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Archive for the ‘Uncategorized’ Category

Ça y est, le grand moment est arrivé : le bilan 2016 ! J’avais beaucoup aimé faire celui de l’an dernier, alors je récidive – parce que pourquoi se priver d’un plaisir, je vous le demande ?

2016 a été une année fort chargée. Il est hors de question de faire ici écho aux « 2016 année pourrie » que je vois fleurir partout sur les réseaux sociaux. Mon année fut parfois difficile, mais globalement très réussie. Et à l’échelle mondiale, il ne tient qu’à chacun d’agir pour faire changer les choses. J’en avais déjà touché un mot ici, et je vous renvoie à l’excellent billet publié sur Rue 89 à propos de la tendance générale à blâmer 2016.

Si vous voulez me suivre hors de ce petit blog, sachez que je collabore régulièrement avec le joli webzine Ta Chatte. J’y publie des chroniques tous les mois, et celle sur les fanfictions parue en mai est une des petites lueurs qui ont parsemé mon année 2016. Si vous habitez à Lyon, vous pourrez aussi assister à ma pièce Le Vampire de la rue Morgue (Parties 1 et 2), les 4, 5, 6 et 7 janvier au Théâtre de l’Uchronie (pour commencer). J’ai d’autres projets d’écriture pour l’année qui vient. Ce ne sera pas du théâtre, mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant.

Bref, trêve de bavardage, c’est parti pour le top des séries, films, musique et livres de 2016 !

TOP DES SÉRIES 2016

Et devant vous, le désert. C’est sans doute l’année où j’ai le moins regardé de séries. (Pour diverses raison, mais principalement… parce que je n’en ai pas eu envie ?) J’ai cependant un coup de cœur à vous faire partager cette année, et il s’agit d’une websérie.

EDGAR ALLAN POE’S MURDER MYSTERY DINNER PARTY

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J’ai découvert le travail de la bande Shipwrecked Comedy cette année. C’est un collectif de jeunes gens talentueux, emmenés par Sean et Sinéad Persaud, un frère et une sœur qui adorent les bouquins (et sont visiblement fans d’Harry Potter). Cette série compte onze épisodes d’un quart d’heure maximum. Edgar Poe, assisté du fantôme Lenore, décide d’inviter le gratin des écrivains à dîner : Oscar Wilde, Louisa May Alcott, Hemingway, Dostoievski, George Eliot, Charlotte Brontë… Mais la petite réception se transforme rapidement en un remake des Dix Petits Nègres. Qui va survivre ? Qui est le meurtrier ? L’équipe de Shipwrecked Comedy a fait un crowdfunding pour pouvoir tourner cette série, ce qui leur a permis d’avoir des décors, des costumes et une BO à la hauteur du projet. Les acteurs sont tous bons, les références parfaites, et le tout transpire la passion pour la littérature. Diffusée sur Youtube, cette petite série hilarante et gothique s’est achevée le jour d’Halloween, et je ne peux que vous encourager à la voir !

LES AUTRES

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Ci-dessus le meilleur moment de la saison 3 de Penny Dreadful.

Agent Carter : de l’avis général sur Tumblr, la saison 2 était très inférieure à la première, et je ne puis qu’acquiescer. Le charme rétro est toujours là, mais plonger soudainement la fière Peggy Carter dans un triangle amoureux ridicule m’a semblé trahir l’esprit même de la série. Message aux scénaristes : arrêtez de finir vos séries sur des cliffhangers quand vous ne savez pas si elles seront renouvelées ! Damn. Vous l’aurez compris, Agent Carter a été annulée… et ce n’est peut-être pas plus mal.

Penny Dreadful : la série s’est elle aussi conclue cette année, et j’en suis ravie ! (Oui, je déteste les séries longues.) Sans spoiler, elle se termine sur une vraie fin, et ça fait plaisir. Certains ont crié au scandale, mais je l’ai trouvée logique. Tout n’est pas parfait… (Introduire de nouveaux personnages deux épisodes avant la fin, ou bâcler certaines intrigues secondaires, bon. Et Jekyll qui, malgré de bonnes idées et le charisme dingue de l’acteur, ne sert à rien.)… mais ça me semble très correct. La saison 2 restant définitivement la meilleure.

Les séries que je voudrais voir en 2017 : celles que j’avais mentionnées l’an dernier. Et je suis très tentée par Black Sails, histoire de changer d’horizon – même si la taille du monstre me fait un peu peur. Oh et Sherlock, bien sûr, qui reprend ce soir à l’heure où j’écris ces lignes !

TOP DES FILMS 2016

Commençons tout de suite par les attentes que j’avais mentionnées dans mon top de l’an dernier :

  • High-Rise : très bonne adaptation du livre. Visuellement, le film est intéressant, mais il lui manque peut-être quelque chose. Mmh.
  • Suicide Squad : tout a été dit et écrit sur le sujet. Sachant que les personnages seraient trahis (n’est-ce pas, Harley et le Joker) et m’attendant au pire… j’ai presque passé un bon moment.
  • Captain America : Civil War : c’était tellement bien. Ça ne pouvait pas être comme les comics, c’est donc devenu un très bon film Marvel Studios. TeamIronMan.

Avant d’annoncer mes coups de cœur, je préviens tout de suite que je n’ai pas encore vu Nice Guys, Captain Fantastic et Patterson. Zootopie était très bien. Les Animaux Fantastiques n’a valu que pour Colin Farrell, et j’ai détesté Mademoiselle, qu’on m’a pourtant survendu. (Je suis d’autant plus déçue que j’aime bien Park Chan-Wook, et que je pense que je vais beaucoup aimer le roman original de Sarah Waters, qui m’attend sur mon étagère.) The Neon Demon m’a laissée très… mitigée. Doctor Strange a été un vrai film feel good, avec une trame classique mais des personnages non-manichéens, de vraies questions sur la foi, et des effets visuels assez fous. Un petit baume au cœur. Et Premier Contact était très beau.

Le coup de cœur sera en fait deux films, ex aequo. On commence par la production indépendante du lot, histoire de dire qu’il n’y en a pas que pour les blockbusters.

THE WITCH DE ROBERT EGGERS

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« Encore un film gothique, quelle surprise ! » Ne partez pas tout de suite. Ces derniers temps, j’ai considérablement diminué mes visionnages de films d’épouvante. Aussi ai-je abordé The Witch avec précaution, un soir où je me sentais d’attaque, encouragée par les critiques, deux ou trois interviews du réalisateur et… l’intrigue spoilée. Mais peu importe. The Witch est avant tout un magnifique film d’atmosphère, avec une photo impeccable et des acteurs incroyablement justes – et pour la plupart inconnus. (Pas tout à fait, il y a Ralph Ineson qui dévoile son charisme fou, loin des rôles ingrats qu’il a eu dans des séries jusqu’à maintenant. Révélation du film.) Le film a un souci de véracité historique (l’histoire se passe au temps des colons américains) et de proposer une histoire originale. Tout en glissant subtilement quelques messages sur l’intégrisme religieux et le féminisme. Je trouve que les films d’horreur se terminent souvent trop facilement : par une chute qui annonce le retour de la créature, ou un happy end classique. Sans spoiler, il n’y a rien de tout cela dans The Witch, qui se termine de façon absolument parfaite. J’ai rarement été aussi contente de la fin d’un long-métrage, et j’avais envie d’applaudir. The Witch n’est jamais gore, il ne contient pas de scène choc, mais il instaure un climat bien particulier qui va crescendo. J’ai hâte de voir ce que Robert Eggers va faire ensuite.

ROGUE ONE : A STAR WARS STORY DE GARETH EDWARDS

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Vainqueur ex-aequo de l’année. Encore aujourd’hui, je suis presque incapable d’expliquer pourquoi, parce que le film a évidemment des défauts. (Le fait d’utiliser la CGI pour ramener le personnage de Tarquin, joué par feu Peter Cushing, me pose également problème.) Et pourtant… en dépit de tout ça, ce film est mon préféré de l’année avec The Witch. Il aborde des questions sur le fait de se rebeller, de s’engager pour défendre des valeurs, d’être prêt à les remettre en cause… Le sous-texte de Rogue One est très actuel et pousse à la réflexion. Le personnage de Cassian Andor est ambivalent à souhait, et incarne ce questionnement à la perfection. Et que dire de Jyn Erso, qui est sans doute l’héroïne de Star Wars auquel on peut le plus facilement s’identifier. Toute la salle a applaudi à la fin du film, mais j’avoue que je ne sais pas quand je serai capable de le revoir tant il m’a secouée. En ce qui me concerne, il a été le point de départ d’une réflexion et de nouveaux projets pour l’année à venir.

Le petit coup de cœur qui n’est pas sorti cette année : Agora, d’Alejandro Amenabar. On continue avec la thématique de la rébellion, agrémentée d’un encouragement à se cultiver et à rechercher le savoir. Ce film montre aussi l’une des plus belles amitiés homme-femme que j’aie pu voir (Orestes et Hypatia, vous faites un super fond d’écran, ne changez rien).

TOP DES ALBUMS 2016

L’année n’a pas été folle musicalement, si ? J’attends plus de 2017, que diable ! J’ai cependant des petits coups de cœur qui s’en détachent. Ce n’est pas foufou, mais ils ont été de petites lueurs bienvenues.

EVERYTHING YOU’VE COME TO EXPECT DE THE LAST SHADOW PUPPETS

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Jamais album ne porta un titre aussi prétentieux. (Suis-je trop cinglante ?) J’avais pourtant dit que c’était l’album que j’attendais le plus de 2016. Il est inférieur au précédent opus, et Alex Turner semble désormais prendre bien plus de place que Miles Kane au sein du duo, ce que je trouve dommage. Et pourtant, c’est l’album que j’ai le plus écouté en 2016. De loin. Used To Be My Girl est ma chanson préférée de l’année, et j’ai terminé l’écriture de ma seconde pièce de théâtre avec The Dream Synopsis en musique de fond. Après tout, Alex Turner a toujours un don incroyable avec les mots, les orchestrations de TLSP sont réussies, et l’album est beau. Inférieur à son prédécesseur, mais beau cependant.

MENTIONS TRES BIEN

  • Citizen of Glass, d’Agnes Obel : un joli successeur à Aventine, avec de nouvelles trouvailles et quelques morceaux magnifiques comme Familiar ou Trojan Horses. Merveilleux compagnon d’écriture aussi.
  • Not the Actual Events, de Nine Inch Nails : et Trent Reznor arriva pour sauver 2016. Cet EP au son bien sale, qui me rappelle Year Zero (mon album préféré de NIN) a été la très bonne surprise de fin d’année. Et le morceau (dantesque) Burning Bright, on en parle ?
  • Popestar, de Ghost : rien à dire, tout est parfait. Je ne sais pas combien de temps ces suédois pourront maintenir un tel niveau d’excellence, mais profitons-en. (Je retiens I Believe comme instant de grâce ultime de cette année.)
  • L’album éponyme de Nothing But Thieves, qui date de 2015 mais qui m’a suivie toute l’année (et est ad vitam aeternam associé au personnage de Kylo Ren dans mon esprit, je sortais de The Force Awakens quand je l’ai écouté).

Cette année, j’ai aussi eu une période où j’ai écouté pas mal de metal. J’en écoute peu en général, parce que j’ai tendance à être exigeante (difficile) sur la question. Mais je me dois de mentionner les découvertes suivantes : Opeth, Katatonia, le dernier album de Gojira et Alcest. (Je n’arrive toujours pas à savoir si j’aime Alcest, le concept, le propos, la musique, mais si j’y reviens, c’est que ça ne doit pas me déplaire totalement.) Oh et HIM, bien sûr. Mais Ville Valo ça fera l’objet d’un prochain article ici.

TOP DES LIVRES 2016

Je n’ai rien lu qui soit sorti cette année, excepté Harry Potter and the Cursed Child (je fais partie de ceux qui défendent la pièce) et trois (excellentes) BDs. J’ai globalement tenu mes résolutions de lecture, excepté pour ce qui était de dévorer toutes les pièces de Shakespeare – mais la fin est proche. Comme l’année dernière, les lectures qui ont fait vibrer mon cœur sont arrivées à la fin de l’année. Comme pour les films, elles sont deux ex aequo.

LE PARADIS PERDU DE JOHN MILTON

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Enfin ! Enfin, j’ai pu découvrir ce classique cité par je ne sais combien d’écrivains, de musiciens, de peintres et de cinéastes. Ce long poème épique en douze chants a été écrit au XVIIème siècle, et même si j’ai l’habitude de lire en anglais, j’ai préféré opter pour une traduction pour une telle lecture. J’ai donc lu celle de Chateaubriand (mise gratuitement à disposition par Gallica, merci les gars). Le Paradis Perdu est une lecture très dense, très difficile, qui nécessite de capter le rythme de la langue avant que les pages ne se succèdent plus facilement. Mais ça a été une immense lecture. Déjà parce que c’est beau, tout bêtement. Le Paradis Perdu raconte l’histoire de Lucifer, après qu’il ait perdu la bataille contre Dieu et soit devenu roi des Enfers, qui décide de se venger en tentant Eve, corrompant ainsi le genre humain. Simple, vous direz-vous. Sauf que Le Paradis Perdu fait partie de ces quelques livres inscrits dans l’ADN du monde et qui ont influencé toute la création artistique des siècles postérieurs (un peu comme la Bible, Shakespeare ou Le Morte d’Arthur, pour prendre trois exemples différents). A chaque page ou presque, j’ai reconnu des choses que j’avais pu voir dans des films ou des livres. A commencer par A la croisée des mondes, bien sûr, qui a largement puisé dans ce livre – y compris son titre original – et m’a, le premier, donné envie de lire Milton. Batailles épiques, descriptions d’autres univers, personnages mythiques, création du monde, tout est là. La seule chose qui m’a envie de taper sur Milton (paix à son âme) est le traitement réservé à Eve, horriblement misogyne (c’est le contexte, diront certains). Vous saviez qu’il a dicté tout le poème à ses filles, parce qu’il était aveugle au moment de sa conception ? Je ne cherche même plus à comprendre.

LA SAGA ARTEMIS FOWL, D’EOIN COLFER

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Il fut un temps en 2016 où j’ai râlé contre l’absence de « héros génies » dans la littérature. Je me suis souvenue d’Artemis Fowl : j’avais lu les trois premiers tomes à douze ans, le quatrième un peu plus tard – et j’avais été déçue. J’ai donc décidé de tout reprendre, et d’enchaîner les huit volumes de la série. Ce que j’ai fait. L’avantage, c’est qu’ils sont relativement courts, mais les enchaîner peut entraîner un sentiment de redondance. Certaines intrigues sont répétitives, cependant les personnages sont toujours attachants et drôles. Eoin Colfer a aussi un talent particulier pour rendre les fins de chaque tome émouvantes. Le troisième tome reste toujours mon préféré, le six m’a fait lever les yeux au ciel à de nombreuses reprises. Quant au dernier livre, il est très bien, il fait le boulot et apporte une vraie conclusion. Il y a aussi un discours écologique qui traverse toute la série, qui est aussi portée par de très bons personnages féminins. J’ai aimé retrouvé Artemis, le premier héros que j’aie vraiment adoré, et il ne m’a pas déçue. Replonger dans son univers avec un recul de jeune adulte était une bonne expérience, qui m’a accompagnée à un moment où j’avais besoin d’un tel personnage.

MENTION TRÈS BIEN : HASARD OU DESTINÉE, DE BECKY CLOONAN

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J’achète peu de BDs, étant très exigeante (ou difficile, encore une fois) sur le dessin et le scénario. J’avais entendu du bien de ce recueil de trois histoires de Becky Cloonan, et on me l’a offert pour Noël. (Soulignons au passage que c’est aussi un très bel objet.) Les trois contes de Becky Cloonan se déroulent dans une époque médiévale gothique et romantique : il y a une histoire de sortilège, une de loup-garou, et une autre de bois hanté. Ces récits atmosphériques ont tous l’amour comme fil conducteur. Les dessins sont magnifiques, les histoires empreintes d’une atmosphère que j’apprécie, et ne trouve que trop rarement. (Elle est présente chez Léa Silhol, La Motte-Fouqué ou encore Tolkien dans Le Silmarillion.) Ce livre fait d’ailleurs écho à mon projet d’écriture de cette année, dont j’espère pouvoir vous reparler bientôt !

Ce que je voudrais lire en 2016 : ma liste comporte déjà plein de livres à lire, et il y en aura d’autres. Mais bien plus de livres, et de genres très différents, qui nourrissent ma faim toujours grandissante d’apprentie polymathe !

Et voilà, c’en est fini du bilan de l’an 2016. S’il vous a donné envie de découvrir certaines œuvres, il aura indéniablement servi à quelque chose. Bonne année 2017 à tous, soyez curieux, dévorez des bouquins, des films et de la musique et que la Force soit avec vous !

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Influence néfaste de l'art

On a, bien sûr, beaucoup parlé des attentats de Boston ces derniers temps. Et hier matin, je suis tombée sur un article qui titrait : « Boston : le terroriste se serait inspiré de séries télé »Et d’ajouter : « Le poseur de bombes survivant, Djokhar Tsarnaev, est un grand fan de Breaking Bad, et Games of Thrones ». Apparemment, il se serait même vanté sur Twitter d’avoir appris à dissimuler un cadavre grâce à Breaking Bad.

En 1996, après la fusillade perpétrée par un jeune homme dans le Kentucky, c’est un roman de Stephen King, Rage, qui avait été désigné, le tueur en possédant une copie. Et en 1999, après la fusillade de Columbine, certains avaient pointé du doigt Marilyn Manson, accusé d’avoir inspiré la fusillade perpétrée par deux adolescents dans un lycée.  Résultat : King a décidé de retirer son roman de la vente. Manson, affecté de l’accusation portée à son encontre, est revenu avec le sombre, ironique et un brin désespéré Holy Wood. (Voyons le bon côté des choses : sans cette polémique, il n’aurait peut-être pas écrit un aussi bon album.)

On sait que des criminels ont été inspirés par des films comme Scream ou Orange Mécanique. Je me souviens avoir lu dans une critique sur internet l’avis d’un homme qui disait avoir brûlé une voiture juste après avoir assisté à la première projection du film de Kubrick.

Alors, faut-il vraiment censurer ces artistes et ces œuvres ? Faut-il assagir l’art, ne vendre que du Justin Bieber ou des Bisounours pour restreindre au maximum les risques de pétage de plombs ?

C’est vrai, j’écoute Marilyn Manson, je lis de la littérature gothique et je suis une fan du personnage du Joker dans The Dark Knight. Est-ce pour autant que je vais aller faire exploser un immeuble ou poignarder quelqu’un dans la rue ? J’en doute. J’en doute fortement.

Les criminels que l’on accuse sont déjà malades, fondamentalement. Les œuvres dont ils se revendiquent ou qui les influencent ne font qu’alimenter une folie qui existe déjà.

Une chanson comme Irresponsible Hate Anthem (Marilyn Manson), Fuck The People (The Kills) ou Six Barrel Shotgun (BRMC) me sert d’exutoire. Même chose pour The Dark Knight. Grâces leur soit rendues. Sans ces œuvres, je n’aurais jamais pu mettre des mots sur ma rage, parfois, ou la calmer. Et je sais, évidemment, qu’une quantité effarante de gens sont dans le même cas.

Du reste, la plupart des œuvres violentes accusées de corrompre la jeunesse, en réalité, dénoncent cette violence. C’est le cas d’Orange Mécanique. Et lorsque ce n’est pas le cas, la violence est un parti pris esthétique dans l’œuvre. Elle peut aussi être gratuite, c’est vrai. Mais c’est alors au spectateur de placer une distance entre lui et le film, entre lui et la musique, entre lui et le livre.

Je ne nie pas que l’art peut être dangereux. Oscar Wilde l’a finement montré dans son essai Le Déclin du Mensonge. Certains courants de pensée diabolisent l’art, à leur aise. Certaines œuvres possèdent effectivement un pouvoir vénéneux pour des esprits par trop influençables. Cependant, si l’on est capable de mettre une distance, d’apprécier l’œuvre sans s’en imprégner plus que de raison, si elle sert d’exutoire autant qu’elle fait réfléchir, pourquoi la condamner ?

L’article sur Djokhar Tsarnaev me révolte, parce qu’il ressasse des problèmes qui se posaient déjà des siècles auparavant. Au XVIIIème siècle, un jeune homme, le Chevalier de La Barre, fut soupçonné d’avoir tailladé un crucifix ; il avait, en outre, été accusé d’avoir chanté des chansons libertines pour se moquer de la religion et d’avoir refusé de se découvrir lors du passage d’une procession religieuse. En fouillant chez lui, les autorités découvrirent des écrits de Voltaire : l’écrivain fut accusé de corrompre la jeunesse par ses écrits. Quant au chevalier, il fut exécuté.

L’art n’est pas à condamner, et il n’est pas responsable des dérives de terroristes. Les scénaristes de Breaking Bad ne sont pas à blâmer, pas plus que ne l’était Manson en 1999. Ce sont ceux qui font mauvais usage, mauvaise interprétation de ces œuvres qui le sont, et eux seuls.

Et que cela n’empêche jamais artistes, écrivains, musiciens, peintres de créer, de dénoncer, et de s’en donner à cœur joie.

[Merci à une amie – elle se reconnaîtra – pour m’avoir mise sur la piste du Chevalier de La Barre.]

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