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Archive for the ‘Essai’ Category

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Les ordis portables des années 90 étaient tellement mignons.

J’ai remarqué que j’avais assez peu posté sur ce blog cette année. Il y a plusieurs raisons à cela, outre le fait que mon année ait été très chargée. Je compte bien faire revivre ce petit coin, qui tient une place particulière dans mon cœur, au cours des mois à venir. A quel rythme, je l’ignore. Wait and see.

C’est au milieu d’une année pourtant bien pleine de projets que j’ai eu l’idée de me lancer dans le NaNoWriMo (National Novel Writing Month). Il s’agit d’un défi un peu fou, qui a lieu chaque année en novembre, et qui consiste à écrire 50 000 mots en un mois. L’idée, c’est de rédiger une première ébauche de roman, et de booster la quantité plus que la qualité. Le site officiel du NaNoWriMo permet de mettre sa jauge de mots à jour quotidiennement, et de voir où on en est : est-ce qu’on a du retard, est-ce qu’on est toujours dans la course, etc.

Chaque année, plusieurs personnes me demandent via Facebook si je compte faire le NaNoWriMo. Jusqu’à ce mois-ci, ma réponse a toujours été non. Je n’en avais pas le temps, ou pas l’envie, ou pas la motivation. Je me suis toujours dit que je le ferai un jour, « mais pas maintenant ». En cette année 2016, j’ai décidé sur un coup de tête de faire le NaNoWriMo… et je ne le terminerai pas.

Ce n’est pas un aveu d’échec, parce que je considère que cette expérience m’a appris des choses sur moi et mon écriture.

Au moment de commencer le NaNo, j’ai dit à un ami que c’était paradoxal que je me lance dans cette expérience précisément l’année où j’avais le moins de temps pour la faire. Prémonitoire. Dans l’idéal, pour réussir le NaNoWriMo, il faut écrire 1600 mots par jour, ce qui équivaut à trois pages Word et des poussières. Et si vous n’avez pas toujours le temps de les faire… vous pouvez toujours vous rattraper pendant le week-end.

Au quotidien, je vis de ma plume : je suis rédactrice web/journaliste. (Quant à savoir où, petits malins, une simple recherche sur Google vous l’apprendra.) C’est-à-dire que j’écris déjà chaque jour. Je doute fort d’avoir rédigé 50 000 mots pour mon travail à la fin de chaque mois, mais il est clair que je laisse toujours une certaine quantité de texte derrière moi.

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Ceci est un de mes gifs préférés au monde et je me devais de le placer dans cet article.

Parenthèse. Traditionnellement, quand je m’attelle à mes autres projets d’écriture (comme mes pièces de théâtre), je les rédige sur le papier, avant de les corriger et de fixer leur version définitive sur ordinateur. J’ai déjà dit que j’aimais voir la progression d’un texte au stylo, les ratures, les annotations… Mais si j’écris à la main, le soir et le week-end, c’est aussi parce que je fais un rejet des écrans, après les avoir regardés pendant une journée de travail. En semaine, le soir, je vais lire (du papier ou l’écran mat de ma liseuse), écrire (à la main), et éteindre absolument tous mes écrans à 22h. J’admets que mon téléphone portable est parfois – souvent – totalement éteint à 21h. Ça me permet de me recentrer, de me détendre et surtout, de me prouver que je ne dépends pas des écrans. Fin de la parenthèse.

Tout ceci pour expliquer que faire le NaNo était une renonciation à ces habitudes, en quelque sorte. Pour le réussir, il est indispensable de taper son texte sur ordinateur. Ce qui s’est rapidement révélé déplaisant. D’un autre côté, ça m’a permis de constater à quel point j’avais besoin de mon moment sans les écrans, et combien mon rejet d’eux était vivace. (Ce que j’ai tendance à considérer comme un bon signe, en ces temps ultra connectés, où certaines connaissances m’avouent être incapables d’éteindre leur portable pendant la nuit.) Quand on rentre chez soi après une longue journée à écrire, à devoir trouver des idées et à voir du monde, écrire frénétiquement trois pages à l’ordinateur peut être la dernière chose dont on a envie. Ça va sembler épouvantablement girly, mais : écouter son corps, c’est important.

Mais surtout, le NaNo m’a fait prendre conscience d’éléments fondamentaux concernant ma façon d’écrire. Il m’a rappelé que j’ai mes limites, mais il m’a aussi fait découvrir des ressources insoupçonnées. Je ne partais pas de nulle part en commençant le défi : j’avais une trame principale, au moins trois personnages principaux dessinés dans ma tête, et une idée de la structure de l’histoire. Même si j’aime boucler mes projets assez vite, je préfère écrire quand l’inspiration est là, et ne pas me forcer quotidiennement. Si l’envie n’est pas là, ça se débloquera plus tard.

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Excellente idée. Inutile de tourner en rond.

Pendant le NaNoWriMo, j’ai découvert que j’étais parfaitement capable d’inventer chaque jour la suite de mon histoire sous la contrainte – même si, encore une fois, ça n’était pas souvent agréable. Soit j’étais inspirée, soit j’étais motivée par ma maudite fierté à aller jusqu’au bout : toujours est-il que je suis contente de ce que j’ai écrit pendant le temps où j’ai tenu. Je finirai cette histoire, je pense, mais ça prendra plus de temps que prévu, et infiniment plus de soin.

L’enjeu du défi était aussi, pour moi, de savoir si on pouvait faire le NaNo tout en ayant un travail, des projets artistiques et une vie à côté. La réponse est officiellement non, du moins en ce qui me concerne. Ce qui a un côté infiniment rassurant : somme toute, j’ai une existence assez « remplie » pour ne pas avoir le temps de faire le NaNo. Ça n’aurait sans doute pas été le cas il y a quelques années. (Sortez les violons.)

Si on choisit de faire ce défi littéraire, il ne faut se consacrer qu’à ça, et j’ai regretté bien des fois de ne pouvoir dévorer des livres tranquillement le soir, ou de ne me pouvoir me consacrer aux projets d’écriture que je trouvais vraiment importants. En définitive, je n’ai pas exactement perdu mon temps, parce que je tire des leçons de cette courte aventure.

Et pour une fois, je ne vais pas trépigner en songeant que les héros que j’admire le plus auraient, eux, remporté le NaNoWriMo s’ils y avaient été confrontés. Le fait de ne pas le réussir m’a fait prendre conscience de choses très positives. Si certains considèrent cela comme un échec, je l’accepte de bonne grâce.

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catherine morland

(Cet article est sponsorisé par la version 2007 de Northanger Abbey.)

La semaine dernière, j’ai battu un petit record personnel en matière de lecture hebdomadaire. J’ai pris du retard dans le nombre de livres que je dévore chaque semaine, et j’ai donc décidé de mettre les bouchées doubles. (J’ai failli dire que j’absorbais les livres, mais ça vous aurait sans doute paru bizarre.)

Je ne me fixe pas un nombre précis de livres à lire par mois. Je vois certaines youtubeuses se faire de véritables marathons de lecture pour alimenter leurs vidéos mensuelles, et j’ai plutôt l’impression que ça tient de la performance/contrainte qu’autre chose. Je dévore des livres, moi aussi, mais je ne le fais pas par contrainte, ni par envie d’épater la galerie. Je te vois, avec ton sourire goguenard, en train de dire « mais bien sûr » derrière ton écran. Soit.

Il se trouve simplement que pour des raisons diverses et variées, je me suis fixé un petit défi qui consistait à lire trois livres en une semaine. Que j’ai enfin réussi à tenir la semaine dernière.

tony stark dancing

Ma réaction après avoir refermé le troisième livre en question.

Avec le recul, mes trois lectures avaient toutes un point commun : elles appartenaient au domaine public. J’en profite pour les partager avec vous, avec les liens qui y conduisent, parce que ce sont trois coups de cœur dont le monde aurait tort de se priver :

Evelina, de Fanny Burney. Un roman épistolaire publié en 1778 : c’est délicieusement charmant, drôle, et addictif. Burney est un des auteurs qui a inspiré Jane Austen, et à la lecture de ce roman, on comprend parfaitement pourquoi. Je ne me suis pas ennuyée une seconde, et c’était exactement ce que je recherchais. C’était pétillant, rempli à ras bord de gentlemen et de bonnes manières. Seul inconvénient : les évanouissements et les crises de larmes de l’héroïne – par ailleurs pas tout à fait cruche. Je me le suis procuré dans une vieille traduction sur Wikisource.

Pauline’s passion and punishment de Louisa May Alcott (1863). Parallèlement à ses mondialement célèbres Quatre Filles du Dr March, Alcott a aussi publié un certain nombre de romans et nouvelles. Dont certains anonymement ou sous pseudonyme, comme ce court roman appartenant au genre de la « littérature à sensation ». Comprendre : des rebondissements, de la noirceur, etc. Le point fort de Pauline… ? Son héroïne. Elle est indépendante, belle et machiavélique à souhait. C’est une vraie méchante dont les motifs nous sont montrés dès le départ : rejetée de façon absolument injuste par l’homme qu’elle aime, Pauline ourdit sa vengeance. Le seul défaut de cette histoire est sa fin trop abrupte. Mais les personnages sont attachants, tous ont leurs motivations. Malgré sa catégorie « héroïne du XIXème siècle », Pauline ne s’évanouit pas, et ne pleure jamais. Je n’irai pas jusqu’à dire que l’histoire est jouissive, mais elle tient son lecteur en haleine de la première à la dernière ligne. Avantage : elle est très courte. Je me la suis procurée en version originale (la seule existante) sur Project Gutenberg.

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« Cette histoire va très mal finir. Obligé. Je le sens pas. »

Beaucoup de bruit pour rien de William Shakespeare (1600). Je ne présente plus cette pièce, elle a eu moult mises en scènes au théâtre et au cinéma. Je n’ai pas encore vu celle de Kenneth Branagh, mais j’ai beaucoup aimé celle de Joss Whedon, élégante à souhait. (Connaître les conditions de tournage m’a fait encore plus aimer ce film quand je l’ai vu.) C’était donc très difficile de ne pas avoir les acteurs en tête en la lisant. Quand j’aurai fini de lire toutes les pièces de Shakespeare à la fin de l’année – car c’est lui, l’auteur dont j’ai choisi de lire l’œuvre en 2016 –, il se peut fort que celle-ci se retrouve dans mon top 10. J’ai lu la traduction de François Guizot, disponible sur Project Gutenberg.

Parmi ces trois livres, deux ne sont plus édités. (Et ce n’est évidemment pas celui de Shakespeare.) En France, personne ne se soucie d’offrir une nouvelle traduction à Evelina – alors qu’on a droit à de nombreuses réécritures de Jane Austen sur les étagères des librairies. Quant au récit d’Alcott, inutile de dire qu’il n’a jamais été traduit tout court. Le domaine public reste donc le seul moyen de les découvrir.

Le domaine public est donc un peu frustrant, parce qu’on y trouve de très nombreuses merveilles littéraires tombées dans l’oubli, peut-être définitivement. Pourquoi ne sont-elles pas rééditées ? Mais c’est aussi un moyen de les redécouvrir, d’avoir un accès parfaitement légal, gratuit et illimité à des œuvres sur lesquelles on ne pourrait jamais mettre la main autrement.

Il y a quelques années… Deux ans ? Trois ans ? J’ai fait l’acquisition d’une liseuse. Pas pour abandonner le format papier : j’achète régulièrement des livres en librairie ou par correspondance. Mais il se trouve qu’une grande partie des livres que je souhaite lire ne sont tout simplement plus édités. Plutôt que de me tuer les yeux en les lisant sur mon ordinateur, je me suis offert ma liseuse, Miss Amelia Spook (oui, je l’ai baptisée, comme mon ordinateur). Et ça m’a ouvert des horizons infinis !

Bibliothèque belle et la bête

C’est à peu près ça.

Brusquement, j’ai pu avoir accès à toutes sortes de livres que je pensais ne jamais lire un jour. Ces derniers temps, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir les livres cités par Louisa May Alcott dans Les Quatre Filles du Dr March. (Encore elle, oui.) Les passages où l’on voit Jo lire sont nombreux, et il s’agit souvent de livres célèbres à l’époque, et totalement oubliés aujourd’hui. Ainsi, j’ai pu dévorer Le Vicaire de Wakefield d’Oliver Goldsmith (traduit par Charles Nodier himself), Sintram and His Companions dont je vous ai déjà parlé, ou encore Evelina. Il me reste à rencontrer L’héritier des Redclyffe et Samuel Johnson, entre autres.

Le domaine public m’a ouvert une véritable bibliothèque. J’ai pu y trouver les livres préférés de Dante Gabriel Rossetti, et la biographie de Lord Byron par Louise Swanton Belloc, qui me faisait de l’œil depuis longtemps via une citation trouvée sur le net… (Il n’y a pas à dire, c’est quand même plus sympathique de lire les biographies de gens fameux écrites par des gens qui les ont connus, ou ont côtoyé leur entourage.) Sans oublier les romans de fantasy de ce génie de William Morris, qui ont inspiré Tolkien ! Bref, la liste est longue. Et celle des livres qui attendent sur ma liseuse l’est tout autant.

klaus baudelaire and books

J’ai l’embarras du choix.

Certains de ces livres sont encore édités par des maisons d’édition anglaises ou américaines, qui semblent avoir bien meilleur goût que nous. Mais c’est loin d’être le cas de toutes les œuvres que je viens de citer. Bien sûr, le domaine public me permet aussi de mettre la main sur toutes les pièces de Shakespeare, les livres de Machiavel et tous les romans français du XIXème siècle encore publiés de nos jours. Certains diront que je fais perdre de l’argent aux libraires, je suppose. Je répondrai que le jour où les livres de poche cesseront d’avoir leurs douteuses couvertures blanches et s’inspireront un peu des délicieuses éditions anglo-saxonnes, je recommencerai à acheter des classiques en format papier. Après tout, je compense en achetant les œuvres d’auteurs vivants et pas seulement.

Aussi merveilleux le domaine public soit-il, on n’y trouve pas tout. Ce qui peut parfois s’avérer extrêmement frustrant. Récemment, une amie m’a parlé de The Female Detective, d’Andrew Forrester. Ce recueil de nouvelles, publié au XIXème siècle avant Sherlock Holmes, met en scène une femme qui résout des enquêtes. Évidemment, je me suis aussitôt mise sur sa piste… mais c’est un livre introuvable sur le domaine public. Surprise : le livre vient d’être exhumé des profondeurs de l’oubli pour être réédité. Une fois n’est pas coutume.

Comme on arrive à la fin de cet article, je vous offre un petit classement des sites où je me fournis. (C’est de la bonne, tu verras.) Tous ne sont pas parfaits, mais ils ont chacun leurs avantages. Sauf exception, ce que vous ne trouverez pas sur l’un sera toujours sur l’autre :

1. Project Gutenberg : leurs formats epub ne m’ont jamais déçue. Les textes sont complets dans 99 % des cas, et vous pouvez choisir de télécharger les livres illustrés avec ou sans images pour votre liseuse. Which is great. Vous y trouverez aussi pas mal de traductions. (Je viens de découvrir un bouquin intitulé A day with Lord Byron en écrivant cet article, tiens. Une jolie biographie illustrée qui raconte un jour de la vie du poète, par May Clarissa Gillington Byron. Amelia, prépare-toi, je vais te nourrir.)

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And for the first time on this blog: Chris Hemsworth!

2. Internet Archive : surtout pratique pour les livres illustrés, parce que leurs conversions au format epub sont souvent désastreuses. En revanche, archive.org propose un nombre incalculable de livres illustrés en très bonne qualité. C’est une mine d’or pour les livres de gravures et d’estampes. En fait, c’est une mine d’or pour un très grand nombre de livres tombés dans le domaine public, à condition de vouloir les lire en pdf, ce que les liseuses peuvent faire… Mais c’est un tantinet moins pratique. Ce site occupe une place particulière dans mon cœur, parce que c’est avec lui que j’ai commencé ma quête de livres oubliés. Je regrette qu’ils aient enlevé les mots « universal access to knowledge » qui apparaissaient dès qu’on plaçait sa souris dans la fenêtre de recherche. C’était magique à chaque fois.

3. Wikisource : tous leurs livres ne sont pas disponibles au format epub ou Kindle. (Si vous cherchez, il existe plusieurs moyens de convertir les formats des textes présentés, cependant.) On y trouve beaucoup de traductions en français d’œuvres anciennes avec une présentation claire, ce qui est plutôt bienvenu. Mais leur catalogue est assez peu fourni, comparé aux autres sites que je vous montre.

4. Gallica : le site de la BNF et celui que j’utilise en dernier recours. Cela dit, il est immense, et peut offrir des ressources bienvenues. (Exempli gratia : j’ai trouvé le premier volume du livre de Louise Swanton Belloc sur Internet Archive, le second sur Gallica. Ce que l’un n’a pas, etc.)

Si vous aussi vous souhaitez explorer cette immense caverne d’Ali Baba qu’est le domaine public, n’hésitez pas à vous plonger dedans. Je vous préviens, ça peut devenir addictif. Mais au fil de vos pérégrinations, vous tomberez peut-être sur des petits bijoux que vous voudrez partager avec tout le monde. Et au moins, quand le personnage d’un roman victorien citera Belinda ou parlera d’un mystérieux vicaire, vous saurez de quoi il retourne.

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Et vous pourrez signaler votre érudition

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avec autant de classe qu’un Mr. Tilney.

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Le Vampire de la rue Morgue

L’affiche de ma pièce de théâtre, Le Vampire de la rue Morgue © Alixe Goellner

Je n’en ai pas souvent parlé sur ce blog : dans la vraie vie, je suis écrivain. J’aime jeter des petites fictions sur internet parce que je ne vois pas où je pourrais les publier, quel éditeur en voudrait. Mais dans la vie réelle, il m’est arrivé d’être éditée, et d’y gagner quelques pièces sonnantes et trébuchantes. J’ai publié un premier roman, Clothilde & Adhémar, puis un roman-feuilleton, Le Manoir d’Érèbe, ce qui vous a valu il y a trois ans mon petit essai Comment écrire du gothique. À ce jour, c’est toujours l’un des articles les plus consultés de ce blog, à mon grand plaisir.

Mon roman-feuilleton a été publié en 2012. Depuis, même si j’ai écrit quelques histoires pour moi, j’ai surtout publié des articles ici et là sur internet, des interviews et un essai sur Jack White. Je me suis longtemps demandé quelle serait la prochaine histoire que je pourrais publier à l’extérieur.

Jusqu’à ce jour, il y a environ un an, où j’ai montré une pièce de théâtre à mon amie Maïté Cussey, comédienne et metteuse en scène qui dirige le Théâtre Ishtar. J’avais écrit ce texte pour moi, mais je voulais savoir s’il était jouable, et surtout s’il tenait la route. À l’époque, Maïté et moi jouions toutes les deux dans Britannicus, un projet parallèle dans lequel nous avions été recrutées. La répétition venait de se finir, et nous étions attablées dans un McDo. Tandis que je mangeais mes frites, Maïté me donnait un avis constructif sur la pièce que je lui avais fait lire. Quand elle eut terminé ses remarques, j’osai cette phrase qui décida de mon destin :

« En tout cas, si jamais tu as besoin de quelqu’un pour t’écrire une pièce, n’hésite pas.

– Eh bien, justement… »

Un instant plus tard, je sortais mon carnet de mon sac pour y noter les instructions de Maïté. J’étais réquisitionnée pour écrire une pièce pour le Théâtre Ishtar. Les consignes étaient claires. La pièce devrait :

  • Durer environ une heure
  • Pouvoir être jouée par quatre acteurs
  • Comporter des références littéraires
  • Avoir une enquête
  • Avoir du mystère et de discrets anachronismes

Une fois ces instructions griffonnées sur mon carnet, j’ai relevé la tête et officiellement réitéré mon accord. Challenge accepted. J’ai promis à Maïté une plot line dans la semaine.

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Isabella Poe (Maïté Cussey) et Roseleen (Ariane Chaumat) dans Le Vampire de la rue Morgue © Alix Debiaune

C’était ambitieux, je le confesse. Mais ça m’a obligée à trouver quelque chose très vite. Un beau matin, je me trouvais dans le lugubre métro qui devait m’amener à mon lugubre stage quand soudain ! La révélation. Je n’ai pas gardé le sms que j’ai envoyé à Maïté, mais je crois qu’il disait à peu près ceci : « Un détective, une femme écrivain et le fantôme d’une jeune fille enquêtent sur des meurtres en série. »

Le sms a été validé dans l’heure. Pendant mes moments libres et la pause de midi, j’ai commencé à barbouiller mon carnet de stage de notes sur mes personnages et la pièce. Étape 2 : développer une intrigue détaillée et la remettre à Maïté.

J’aime cet état d’exaltation, quand on est vraiment inspiré, et qu’on est en phase de construction. Dans ces moments-là, j’ai tendance à avoir la musique des films Sherlock Holmes qui joue en permanence dans ma tête. (La première référence littéraire de ma pièce est un clin d’œil au détective. Je lui devais bien ça.) Vous savez, ces moments dans les films où vous voyez des héroïnes écrivains qui écrivent frénétiquement, ou des savants qui tartinent avec passion leurs tableaux à la craie ? C’est exactement ce qu’on ressent.

Becoming Jane

Sauf que je suis gauchère.

Je crois que j’ai mis entre dix et quinze jours à mettre au point l’intrigue de ma pièce. J’ai envoyé à Maïté un résumé complet sur deux pages, qui la détaillait du début à la fin, avec quelques notes sur le caractère des personnages principaux. Un beau petit document Word qui respectait bien les restrictions imposées. Mais comme l’a dit le Maître : les restrictions nous rendent plus créatifs.

Je suis encore sidérée d’avoir eu carte blanche. Maïté m’a dit plusieurs fois, au cours de ces dernières semaines, qu’elle connaissait bien mon univers et qu’elle m’avait demandé d’écrire pour elle en connaissance de cause. Ceci dit, quand j’ai envoyé mon résumé qui contenait, en vrac, un fantôme, des vampires, une scène assez sombre et une absence totale de morale, je me suis demandé si tout allait être accepté. Et ça l’a été.

C’est ainsi que la rédaction du Vampire de la rue Morgue fut officiellement lancée.

Entendons-nous bien : la pièce est tout public. Il n’a jamais été question d’écrire du grand-guignol, et quand je parle d’une scène sombre, c’est que l’atmosphère de ce passage l’est. Il fait peur. Mais ça m’allait parfaitement, parce que mes objectifs et ceux du Théâtre Ishtar se rejoignent. Le Théâtre Ishtar veut rendre le théâtre accessible à tous, tout en défendant l’égalité des genres. Ses deux précédentes productions avaient réussi le pari de faire jouer du Molière (Les Femmes Savantes, dans lequel j’ai eu la chance d’avoir un rôle) et Shakespeare (Roméo et Juliette) devant un public aussi varié que conquis. Avec Le Vampire de la rue Morgue, je voulais raconter une bonne histoire, amuser les gens sans les prendre pour des idiots, et les rendre curieux. Qui sait, peut-être auraient-ils envie de lire Carmilla ou Edgar Poe en sortant de la salle ?

Carmilla

Carmilla, dame vampire interprétée par Maïté Cussey dans Le Vampire de la rue Morgue © Alix Debiaune

Comme le casting allait être majoritairement féminin, j’ai eu l’occasion d’écrire des personnages de femmes intéressants. Là aussi, c’était une gageure : dans la plupart des mes histoires, on trouve une femme pour une majorité de personnages masculins. Là, c’était l’inverse.

Je me suis donc mise à griffonner, le soir en rentrant chez moi. L’atmosphère du lieu où je vivais à l’époque était assez lugubre, et pour m’accompagner, j’ai mis de la musique ou des films. Je me souviens de séances d’écriture en compagnie du cher Holmes, mais aussi d’Edward Rochester et même de John Thornton. (Je vous ai dit que les personnages féminins ne m’inspiraient pas avant.)

Histoire de me donner bonne conscience, j’ai effectué quelques recherches en rédigeant ma première version de la pièce. Je me suis abreuvée jusqu’à la lie de couvertures de penny dreadfuls, et je me suis plongée dans une atmosphère musicale particulière. Je me rappelle avoir écrit des passages entiers en écoutant les Variations Goldberg de Bach, et m’être fait peur toute seule en écrivant la scène où une créature terrifiante apparaît à deux de mes héros.

En Février, j’avais fini ma première ébauche et je l’avais recopiée sur ordinateur. J’écris toujours mes manuscrits importants à la main, avec des feuilles et un stylo bic. J’aime relire mes manuscrits, voir les ratures, les idées notées dans les marges. C’est peut-être old school, mais ça a son charme, et c’est la seule manière pour moi d’écrire mes projets importants.

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Exactement comme cette chère Jo March.

Cette fois, mon manuscrit allait être lu dans son intégralité par la metteuse en scène. Et même si Maïté avait déjà approuvé mon intrigue, j’avais quand même quelques craintes. Que la pièce soit ennuyeuse, que l’humour ne fonctionne pas, que les dialogues soient trop enfantins… Cependant, s’il y eut effectivement des retouches à faire, elles n’ont pas été de cet ordre. Pour une raison mystérieuse, l’histoire a été jugée assez bonne, et l’humour aussi.

L’histoire, la voici (oui, c’est le résumé officiel) : Dans les rues de Londres, des jeunes filles sont retrouvées assassinées. Lorsqu’une troisième est découverte rue Morgue avec deux marques sur le cou, le détective John Hillingworth soupçonne un vampire d’être à l’œuvre. Il décide de mener l’enquête, mais ne sera pas seul ! Isabella Poe, un écrivain spécialiste du surnaturel et Roseleen, un fantôme de jeune fille qui a réponse à tout, acceptent de l’aider. Au cours de leurs aventures, ils rencontreront Carmilla, l’aristocrate qui règne sur les vampires de la ville, un poète un peu trop amoureux des ténèbres et peut-être… le diable lui-même. Mais qui est l’auteur du meurtre de la rue Morgue ? Arriveront-ils à l’attraper ? Le temps leur est compté…

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Isabella Poe (Maïté Cussey), John Hillingworth (Ulysse Minéo) et Roseleen (Ariane Chaumat) dans Le Vampire de la rue Morgue © Alix Debiaune

Le premier jet d’une histoire est toujours le plus facile à écrire. J’ai écrit celui de ma pièce sans contrainte, je me suis laissée porter par mes personnages et, malgré les consignes dont j’ai parlé, j’étais totalement libre. Les retouches, en revanche, prennent plus de temps que la rédaction d’une première version. C’est un travail long et minutieux, très difficile en ce qui me concerne. Et qui m’a parfois donné envie de m’arracher les cheveux. Ou d’envoyer valdinguer Jarvis Jr (le nom de baptême de mon fidèle ordinateur) à l’autre bout de ma chambre.

On m’a dit plusieurs fois, après lecture de la pièce mais aussi ses représentations, que le texte était « carré » et « cohérent ». Je réponds toujours que Maïté y a grandement contribué. Pour rendre Le Vampire de la rue Morgue jouable et dynamique, elle m’a demandé d’inverser certaines scènes, et de rajouter des dialogues pour laisser à des comédiens le temps de se changer. Écrire des répliques supplémentaires m’a notamment permis d’étoffer le personnage de mon détective, John Hillingworth… et de lui donner une de ses meilleures répliques.

James Leander, le poète

En revanche, je n’ai pas eu à retoucher la scène du poète, James Leander (Ulysse Minéo), qui reste une de mes préférées © Alix Debiaune

J’ai eu la chance d’avoir mon mot à dire sur quelques éléments de mise en scène. (Ce dont, à mon avis, peu de dramaturges peuvent se targuer.) Quand nous avons eu nos premières discussions sur Le Vampire de la rue Morgue avec Maïté, j’ai pu donner mon avis sur les comédiens que je souhaitais voir dans tel ou tel rôle. Je me souviens avoir insisté pour qu’Ariane Chaumat joue Roseleen, et ce, dès que j’ai écrit les premières lignes du résumé. Ce personnage de fantôme est le seul de la pièce que j’avais déjà utilisé auparavant – elle hante mes histoires depuis des années. Je savais qu’Ariane était parfaite pour le rôle, mais mon amie metteuse en scène était légèrement sceptique… Jusqu’à ce qu’elle lise les premières scènes. Le fait est qu’après les deux premières de la pièce, Ariane Chaumat s’est acquis un tout nouveau fan club dans le public.

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Roseleen (Ariane Chaumat) et John Hillingworth (Ulysse Minéo) dans Le Vampire de la rue Morgue © Alix Debiaune

J’ai aussi eu droit de regard sur la musique, qui a été merveilleusement composée par Louis Nas pour l’occasion. Je voulais du clavecin dans la scène de Carmilla, et une musique effrayante pour la Créature. J’ai aussi demandé à ce que la robe de Roseleen soit blanche – c’était ma seule exigence concernant les costumes. (Chapeau bas à Mad’Hands, qui les a créés. Je garde un souvenir amusé du soir où nous avons décidé de la contacter.) J’ai aussi eu le droit de choisir l’illustratrice qui a conçu l’affiche de la pièce – la merveilleuse Alixe Goellner, qui a parfaitement saisi mes personnages. En fait, je me rends compte que j’ai eu mon mot à dire sur beaucoup de choses, et je suis persuadée que c’est exceptionnel. (Et je me sens soudain pleine de gratitude envers l’existence et, encore une fois, envers Maïté Cussey.)

L’écriture du Vampire de la rue Morgue m’a pris sept mois, retouches incluses. Entre temps, j’ai quitté Lyon, et j’y suis revenue juste à temps… pour la première. Je me souviens du jour où une amie du Théâtre Ishtar m’a envoyé un message sur Facebook pour me dire que les comédiens entamaient leur première lecture officielle de mon texte. J’ai fait une danse de la joie. Et nous arrivons à aujourd’hui, à la fin de cette histoire.

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Une vraie fin avec un happy end, oui – et le sourire de Thomas Sharpe. Romantisme victorien, tout ça.

Ou plus exactement, au 12 Novembre 2015. Le soir de la première. Je n’avais assisté à aucune répétition du Vampire. Je pense que j’aurais probablement refusé si j’en avais eu l’occasion. La surprise était totale.

Je pense que Maïté ne m’en voudra pas si je dévoile ceci : elle a choisi de placer les comédiens en situation lorsque le public entre dans la salle. Lorsque les portes se sont ouvertes, nous avons pu voir Isabella Poe à son bureau, avec Roseleen qui virevoltait autour d’elle, et entendre la musique qui les enveloppait. (Oui, Ariane Chaumat parvient à virevolter quand elle joue un fantôme.) Je me suis immédiatement sentie chez moi. Voir son univers qui prend vie est une expérience très étrange, exaltante, et aussi curieusement réconfortante.

Je crois que le plus angoissant en tant que dramaturge, lors de la première de sa pièce, c’est de se trouver au milieu du public et de littéralement sentir ses réactions. À quel moment va-t-il rire ? Est-ce qu’il s’ennuie ? Est-ce qu’il aime ce qu’il voit ?

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Roseleen (Ariane Chaumat) et Clarimonde (Rose Benz) dans Le Vampire de la rue Morgue © Alix Debiaune

Dans mon cas, l’histoire se finit bien, puisque les deux premières représentations – les 12 et 13 Novembre 2015 – du Vampire de la rue Morgue ont reçu une réaction unanimement positive. Les comédiens et la metteuse en scène méritent tous les éloges qu’ils ont reçus. Je serais d’ailleurs négligente si je ne mentionnais pas Ulysse Minéo et Rose Benz, qui m’ont ravie dans leurs rôles respectifs de John Hillingworth (et du poète) et de Clarimonde. La costumière et le compositeur se sont aussi attirés des louanges, à juste titre. Beaucoup de gens sont venus me trouver à la fin des deux représentations pour me poser des questions sur les personnages et me donner leurs retours – parfois très approfondis. Je ne m’attendais pas à de telles réactions. Et quand certains m’ont dit qu’ils avaient eu envie d’aller fureter du côté de la littérature pour mieux comprendre les clins d’œil de la pièce, je me suis dit que le pari était gagné.

Ces deux soirs vont rester gravés dans ma mémoire. C’est un merveilleux encouragement pour la suite : nous n’en avons pas fini avec Le Vampire de la rue Morgue, qui sera joué ailleurs. Par-dessus tout, ça m’a permis de voir mes personnages prendre vie sur scène. De voir mes enfants d’encre et de papier s’incarner en êtres de chair et de sang dans le monde réel.

Beaucoup d’auteurs ne peuvent pas en dire autant. Et à cause de cela, je me sens plus que jamais l’âme d’un jeune écrivain enthousiaste et prêt à noircir de nouvelles pages avec son stylo.

Je me demande à quoi va ressembler la suite.

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Tout est dans le titre, l’article est fait, je peux vous laisser avec. Non ? Non.

Giotto painting the Portrait of Dante - Rossetti

Giotto Painting the Portrait of Dante – Dante Gabriel Rossetti (1859)

Beaucoup commenceraient un article sur l’art par une citation d’Oscar Wilde, expert en la matière. Cependant, malgré la relation de Maître-élève que j’entretiens avec l’illustre Irlandais, je m’en dispenserai. Sortir un aphorisme de Wilde pour résumer sa pensée sur l’art serait très réducteur, et aussi une erreur : il n’est aucun aphorisme de l’écrivain sur l’art qui ne soit contredit par un autre. Si vous souhaitez vraiment connaître la position d’Oscar, je vous conseille de lire son essai Le Déclin du Mensonge où il explique son idée sur la question.

Je ne commencerais pas non plus cet article avec une citation de Wilde, parce que le rôle de l’art au XXIème siècle est légèrement différent de celui qu’il tenait au XIXème. Disons plutôt que de nouvelles fonctions sont apparues, et des fonctions qui ne sont pas négligeables en 2015.

Chacun accorde à l’art le rôle qu’il souhaite. Pour ma part, j’aime à penser que la fonction principale de l’art est d’élever l’âme et de viser à la Beauté. C’est une fonction qui peut paraître simple, voire superficielle, mais elle est en réalité difficile à concrétiser. Pour d’autres, la fonction principale de l’art est de servir une cause précise, d’être engagé. Je n’ai rien contre les artistes qui dénoncent en chansons, en films ou en livres certaines situations ou certaines formes d’obscurantisme, par exemple. Leur présence est nécessaire, et ils font leur boulot.

Cela dit, on peut concilier ces deux aspects. Le fait de militer pour une forme « d’art pour l’art » est un engagement en soi qui existait déjà XIXème siècle. A mon avis, son besoin se fait encore plus ressentir aujourd’hui.

L’année dernière, Jim Jarmusch a sorti le très beau Only Lovers Left Alive, qui est un résumé parfait d’une partie de ce que je vais tenter de dire ici. Les héros de ce film, Adam et Eve, sont un couple de vampires érudits, passionnés de littérature, de musique, de sciences… bref, ce film est une ode à la polymathie. Dans cette histoire, les zombies existent aussi : c’est le terme utilisé par nos héros pour désigner les humains. Selon les deux vampires, les humains ne sont plus curieux, ne vont plus vers l’art, perdent leur faculté à imaginer… et donc leur humanité.

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Et pourtant l’art et le savoir sont essentiels, car ils peuvent changer le monde. Plutôt que de se laisser dépérir comme Adam en déplorant le déclin de l’Humanité, ne vaudrait-il pas mieux se battre pour diffuser l’art et la culture ?

Finissons-en d’entrée avec le plus évident : l’art contribue à rendre le monde plus beau, plus intéressant, plus supportable – si on adopte un point de vue vraiment cynique. Il permet aussi d’attiser la curiosité, de donner l’envie de se nourrir davantage d’œuvres. L’art est une immense toile d’araignée, chaque œuvre renvoie à une autre. La meilleure chose dans tout ça, c’est que ça ne s’arrête jamais.

Plus on se nourrit de livres, de musique, de films, plus on sait, plus on prend de recul sur le monde. Car le savoir nous permet d’analyser et de comprendre. Et donc de ne pas tomber dans certains pièges.
Bien entendu, l’expérience, le vécu sont aussi importants : on ne peut pas tout comprendre du monde en restant le nez dans des livres ou en regardant des tableaux. Cependant, cette connaissance peut nous permettre de mieux appréhender ce qui nous entoure. J’ai lu plusieurs « classiques » ces derniers temps, et en refermant certains d’entre eux, j’ai eu l’impression d’avoir franchi une nouvelle strate. Je comprenais brusquement une multitude de choses qui m’échappaient auparavant, des références que je n’avais pas vues, et j’étais capable d’apporter de nouveaux arguments pendant les discussions, forte de ce nouveau savoir.
Je prends l’exemple des livres, mais il en va de même pour la peinture, la musique ou le cinéma.

Arthur Prince Spear - The Pendulum

Je profite de cet article pour faire la promo d’Arthur Prince Spear, un peintre américain qui a laissé peu de toiles et que personne ne connaît. Ici, The Pendulum.

C’est bien beau tout ça, allez-vous me dire, mais qu’est-ce que ça nous apporte concrètement ? Je vais tenter de répondre.

  • Je pense effectivement que l’art rend la vie plus supportable, tout comme le fait de s’en nourrir. Matt Haig écrit dans Reasons to Stay Alive que la lecture compulsive de livres a contribué à le sortir de sa dépression. Et que serait la vie sans la musique, je vous le demande ?
  • J’ai déjà dit que le savoir permettait de ne pas tomber dans certains pièges, en voici quelques uns : savoir quand un journaliste écrit ou prononce une erreur (ie : très souvent), ou ne pas vous laisser embobiner par les représentants d’une secte quand ils frappent à votre porte. Ça vaut aussi pour les terroristes qui essaient d’embrigader de jeunes recrues à coup de discours incohérents mais très persuasifs.

Nous y voilà. Le titre de cet article est : l’art et la culture peuvent changer le monde. C’est une chose en laquelle je crois fermement. Si les jeunes gens adoptent ce goût de l’art et du savoir, s’ils le cultivent, alors ils seront à même d’avoir du recul, de reconnaître les pièges qu’on leur tend et de les éviter. Et peut-être auront-ils envie, à leur tour, de créer.

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Comme l’apprend le peintre Rossetti dans Desperate Romantics, ça prend parfois du temps.

Je pense que c’est le rôle de tous ceux qui partagent cette conviction d’essayer de transmettre cette envie d’apprendre, d’être curieux, à leur échelle. (J’ai beaucoup de respect pour un individu aussi médiatisé que Tom Hiddleston qui va poster un extrait de Sénèque sur son compte Twitter. Si ça peut inciter ses fangirls à lire le bouquin, c’est déjà quelque chose.)

Je sais que j’en fais souvent la promotion, mais  un nombre incalculable de livres et de belles choses sont téléchargeables gratuitement sur des sites comme Internet Archive, Project Gutenberg ou Wikisource. A mon échelle, j’utilise Facebook pour partager des chansons ou parler de films et de livres qui m’ont plu. Je vous en reparlerai dans les prochains mois, mais j’ai écrit une pièce de théâtre pour une troupe lyonnaise, et l’une des consignes de la metteuse en scène qui me l’a commandée était que le texte devait comporter des références. Si, en sortant de la salle, un seul spectateur veut aller lire ou regarder l’une des œuvres que je cite dans ma pièce, j’estimerais que mon texte a servi à quelque chose.

Créer l’étincelle. Être à l’origine de ce déclic qui va pousser une personne à aller regarder des tableaux, écouter des disques, lire des livres, se mettre à écrire ses propres histoires ou sa propre musique. Ça peut paraître très dérisoire, ou très ambitieux. Pourtant, j’ai la conviction que le monde ne s’en porterait que mieux.

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J’ai souvent dit que les filles ne m’intéressaient pas. Et ce blog en est la preuve : j’ai dû consacrer un seul article à une femme depuis sa création. Les figures qui m’inspirent ont toujours été des figures d’hommes, depuis que je suis consciente de les avoir érigées en modèles. Depuis peu, il semblerait que la donne soit en train de changer. Une fois n’est pas coutume, cet article portera donc uniquement sur des figures féminines. Voici les femmes que je me donne pour modèles, sources d’inspiration ou plus simplement, sujets d’admiration. En ces temps troublés, j’aime à savoir qu’il existe des femmes qui inventent des choses et qui savent où elles vont. (C’est du moins l’impression qu’elles donnent, ce qui est déjà bien.) J’ai le sentiment qu’on ne médiatise pas assez les femmes qui créent, qu’elles soient artistes ou savantes. Ça changera.

RUTH WILSON

Ruth-WilsonJ’ai découvert Ruth Wilson dans la série Luther, où elle jouait la géniale – et parfois flippante – Alice Morgan dont j’ai déjà parlé. Le pilote de la série fait sans doute partie des épisodes que j’ai le plus vus toutes séries confondues. La dame m’a tellement impressionnée que j’ai jeté un œil à sa filmographie : c’est ainsi que j’ai vu Jane Eyre (2006), où elle campe l’héroïne de Charlotte Brontë avec un naturel et une fougue désarmants. Je ne vais pas réciter toute sa carrière, au demeurant très intéressante. Les lecteurs de ce blog le savent : j’ai toujours eu un faible pour les personnes multi-fonctions. Ruth Wilson ne fait pas exception à la règle. En plus d’alterner les tournages et les représentations théâtrales, la dame est aussi metteuse en scène : elle a dirigé et interprété trois petites pièces d’Eugene O’Neill en 2013 et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Elle travaille aussi à un scénario sur la vie de son grand-père, qui a été écrivain et agent secret. Wilson est d’une grande intelligence, et fait preuve d’une maîtrise d’elle-même que ses interviews démontrent assez bien. Je vous mets un lien vers l’excellent portrait que lui a consacré le Guardian en 2013 (tellement bon, en fait, qu’il a figuré dans leur top des meilleurs portraits publiés par le journal cette année-là). A un journaliste qui lui demandait s’il lui arrivait d’être angoissée, la dame a calmement répondu qu’elle n’en avait pas le temps.

Ruth Wilson, tu es mon héroïne !

ANNA CALVI

annacalvi1Personne ne chante le désir comme Anna Calvi. Un jour de 2011, je me suis retrouvée à la Fnac en train d’écouter les nouveautés musicales avec les énormes écouteurs mis à disposition. Quelqu’un s’était trompé en attribuant des albums aux mauvaises pochettes. Résultat, en appuyant sur celle de je ne sais plus quel groupe, je me suis retrouvée à écouter un morceau de guitare qui m’a envoûtée immédiatement. Les morceaux suivants étaient chantés par… une femme ! Le vendeur avait inversé l’album que je voulais écouter avec celui d’Anna Calvi, dont la pochette se trouvait juste au-dessus. J’ai été conquise, et Calvi m’avait bien eue. A force d’être évoquée dans tous les journaux culturels, l’Anglaise avait suscité chez moi une certaine méfiance. A tort : son premier album est un de ceux que j’ai le plus écoutés cette année-là, et que je réécoute régulièrement. (Soyons clairs : j’ai beaucoup aimé l’EP et l’album qui ont suivis.) J’admire Anna Calvi pour son charisme presque viril, qui est renforcé par ses tenues de scènes. A côté de ça, elle est d’une sensualité folle et fait preuve d’une grande féminité dans ses paroles et son chant. Une atmosphère très cinématographique, nocturne et sensuelle se dégage de sa musique.

Anna Calvi, c’est une petite femme cultivée, timide, dotée d’une voix minuscule quand elle parle mais qui se transforme en ouragan sur scène, et qui a maintenu un voile complet sur sa vie privée. J’aime son écriture, sa musique, son jeu de guitare et cette merveilleuse vidéo où elle improvise un solo devant une toile de Turner :

LORDE

lordeY en a pas que pour les Anglaises, hein. En l’occurrence, Lorde est Néo-zélandaise et je me suis familiarisée avec sa musique il y a relativement peu de temps. Je me souviens avoir pensé que Royals était un des singles les plus chouettes que j’avais pu entendre à la radio (dans un bus, en plus) depuis longtemps. C’était dépouillé et d’autant plus gonflé. Après être passée par plusieurs phases allant de « son jeu de scène est bizarre » à « j’aime bien ses cheveux » (réflexions profondes s’il en est), je me suis retrouvée à écouter son album par un bel après-midi. Que j’ai réécouté. Et réécouté. Là encore, j’aime bien la demoiselle pour son écriture – sa maman est poétesse, j’imagine qu’un truc s’est transmis. J’aime ses cheveux. La gamine a dix-huit ans, elle a une véritable présence scénique et elle tient tout un concert avec seulement deux musiciens et une scénographie simplissime. Elle répond avec aplomb en interview et n’hésite jamais à dire ce qu’elle n’aime pas (quitte à critiquer ses aînés). Je l’apprécie pour son intelligence, son charisme et le fait qu’elle ait géré si jeune la direction artistique de la BO du troisième Hunger Games. Dans un autre genre musical, elle me fait un peu penser à Kate Bush jeune, qui écrivait sa musique, collaborait avec les grands (coucou David Gilmour) et dansait bizarrement elle aussi. Je suis curieuse de voir comment Lorde va évoluer.

En bonus, je ne peux pas ne pas évoquer brièvement trois femmes trépassées que j’admire. Je me serais sentie coupable de ne pas les mentionner.

Hedy Lamarr, actrice hollywoodienne le jour et superhéroïne qui va chasser les nazis la nuit (j’exagère à peine). Elle était aussi mathématicienne, inventrice de génie (on lui doit le système d’étalement de spectre, utilisé dans la technologie Wi-Fi) et l’amante de nombreux acteurs célèbres. C’est d’elle que l’illustrateur Bob Kane s’est inspiré pour créer Catwoman. L’aventure de Lamarr avec cet autre génie d’Orson Welles me fascinera toujours. Je ne cesse de m’interroger sur ce qu’ils ont pu se dire !

ada lovelace

Ada Lovelace

Ada Lovelace : Lord Byron n’aura jamais su qu’il était le père d’un génie en puissance. Encouragée par sa mère qui voulait à tout prix que sa fille ne soit jamais atteinte de la même « folie » que son poète de père, Ada a appris les mathématiques très tôt. Ce qui ne l’a pas empêchée d’être mêlée à quelques scandales… Tel père, telle fille. La malicieuse Ada était une femme extrêmement cultivée, et on la considère comme la première programmeuse de l’Histoire. Elle laisse derrière elle plusieurs écrits et une vie palpitante ! Coïncidence : elle est décédée au même âge que son père, à 36 ans. Malgré les efforts de sa mère, Ada a admiré Lord Byron toute sa vie et a demandé à être enterrée à ses côtés. Sacrée famille.

Hildegarde de Bingen : Une religieuse mystique qui avait plus d’un tour sous son voile. Au XIIème siècle, Hildegarde a été médecin et a inventé des remèdes, composé de la musique toujours jouée à l’heure actuelle, a créé son propre langage et sa propre écriture afin de retranscrire ses visions. Après sa mort, elle a été canonisée et nommée Docteur de l’Église. Tu. M’étonnes.

Voilà, c’est fait. Je ne peux plus dire que les femmes n’ont aucun intérêt pour moi, c’est officiellement faux.

hedy lamarr

Hedy approves.

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vampire chronicles

Soit la question qu’on se pose depuis quelques décennies.

Il est des livres qu’on s’obstine à finir parce qu’on a envie de croire, jusqu’à la dernière page, qu’une bonne surprise nous attend… même si on sait au fond de nous-même que ça n’arrivera pas. Récemment, j’ai vécu ce cas de figure avec le désastreux Blood Canticle (Le Cantique Sanglant, en français) d’Anne Rice, l’avant-dernier tome de ses Chroniques des vampires. Je ne m’attendais pas à un roman exceptionnel, loin de là, mais j’espérais une histoire bien écrite et qui tienne la route. Dieu sait qu’Anne Rice, même dans ses histoires les plus mauvaises, arrive à garder un style d’écriture particulier. Orage, désespoir : en plus de présenter une mauvaise intrigue, Blood Canticle est mal écrit. Afin d’être sûre que je n’étais pas devenue une épouvantable snob et que le style était effectivement mauvais, j’en ai lu plusieurs passages à l’amie chez qui je vivais au moment de ma lecture.

J’ai lu Blood Canticle en anglais, ce qui m’a permis de me rendre compte du fossé abyssal qui séparait ce roman d’Entretien avec un Vampire. Ne serait-ce qu’au niveau du style : Entretien avec un Vampire est écrit dans un style raffiné, loin d’être évident pour les néophytes et certainement pas pour une première lecture en anglais. A l’inverse, Blood Canticle est d’une simplicité déconcertante, accessible même pour ceux qui voudraient commencer à lire en anglais. Pour reprendre les termes de l’amie qui a été témoin de mes plaintes et récriminations : « On dirait que ça a été écrit par un ado de 15 ans ». (Heureusement, ce livre a le mérite d’être relativement court.)

J’ai déjà parlé au moins une fois d’Entretien avec un Vampire sur ce blog : c’est pour moi un chef d’œuvre de la littérature vampirique, et un chef d’œuvre tout court. Je l’ai lu à douze ans. Dès lors, c’était fichu : j’étais destinée à devenir romantique, le narrateur Louis de Pointe du Lac est entré au panthéon de mes personnages favoris en littérature et Anne Rice a été une influence majeure sur ma façon d’écrire. Entretien avec un Vampire est un des trois livres que je relis régulièrement, ce qui n’est pas peu dire. Il y a une finesse d’écriture et un vrai propos philosophique. A la parution du livre, en 1976, Rice est parvenue à dépoussiérer totalement le mythe du vampire tout en restant dans une tradition très XIXème siècle.

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“Salut, gamine.” : Louis de Pointe du Lac dans Entretien avec un Vampire de Neil Jordan (1994).

Après le succès de son roman, Anne Rice a décidé de ne pas s’arrêter en si bon chemin et d’écrire plusieurs suites, faisant de l’histoire de Louis le premier tome de la saga des Chroniques des vampires. Je vais m’attirer les foudres de la plupart des lecteurs : pour moi, Anne Rice aurait dû arrêter son histoire à la fin d’Entretien avec un Vampire.

Attention, je ne dis pas que les tomes suivants sont nuls. Je dis qu’à côté du chef d’œuvre qu’est Entretien avec un Vampire, le reste de la série se hausse, au mieux, au rang de divertissement de luxe. Nombreux sont ceux qui préfèrent Lestat le Vampire, le tome qui suit directement Entretien. J’avoue que ça m’a toujours laissée perplexe. Je conçois qu’on puisse préférer Lestat à Louis : le premier est flamboyant, cynique, libertin, alors que le second fait dans l’introspection romantique et passerait sa vie le nez dans des bouquins s’il le pouvait. Mais Lestat le Vampire amorce selon moi la descente de la saga. Pourquoi ? Parce qu’il rend manifeste ce que le premier tome ne faisait que sous-entendre. Entretien avec un Vampire est beau parce qu’il ne montre pas tout : on sait que les sentiments de Lestat envers Louis sont ambigus, mais ils ne sont jamais explicitement décrits (et pour cause !). Ceux de Louis sont encore plus complexes et de son propre aveu, il lui arrive de haïr son créateur – Lestat, donc.

Dès Lestat le Vampire, tout change : Lestat devient le narrateur de l’histoire – et celui de la majorité des tomes suivants. Selon lui, Entretien avec un Vampire est parsemé de mensonges inventés par Louis et ne rend pas justice à sa personne. Eh oui, en vrai Lestat est triste et a désespérément besoin d’amuuur. Quant à Louis, c’est LE grand amour de Lestat (et réciproquement), une idée qui sera souvent répétée par l’un ou l’autre de nos deux vampires au cours des livres suivants.

BON. Pourquoi pas. Je suis en revanche un peu agacée face à la décision de Rice de faire table rase de certaines choses évoquées par Louis dans Entretien : « En fait, Louis était furieux contre Lestat et racontait des craques, mais c’est pas du tout ce qui s’est passé ! » (Anne Rice, probablement).

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Attention, Lestat revient pour rétablir LA vérité.

Et la relation coming outée de Lestat et Louis est symptomatique de celles des autres personnages : désormais, dans Les Chroniques des vampires, plus rien ne sera sous-entendu. Le point culminant de cette nouvelle optique est la scène – assez gênante – du livre Armand le Vampire où celui-ci fait la connaissance de Marius, son créateur, de façon très… charnelle. (On remarquera d’ailleurs que si la quasi-totalité des personnages masculins des Chroniques sont bisexuels, les femmes, elles, sont hétérosexuelles. Je me suis toujours demandé pourquoi.)

Tous les livres qui suivent Entretien avec un Vampire ne sont pas abominables, loin s’en faut. Lestat le Vampire et La Reine des Damnés (qui forment un diptyque) sont amusants et bien fichus : Lestat qui devient rockstar, l’idée est séduisante… La réinvention de l’origine des vampires est originale aussi. Ensuite, la série est en dents de scie. Pour moi, ce sont Armand le Vampire et Le Sang et l’Or qui sortent le plus du lot. Malgré quelques passages assez désastreux, le premier est une jolie exploration de l’esprit d’Armand. Le second est le récit de la vie de Marius, son créateur. Dans Le Sang et l’Or, Anne Rice semble soudainement se ressaisir : elle est proche de la flamboyance de son style d’autrefois, les personnages sont beaux, l’atmosphère est raffinée… Bémol : le sort réservé à Santino, un des personnages les plus intéressants et complexes de la série, réglé en deux minutes à la fin du roman.

C’est le moment de parler des « atermoiements religieux » d’Anne Rice. Au cours de sa vie, l’auteur s’est en effet éloigné, puis rapproché, puis rééloigné de l’Église catholique. Elle en a parfaitement le droit, c’est son cheminement. Le problème, c’est que les personnages des Chroniques des vampires en subissent les conséquences… et perdent en cohérence. Ainsi, Memnoch le Démon est moins une énième aventure de Lestat qu’un livre de questions théologiques, et Blood Canticle démarre sur un interminable monologue de Lestat qui souhaite devenir un saint. (Principalement pour être aimé du monde entier, vu que sa carrière de rockstar est une affaire classée…)

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Voilà. Ça, c’est le genre de réplique que pouvait sortir Lestat dans Entretien avec un Vampire. Tempus fugit…

[Parenthèse : en parlant de manque cohérence, quid du petit Benji transformé en vampire dans Armand le Vampire ? Dans Entretien, on nous démontre en long et en large que transformer un enfant en vampire, c’est le mal. A cet égard, Claudia est sans doute le personnage le plus marquant de la saga. Plusieurs livres plus tard, Armand se voit offrir un enfant de 12 ans comme compagnon vampirique, et on lui explique que c’est très bien, en oubliant apparemment que Benji est désormais piégé ad vitam aeternam dans un corps d’enfant. WTF ?]

La question religieuse est présente dans les Chroniques depuis Entretien avec un Vampire, où Louis s’interroge sur l’existence de Dieu, ainsi que les notions de bien et de mal. Mais cette question est aussi importante que les autres thèmes du roman, et posée subtilement. Dans les tomes suivants, l’existence de Dieu n’est plus remise en question, bien au contraire. On sait que la vampirette Merrick a vu la lumière du Paradis dans Le Domaine Blackwood, ce que ne cesse de répéter Lestat à sa nouvelle recrue, Mona, dans Blood Canticle. Ici, il est devenu le parfait opposé du vampire rencontré des décennies plus tôt dans Entretien avec un Vampire : un être sans une once de cynisme, émotif, amoureux d’une mortelle qu’il refuse de transformer en vampire… On n’est pas loin d’un Edward Cullen, ce qui est légèrement effrayant.

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Ceci dit, rappelons que nous avons eu bien pire dans Twilight : des vampires à paillettes.

Évidemment, il est normal qu’un héros évolue. Mais de là à devenir l’antithèse de ce qu’il était auparavant ? Finalement, Les Chroniques des vampires, c’est comme une série avec trop de saisons : les scénaristes, à force de vouloir créer des rebondissements, finissent par trahir leurs personnages et les transforment en l’exact contraire de ce qu’ils étaient auparavant. Sans parler de l’écriture qui perd en qualité…

Concluons donc. De façon générale, les critiques n’ont pas été bonnes pour Blood Canticle, annoncé à sa parution (en 2004) comme le dernier tome des Chroniques des vampires. Tant mieux, merci beaucoup. Sauf que ! L’année dernière, Anne Rice a publié Prince Lestat, revenant ainsi sur sa décision. Je n’ai pas encore lu ce tome, mais je le ferai, ne serait-ce que parce que Louis y figure. On ne se défait jamais de ses amours littéraires. Les critiques ne sont pas grandioses, mais est-ce vraiment surprenant ? Apparemment, Lestat y récupère un peu de son ironie. Je demande à voir… Quitte à espérer jusqu’à la dernière page.

Oh, pour finir sur note comique, voici les choix d’Anne Rice pour un éventuel reboot au ciné des Chroniques : pour Lestat, elle envisageait Robert Downey Jr avec des effets spéciaux, puisqu’il est trop âgé pour le rôle (rappelons que notre ami vampire est âgé de 20 ans au moment de sa transformation). Plus récemment, elle s’est prononcée en faveur de Chris Hemsworth pour reprendre le personnage. Il semble qu’elle manque de discernement pour ça aussi. Je médis.

Je ne peux que vous conseiller de revoir Entretien avec un Vampire de Neil Jordan (Lestat est sans doute le meilleur rôle de Tom Cruise, et le reste du casting est fou). Ou même La Reine des Damnés si vous voulez un petit divertissement qui n’a presque rien à voir avec le roman original, où Stuart Townsend s’en sort plutôt bien.

queen of the damned

Bon. C’est vrai qu’il est rigolo.

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jonathan strange

Jonathan Strange (Bertie Carvel), magicien et héros de la mini-série Jonathan Strange & Mr Norrell.

L’article que vous allez lire a germé dans mon esprit pendant le visionnage du premier épisode de la série Jonathan Strange & Mr Norrell. (Que je vous recommande vivement, au passage, tout comme la brique de 1000 pages et des poussières qui l’a inspirée. La série est produite par la BBC et le roman est de Susanna Clarke.)

L’histoire est celle de deux hommes qui, en pleines guerres napoléoniennes, vont restaurer la magie en Angleterre. Plus personne ne l’exerce depuis trois siècles et, dans une période d’avancée scientifique et de rationalisation, le retour de la magie (de la vraie, hein, puisqu’on nage en pleine féerie) est vu comme une douce lubie… qui va pourtant se concrétiser.

L’an dernier, j’ai lu de A à Z Charmes, conjurations et bénédictions (lexique et formules) de l’universitaire Claude Lecouteux. Ce petit livre exposait les sortilèges les plus répandus à l’époque médiévale – et un peu après. A l’époque, le merveilleux était absolument partout : on jetait des sorts à tout va pour aller bien, pour que le pain soit bon, que l’herbe pousse, etc. C’était une époque de jolies superstitions, mais pas seulement.

Aujourd’hui, nous sommes en 2015 et le merveilleux a totalement disparu de la circulation. Ça s’explique bien sûr par les découvertes scientifiques qui ont eu lieu en plusieurs siècles, et par d’autres facteurs qui ne sont pas l’objet de cet article. Non, cet article est là pour déplorer l’absence de merveilleux dont souffre notre glorieuse époque. (Et je ne suis pas si cynique. Par bien des aspects, nous vivons vraiment une époque stupéfiante : la culture est accessible en un clic, la musique est bien si on creuse, et on a d’excellents films. Et des comics.)

jimmy page

Jimmy Page, guitariste de Led Zeppelin et passionné d’occulte devant l’éternel.

Bref, j’aime bien le propos de Jonathan Strange et Mr Norrell. Dans une certaine mesure, il pourrait s’appliquer à aujourd’hui. Le monde manque sérieusement de magie, quand on y réfléchit. Les cyniques n’y croient pas, les religions la diabolisent en général. Même chez certains artistes, il est de bon ton d’afficher un sourire désabusé – il est loin le temps où Jimmy Page affichait sa fascination pour l’occulte. Je ne dis pas qu’il faut croire à la magie ou qu’elle existe. Ça, ça relève de l’opinion de chacun.

Je dis qu’à une époque où tout est censé être explicable, ou rien n’est censé être mystérieux plus de quelques années, il serait intéressant de voir un peu de magie revenir dans notre quotidien. Au détour d’une superstition ou d’un rituel. De découvrir que la fille avec qui vous avez lié connaissance trimballe un paquet de tarots et qu’elle connaît parfaitement leur signification, en plus de savoir les tirer – et absolument pas dans un but lucratif. De réciter une petite formule en faisant un gâteau ou d’allumer une bougie pour complaire à je ne sais quel esprit. Y croire ou non ne serait pas important : ce serait un jeu, une façon de rendre le quotidien plus amusant, plus magique en somme.

Alors oui, certains diront que tout ceci constitue une échappatoire face au monde réel, qui est certes rude et pas toujours évident à appréhender. Je pense que ça serait une façon de le rendre plus vaste, au contraire, en lui ajoutant la touche de merveilleux qui lui manque. Ce serait un moyen de ranimer notre faculté d’imaginer et de s’amuser.

En attendant, je retourne à mes livres – et je compte bien parfaire ma culture des grimoires et autres éléments relatifs à l’histoire de la magie d’ici fin 2015. Un peu d’érudition ne fait jamais de mal, pour commencer. Où sont mes tarots ?

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