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Archive for January, 2014

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Aujourd’hui, il est temps de rendre justice au gentleman assis à droite.

Depuis quelques jours, je me demandais quel sujet inventer pour inaugurer l’année 2014 sur ce blog. Hier, je me suis retrouvée à lire Iron Man : Extremis (de Warren Ellis et Adi Grandy) quand je suis tombée sur les noms de Dean Kamen et Edward Teller. Le soir même, j’allais poursuivre un énième revisionnage de la mini-série Jane Eyre (version 2006) et le sujet m’est tombé dessus : John Eshton !

C’est tout indiqué. Ça n’a rien à voir avec la référence à Iron Man excepté que les noms cités ci-dessus sont ceux de scientifiques, tout comme John Eshton – enchaînement d’idées. (Dean Kamen est l’inventeur du Segway et Edward Teller est tristement connu pour avoir mis au point la bombe H.)

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John Eshton (Aidan McArdle)

John Eshton. J’ai déjà largement parlé de la version de Jane Eyre de Susanna White – et encore une fois, si vous ne l’avez pas vue, foncez. J’ai écrit sur Edward Rochester plus qu’il ne fallait. Je ne crois pas avoir dit qu’après lui, John Eshton (joué par Aidan McArdle), que l’on peut voir dans les épisodes 2 et 3, était mon personnage préféré. Il n’apparaît que dans cette version – j’ai vérifié ! Un certain Mr Eshton est mentionné dans le roman de Charlotte Brontë comme un des invités de Rochester, mais il n’y a pas beaucoup plus. La scénariste Sandy Welch a donc créé un véritable personnage qui, s’il est apprécié – à en croire les commentaires sur youtube et les blogs – ne s’est jamais vu consacrer d’article. C’est pourtant un personnage enthousiaste, lumineux, perspicace et aux intérêts intéressants – hum, ça, c’est de la formule. C’est donc l’occasion d’écrire sur un personnage dont personne ne parle, à tort. (Et on ne trouve quasiment aucune photo de lui, ce qui est scandaleux. Les captures d’écran sont nos amies.)
Eshton, cet article est pour toi.

Le site de la BBC résume Eshton en quelques mots : « visionary who visits Thornfield ». C’est vrai, bien sûr, mais je pense qu’ajouter « Rochester’s best friend » n’aurait fait de mal à personne. D’ailleurs, pour en finir tout de suite avec le chapitre des relations entre les personnages, vous remarquerez qu’Eshton est le seul des invités de Rochester (Toby Stephens) à réellement prendre en considération Jane Eyre (Ruth Wilson), à s’intéresser à ce qu’elle dit et à la saluer comme une égale lorsqu’il part de Thornfield.

Quant à Rochester, John et lui ont deux moments où leur amitié transparaît de façon évidente : leur partie d’échecs durant le second épisode, durant laquelle Edward lance l’idée de jouer avec une table Ouija.

Eshton: What are you up to, Edward?

Rochester: You’re interested in experiments, aren’t you?

Eshton: Well, I hope you know what you are doing.

(Ce petit dialogue commence vers 2:48.)

Ça et la scène d’adieux, évidemment. Rochester prête d’ailleurs sa voiture à Eshton pour lui permettre de voyager, car il a entendu parler du cas extraordinaire de deux jumeaux, sa marotte du moment – j’y reviendrai. Il suffit de voir l’expression de Rochester quand John expose l’affaire avec enthousiasme pour comprendre la nature de leur relation.

Eshton est un personnage qui s’inscrit profondément dans le XIXème siècle : il est visionnaire, certes, mais ses positions avant-gardistes sont celles d’un certain nombre de savants et d’auteurs de son époque.
Ses idées novatrices s’opposent à celles de la morale bien-pensante. A ce titre, son dialogue avec Lady Ingram, dans l’épisode 2, est particulièrement éclairant :

Eshton: You don’t think it possible that someone who seems perfectly serene and unspectacular from the outside could be capable of committing horrific crimes?

Lady Ingram: Certainly not a Christian man. Although I’m sure that Mr. Eshton has all sorts of new ideas about that.

Eshton: For once, I must admit ignorance. The brain is a vast and wonderful landscape. We’ve not even begun to navigate its mysteries. We do not know why it malfunctions. We are in the very infancy of its science.

Lady Ingram: Science again. You make it all sound so very grand. God gives people good blood and bad blood, and there’s an end to it.

Ici, il s’agit moins d’une référence à la science qu’à la psychiatrie et à la psychanalyse : L’interprétation des rêves de Freud sera publié un demi siècle après Jane Eyre.

Ce dialogue a lieu juste après que l’une des jumelles – elles ne sont jamais nommées – invitées par Rochester se lamente sur la perte de son livre, The Beast Within. L’auteur n’est pas mentionné, mais on peut voir, là aussi, un clin d’œil anachronique au roman La Bête Humaine de Zola, paru à la fin du XIXème siècle (sous le titre The Beast Within en anglais), où il est question des thèmes développés par Eshton.
Et n’oublions pas sa petite obsession dans les deux épisodes où il apparaît : la gémellité ! S’il poursuit les jumelles invitées à Thornfield, c’est moins pour flirter…

« You look alike, you move alike, you sound alike. You are, if I may say so, a particularly fine example of the split female embryo. I hope you’ll permit me to ask you some questions. »

…que pour leur poser toutes sortes de questions. Il leur demande par exemple si elles se sont retrouvées le matin même pour découvrir qu’elles s’étaient habillées de la même façon, sans concertation – ce à quoi les jumelles répondent un « oui » guilleret, ravies d’être l’objet de tant d’attention. Eshton se livre à une véritable étude anthropologique avec tout le charme dont il a besoin pour ne pas paraître déplacé. Sa passion du moment va si loin qu’il est même prêt à partir à l’étranger sur un coup de tête pour l’assouvir.
Lorsqu”il part de Thornfield Hall, c’est pour courir à la recherche de jumeaux. Je le laisse exposer l’affaire à sa façon :

Eshton: One, a Belgian, has been in a sort of deep sleep for some eight months, and he has been woken by a twin, now living in Toulouse, by the way, that he never knew existed. It’s amazing. Well, you don’t think it possible that two minds can so be in tune that they communicate across the country and call out to each other across space and time?

Rochester: You’re one of the world’s most curious people, Eshton.

Merci de résumer le personnage, Edward. Je remarque que la dernière phrase d’Eshton – qu’il emploie à dessein avec un regard lourd de sous-entendus à l’adresse de Jane et Edward – sera reprise à son compte par Rochester quand il suppliera l’héroïne de rester à Thornfield. Je ne résiste pas à l’envie de vous montrer la scène dans son intégralité : je l’ai évoquée plus haut et c’est sans aucun doute un de mes passages favoris.

Dans le troisième épisode, on apprend également que notre ami s’intéresse à la migration des oiseaux – qu’il se charge d’expliquer à Lady Ingram. Et si on voit plusieurs personnages de la série avec un livre entre les mains, Eshton, en revanche, prend des notes sur un carnet. Curieux et érudit.

Je crois à présent avoir écrit le premier véritable article sur le cas John Eshton – sauf erreur grossière de ma part. Je suis heureuse de lui avoir rendu cette justice. Eshton mériterait un livre ou une mini-série à lui tout seul – sur ses voyages et ses curieuses rencontres, par exemple… Qui sait, la prochaine fois que vous regarderez Jane Eyre, vous prêterez peut-être davantage attention à ce petit gentleman. On n’est pas le meilleur ami d’Edward Rochester pour rien.

“Tu connais l’électrobiologie, Edward ?  Mais si, comme dans  Frankenstein !”

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