Feeds:
Posts
Comments

Posts Tagged ‘jack white’

Eh bien, les enfants, on peut dire que ça n’a pas été très folichon cette année, mmh ? Culturellement parlant, veux-je dire. 2018 était bien meilleure que 2017, cela dit. Pour moi, ça a été une véritable année de transition, où j’ai pu réaliser des projets intéressants et avancer. Je pense que ce qui résume le mieux tout ça, c’est ma Lettre à l’ado de 15 ans que j’ai été, publiée en mai dernier. J’y parlais de harcèlement scolaire, mais aussi de l’évolution que j’ai pu vivre ces treize dernières années. Mais passons. 2018, ça a aussi été l’occasion pour moi de :

  • Voir Jack White en concert, au premier rang. Ça, ça fait partie des objectifs de vie que je peux désormais archiver et ranger dans ma tête. Mais je doute que ça soit la seule fois que ça arrive.
  • Faire une lecture publique d’un de mes textes pendant une soirée consacrée à des artistes féminines. (Et j’ai tellement adoré que ça m’a donné l’idée d’un nouveau projet, en cours de préparation.)
  • Passer à la radio pendant une heure pour parler de mon travail d’écrivain.
  • Jouer avec la troupe des Ishtaris une de nos meilleures représentations des Femmes Savantes au Grand Casino d’Aix-les-Bains, dans une salle immense, très belle et pleine de monde.
  • Déménager. En revanche, personne ne m’avait prévenue que ça prenait autant de temps, au point de vous épuiser, de vous empêcher d’écrire et d’avoir une vie sociale pendant un moment.
  • Voyager à Florence.

Bref. C’est un bilan plutôt plaisant, et j’ai décidé que 2019 serait une grande année. Mon top culturel 2018, en revanche, s’avère un peu décevant. Sans transition, allons-y !

TOP DES SERIES 2018

Alors, alors, alors. Je crois qu’on peut déjà passer à la partie suivante de ce bilan tant je n’en ai (pas) peu vu. La faute à un manque de volonté, très certainement, mais aussi à une connexion internet qui ne marchait pas toujours, et à un autre problème sur lequel je reviendrai dans la partie lecture. Fort heureusement, j’ai désormais une bonne connexion et Netflix ! (J’en profite pour revoir toute la série Sherlock en ce moment, ce feel-good parfait.) C’est d’ailleurs Netflix qui m’a apporté la petite série que je retiens de 2018, à savoir :

LES CURIEUSES CREATIONS DE CHRISTINE MCCONNELL
christine mcconnell

La série m’a été recommandée par ma petite sœur (qui ne s’est d’ailleurs pas privée d’en faire son favori du mois dans une vidéo Madmoizelle), et elle a visé en plein dans le mille. Cette petite série (six épisodes de 28 minutes) est sortie pendant la période d’Halloween. Elle raconte l’histoire de Christine McConnell (vrai nom de l’actrice principale et productrice de la série), qui vit dans un manoir avec des créatures qu’elle a pour la majorité ressuscitées. Entre deux aventures dignes de la famille Addams, Christine brise le quatrième mur pour expliquer au spectateur comment faire des gâteaux incroyables, ou fabriquer des décorations gothiques à souhait. On est à mi-chemin entre la fiction et l’émission culinaire, et le résultat est sacrément réussi. McConnell est d’abord devenue connue en postant des photos de ses créations sur Instagram, installant d’entrée les bases de son univers. Et la dame sait tout faire : cuisiner, coudre des robes fabuleuses, fabriquer des jouets et de la déco… tout ce qu’elle touche se transforme.
La série vaut aussi pour ses personnages secondaires. On croise ainsi Dita Von Teese en fantôme qui hante les miroirs de la maison, et un tueur en série qui devient le crush de notre héroïne. Les créatures qui entourent Christine sont des marionnettes, ce qui donne un côté enfantin au programme – mais ne vous y trompez pas, les blagues ont plusieurs niveaux ! Mention spéciale à Rose, un raton-laveur revenu à la vie, qui possède une fourchette à la place d’un bras, et qui est rapidement devenue ma mascotte.

Rose

Les séries que je voudrais voir en 2019 : on verra bien, dites ! Mais dans l’immédiat : l’ultime saison des Orphelins Baudelaire, qui vient de sortir. La nouvelle saison de Luther (où Alice Morgan fait son grand retour !). Oh et Patrick Melrose, avec Benedict Cumberbatch, parce que j’ai lu les livres il y a quelques années et que je suis curieuse du résultat.

TOP DES FILMS 2018

J’ai beau être pas mal allée au cinéma en 2018, je ne me suis pas pris la série de claques que 2017 m’avait fourni en terme de films. Peut-être ne suis-je pas allée voir les bons ? Quoi qu’il en soit, quand je parcours ma liste de films vus cette année, deux se détachent du lot, pour des raisons très différentes.blackkklansman

Blackkklansman, de Spike Lee. Quand le générique de fin est apparu, toute la salle de cinéma est resté silencieuse pendant un long moment avant d’applaudir. Je n’avais jamais vécu ça pendant une projection, et rien que pour ça, ce film est marquant. Il l’est pour d’autres raisons : son propos pertinent et qui n’épargne personne (le Ku Klux Klan comme les Black Panthers), son humour permanent qui vient détendre une atmosphère très lourde, et ses acteurs, tous impeccables et investis. Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de le voir, faites-le.

mortal enginesMortal Engines, de Christian Rivers. Certes, le film n’est pas dépourvu de défauts, notamment un scénario qui reste assez prévisible. Mais le film est beau, l’univers est riche (j’avais envie d’explorer toutes les villes montrées), les personnages ont tous un design parfait… et l’héroïne est fabuleuse. Hester Shaw (jouée par Hera Hilmar) est le personnage féminin qui m’aura touchée en 2018, parce qu’elle est un trope inversé à elle toute seule. Vous voyez, dans les films d’aventures, le héros taiseux, ténébreux, au lourd passé et qui considère son acolyte féminine d’un air un peu agacé avant de l’apprécier ? Tous ces attributs sont donnés à Hester Shaw. (Et son acolyte pipelette et naïf est un homme.) Ça m’a fait un bien fou de voir enfin à l’écran le genre d’héroïne que j’ai toujours attendu. En prime, j’ai passé un bon moment devant ce film, pensant en permanence : « C’est beau, c’est beau, c’est beau ». Oh, et Hugo Weaving n’a jamais été aussi bien filmé.

Le film qui n’est pas sorti en 2018 que j’ai aimé : Death Takes a Holiday (sorti en 1934), de Mitchell Leisen, découvert grâce à une vidéo de Lindsay Ellis. Le pitch est simple : la Mort décide de se mêler aux humains pour découvrir les raisons pour lesquelles ils la détestent autant. Sous l’apparence d’un gentleman, elle passe quelques jours en compagnie d’une famille d’aristocrates, et s’éprend d’une jeune femme un peu trop attirée par les ténèbres. La fin est parfaite, et je doute que des producteurs oseraient la refaire aujourd’hui. (En témoigne le remake du film, Rencontre avec Joe Black.)

Mentions spéciales : The Shape of Water de Guillermo Del Toro, qui était poétique et doux. How to talk to girls at parties, de David Cameron Mitchell, qui part dans tous les sens mais était une bonne surprise. Spider-Man: Into the Spider-Verse, qui en mettait visuellement plein la vue. Je refuse désormais de voir un film d’animation en-dessous de ce niveau. Je n’ai pas encore vu First Man et Suspiria, mais ça ne saurait trop tarder.

Les films que je voudrais voir en 2019 : de belles claques visuelles et de nouvelles histoires à regarder.

TOP DES LIVRES 2018

Toujours fidèle à ma résolution de lire un livre par semaine, j’ai poursuivi dans cette voie. J’ai donc lu 54 livres en 2018 (soit six de moins qu’en 2017, probable raison pour laquelle je vise les 70 en 2019). Et… ça n’a pas été la folie non plus. Bon sang ! J’ai l’impression que je vais dire ça tout au long de ce billet – attendez la partie musique, qu’on se marre encore plus. J’ai un problème, comme je le disais plus haut : je me lasse très vite d’une œuvre. Si je passe plus d’une semaine sur un livre, je vais finir par l’abandonner parce que ça me lassera de passer du temps dessus – sauf exception. C’est aussi la raison pour laquelle je ne peux pas regarder de séries longues. En 2018, j’ai aussi commencé beaucoup de livres que je n’ai pas finis, parce qu’ils n’étaient pas aussi alléchants qu’ils le laissaient présager. J’ai lu très peu de littérature ancienne et beaucoup d’auteurs contemporains. Et un petit nombre conséquent d’autobiographies et de biographies – j’aime retirer des enseignements de l’expérience de mes aînés. Je n’ai pas été transportée comme en 2017 par des livres. J’ai eu un coup de cœur, oui, et des lectures plaisantes, mais… bon. Bring it on, 2019!

Le coup de cœur de 2018 : les deux premiers livres de La Traque des Anciens Dieux, de H. Lenoila traque des anciens dieuxr. J’ai acheté le premier tome (Les Deux Princes) en version numérique, l’ai adoré, et chroniqué sur SyFantasy.fr. L’autrice de ce fabuleux début de saga a proposé de m’envoyer le second volume (Le Magicien, la Sorcière et la Fée) avant sa parution, en guise de remerciement. H. Lenoir, si vous lisez ces lignes : merci, merci beaucoup. J’ai énormément aimé cette lecture, l’évolution des personnages (tous attachants, ce qui constitue leur grande qualité), l’humour et l’émotion qui se dégageaient de cette histoire. Moralité : cherchez des lectures du côté des auteurs autoédités, vous y trouverez des pépites.

Les autres lectures sympathiques de 2018 : Call me by your name, d’André Aciman. Je n’ai pas encore vu le film, mais le livre était d’une intensité folle de la première à la dernière page. Les trois premiers tomes de la saga Le Dit de la Terre Plate, de Tanith Lee, injustement méconnue et dont je risque de reparler très bientôt. Le second et dernier tome de Six of Crows de Leigh Bardugo, dont je parlais dans mon top de l’an dernier, et dont la fin était à la hauteur de mes espérances. Enfin, petit dernier lu en décembre, Mensonges, mensonges de Stephen Fry, un auteur (que j’apprécie comme acteur) dont je suis en train de dévorer les livres. Ce bouquin-là m’a fait rire à maintes reprises et son héros, Adrian Healey, est fantastique. Et vous noterez que je cite une majorité d’autrices pour l’année 2018 !

Les livres que je voudrais lire en 2019 : des livres qui m’instruisent, me chamboulent et m’inspirent. Surprenez-moi !

TOP DES ALBUMS 2018

Et la plus grande déception de l’année 2018 est là. Musicalement, c’était le désert. Pas seulement parce que je n’ai fait aucune nouvelle découverte qui m’ait transportée, mais aussi parce que beaucoup des sorties que j’attendais m’ont déçue. BRMC a sorti un album plat qui sent bon la fin de carrière – ou du groupe, du moins. Arctic Monkeys et Gorillaz ont publié des albums de ballades qui m’ont laissée indifférente (alors qu’acclamés par la critique, ce que je ne comprends pas). Idem pour The Good, the Bad and the Queen, qui signaient leur grand retour après dix ans d’absence et un chef d’œuvre pour unique album. Là aussi, c’était plat, mais plat ! Le dernier album d’Anna Calvi possède un message fort, et l’artiste a une véritable envie de se donner à fond, mais l’opus ne m’a pas séduite comme les précédents. Ah la la, quelle tristesse.

Et au milieu de toutes ces déceptions, nous avons Jack White, qui sort l’album le plus bizarre de sa carrière avec Boarding House Reach. Mais au moins il s’amuse, il propose des trucs intéressants (même si je n’aime pas tous les morceaux de son nouvel album) parce qu’il n’a plus rien à prouver. Et nous balance ce que je considère comme le clip de l’année.

On a Ty Segall qui sort son nouvel album solo, Freedom’s Goblin, début 2018, qui m’a bien fait danser. (Je sais qu’il en a sorti quatre autres la même année sous différentes appellations, mais le bonhomme va trop vite pour moi. Il va trop vite pour tout le monde.)

On a Janelle Monae qui publie Dirty Computer, le plus accessible de ses albums. Je pense que j’ai dit à tout mon entourage de l’écouter, et certains se sont convertis. D’ailleurs, si vous ne connaissez pas encore la demoiselle, il est grand temps ! Que Prince repose en paix, sa protégée assure la succession comme une reine.

Et enfin, il y a Prequelle de Ghost, ou plutôt de Tobias Forge, leader du groupe et seul compositeur à la barre. Le bonhomme a sorti l’album le plus ambitieux de sa carrière, ne se donne plus aucune limite, et en profite pour régler ses comptes dans les paroles d’un disque que je trouve… très beau ? Excellent ? Celui que j’ai le plus écouté cette année, qui m’a fait danser, m’a réconfortée et empouvoirée quand j’en avais besoin ? Tout ça à la fois. Merci à lui.

Ce que je voudrais écouter en 2019 : de nouvelles choses ! Oh, et le nouvel album des Raconteurs qui, au vu des deux premières chansons balancées fin 2018, s’annonce pas mal du tout.

Et voilà ! Je pars du principe qu’à année culturellement plate ne peut que succéder une année remplie de belles choses et de découvertes. Et au vu de mes premiers visionnages et lectures, ça semble bien parti. Bonne année à tous !

Advertisements

Read Full Post »

jackwhite3

Jack White à Fourvière, le 8 juillet 2018 ©Ray Spears

Je n’ai pas tant que ça l’habitude de poster des billets personnels sur ce blog. Mis à part la Lettre à l’ado de 15 ans que j’ai été publiée en mai (qui a eu des répercussions inattendues sur ma vie privée, qui m’ont soulagée et permis d’avancer), je publie peu de choses sur mon quotidien.

Mais j’ai pensé que pour ceux qui me suivent depuis un moment, je me devais de raconter deux-trois trucs. Sans pour autant rentrer dans les détails personnels, parce que 1. la vie privée prévaut, 2. ça pourra peut-être en aider quelques-uns si je reste plus générale.

Premièrement, sachez qu’il existe un syndrome du cœur brisé, appelé le « tako-tsubo ». Il y a quelques semaines, je me suis retrouvée malgré moi victime d’un chagrin romantique. Rien de romanesque. Une histoire vaguement classique à base de : une fille aime un garçon qui n’est pas réceptif, elle renonce à insister, mais a quand même envie de se ficher en l’air quand il sort avec une personne qui n’est pas elle. Bon, j’ai eu des envies de destruction pendant moins de vingt-quatre heures. J’avais beau salement encaisser la situation, je suis d’avis que quand on a des projets et de l’ambition, il ne faut pas se dire : « Ma vie est finie, je ne vaux rien » en tortillant des mouchoirs trempés de larmes entre ses mains. (J’ai quand même dopé ma consommation de kleenex la semaine où ça m’est arrivé.)

Loin de vouloir composer dix mille chansons sur le sujet ou d’avoir l’idée d’un chef-d’œuvre littéraire basé sur ce coup dur, j’ai plutôt dopé mon ego en mode : « Ce garçon n’était pas digne de moi, et le destin me réserve quelqu’un de mieux ». (On invente ce qu’on peut pour tenir, hein.) C’est aussi dans ce genre de moment que j’ai réalisé que j’avais les meilleurs amis du monde, qui ont refusé de me laisser seule avec moi-même pendant les 48 heures qui ont suivi la grande révélation « il s’est mis avec une personne ». (Merci à vous qui m’avez fait à manger, sortir de chez moi et redonné de la motivation. Et encouragée à pleurer comme une fontaine.) C’est aussi pendant cette semaine que j’ai fait ma première lecture publique, celle de mon texte Il fait nuit, et je suis journaliste ténébriste, basé sur mes traditionnelles histoires d’Halloween publiées ici.

Tous les mois, le bar-restaurant Le Rita-Plage (à Villeurbanne) organise une soirée, Meuf-In Stage, où sont mises en avant les artistes féminines, qu’elles soient musiciennes, comédiennes ou autrices. J’ai postulé après avoir vu un épisode de Girls où l’héroïne fait une lecture publique d’un de ses textes et m’être exclamée : « Je veux faire pareil ! ». Et j’ai été programmée. J’ai eu le cœur brisé quelques jours avant Meuf-In Stage. La perspective de cette soirée a contribué à me faire tenir bon. J’ai fait ma lecture devant des proches et de parfaits inconnus, et c’est un des meilleurs moments que j’aie vécu cette année – pour l’instant. C’est aussi pendant cette semaine très difficile à vivre que j’ai reçu plus de détails sur l’émission radio dont je serai l’invitée courant septembre. (17 septembre, 23h, Radio Canut, Dans tes oreilles, une émission consacrée à des autrices et dramaturges. C’est un honneur d’y être conviée et je n’en reviens toujours pas.) Comme l’a dit une amie avec philosophie : « Qu’est-ce qu’un chagrin d’amour comparé à la gloire ? ». Là aussi, tous les prétextes sont bons pour se consoler, mais celui-ci était plutôt efficace.

Revenons au tako-tsubo. Vous en avez déjà entendu parler ? Moi non plus, jusqu’au  jour où mon cœur a été réduit en miettes. Quand ça m’est arrivé, j’ai voulu savoir pourquoi, outre une envie bien compréhensible de pleurer, ma poitrine me faisait si mal que j’avais l’impression qu’un vide s’était creusé à l’intérieur, et qu’une douleur énorme ne lâchait pas mon ventre. La douleur à la poitrine a mis des jours à partir. Sachez qu’une émotion intense – particulièrement une peine romantique – peut causer de tels symptômes. On appelle ça le « tako-tsubo », ou le « syndrome du cœur brisé ». S’il se produit principalement chez des femmes plus âgées et peut parfois entraîner l’hospitalisation, j’ai pu expérimenter, disons… la « version junior » du tako-tsubo. Ca m’a permis de rationaliser ce qui m’arrivait, de prendre un peu de distance, et d’avoir un nouveau sujet d’intérêt. La prescription en cas de tako-tsubo, c’est : du repos. Que je suis finalement parvenue à prendre. Ironiquement, quand mon chagrin d’amour m’est tombé dessus, j’ai pensé que j’étais rentrée dans la cour des grands. J’allais finir comme Norah Jones, à écrire une œuvre cathartique sur le sujet (The Fall et Little Broken Hearts sont d’excellents albums). Mais non. La vérité, c’est qu’un chagrin d’amour fait du mal, qu’on en bave, et que ma seule envie c’était que ma déprime soit loin derrière moi pour me remettre à créer avec toute la joie et l’ambition dont j’avais besoin.

Spoiler : je m’y suis remise. Grâce à Jack White.

Si vous suivez ce blog depuis un moment, vous savez que le monsieur occupe une place très importante dans ma vie et mon écriture. (Je vous renvoie à mon article Six ans avec Jack White ou à cette petite nouvelle, qui l’expliquent bien mieux.) Cette année, Jack White était annoncé aux Nuits de Fourvière, et il était évident que j’irais le voir. Déjà, parce que je n’en avais encore jamais eu l’occasion. Ensuite, parce que ça fait dix ans pile, cet été, que j’ai découvert sa musique, et qu’elle a été un tremblement de terre dans mon existence. C’était l’occasion de fêter un bel anniversaire.

jackwhite2

Jack White à Fourvière, le 8 juillet 2018 ©Ray Spears (Le visage de fille à longs cheveux bruns qui le regarde jouer pile sous sa guitare, c’est le mien)

J’ai réussi à avoir ma place dès sa mise en vente – tout a été vendu en cinq minutes chrono – et j’ai été insupportable avec mon entourage jusqu’au jour J. (Personne ne comprenait que je sois terrifiée à l’idée de voir mon role model jouer, mais je l’étais. C’est une chose d’avoir une figure qui occupe le rôle de Maître dans votre vie, qui peuple votre imaginaire, vos histoires, qui vous a appris à bien vous habiller et vous a inculqué votre éthique de travail. C’en est une autre de le voir en vrai et de s’apercevoir que c’est bien un être de chair et de sang.)

J’ai une pointe de regret : qu’il n’ait pas joué de piano. L’homme improvise ses setlists tous les soirs, et le 8 juillet, il a livré un concert exclusivement à la guitare. Mais il a joué Hypocritical Kiss, un de mes morceaux préférés. Je ne vais pas revenir en détail sur les morceaux, l’ambiance qui a régné ce soir-là : d’autres critiques l’ont fait. Certains journalistes l’ayant vu à Montreux deux soirs plus tard lui ont reproché de privilégier la virtuosité au détriment de l’émotion. Je ne suis pas d’accord : Jack White met ses tripes dans le moindre solo de guitare qu’il joue, et l’émotion est là en permanence.

La maîtrise de la mise en scène et le perfectionnisme de Jack White m’ont envoyé assez d’inspiration pour l’année à venir. J’avais de nouvelles idées qui surgissaient dans ma tête au fur et à mesure que je le regardais jouer, et des choses à ajouter à mes histoires. J’ai aussi résolu de mener à terme un projet que j’hésitais à faire. Je suis sortie du concert en pensant : « Je veux être comme lui plus tard ». Je ne souhaite pas être une rockstar, bien sûr, mais j’aimerais pouvoir porter des projets aussi ambitieux et aboutis que ceux de White. Oh, et j’aimerais pouvoir le rencontrer pour le remercier et lui poser des questions. Je suis journaliste : dans la foulée de ma réservation du concert, j’ai lancé une requête d’interview avec lui qui n’a pas abouti. (En lisant les articles qui ont détaillé ses dates en France, j’ai pu constater qu’aucun entretien n’avait été accordé.) Mais je ne lui en veux pas : White est arrivé à Fourvière à 15h15, après avoir joué tous les soirs de la semaine et passé la journée dans un car qui roulait depuis le nord de la France. Il a joué à 21h30, et le lendemain matin, il était déjà reparti vers la Suisse. Je pense qu’à sa place, arrivée à Fourvière, je serais allée piquer un petit somme après avoir fait mes balances – ce qu’il a probablement fait. Et j’ai eu assez d’émotions avec son concert. La vie est longue, il y aura d’autres occasions.

Après les 24 heures suivantes passées dans un état d’hébétement – « J’ai vu Jack White jouer, c’est fait, je n’arrive pas à y croire » –, je me suis remise à avoir des idées. J’ai eu à nouveau envie de me lever tôt le matin pour écrire mes projets ou m’occuper des tâches importantes avant d’aller au boulot. J’ai recommencé à avoir de l’ambition, l’envie de lire des livres de vulgarisation scientifique, des biographies et de regarder des films en noir et blanc – des lubies que White m’a transmises il y a une dizaine d’années. Même si mon « tako-tsubo » n’est pas tout à fait cicatrisé, je suis prête à avancer et à me lancer dans de nouvelles aventures.

Parce qu’on ne gagne rien à faire du surplace en s’apitoyant sur son sort. La personne que vous aimiez ne vous a pas choisie, ça ne changera pas : il faut tirer un trait et avancer.

 

 

Après avoir assisté au concert de Fourvière, j’ai voulu rechercher des articles et des histoires que j’avais aimé lire sur la Toile des années plus tôt… et qui ont malheureusement disparu. Donc, sans plus attendre et pour conclure cet article sur une note à la fois nostalgique et un peu rigolote, voici une petit liste non-exhaustive des choses qui ont disparu d’internet et que j’aimerais tellement y retrouver :

  • Le forum Candy Cane Children (consacré aux White Stripes), dont j’ai fait partie il y a dix ans, entièrement en anglais, et le seul à contenir autant de fanfictions sur ce groupe. J’aime les fanfictions (bien écrites), je ne m’en cache pas, et oui, ce site me manque. Il a été supprimé. What a shame.
  • Une interview fabuleuse d’Alexandre Astier par une universitaire, qui évoque avec lui la présence de Dieu dans son œuvre et son rapport à la foi. Je l’ai dévorée un jour et jamais retrouvée depuis, malgré toutes mes recherches.
  • Tous les dessins et les fanarts que j’avais enregistrés sur mon compte Deviantart, et que leurs auteurs ont choisi de supprimer. (Moralité : toujours enregistrer les œuvres qui vous plaisent sur votre ordinateur.)

Et maintenant, en avant.

Read Full Post »

tumblr_n7k1j8ts7f1skd584o1_500

Jack White III

J’ai publié de la fiction ici ces derniers temps. Rassurez-vous, je n’oublie pas que ce blog a aussi été fait pour poster des articles en tous genres, même des essais et des élucubrations parfois farfelues – sans compter les interviews.

Période oblige, il me faudrait parler de Jack White. Après tout, Lazaretto, son deuxième album solo, est sorti il y a quelques semaines à peine. Si je n’ai pas encore eu l’occasion d’aller voir le monsieur en concert, je m’amuse à suivre sa tournée (entre autres) en regardant les concerts qui sont retransmis par les festivals où le grand pâlichon passe. Mais j’ai déjà tellement parlé de lui sur ce blog, par exemple ici, ici ou même (et oui, l’histoire de l’inventeur et son élève…) qu’il me semblait redondant de recommencer.

Et puis, ce matin, j’ai lu un essai de William Giraldi dans les transports. L’auteur, professeur de littérature à l’université de Boston, a écrit une non-fiction brillante et non dénuée d’humour sur son obsession pour Jack White, intitulée Jack My Heart. Une obsession qui n’existe plus, comme il l’a expliqué dans une interview, même si Giraldi reste passionné par le musicien. Quant à moi, même si je n’ai jamais repeint ma chambre en rouge et blanc (pas même accroché un poster des White Stripes dans ma chambre !), ce texte m’a amenée à réfléchir. Mine de rien, il évoquait avec justesse des éléments très profonds et je me suis forcément reconnue dans certains aspects, même si les conséquences d’une telle passion ont été différentes pour Giraldi et pour moi.

Lazaretto est un bon album, inutile de le cacher. Peut-être moins bon que Blunderbuss, le premier album solo de Jack White, et je sais que beaucoup ne seront pas de cet avis. Blunderbuss me semble plus uni, plus cohérent que son petit frère, qui a tendance à s’éparpiller un peu. (J’ai ma théorie là-dessus : d’ordinaire, White met quelques semaines à mettre en boîte un album. Lazaretto lui a pris dix-huit mois – assez pour essayer trop de choses et perdre son fil conducteur.)

Il n’empêche. Fidèle à mon habitude, je me suis contentée d’écouter les singles, je n’ai rien téléchargé et je suis allée acheter l’album à la Fnac le lendemain de sa sortie. (La veille était un jour férié.) Comme par hasard, le jour où je rendais mon mémoire de fin d’études. La fin d’une époque, en quelque sorte. En six ans, j’ai grandi, accompli des choses et su ce que je voulais faire. Jack White n’aurait plus le même impact sur moi qu’à dix-sept ans. La passion se serait diluée avec toutes les expériences que j’aurais vécues, tous les disques que j’aurais écoutés et tous les livres que j’aurais lus depuis. Seulement, en rentrant chez moi pour glisser le disque dans le lecteur tout en feuilletant le livret de Lazaretto, la même impression est venue. Celle de retrouver un ami très cher, et disons-le tout net, le maître qui m’a tout appris. We meet again, girl.

Rien ne me prédestinait à ressentir ça. (J’entends déjà une amie me dire : « Tu es dans le déni ». Soit. Je ne m’attendais guère à ressentir ça.) En six ans, j’ai gagné en objectivité, la preuve : Lazaretto a des défauts, je suis la première à le dire. Ces dernières années, il m’est arrivé d’être agacée par White (voire carrément remontée), de désapprouver certains de ses actes et décisions. Et heureusement ! J’étais sortie de ma phase d’adoration première pour avoir plus de recul. Ainsi, je m’étais affranchie, pensais-je. Blunderbuss m’avait beaucoup touchée, mais en 2014 Lazaretto trouverait une jeune femme sûre d’elle et un brin cynique, qui saluerait Jack d’un signe de la main, passerait de précieux moments avec lui avant de retourner à ses occupations.

J’ai écouté l’album un grand nombre de fois, et je l’écoute toujours. On fait tous ça avec les disques qu’on aime, pas vrai ? S’en imprégner pour déclarer à la fin : « Oui, je l’ai bien écouté, je peux te dire ce que j’en pense ». Je fais toujours ça avec les albums que j’apprécie. (En ce moment, je suis dans une période Nine Inch Nails et dire le nombre de fois où j’ai passé Year Zero m’est impossible.) J’aime écouter les différents instruments, connaître les paroles, repasser en boucle certains morceaux. Cela dit, lorsque j’ai commencé à lire les interviews de Jack White qui sortaient, à acheter certains journaux anglo-saxons dont il faisait la couverture et à repartir à la recherche des œuvres qu’il citait, il a fallu me rendre à l’évidence.

Le bougre faisait son grand retour dans ma vie.

Damn.

En fait, il me rappelait surtout qu’il n’était jamais parti. Ce qui m’a jetée dans une grande phase d’interrogations et, finalement, poussée à écrire cet article. La question que je me pose, la voici : dans quelle mesure Jack White a-t-il déterminé ce que je suis devenue ? Plus largement, à quel point un artiste peut-il influencer ce que l’on devient ?

A la fin de son essai, William Giraldi écrit que l’on devient obsédé par un artiste parce qu’on veut lui ressembler et qu’on envie ses capacités. On finit ensuite par trouver sa propre voie, et l’obsession n’a plus de raison d’être :

Artists obsess over other artists, over the masters, because we want to be them, want their aptitude and cunning and force in the world. We want to touch our targets of veneration because we’d like to filch pocketfuls of their godliness with the wish of becoming gods ourselves. We obsess over what is doled to us in pieces but denied to us in total, but only until we gain the daring to achieve our own brand of mastery.

Soit. Agreed. Pourtant, le lien que je ressens pour Jack White et sa musique est toujours aussi fort qu’avant, alors que je le croyais atténué. Même si, précisément, j’ai trouvé ma voie. Pourquoi ?

Revenons au commencement. A 17 ans, j’entends pour la première fois l’album des Raconteurs Consolers of the Lonely chez moi, et je suis instantanément captivée. Je connaissais Jack White de réputation, mais je n’avais jamais accroché au peu de chansons White Stripes que j’avais entendues. Je ne sais pas ce qui s’est passé ce jour-là, mais je me souviens très exactement de la phrase que j’ai prononcée, dans un état d’euphorie inconnu : « Je savais bien que Jack White arriverait à la maison ! ». Six ans plus tard, je ne me l’explique toujours pas. Dans la foulée, je suis allée à la médiathèque la plus proche pour emprunter Get Behind Me Satan, dont la pochette me faisait de l’œil depuis sa sortie. (Par la suite, je me suis procuré toute la discographie de Jack White en un temps record.) Je place le disque dans le lecteur. Et à My Doorbell, c’est le début de la fin : j’ai envie de monter un groupe et de faire des chansons.

Forever For Her (Is Over For Me) me motive comme jamais :

Well, let’s do it, let’s get on a plane and just do it
Like the birds and the bees and get to it
Just get out of town and forever be free

Quant à As Ugly As I Seem, c’est la chanson que j’attendais depuis toujours. Elle est encore aujourd’hui ma chanson favorite. C’était le début. J’avais 17 ans, j’étais jeune – et fort impressionnable –, mais j’étais loin de prévoir les conséquences qu’aurait Jack White sur mon existence. Je me suis mise à emprunter tous les albums qu’il citait en interview, et c’est ainsi que j’ai fait mon éducation musicale. Grâce à lui, j’ai découvert le blues des années 30, le garage rock et le cinéma d’Orson Welles, pour ne citer que ça. J’ai lu des choses que je n’aurais jamais lues autrement, sur tous les sujets, parce que notre homme est polymathe, évidemment. Aller lire ou regarder ce que des artistes que j’aime citent est une méthode que j’utilise encore – bien pratique lorsqu’on est à cours d’idées.

Pour les Dead Weather, il a aussi décoré sa batterie avec l’image des trois épouses de Dracula dans la version de Tod Browning (1931).

L’année suivante, je suis entrée à l’université et j’ai fondé mon premier groupe, Tinker Bell, avec une amie. (Qui s’appelait Meg. Je la connaissais bien avant les White Stripes, voyons cela comme une heureuse coïncidence. Ajoutons à cela qu’elle a le même caractère que l’illustre batteuse, que je suis pâle avec des cheveux sombres et bouclés et que je parle beaucoup. Vous voyez le truc.) A l’exception d’un mini concert improvisé à la fac cette année-là, le groupe n’a jamais dépassé les frontières de notre appartement. Il nous reste quelques enregistrements bricolés avec les moyens du bord. La même année, après un an de panne d’écriture, je me suis remise à griffonner, inspirée par la musique de Jack White. D’abord un conte gothique, des petites histoires, puis mon premier roman, Clothilde & Adhémar, qui a été publié aux éditions La Bouquinerie en Décembre 2010. L’histoire se déroule au Moyen-Age. Un jeune homme dont on ignore tout, Adhémar, arrive un jour dans un château. Deux personnages en particulier gravitent autour de lui : un chevalier, Enguerrand, qui le prend en amitié tout en décidant de percer son secret, et la dame des lieux, Clothilde, qui se retrouve envoûtée par Adhémar. C’est une histoire très sombre, où les passions des différents personnages ont des conséquences dramatiques. Le héros était en grande partie inspiré par… Jack White, eh oui. Je me souviens avoir fait tourner en boucle Blue Veins en rédigeant le dernier chapitre. Au début du livre, j’ai mis deux citations, une d’Oscar Wilde et une des Dead Weather, extraite de Will There Be Enough Water. White et Wilde figurent tous deux dans mes remerciements. (Qui sont bien trop débordants et sentimentaux, mais j’étais jeune, encore une fois.)

Ma première phase est passée, et je me suis intéressée à d’autres groupes. Black Rebel Motorcycle Club a aussi eu son importance. Moindre que celle de White, mais une importance qui se manifeste toujours. Rétrospectivement, c’est Jack White qui a provoqué ma passion pour la musique, mon envie d’écrire dessus et de rencontrer des musiciens, ce que j’ai commencé à faire ici et là, pour des blogs… Je sais aussi que je tiens de lui mon éthique de travail : j’aime faire les choses vite et bien. Si je suis impliquée dans un projet, j’aime m’y plonger immédiatement, me concentrer dessus et le réaliser le plus vite possible. Si un projet ne me captive pas tout de suite, ça ne vaut pas le coup. (C’est particulièrement vrai pour les chansons que je bricole : celles que je mets du temps à finir sont systématiquement inutiles et ennuyeuses.) L’écriture de mon premier roman m’a pris trois mois. Celle du roman-feuilleton publié deux ans plus tard pour un quotidien pour lequel je travaillais, quelques semaines. Même chose pour les articles que j’ai publié l’an dernier sur les symboles et l’esthétique de Jack White pour le site Whitestripes.fr : je n’ai fait que ça pendant des jours dès l’instant où on me les a commandés. (Résultat, j’ai appris qu’ils avaient été utilisés pour une thèse – s’il savait.)

Bref, de l’eau a coulé sous les ponts. On arrive en 2014. Six ans plus tard, j’ai déménagé. Je continue toujours à écrire, bien sûr, mais davantage pour le journalisme, ces derniers temps. J’ai publié des articles sur le webzine MIIY, pour qui j’ai interviewé des musiciens. J’ai aussi eu la chance immense de participer à des projets artistiques, comme une adaptation sixties des Femmes Savantes pour le théâtre où j’ai chanté et joué, ou le doublage d’un court-métrage. J’ai aussi fondé un nouveau groupe, The Venetian Sisterhood, avec qui j’ai enregistré des démos en studio la semaine dernière. Et là, c’est le drame. Entendons-nous bien : ce qu’on fait n’a rien à voir avec Jack White. C’est une musique gothique, avec des influences médiévales parfois et, bon. Mais quand je me suis retrouvée dans le studio, je me suis rendue compte que la façon dont je concevais la musique n’était pas si différente de celle d’un grand pâlichon hirsute. La jeune femme qui chante et écrit dans ce groupe avec moi m’a d’ailleurs taquinée sur ma manie de vouloir conserver certains accidents sur l’enregistrement, ou mon émerveillement face à l’idée de mettre trois voix dans le refrain – au lieu des deux initialement prévues.

Plutôt que de m’enfermer dans ma chambre et de tourner en rond en me posant des questions, je préfère écrire. Récemment, je me suis demandée si j’avais voulu devenir journaliste juste pour avoir la chance de rencontrer Jack White un jour. Je ne le pense pas. Ça a dû motiver mon choix, bien sûr, mais ce n’est pas la raison principale. J’aime écrire depuis toujours, et rencontrer toutes sortes de gens – voilà les raisons. Et si j’ai la chance de pouvoir rencontrer des musiciens et d’écrire sur eux, comme ça a été le cas cette année avec Lauren Housley et The Legendary Tigerman, alors je suis très heureuse de cet accomplissement. Il suffit juste de passer à l’étape suivante. Celle du dessus. Peut-être rencontrer le Maître un jour – et je sais exactement quel genre de questions je voudrais lui poser.

Est-ce que Jack White est responsable de la façon dont je travaille, d’une certaine vision que j’ai du monde, de mon envie de faire le plus de choses possible ? En grande partie. Si je me tourne vers les six années écoulées depuis que les premières notes de l’album des Raconteurs ont résonné dans mes oreilles, je me dis que je ne m’en suis pas si mal tirée. J’ai raconté une petite partie de ce qui m’est arrivé grâce à (ou à cause de) Jack dans cet article. Je pense encore à plein d’autres choses qui ne seraient pas survenues sans lui, aux gens que je n’aurais jamais rencontrés. La sortie de Lazaretto les a ravivées, et m’a aussi rappelé toutes les choses qui me restaient à faire avant de saluer la Grande Faucheuse. Merci Jack White ?

Avec de la chance, je pourrais peut-être le lui dire en personne, un jour. Après tout, une élève se doit de remercier celui qui l’a formée.

Read Full Post »

Après des pérégrinations et des chocs esthétiques en tous genres, il est grand temps de nourrir à nouveau ce blog. Le bébé a faim et il va être servi.
Ce mois-ci marque le commencement d’une nouvelle année où, pour résumer, nous allons tous vivre de nouvelles aventures, rencontrer de nouveaux gens et apprendre des choses en veux-tu en voilà .

Apprendre. C’est justement le sujet de ce post et, même si je n’ai pas l’intention d’en faire une séance de psy, c’est malheureusement sur mon expérience que cet article va se baser. Ceci dit, j’espère que ce qui suit pourra être utile.

A droite, Lucas North, le polymathe de Spooks.

Il y a quelques soirs, je regardais innocemment un épisode de la série Spooks quand l’un des personnages a balancé sans ménagement ses connaissances en sciences naturelles au beau milieu d’une conversation. L’épisode précédent, il avait cité de mémoire un passage d’un livre de la culture indienne. Impressionnée, sa collègue agent secret lui demande comment il peut savoir de telles choses. « Je suis polymathe. », réplique-t-il l’air de rien.

J’ai mis mon lecteur sur pause pour effectuer une recherche internet dans la foulée. Wikipedia m’apprend aussitôt ceci :

La polymathie est la connaissance approfondie d’un grand nombre de sujets différents, en particulier dans le domaine des arts et des sciences.

C’est fou ce que Spooks peut nous apprendre. Dans la même saison, un des personnages a traité un autre de Nancy Drew et j’ai découvert, stoppant l’épisode, qu’il s’agissait de l’héroïne détective d’une série de romans policiers anglais. Un peu l’équivalent des héroïnes des bibliothèques rose et verte pour nous.

Bref, je n’écris pas ça pour faire la promo de Spooks, vu que je ne la verrai jamais en entier. Ce qui m’intéresse ici, c’est le fait d’être polymathe. Au moment même où j’ai découvert la signification de ce mot, j’ai pensé : je veux en être une ! (« Tu veux faire quoi quand tu seras grande ? » « Polymathe, maîtresse. »)

Je suis souvent un peu gênée – même si je suis flattée – d’entendre des amis ou des gens me dire que je sais plein de choses. Suivi de la question : comment tu fais ? Mais c’est simple ! Rien n’est plus simple, en fait, et je vais expliquer comment. Je suis encore loin d’être polymathe mais je pense que si on le veut, tout le monde peut le devenir.

J’ai déjà dit mille et mille fois ici que j’étais frustrée dès qu’un personnage ou une personne admirée citait une référence que je ne connaissais pas. Aujourd’hui, j’écumais le twitter de Tom Hiddleston : le bonhomme a répondu à des questions de fans il y a deux jours, recommandant au passage musique et lectures.  Je me suis jetée sur mon fichier Excel pour compléter ma liste de livres à lire.

Exemple.

(Vous pouvez même cliquer pour afficher ça en plus gros et imaginer ma réaction.)

Comme si je n’en avais déjà pas assez, Tom ! Tu sais que Richard et d’autres ont déjà rallongé ma liste ? Pense à moi, un peu.

C’est ça, l’astuce. Quand on ne connaît pas une référence, aller la chercher. Pour moi, c’est avec Jack White que la manie s’est vraiment déclarée : dès qu’il citait un disque, un film, un livre, j’allais, je trouvais, je m’en imprégnais. Comme le gars s’intéresse à tout, j’ai même touché à des domaines que je n’aurais jamais exploré de moi-même, du Delta blues à Nikola Tesla et Carl Sagan. C’était parti.

Après ça, on peut connaître plusieurs phases.

– La satisfaction d’ouvrir un roman, un jour, et de s’apercevoir qu’on connaît toutes les références qui y sont citées.

Et c’est à peine exagéré.

– « Tiens, je m’ennuie, si je m’intéressais à la mécanique quantique ? Ou si je faisais un mémoire sur le roman de Powers consacré à la génétique… » Yep, ça, c’est la faute de Tony Stark. A force, on finit par s’intéresser à des gens qui n’ont rien à voir avec nous. Et quand on est une littéraire pure et qu’on aborde pour la première fois les rivages de l’infiniment petit ou des trous noirs, au début, ça fait mal. Mais ça ne serait pas drôle si ça n’était pas un peu dur, si ?

– Si vraiment vous êtes motivés, vous finirez par faire comme moi et vouloir consommer une œuvre nouvelle par jour. Que ce soit un album, un film ou un livre. (Avec des aménagements intérieurs : oui, un épisode de série peut éventuellement compter. Oui, un livre compte à partir du jour où vous l’avez fini. On ne vous demande pas de dévorer trois cents pages en une journée. Ceci dit, si vous êtes capables de faire ça entre vos heures de boulot/fac/etc et en plus de vivre votre vie à côté, je vous tire mon chapeau.)

L’ennui dans tout ça, c’est que j’ai une liste interminable de trucs à lire. Le bon côté, c’est que je suis rarement en panne d’une idée de lecture. A côté des livres cités par, en vrac, Hiddleston, Dante Gabriel Rossetti, ce bon vieux Armitage et un certains nombre d’amis, j’ai aussi une liste toute personnelle de choses que je veux lire pour moi. Donc messieurs dames, vous allez me lâcher deux minutes et me laisser lire du Théophile Gautier et mon livre sur le nombre d’or.

Polymathie, quand tu nous tiens ! A votre tour, maintenant.

Read Full Post »

Les chocs esthétiques sont épouvantables. Je préfère le dire d’entrée. Voir sa vie modifiée est une excellente chose, mais au début, quand on ne sait pas où on va, c’est absolument affreux.

Il y a plusieurs manières de voir un tel choc survenir : glisser un disque dans son lecteur, rencontrer quelqu’un, regarder un tableau, ouvrir un livre, s’installer innocemment devant un film (ou, à plus forte raison, une série de la BBC…).

Des actions anodines et apparemment sans conséquences. Grave erreur, les amis ! Un jour, vous tombez sur le disque, le bouquin, le film qui changera irrémédiablement votre existence. Et là, vous êtes fichus : vous ne reviendrez pas en arrière. Quoi que vous fassiez. Même si vous le voulez.

Le pire – ou le meilleur, selon l’humeur où je suis, mes idées sur la question changent – c’est que l’on peut avoir plusieurs chocs au cours de son existence. Je parle d’expérience, même si la mienne est encore relativement courte.
Hier soir, j’énumérais, encore secouée par le dernier en date, les différents chocs que j’avais pu avoir : musicaux, littéraires, cinématographiques, sériesques (cela se dit-il ? Non ? Tant pis.). Joli palmarès. Mais bon sang, la chose est toujours aussi difficile à gérer.

C’est simple : vous avez l’impression qu’on vous a jeté un sort. Que vous êtes poursuivi par une série d’émotions toutes plus incompréhensibles les unes que les autres. Le futur vous dira en quoi votre vie va être modifiée, souvent pour le meilleur. Soit.

En attendant, je suis perturbée au plus haut point et je me demande en quoi le dernier choc que j’ai eu pourra m’être utile – le changement fait toujours un peu peur, quoi qu’on en dise.

Et comme il neige, que la chaleur d’une chambre est préférable à une sortie glacée, et que j’ai officiellement dédié cette journée à l’écriture et aux séries anglaises, à la musique et à la lecture, je décide de revenir sur les principaux chocs esthétiques de ma brève existence.
(Qui sait, cela vous donnera peut-être envie de les découvrir si vous ne les connaissez pas déjà. Je fais aussi une bonne action.)

 

Les Quatre Filles du Dr March (le film de Gillian Armstrong et le roman de Louisa May Alcott)

Mon film préféré de tous les temps et qui a probablement décidé de ma vocation d’écrivain. Après chaque visionnage, je me jetais sur un cahier pour écrire – voir Jo, l’héroïne, gribouiller ses manuscrits éveillait en moi une envie maladive. Mes premières histoires viennent de là.
J’ai vu le film à quatre ans, lu le livre à neuf et je n’ai pas changé d’avis depuis : je suis devenue écrivain et je veux toujours l’être. Et ce sont toujours mon film et mon livre préférés du monde.

 

Entretien avec un vampire et Louis de Pointe du Lac (le film de Neil Jordan et le roman d’Anne Rice)

Tiens, là aussi, les choses vont par deux. Curieux. Le héros d’Entretien avec un vampire, Louis de Pointe du Lac, fut un bouleversement dont j’ai mis des années à me remettre. J’avais onze ans quand j’ai découvert le film, puis le livre. Ce sont eux qui, je crois, on fait de moi une romantique. L’atmosphère gothique de mes écrits leur doit probablement un peu, aussi… Le film est également un de mes favoris et m’ébranle toujours. Quant au livre ? Anne Rice aurait dû s’arrêter à celui-là. C’est un chef d’œuvre. (D’accord, les autres sont des divertissements de luxe : très bons parfois, mais ils n’arrivent pas à la cheville de ce roman.) C’est l’influence que je revendique le plus pour mon style littéraire.
Avec le choc suivant.

 

Oscar Wilde

J’avais douze ans – période charnière, apparemment – quand mon professeur de français a fait étudier Le fantôme de Canterville à la classe. J’ai beaucoup aimé – en particulier le passage sur le Jardin de la Mort, magnifique. Je ne me doutais pas que Wilde allait devenir un Maître, l’influence majeure sur ma pensée, mon style et ma vision du monde. Après avoir étudié ce conte, je me suis mise en tête de lire Le Portrait de Dorian Gray. Qui ne m’a pas forcément interpellée à treize ans, mais que j’ai relu plusieurs fois depuis. Au fil du temps, Wilde s’est mis à occuper une place prépondérante dans mon esprit, sous ma plume et, bien entendu, dans ma bibliothèque. Il s’est glissé insidieusement – son essai Le Déclin du Mensonge fut une révélation. Il est toujours là et le sera jusqu’à ma mort, j’en ai peur. C’est un Maître, un mentor et un ami dans les périodes sombres. Je lui dois plus que je ne saurais dire.

 

Marilyn Manson

Que dire ? Enfant, il me terrifiait. Au lycée, j’ai cherché, en raison d’un article anodin que j’avais lu, à en savoir plus sur lui. Je l’ai écouté : il est toujours dans ma discothèque. (Mechanical Animals est un de mes albums favoris.)
Je souffre d’une fâcheuse maladie : je ne supporte pas qu’on cite une référence que je ne connais pas. Quand un artiste que j’apprécie cite une œuvre inconnue, je la trouve. Manson m’a fait découvrir Lolita de Nabokov, entre autres. Je crois que c’est grâce à lui que j’ai été beaucoup plus ouverte par la suite, et mes écrits ont gagné en noirceur. Mais, évidemment, c’est le lycée…

 

Jack White

C’est avec lui que j’ai réellement compris ce que le mot « choc » voulait dire.

L’histoire est trop longue mais on pourrait la résumer par : avec Wilde, White est mon second Maître. Découvrir, à dix-sept ans, les albums Consolers Of The Lonely et Get Behind Me Satan fut un tournant qui modifia mon existence du tout au tout. J’ai découvert la musique. J’ai fait mon éducation blues et rock en allant emprunter tous les albums que White citait en interview. Je me suis mise à bricoler des chansons. White a éveillé ma passion pour la musique : par la suite, j’ai écrit des articles sur le sujet, traduit, rencontré des musiciens. Et surtout, je me suis remise à écrire après un an de panne d’inspiration. White a inspiré en partie le héros de mon premier roman publié, Clothilde & Adhémar (La Bouquinerie, 2010). Ce n’est pas seulement le musicien que j’admire, c’est aussi – et surtout, peut-être – l’homme et ses réflexions, son parcours. Lire une de ses interviews est un plaisir car j’en retire toujours quelque chose. Récemment, j’ai lu le fameux article que lui avait consacré Esquire : pour la première fois, je connaissais absolument toutes les références – musicales, littéraires et cinématographiques – qu’il citait. Une strate a été franchie.

 

Black Rebel Motorcycle Club

L’avant-dernier. Datant d’un peu plus d’un an, me semble-t-il ? Je connaissais ce groupe depuis quelques années, déjà. Un jour, j’ai écouté l’EP American X : Baby 81 Sessions que j’avais reçu par hasard. Et ce fut la fin, les enfants. J’ai acheté tous leurs albums et je me suis mise à porter des robes – je n’ai pas arrêté depuis.
Mon écriture s’en est ressentie : j’ai pu écrire beaucoup de choses que je n’arrivais pas à formuler avant.
Je ne sais toujours pas pourquoi.

 

Nous arrivons donc au choc le plus récent. Qui, au départ, n’était pas destiné à en être un. Je suis certaine que celle qui l’a indirectement provoqué ne s’attendait pas à ce qu’il ait une telle ampleur, mais les faits sont là. Ils illustrent parfaitement l’axiome énoncé plus haut : une fois le choc reçu, il est inutile de songer à revenir en arrière.
Il s’agit d’un personnage fictionnel, cette fois. La boucle serait-elle bouclée ? J’en doute.

Il y a une semaine, quand j’ai commencé à regarder une innocente série de la BBC, comment aurais-je pu croire… Oui, après tout, comment peut-on faire plus innocent que Robin des Bois ? Ça n’existe pas, nous sommes d’accord. Fort bien. Là où j’ai commencé à soupçonner qu’il se passait quelque chose, quelque chose de potentiellement intéressant, fut quand l’un des personnages se mit à faire irruption dans mon esprit aux moments les plus incongrus. Il y a une dizaine de jours environ. Je me retrouvais à penser ingénument : « Oh tiens, cette chanson me fait penser à… », « Oh non, c’est un truc qu’il aurait pu faire ». (Un des symptômes du choc esthétique est que certaines manières ou tics de langage des gens qui m’influencent peuvent se retrouver chez moi, les premiers temps.)

Pendant d’autres moments où je n’aurais surtout pas dû y penser, aussi. Au hasard : un examen ou une conversation avec une amie. Là, il faut faire un effort de concentration immense pour revenir au plus urgent : le propos tenu par l’amie en question ou la feuille posée devant soi.
Même à ce moment, je ne me doutais de rien : cela passerait, évidemment, une lubie ordinaire. J’écrirais sur le sujet tout irait mieux.

De plus, j’étais assez contente : une de mes réflexions sur ce personnage m’avait fait réaliser quelque chose de très important pour le roman que j’ai en chantier actuellement. Une subtilité au niveau des sentiments, une séduction et une sobriété que je n’avais pas explorées. Parfait, donc. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Sauf que non ! C’était une illusion, une erreur fatale car hier soir la révélation m’est venue, alors que je jetais mes écouteurs à côté de moi et mettais fin à un nouvel épisode de Robin Hood avant même d’avoir vu la fin. C’est un choc, ma petite. Et tu es sacrément mal barrée.

Bon. Après plusieurs kleenex et l’impression d’avoir été maudite – car oui, un choc peut provoquer de fréquentes crises de larmes stupides et absurdes au début –, doublée d’une culpabilité immense – en pensant à l’amie qui m’avait introduite à ce personnage et avait, bien malgré elle, causé ce cataclysme – je décidais d’y faire face.

Je vais écrire. J’ai reçu un nouveau choc et, le plus terrible, c’est que j’en ignore encore les conséquences. Alea jacta est. Maudit sois-tu, Guy de Gisborne.

Read Full Post »

Conférence de Jack White au Trinity College de Dublin

Le 18 Novembre 2009

Voici la traduction de la conférence donnée par Mr Jack White III au Trinity College, dont le sol fut foulé par d’autres messieurs prestigieux avant lui, dont Bram Stoker et Oscar Wilde… J’espère que cette traduction vous plaira.
White s’y montre spirituel, érudit, inspiré et exigeant. Et toujours passionnant à lire.

En recevant la médaille honorifique de la Société Philosophique de Dublin :

Eh bien, j’ai été distingué de plusieurs façons, mais celle-ci est la plus agréable.

Avez-vous des héros littéraires ?

Beaucoup. Shakespeare fut probablement le premier, une fois sorti de l’enfance, à me parler d’une manière différente et à m’ouvrir à une nouvelle vie. Tout le reste faisait figure de contes pour enfants jusque là. Ce que vous avez dit [à propos d’Oscar Wilde] est amusant, parce qu’il y avait une citation d’Oscar Wilde dans l’aéroport où nous étions ce matin qui disait qu’il n’avait rien d’autre à déclarer à la douane que son génie.

Et qui aviez-vous accroché à votre mur quand vous étiez enfant ?

Oscar Wilde et Shakespeare.

Comment était-ce de tourner It Might Get Loud avec Jimmy Page et The Edge ?

C’était une expérience assez incroyable de travailler avec ces deux gars. J’aimais l’idée que le film n’ait pas vraiment de sujet défini : il y avait deux phrases qui disaient « C’est à propos de guitares et de guitaristes. Laissons-les discuter et voyons ce qui se passe. » Certaines personnes ont cinq énormes pages de résumé pour expliquer leur façon de concevoir un projet : un film, une vidéo, un projet, un album ou ce que vous voudrez, et il semble devenir de moins en moins intéressant au fur et à mesure que vous le lisez. Mais quand la porte est ouverte à la créativité et laisse les choses se faire spontanément, ça m’intéresse. C’était donc formidable, et bien sûr, ce sont tout simplement de fabuleux musiciens.

Jimmy Page a été le premier à se lancer dans une chanson ?

Il a été le premier à prendre sa guitare et à commencer à jouer. Sur le moment, c’était saisissant. Nous étions pris de court, en train de penser : « Je ne m’attendais pas à ce que ça commence si vite ». C’était un moment assez drôle.

Avez-vous eu une crise d’anxiété en face de Page ?

Ces derniers jours, j’ai lu des choses à propos de la philosophie de l’anxiété, et c’est une notion très intéressante pour moi, parce que ce mot possède environ 16 significations différentes à mes yeux. Parfois, je pense que cela signifie la nervosité – je ne suis pas vraiment nerveux, je me suis toujours demandé pourquoi je ne l’étais pas plus ; peut-être que cela a un rapport avec le fait que la nervosité est synonyme de redouter. J’y ai beaucoup pensé récemment, parce que la définition que j’ai de l’anxiété, c’est une énergie qui peut être transformée en quelque chose de bénéfique, une sorte d’énergie cinétique.

Le trac peut aussi être une bonne chose…

Je suppose. Je suis très curieux à ce sujet, parce que je l’ai peut-être et que je l’ignore.

Quelle est la première chanson que vous avez jouée face aux deux autres ?

Je ne m’en souviens pas. Je crois que nous avons écouté des disques, en fait. Nous avons écouté Rumble de Link Wray ensemble, et il me semble que Jimmy et moi l’avons jouée, juste les trois accords.

Pensez-vous que vous pouvez tirer de la sagesse de vos aînés ?

Oh, sans aucun doute, énormément. Vous pouvez vous transformer en gamin, tirer sur leurs chemises et les agacer, vraiment. C’est plus difficile de trouver un moment particulier pour leur parler de certaines choses. C’est flagrant lorsque quelqu’un est dans une pièce et que tout le monde sait ce qu’il a fait. C’est un éléphant dans cette pièce, soyez-en sûrs. Surtout quand vous faites le même métier. Vous pensez que vous lui parlerez peut-être plus facilement parce que vous êtes tous les deux artistes, poètes ou musiciens. Vous pensez que vous aurez moins de mal à en parler. Mais, parfois, c’est plus difficile.

Quels sont les gens que vous avez rencontrés dont vous avez le plus appris ?

Probablement les artisans – les menuisiers, plombiers et d’autres du même genre qui m’ont vraiment interpellé, réellement intéressé. Cela m’inspire vraiment. Je peux m’asseoir et parler pendant des heures avec quelqu’un dans une quincaillerie à propos d’une scie de long, par exemple. Je suis très inspiré par l’idée et la beauté pour lesquelles ils font tout leur possible, qui tend presque au perfectionnisme lorsqu’il s’agit de finir leur travail. C’est fascinant d’adapter cette idée à l’artisanat de la composition, et d’y appliquer leurs techniques.

Sur Nashville :

C’est une ville étrange, une ville que le temps a oubliée, d’une certaine manière. Mais elle est aussi tellement actuelle, méga-commerciale, méga-capitaliste, et axée sur le côté commercial de la musique. C’est un endroit très intéressant où vivre, en ce qui me concerne. Vous pouvez observer les choses sous tous les angles, ce que, je pense, vous êtes obligé de le faire une fois que votre art a été accepté au sens populaire du terme.

La country pure est-elle toujours présente à Nashville ?

Elle est là, dans la périphérie. En fait, j’ai un label, maintenant, qui recherche ces gens. J’essaie de retrouver des collections de hits éphémères des années 50 et 60 et de savoir ce que leurs chanteurs font maintenant, parce que je suppose qu’un grand nombre d’entre eux vivent toujours dans le Tennessee. J’essaie d’en retrouver un certain nombre pour voir s’ils ont toujours une étincelle en eux.

Le nom de votre label – Third Man Records – est-il un hommage à Orson Welles ?

Le nom vient de celui de mon magasin de tapisserie, quand j’avais une vingtaine d’années. Ma carte de visite était un clou d’ameublement que j’avais peint avec du sang. Le slogan était : « Vos meubles ne sont pas morts » (« Your furniture’s not dead », qui deviendra « Your turntable’s not dead » avec TMR – ndt). Un grand nombre de gens à qui je le donnais ne savait pas vraiment quoi en faire.

Votre collaboration avec Loretta Lynn fut-elle la première fois où vous avez frayé avec l’aristocratie de Nashville ?

En effet. Meg et moi avions enregistré notre troisième album à Memphis et nous adorions la country, mais nous ne savions absolument pas comment nous rapprocher de cet univers. Loretta nous a appelés, parce que nous lui avions dédié notre album : nous étions passés devant sa maison en revenant de Memphis. Nous avons vu un panneau indiquant sa maison, son célèbre ranch d’Hurricane Mills, alors Meg et moi avons roulé jusque là pour jeter un coup d’œil. Meg fumait une cigarette et l’a jetée par la fenêtre sur son allée. Nous nous sommes disputés. J’ai dit : « Il ne faut pas jeter une cigarette devant la maison de Loretta, ce n’est pas très poli. » Elle s’en fichait, de toute façon, mais c’est devenu une dispute amusante, alors nous avons décidé de lui dédier notre album, en l’honneur de cette cigarette. Finalement, Loretta nous a invités chez elle – elle nous a préparé du poulet et des quenelles. C’est une bonne cuisinière.

N’avez-vous pas joué une chanson avec Bob Dylan au Ryman Auditorium que vous n’aviez jamais jouée ensemble avant ?

Nous avons répété quelques chansons de Hank William ce jour-là, mais il n’a pas aimé la façon dont elles étaient chantées. Il voulait éteindre la sono et nous a laissés chanter en acoustique. Le Ryman Auditorium est une église, après tout, et ma première performance au Ryman a été avec Bob Dylan.

C’est amusant : je me suis marié sur la scène de cette église. Je recherchais un endroit pour vivre à Nashville avec ma femme. Nous nous étions déjà mariés sur la rivière amazonienne quelques mois plus tôt. Nous étions en ville, en train de chercher un endroit, et pendant notre pause déjeuner, nous sommes allés à la préfecture tenter de nous faire marier légalement. On nous a dit qu’on devait planifier ça avec un juge et réserver un jour, mais nous avons répondu que nous étions seulement en ville ce jour-là. Non loin du lieu où nous avions acheté notre licence de mariage était affiché un flyer pour un gars nommé Pasteur Red Michael, qui disait : « Je marierai n’importe qui n’importe où pour 150 dollars ». Je l’ai appelé et je lui ai dit que nous voulions nous marier. Il a demandé quand, j’ai répondu : « Que dites-vous de maintenant ? », et il a dit « C’est bon pour moi ». Il a commencé à demander où nous souhaitions être mariés. J’ai répondu que je ne connaissais pas très bien Nashville et que nous ne savions pas forcément où. Alors il a répondu : « Pourquoi pas les marches du Ryman Auditorium ? ». J’ai pensé que ce serait génial, je lui ai dit qu’on le retrouverait là-bas dans quinze minutes. On est y allés, on est sortis de la voiture en le cherchant des yeux, mais on ne savait pas où il était. Nous attendions d’être mariés sur les escaliers.

Et cette Cadillac s’arrête, le Pasteur Red Michael en sort et nous signons la licence de mariage sur le capot de la Cadillac. Quelqu’un sort du Ryman, me reconnaît et me demande si je suis en train de me marier. Je lui dis que oui. Il demande : « Vous voulez vous marier sur scène ? Entrez et mariez-vous sur scène. ». Je réponds : « D’accord, bien sûr ». Nous sommes entrés et nous nous sommes mariés pile en face du micro. C’était un moment incroyable : je n’étais jamais entré dans ce bâtiment, alors pour une première, être sur scène en face du fameux micro, et me marier en même temps, c’était assez bouleversant. C’est devenu encore plus drôle quand on nous a demandé de partir, parce qu’apparemment George ((Elton?)) était décédé et qu’on venait tourner une vidéo.

Comment le court-métrage Coffee and Cigarettes avec Meg est né ?

C’est devenu la scène d’un film intitulé Coffee and Cigarettes, qu’on a fait avec Jim Jarmusch. Jim était venu nous voir jouer, Meg et moi, à l’Union Square. Il nous a ramené dans son bureau, on passait juste du temps avec lui, il avait un petit pamphlet contre les bobines Tesla. Cinq ou six mois plus tard, il nous a rappelés : « Je suis en train de faire ce film appelé Coffee and Cigarettes, vous voudriez bien toi et Meg faire un court-métrage avec moi ? ». J’ai répondu « Oui, ce serait génial ». Il en avait déjà fait un avec Tom Waits et Iggy Pop, donc j’ai dit oui.

…On a aussi essayé de l’avoir pour qu’il réalise une vidéo pour les White Stripes. On voulait filmer la fausse électrocution d’un éléphant vivant, parce qu’Edison avait vraiment fait cela à Tesla, afin de prouver que la théorie de Tesla sur le courant alternatif était fausse. Il avait entrepris d’électrocuter des animaux, et il a vraiment électrocuté un éléphant, l’a tué et l’a filmé, pour réfuter la théorie de Tesla. Nous voulions recréer cette scène, mais c’était extrêmement cher.

Est-ce que vos goûts musicaux ont changé en même temps que votre évolution de musicien ?

Je réévalue mes goûts musicaux quotidiennement. J’essaie d’oublier mes préjugés et de repenser à la musique. J’essaie d’ouvrir mes yeux et de m’ouvrir à quelque chose que je n’aimerais pas normalement. Il y a quelques mois, j’ai essayé d’écouter La Roux, et j’ai vraiment essayé de rentrer dans une de ses chansons. Récemment, j’ai lu des choses à propos de la philosophie de l’authenticité, sur ce qui est authentique et ce que nous ressentons comme étant réellement authentique. Je sens toujours que c’est ce que je recherche dans la musique et dans l’art : je recherche la vérité, je recherche quelque chose de beau. Dans mon esprit, j’imagine cela comme étant authentique. Parfois, j’ignore si les artistes que j’aime le plus sont vraiment authentiques. J’ignore si Bob Dylan et Tom Waits sont aussi authentiques que je le pense. Peut-être que non. Peut-être qu’ils sont comme une création de David Bowie qu’ils ont fait eux-mêmes, et peut-être que nous sommes témoins du talent qu’ils ont à le faire… Je suis un descendant de Polonais et d’Écossais qui a grandi à Detroit dans les années 70, pourquoi jouerais-je du blues ? Dylan était un gamin juif du Minnesota, pourquoi jouait-il ces chansons de Woody Guthrie d’Oklahoma quand il a commencé ? Et ainsi de suite.

Parfois, vous commencez à penser que peut-être Britney Spears ou quelqu’un du même genre qui fait exactement ce qu’il veut de la façon dont il sait le mieux s’y prendre est plus authentique que n’importe lequel de ces gens que vous pourrez mentionner. C’est difficile à dire. Vous écoutez toute cette musique à travers un filtre tout le temps. Je l’écoute toujours à travers un filtre. Je suppose que Robert Johnson et Charlie Patton sont authentiques, je les aime pour cela, et je pense que le mystère qui entoure la façon dont ils ont enregistré leur musique est ce que je veux que la musique soit. La beauté d’une telle chose, qui surgit de nulle part, est exactement ce que j’espère. Puis, vous lisez des histoires qui disent que Robert Johnson a aussi joué des chansons de Bing Crosby dans les supermarchés, et c’est très inauthentique. Je suppose que ce sont les deux facettes de la médaille.

Il y a des fois où vous pouvez être au supermarché et entendre une chanson à la radio, et cela n’a pas besoin d’en dire long ou d’être magnifique – dans le sens où vous pouvez en retirer une profondeur ou un changement d’existence –, mais c’est appréciable à un niveau différent. J’adore Charlie Patton et ses chansons proviennent d’une génération complètement différente de la mienne, mais j’écoute aussi Ace of Base et je pense qu’ils font quelque chose de vraiment bon. Je ne sais pas comment différencier cela, parfois. Je pense que c’est un vrai paradoxe philosophique si on y réfléchit attentivement, si on décide réellement de quel côté de la beauté on veut être. J’ai besoin que cela soit authentique, particulièrement concernant la musique que je fais moi-même. Mais je pense que parfois, les gens qui sont des amateurs d’art et de musique, surtout les auditeurs, ignorent la différence ou s’en moquent. C’est manifeste dans une grande partie de la technologie numérique et la façon dont on enregistre la musique actuellement : plus c’est artificiel, plus ça marche.

Il y a une responsabilité quand vous commencez à enregistrer une chanson, en tant que producteur, compositeur ou performer. Vous y êtes dévoué, vous voulez que les gens l’entendent de la façon dont vous l’entendez et y répondent comme vous espérez qu’ils y répondent quand vous la créez. C’est vraiment, vraiment difficile à faire, à fixer sur l’enregistrement. Tout ce que je peux faire, c’est dire que je sais comment je ne veux pas que ça sonne. La bonne façon d’éviter ça est d’éviter la technologie numérique, les choses comme Auto-Tune et les effets qui créent une fausse impression d’authenticité. C’est très difficile de nos jours, parce que si vous êtes dans un jeune groupe et que vous voulez enregistrer en analogique, vous ne pouvez pas vous le permettre : les bandes sont très chères et c’est dur à faire. C’est une honte, parce qu’il y a du romantisme dans tout cela, en dehors de toute notion de luddisme contre la technologie geek. Vous passez pour un obscurantiste juste parce que vous voulez enregistrer de cette manière.

Votre plus grande réussite ?

Eh bien, j’ai deux enfants, ils ne pouvaient pas être là aujourd’hui.

Quelle musique aiment-ils ?

En ce moment, ils aiment une chanson intitulée Ole Buttermilk Sky de Hoagy Carmichael. Scarlett, ma fille, aime beaucoup cette chanson d’Édith Piaf que je ne sais pas prononcer – je l’ai sur disque mais je ne sais pas du tout la prononcer.

Un conseil aux futurs musiciens ?

La chose la plus simple à dire est d’être sincère dans ce qu’ils font au lieu de faire ce que les gens veulent d’eux. C’est la réponse facile. Je peux devenir plus compliqué et dire des choses comme : restez éloignés des tshirts et des pages myspace, qui sont vraiment une distraction plutôt que des garants d’authenticité. Vous devez démarrer par quelque chose qui a du sens pour vous. Si vous ne l’aimez pas, comment les autres gens l’aimeront-ils ? Si vous le faites pour que les gens l’aiment, ça ne réussira probablement pas.

Quand un album sort, vous devez finir par le jeter aux lions, en quelque sorte. C’est la difficulté. C’est comme si vous abandonniez un enfant à des étrangers. Mais la raison pour laquelle vous avez commencé, c’était pour le partager avec d’autres êtres humains, de toute façon. A ce stade, c’est un genre de champ de mines. Pas seulement pendant que vous créez, cela évolue à chaque instant.

Votre travail sur l’album hommage de Bob Dylan à Hank William est-il toujours d’actualité ?

Je ne sais pas ce que ça devient, j’ai enregistré ma participation il y a deux ans. Je ne sais pas exactement où l’album va. J’en étais vraiment satisfait, c’est probablement l’une des choses les plus particulières auxquelles j’aie participé. Je vis dans la rue où Hank William vivait à Nashville. J’ai feuilleté les paroles d’une de ses dernières chansons, qui a été retrouvée au pied du siège arrière de la voiture où il est décédé. J’ignore qui s’est attaqué à celle-là, j’ignore si quiconque l’a fait, mais l’une des chansons m’a parlé. Elle s’intitule You Know That I Know et ça m’a sidéré, ça s’est emparé de moi, et la chanson est devenue mienne. J’ai senti une sorte de connexion. J’ai demandé à Hank de m’aider à la finir, et je l’ai fait. En cinq minutes, c’était fini. Je l’ai jouée à Dylan quelques semaines plus tard et il en a dit du bien.

Sur la tapisserie :

Il y avait beaucoup de choses combinées quand j’avais mon magasin de tapisserie. Je faisais de la sculpture, j’étais dans un entrepôt rempli d’artistes, et j’avais mon magasin dedans. J’avais ma table de découpage et mes machines à coudre etc, mais je travaillais aussi la sculpture. J’avais aussi apporté une guitare, ce qui a fini par être une grosse erreur parce que cela m’a éloigné de pas mal de travail. Mais je suis devenu obsédé par le design et le le côté cartoonesque de ce business. Je me moquais que quelqu’un me tende un chèque de 500 dollars, ça partait juste dans la facture d’électricité ou autre, je m’en moquais. J’avais un camion jaune – tout était jaune, noir et blanc au magasin. J’écrivais les tickets de caisse au crayon et les clients ne comprenaient pas vraiment pourquoi, ils voulaient juste leurs vieux meubles rembourrés. J’avais l’impression d’être au Japon , je faisais un business dans un dessin animé. J’ai commencé à écrire des messages aux autres tapissiers, parce que je m’étais rendu compte qu’ils étaient les seuls à voir l’intérieur des chaises, alors j’ai pensé que j’allais commencer à leur écrire des messages, des blagues dont je pensais qu’eux seuls les découvriraient, peut-être. Puis, j’ai commencé à écrire de la poésie. J’avais un autre groupe appelé The Upholsterers (Les Tapissiers, ndt) à l’époque, quand le gars de qui j’avais appris le métier a eu le 25ème anniversaire de son magasin. On a donc enregistré un 45 tour de trois chansons qu’on a mis sur un vinyle translucide, avec des pochettes transparentes, on pouvait voir au travers. On en a fait 100 copies placées dans 100 pièces qu’il a rembourrées cette année-là. On ne pouvait même pas les passer aux rayons x pour vérifier si les vinyles étaient dedans à cause de leur nature transparente, donc ce sont des disques qui pourraient bien ne jamais être trouvés.

Quelques mots de plus sur l’authenticité :

Pourquoi puis-je vous dire que je suis allé au Arnold’s (un restaurant de Nashville, ndt) dans le Tennessee, mais pas que je suis allé chez la chaîne nationale de restaurants Denny’s à côté de l’autoroute de Pittsburgh ? Je ne vous raconterai jamais ça parce qu’il n’y aucune romance à le faire. Cette expérience n’aurait pas été assez belle pour entamer une discussion. Mais l’Amérique dont vous parlez est tout autour.

Le processus d’écriture :

Je me considère comme un mauvais conteur dans la vie réelle, quand je parle aux gens. Je sens que quand j’écris, j’ai une chance de faire ça bien, j’ai une chance de le dire de la bonne façon avec les mots que je voudrais utiliser. C’est ce qui se produit. Je finis par me focaliser sur tous les personnages de la chanson et par m’oublier. Cela semble presque ennuyeux de parler de moi : je connais déjà cette histoire. Mais ces personnages qui sont inspirés d’autres gens que je vois, cette histoire là paraît beaucoup plus intéressante pour moi et pour les gens qui l’écoutent. Je peux lui donner vie tôt ou tard et la jouer une centaine de fois.

Read Full Post »