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Archive for April, 2014

Oneiroi

Par Adeline Arénas

adam

And the moonlight they’re more thrilling
Those things that he knows
Alex Turner – The Jeweller’s Hands

Elizabeth a oublié ses mitaines et penche la tête de côté. Il est tard, l’aiguille de l’horloge va bientôt en frapper le sommet et… Ah, voilà. Le tintamarre a commencé, rompant le silence de la ville. Douze coups, minuit. Le cliché est vite passé. Ses mains sont froides.

Il n’empêche qu’elle l’attend toujours. D’un côté, s’il était arrivé à minuit pile, ça aurait paru si irréel et si fabriqué que, forcément, un peu de gâchis aurait été constaté. L’instant aurait été gâché.

Elizabeth tourne, observe toutes les entrées des ruelles qui débouchent sur la petite place mais non, il n’est toujours pas là. Dans cinq minutes, elle estimera le cap du retard franchi. Et jurera tout bas, probablement.

« Elizabeth. »

Elle se retourne et le voilà, surgit de la ruelle qu’elle a regardée deux minutes avant. Le temps, une obsession ! C’est la première fois qu’elle aura l’occasion de vraiment lui parler. Plus en tout cas que les cinq minutes de conversation échangées dans une salle de concert, au début de la nuit dernière. Ils étaient venus voir la même chose. Elizabeth se retient d’incliner la tête.
Ce qui est amusant, parce qu’elle s’incline toujours quand on lui présente des gens. N’importe qui. Politesse d’un autre âge qu’elle s’est instituée et qu’elle respecte. C’est le plus ancien, le plus majestueux de tous les êtres qui lui aient été donnés de voir – et pourtant elle ne bouge pas. Elizabeth se contente de le regarder comme un membre de sa famille, avec le respect dû à un aîné depuis longtemps parti et attendu.

« Oneiroi. »

Elizabeth l’a soufflé et l’être semble réfléchir à la portée du nom.

« Si c’est ainsi que tu veux me nommer.
– Peu importe ton vrai nom, ça fluctue et tu en changes souvent. Tu seras Oneiroi pour moi car c’est ainsi que je te vois. »

Lui semble réfléchir. Comme s’il ouvrait un vieux tiroir et souriait à la vue d’un souvenir.

« Les dieux des songes, habitants de l’Érèbe aux confins du monde. »

Elizabeth irradie.

« Que veux-tu voir ?
– Tout.
– Ce qui peut avoir une définition différente pour toi et moi, dit-il. Viens. »

Oneiroi l’entraîne à travers les rues baignées par la nuit. Si calmes, et si peu dangereuses que les confins du monde semblent se trouver là. Elle le dit et elle sait, même s’il ne répond pas, que son idée n’est pas différente.

Les grains de sable qu’elle a ramassé s’écoulent de son poing serré, à la fois rugueux et agréables. Froids, alors qu’ils ont été chauds toute la journée. Pendant qu’ils s’écoulent hors d’elle, Oneiroi lui explique la marche du monde. Elizabeth secoue la tête, sourit : c’est une théorie qu’elle n’approuve pas. Il change de sujet et lui fait voir des constellations. Il place sa main sous la sienne et recueille des grains de sable, les minéraux et les morceaux de rochers qu’elle laisse tomber. Il les compare aux astres et aux étoiles.
Des galaxies il en vient à la musique. Comme ça, juste en passant. Les deux phrases qu’il lâche resteront gravées en elle. Elizabeth veut parler d’une pièce très vieille et très oubliée qu’elle a lue il y a longtemps, à laquelle Oneiroi lui fait penser. C’est au visage de l’être de s’éclairer.

« La chose est peu connue. »

Sa voix à lui est presque raffinée, pleine de tous les livres qu’il a lus et de toutes les musiques qu’il a écoutées. Elle en serait tombée amoureuse si elle n’avait pas déjà un amant qui avait noué son cœur au sien. Il est loin, si loin d’elle en ce moment… Oneiroi est lié, lui aussi, à une épouse qui l’attend à l’autre bout du monde. Il regarde Elizabeth. Son reflet, avec un ou deux millénaires de retard.

Il lui parle de livres et elle se souvient d’articles d’encyclopédies. Elles prennent la poussière, elle doit toujours souffler sur la tranche des pages fines comme du papier bible. Elle imagine les illustrations frappées entre les colonnes chargées d’inscriptions. Bam. Ses lèvres forment une onomatopée muette.

« Et la musique ?
– La musique ?
– Tu ne peux pas te contenter de m’en parler si peu. (Elle se corrige.) Je ne peux pas m’en contenter. Parle-moi des vieux instruments. »

Oneiroi s’exécute obligeamment, comme on satisferait au caprice d’un enfant déjà trop gâté. Elizabeth pose brusquement une question sur la mécanique. Comment fonctionnent les choses ? Est-ce qu’on sait pourquoi…

« C’est à mon tour d’avoir une question à te poser. »

Au loin, le ciel bleuit légèrement. Le noir devient gris, le jour va se lever. La promenade a été longue. Leur point de départ est très loin derrière eux.

Elizabeth regarde Oneiroi.

« C’est ta faim qui t’a poussée à venir me voir, n’est-ce pas ? »

Elle sourit. Qu’il lui pose cette question est un paradoxe en soit.

« Impossible de le nier.
– Suppose que je te donne ceci. (Il dresse une main blanche, qu’elle devine froide sans la toucher, dans l’obscurité qui faiblit.) Y as-tu pensé ?
– Brièvement. Comme une chose qu’il serait trop insultante de demander. Je n’ai pas cette prétention. Je ne veux pas faire offense…
– Si je te fais ce don, c’est à double tranchant. Tu sauras, bien plus que tu ne sais déjà. Infiniment plus. Mais ta faim de savoir sera encore plus grande. »

Oneiroi a un sourire amusé. Une pensée lui est venue.

« Tout en restant parfaitement mortelle, bien sûr. Tu ne veux pas de l’immortalité, je me trompe ? Tu as déjà trop d’errances nocturnes. »

Il se penche vers elle.

« Et il y a un amour immodéré de la lumière,… (Il se redresse.) Ah ! Quel dommage. »

Ses deux derniers mots sont presque inintelligibles. Il soupire.

« Ou peut-être pas. »

Oneiroi décide de mettre fin à ses idées, qui menacent de prendre le dessus sur l’instant présent. Sur Elizabeth, qu’il ne reverra plus. Il ne l’évitera même pas, c’est un simple fait : c’est la dernière fois qu’il la voit. Il le sait et la décision ne relève pas d’eux.

Peu après il l’a quittée. Elizabeth se tient debout, tremblant presque face au ciel qui devient de plus en plus clair. Elle a la pression froide de la main d’Oneiroi contre ses lèvres, et le goût du sang chaud qu’elle a l’impression de sentir encore s’écouler dans sa gorge.

Les idées luttent. La Beauté. La mécanique. Les anneaux autour des planètes. Les grains de sable qui glissent hors d’elle. Oneiroi. « Oneiroi », prononce-t-elle.

Et la faim, la faim qui jamais ne cessera.

Fin

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Larry Page et Sergey Brin, fondateurs de Google.

L’article qui suit relève d’un défi – et d’un dîner. Après une conversation animée, j’avais promis à celle qui partage ma maison et une partie de ma vie, bref, ma coloc, que je publierais un article sur Google. Je suis une femme de parole. (Par ailleurs, il s’agit d’Alexandra, qui tient le blog La bouteille à la mer, que je vous recommande. Pour changer.)

Du coup, répondre à ce défi m’a fait permis d’obtenir des réponses à un certain nombre de questions que je m’étais de temps en temps posées.
Ça m’a permis de constater, une fois de plus, que ceux qui révolutionnent internet s’y prennent tous très tôt dans leur vie. Dernier exemple en date : Mark Zuckerberg, qui a commencé à tripatouiller des ordis bien avant d’aller à la fac. (Et il a étudié les lettres classiques. Vous le saviez ? Non ? Ben voilà. Oui, ça fait des années que j’ai la bio du patron de Facebook dans ma bibliothèque.)
Revenons à nos moutons. Google a deux fondateurs : Larry Page et Sergey Brin, respectivement âgé de 41 et 40 ans à l’heure actuelle. Sachant que l’année officielle de la création de Google est 1997, je vous laisse faire le calcul. Des petits loups à l’époque, oui.
Larry Page et Sergey Brin se sont rencontrés à la fac de Stanford, à San Francisco. La légende raconte que ça n’a pas été tout de suite l’amour fou entre eux. Sergey Brin, né en Russie, était mathématicien – il a aussi étudié les sciences. L’américain Larry Page, lui, étudiait l’ingénierie et l’informatique. Toujours est-il qu’ils finissent par devenir amis et que l’équipe qui va changer le monde se forme. Ensemble, les deux larrons décident de créer un moteur de recherche. Le 15 Septembre 1997, le nom de domaine google.com est officiellement enregistré. Et si ça en intéresse certains, je vous mets le lien avec le pdf de l’article universitaire qu’ils ont publié en 1998, The Anatomy of a Large-Scale Hypertextual Web Search Engine.

Larry Page.

A présent, vous me pardonnerez de citer tel quel un extrait de l’excellent article du Journal du Net publié l’an dernier, intitulé Sergey Brin, le mathématicien à l’origine de Google. Il explique la situation mieux que moi :

Ils deviennent amis et commencent à mettre en commun leurs recherches. Brin travaille sur le développement de bases de données tandis que Page mesure la popularité des pages web selon le nombre de fois où elles ont été citées sur d’autres pages. Ensemble, ils imaginent un nouveau moteur de recherche, qui classe les résultats selon la popularité des pages. Grâce à l’algorithme qu’ils ont élaboré, PageRank, ils lancent BackRub, la première version du moteur de recherche. En 1997, ils déposent le nom de domaine Google.com. Très vite, ils abandonnent leur doctorat pour s’y consacrer complètement.

Que c’est beau. Bref, l’Histoire est en marche et tout le monde connaît la suite : Google va devenir le moteur de recherche le plus utilisé au monde.

(Pour en finir avec Sergey Brin, en plus d’être patron de Google, il participe aussi à la recherche sur le génome, un thème qu’avait développé Richard Powers dans Générosité, le roman sur lequel je l’avais interviewé. La mère de Brin est en effet atteinte de la maladie de Parkinson et son fils a 20% à 80% de chances de développer un jour cette maladie.)

A noter que si Larry Page est le PDG de Google, Sergey Brin en est le directeur technique.

Sergey Brin

Grâce à Google, on a également une foultitude de choses, parmi lesquelles Google Maps (qui nous a prouvé que le Tardis existait), Google Books (toujours sujet à débat), Google + (dont je doute qu’il parvienne à dépasser un jour en fréquentation le réseau social de Mark Zuckerberg, qui a plus d’un tour dans son sac). Android était une startup qui a été rachetée en 2005 par Google, tout comme YouTube en 2006.

Donc, Google est le moteur de recherche le plus utilisé au monde. Avant de passer à la dernière partie de cet article, c’est le moment de balancer quelques chiffres à faire tourner la tête. Sachez qu’on y compte 1 milliard de visiteurs uniques mensuels sur l’ensemble des sites de Google. Qu’en 2012, le nombre de documents répertoriés sur Google était de 30 trillions, soit 30 000 milliards, que 4 milliards de vidéos de vidéos sont visionnées chaque jour sur Youtube et qu’en 2013, 53 941 employés travaillaient à plein temps chez Google.
Comme Facebook, Apple, eBay, Yahoo! ou encore Hewlett-Packard (et même les studios Pixar), le siège mondial de Google se trouve dans la Silicon Valley, en Californie.

Et maintenant, le grand mystère : QUI fait les Google Doodles et comment ça se décide ? Ne me dites pas que vous ne vous êtes jamais posé la question. Grâce à un chouette article d’Anaëlle Grondin pour 20 minutes dégoté sur le net après une recherche, j’ai enfin pu le découvrir. (L’article vous donnera plein de statistiques et d’anecdotes fort sympathiques.) L’histoire du premier doodle est d’ailleurs assez marrante : en 1998, Larry Page et Sergey Brin ont décidé d’aller au Burning Man Festival, un grand évènement artistique situé dans le Nevada. Afin de signaler leur absence pendant cette période, ils ont dessiné la silhouette du fameux Burning Man entre les lettres de Google. Le premier doodle était né.

30 Août 1998, premier doodle. Vous venez de gagner 30 secondes à éviter de parcourir votre moteur de recherche pour vérifier à quoi il ressemblait.

Je sais que vous voulez connaître l’homme qui se cache derrière la majorité de la cinquantaine de doodles qui décorent Google chaque année, et le voici : il s’appelle Dennis Hwang, a 35 et est surnommé à juste titre « l’artiste inconnu le plus connu du monde ». Si la page française de wikipedia le désigne comme webmaster, la page en anglais de l’encyclopédie numérique le qualifie de « graphic artist » et j’avoue que le titre me semble plus approprié. Ceci dit, il occupe actuellement la fonction de webmaster international chez Google et gère sa propre équipe. Et quand je sais qu’il occupe la fonction depuis 2000, je n’ai qu’une envie, lui tirer mon chapeau.

Si j’en crois un article réalisé par le webzine de la fac Stanford il y a quelques années, c’est un type extrêmement talentueux, intelligent et aussi très choumioumiou. Il y confie notamment que les Google Doodles où il rend hommage à des artistes qu’il admire depuis des années, comme Monet, sont les plus difficiles à réaliser.

Je vous poste une vidéo présentée par the man himself, qui le montre en train de créer un nouveau Google Doodle. Chouminou, je vous l’ai dit.

D’ailleurs, si vous êtes nostalgiques de certains Google Doodles ou qu’il y en a un qu’il faut absolument que vous retrouviez, ils sont tous disponibles à cette adresse : http://www.google.com/doodles/finder/2014/All%20doodles

Et voilà, l’article se touche à sa fin. J’espère que vous aurez pris autant de plaisir à le lire que j’en ai pris à l’écrire. En ce qui me concerne, je me retrouve avec deux héros à ajouter à mon panthéon et de nouvelles choses à lire. Mission accomplie.

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