, c’est à double tranchant. Tu sauras, bien plus que tu ne sais déjà. Infiniment plus. Mais ta faim de savoir sera encore plus grande. »

Oneiroi a un sourire amusé. Une pensée lui est venue.

« Tout en restant parfaitement mortelle, bien sûr. Tu ne veux pas de l’immortalité, je me trompe ? Tu as déjà trop d’errances nocturnes. »

Il se penche vers elle.

« Et il y a un amour immodéré de la lumière,… (Il se redresse.) Ah ! Quel dommage. »

Ses deux derniers mots sont presque inintelligibles. Il soupire.

« Ou peut-être pas. »

Oneiroi décide de mettre fin à ses idées, qui menacent de prendre le dessus sur l’instant présent. Sur Elizabeth, qu’il ne reverra plus. Il ne l’évitera même pas, c’est un simple fait : c’est la dernière fois qu’il la voit. Il le sait et la décision ne relève pas d’eux.

Peu après il l’a quittée. Elizabeth se tient debout, tremblant presque face au ciel qui devient de plus en plus clair. Elle a la pression froide de la main d’Oneiroi contre ses lèvres, et le goût du sang chaud qu’elle a l’impression de sentir encore s’écouler dans sa gorge.

Les idées luttent. La Beauté. La mécanique. Les anneaux autour des planètes. Les grains de sable qui glissent hors d’elle. Oneiroi. « Oneiroi », prononce-t-elle.

Et la faim, la faim qui jamais ne cessera.

Fin

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L’article jeté à l’instant sur vos écrans est consacré à un musicien que j’ai (re)découvert il y a peu. Jay Reatard.

Je me souviens du jour où je l’ai découvert : celui de l’annonce de sa mort. C’était un jour gris de 2010, j’étais seule dans mon appart et j’ai vu pour la première fois le visage de ce jeune homme dans un article. Ce jour-là, des chansons et des démos avaient été mises gratuitement en ligne et j’en ai pris un certain nombre… plutôt sympathiques.

Trois ans plus tard, dans ma logique de consommer une œuvre par jour, je me suis souvenue de Reatard, que je n’avais pas écouté depuis des temps immémoriaux. Je ne sais pas pourquoi j’ai choisi Watch Me Fall ce jour-là. Toujours est-il que l’album a été vraie claque et que depuis, je l’écoute tous les jours sur mon samsung, dans les transports, dans la rue, partout.

Donc, j’ai décidé de partager cette découverte. Parce que Jay n’est pas assez connu et qu’il mérite de l’être, tout simplement. Après tout, ce blog est surtout là pour ça : transmettre ce que j’aime.

Jay Reatard (né Jimmy Lee Lindsey Jr) est mort à 29 ans en 2010, alors qu’il commençait à sortir de la confidentialité de la scène garage/punk et à faire les couvertures des journaux. Carrément.

Avant ça, il aura eu 22 albums, une quarantaine de singles et des poussières au compteur – d’après the man himself. A une époque, Jay Reatard disait même écrire une chanson par jour. Il fallait que ça sorte et la vie de Jay Reatard a toujours été à l’image de son œuvre : urgente, nécessaire, remplie jusqu’à ras bord.

© Audrey Cerdan

A 15 ans, les parents de Jay l’ont mis face à un choix : soit il arrêtait de gratter sa guitare dans sa chambre pour aller en cours, soit il dégageait. Jay a pris ses cliques et ses claques et n’est jamais revenu.

A partir de là, sa vie fut corps et âme dédiée à la musique. Jay a connu plusieurs groupes, sorti un nombre incalculable de chansons et apparemment, travaillait encore sur un album peu avant sa mort.

Celui qui l’a révélé au grand public – et récolté des critiques dithyrambiques – s’intitule donc Watch Me Fall (2010). C’est un disque court (32 minutes et quelques secondes) et beau. Surtout beau.

J’ignore si le terme garage-pop existe, mais c’est vraiment ça. Jay Reatard a longtemps œuvré dans la musique punk et le garage bien cracra, ce qui n’est pas pour me déplaire. Watch Me Fall a toujours cette rage, mais il est traversé de mélodies fulgurantes et de chansons qui mettent de bonne humeur pour la journée. En dépit des paroles.

Impossible de ne pas agiter la tête sur Ain’t Gonna Save Me, par exemple. Pourtant, les paroles de Jay Reatard sont souvent sombres et désespérées. Il a parfois dit qu’il ne fallait pas y prêter trop attention, que seule la mélodie comptait. Tu parles. Sans y voir de présages concernant sa mort, je préfère y déceler la sincérité d’un jeune homme qui mettait toutes ses tripes dans ses chansons.

Et du coup, quand je l’entends chanter « There is no sun… for me », je pense à tous les héros que j’aime – ceux que j’ai créés ou les autres types que j’admire, là-bas – et je me dis que Jay a parfaitement sa place parmi eux.

C’est d’ailleurs pour ça que je l’aime bien. J’admire la vie qu’il a eue parce qu’il a eu le courage de vivre entièrement par et pour ce qu’il aimait, sans concession. J’apprécie sa culture musicale absolument dingue. D’ailleurs, je ne dois pas regarder cette interview parce que je vais me mettre à chercher tout ce dont il parle. Foutue manie. Mais je la poste pour vous, sait-on jamais.

J’apprécie aussi le fait qu’avec le temps, il soit passé du garnement à cet homme intelligent, terriblement lucide, qu’on a pu voir dans ses dernières interviews, qui sont toujours intéressantes à écouter ou à lire.
(Et quand il parle, il a la même voix que Jack White. C’est un peu déstabilisant, au début.)

J’aime bien Jay Reatard parce que bon sang, il s’est toujours complètement fichu du qu’en dira-t-on et que jusqu’à la fin, il a porté son art et l’a incarné. On a besoin de plus de gens comme lui, qui ne se soucient pas d’être sages ou bien vus, et qui aient une telle sincérité.

En attendant, je fais ce que j’aime et j’essaie de le faire connaître le plus possible. Qui sait, il parviendra peut-être à créer une étincelle chez un de mes lecteurs, hein ?

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Écrit à l’encre rouge.

Maxellende ne parvenait pas à dormir. Elle avait laissé les fenêtres de sa chambre ouvertes et refusé de tirer les rideaux de son lit à baldaquin. La vue des étoiles et les bruissements de la nuit ne parvenaient toujours pas à l’apaiser. Pourtant, elle n’était visitée par aucune des rêveries qui la berçaient d’ordinaire, l’emmenant doucement vers le sommeil avant même qu’elle ait pu s’en rendre compte.

Après s’être une fois de plus retournée dans son lit, elle agrippa son drap, indécise. Le château était parfaitement silencieux, du moins dans cette aile. Maxellende rejeta ses couvertures, se leva et, aidée par la lueur des astres, ses yeux habitués à l’obscurité, elle trouva le moyen d’allumer un chandelier.
Quelques instants plus tard, elle avait revêtu la robe de velours noir qu’elle avait portée pendant la journée et, les cheveux dénoués, elle entreprit de parcourir les sombres couloirs de la demeure.

Elle parvint ainsi jusqu’à une autre aile du château et ralentit sa marche. Et Maxellende commença à entendre une mélodie. Elle fut surprise par la douceur et la mélancolie produite par un tel instrument. Un orgue. Elle s’approcha davantage et aperçut la porte entrebâillée. L’ouverture jetait un éclair argenté sur le sol. Maxellende poussa doucement la porte. Son chandelier éclaira d’abord une pièce vide, puis, quand elle eut refermé la porte derrière elle, elle vit un homme occupé à jouer. Son visage lui était invisible. Maxellende posa son chandelier. Il semblait presque caresser les touches, et son corps bougeait au rythme de la musique qu’il déroulait, animé par une grâce étrange. Lorsqu’il s’arrêta, Maxellende resta silencieuse. Elle savait qu’il était au fait de sa présence depuis qu’elle avait franchi la porte.

« C’est une nuit paisible », remarqua-t-il.

Il se leva et, lentement, se tourna vers elle. Elle vit la veste noire hâtivement jetée sur ses épaules, la chemise blanche dont les manches n’avaient pas été boutonnées. Dans ses yeux brillait un éclat fiévreux. Pour lui aussi, la nuit était agitée.

« Maxellende Lucretia », murmura-t-il.

Elle se précipita vers lui, posa sa main sur sa nuque et attira son front contre le sien.

« Partage tes démons avec les miens, dit-elle. Offre-les moi. »

Il sourit et fit glisser sa main sur ses longs cheveux.

« Nous sommes tous deux hantés, ma romantique enfant. »

Il se pencha vers son cou. Maxellende ne tressaillit pas. Son baiser fut délicat. Lorsqu’il la regarda à nouveau, Maxellende vit des rêveries de sang et de portes infernales.
Ignorant les rumeurs de la nuit, ils retournèrent aux noirs corridors du château, avides de chimères et de vertiges.
Les flammes du chandelier éclairaient toujours l’orgue silencieux.

28/29 Juillet 2012.
Commencé la nuit.

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