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Archive for December, 2014

Le principe des bonnes résolutions est simple : on ne les tient jamais. En Janvier dernier, j’en avais – fidèle à mon habitude, naïve et pleine d’espoir – pris quelques unes… que j’ai en partie tenues. Dans la colonne Bonnes résolutions de lecture, j’avais notamment prévu d’avoir lu tous les Jane Austen d’ici le 31 Décembre 2014.

Pourquoi ? Oh, il y a plusieurs explications. J’ai déjà dit que je détestais tomber sur des références que je ne connaissais pas, et force est de reconnaître que sur la blogosphère, les fans de Jane Austen sont légion. J’ai l’impression que de nombreuses blogueuses ont lu les six romans publiés de Jane Austen six fois chacun. Du reste, ils sont cités dans une grande partie des bouquins que je lis ou des films que je regarde. Il fallait donc y remédier.

(En commençant mon marathon, je suis tombée sur l’interview d’un monsieur qui, en plus d’avoir d’excellents goûts littéraires, a déclaré avoir lu tous les Jane Austen dans un placard alors qu’il avait à peu près mon âge.)

Richard Armitage

Je partais avec un avantage : j’en avais déjà lu deux. Au lycée, j’avais énormément aimé Orgueil et Préjugés (avec pas mal d’affection pour Mary Bennet, désastreusement représentée en 1995 dans l’adaptation de la BBC).

Mr Tilney

Mr Tilney (J.J. Feild) dans Northanger Abbey.

Il y a deux ans, j’ai dévoré Northanger Abbey. Arte avait eu la bonne idée de diffuser l’adaptation de 2007 avec (le merveilleux) J.J. Feild dans le rôle de Mr. Tilney. Sans avoir lu les autres romans de Jane Austen, j’en avais déjà vu plusieurs adaptations : Raison et Sentiments d’Ang Lee, ou Persuasion d’Adrian Shergold. Toutes les amatrices d’Austen ont leur « héros austenien » préféré : avec Tilney, désormais, je savais que je tenais le mien. La lecture du roman, acheté quelques jours après mon visionnage, n’a fait que confirmer cette impression. Ah, Mr Tilney ! Un héros drôle, malicieux, intelligent, pas torturé pour un sou, droit dans ses bottes et qui aime les romans gothiques.

En 2014, il me restait donc quatre romans de Jane Austen à lire : Persuasion, Mansfield Park, Emma et Raison et Sentiments. Ça, c’est l’ordre dans lequel je les ai lus – qui n’a donc rien à voir avec leur ordre de parution. Je les ai récemment enchaînés, soucieuse de tenir dans les temps cette résolution littéraire capitale – au moins pour mon estime personnelle. L’heure est venue de tirer un bilan de ces lectures en quelques phrases lapidaires. Et sans spoilers.

Comme dirait l’autre : Here we go.

PERSUASION (1817)

Persuasion

Rupert Penry-Jones et Sally Hawkins dans Persuasion.

Dernier roman de Jane Austen publié à titre posthume et que certains considèrent comme « le roman de la maturité » (expression galvaudée s’il en est), Persuasion possède au moins un avantage : celui d’être court.

Une journaliste a écrit une fois que ce roman avait un goût d’inachevé, notamment à cause de son nombre de pages réduit et de l’absence de descriptions. C’est cette simplicité qui m’a plu. Le style de Persuasion est dépouillé, chaque phrase touche juste.

J’aurais bien aimé connaître un peu plus le Capitaine Wentworth – le héros austenien du roman –, mais c’est peut-être sa part de mystère qui le rend assez plaisant. Rupert Penry-Jones était d’ailleurs parfait dans ce rôle dans l’adaptation de 2007. J’ai trouvé Sally Hawkins particulièrement exaspérante dans le rôle de l’héroïne Anne Elliot, mais malheureusement… son interprétation est assez fidèle au personnage du roman.

C’est néanmoins un livre qui vaut le coup d’être lu, pour sa concision et la justesse des sentiments qu’il décrit. (Le personnage du veuf fan de Byron est aussi attendrissant.) Persuasion ne fait jamais dans la surenchère, ce qui est assez rare dans la littérature de l’époque !

MANSFIELD PARK (1814)

Fanny Price

Fanny Price (Billie Piper) dans Mansfield Park.

Dieu que ce fut long. Fanny Price est sans conteste l’héroïne de Jane Austen qui m’exaspère le plus. Elle cumule tous les symptômes des héroïnes standard du XIXème siècle, ce qui évidemment n’est pas un cadeau. Elle est tellement naïve ! Son amoureux, Edmund, n’est guère plus surprenant.

Non, l’intérêt de ce roman – parce qu’il y en a un, évidemment, on parle de Jane Austen – est à chercher dans ses personnages secondaires. Et particulièrement chez les Crawford.

Henry et Mary Crawford

Henry (Joseph Beattie) et Mary Crawford (Hayley Atwell).

Mary Crawford est bien plus que la jeune fille mondaine et superficielle qu’on pourrait d’abord imaginer. C’est un personnage complexe, tout en nuances, qui se remet en question au contact d’Edmund. Elle utilise beaucoup de masques et à la fin du roman, je me posais encore des question à son sujet. Elle est passionnante ! Son frère, Henry Crawford, l’est tout autant. Il est beaucoup moins prévisible qu’un Wickham (dans Orgueil et Préjugés). Là aussi, c’est un personnage travaillé, subtil, avec plusieurs facettes. Inutile de se demander pourquoi bien des lecteurs le préfèrent au fade Edmund…

A eux seuls, ces personnages font l’intérêt de Mansfield Park, un petit pavé de presque 650 pages qui souffre de la plupart des clichés de la littérature de l’époque où il a été rédigé : héroïne naïve, jeune premier naïf, ennemis byroniens, critique acerbe du théâtre (qui pervertit ceux qui voudraient en faire)…

Plusieurs mois avant de m’atteler à ce roman, j’ai pu voir son adaptation faite par la BBC en 2007. Si Billie Piper sauve le personnage de Fanny Price par son interprétation vivante et sensuelle, les Crawford manquent de la subtilité que leur donne le roman. J’ai en revanche été totalement séduite par Thomas Bertram, interprété avec une classe folle par James D’Arcy. Il est beaucoup moins remarquable dans le roman de Jane Austen, mais rien que pour lui et Billie Piper, cette adaptation mérite d’être vue !

J’ai par ailleurs eu vent d’une adaptation de Mansfield Park tournée dans les années 1990 avec un Henry Crawford beaucoup mieux représenté. Affaire à suivre…

EMMA (1815)

Emma

Jonny Lee Miller et Romola Garai dans Emma.

J.K. Rowling a déclaré que c’était son roman préféré. Après l’avoir lu… Ah, je le mettrais presque à égalité avec Northanger Abbey. Presque. Parce que je n’ai pas lâché ce roman dès l’instant où je l’ai commencé.

Emma Woodhouse est devenue d’entrée mon héroïne austenienne favorite : elle est amusante, intelligente, capricieuse, un peu butée parfois mais touchante malgré tout. Elle se prend à ses propres pièges et les choses évidentes lui échappent (presque) toujours… Mais elle se remet en question et évolue, sans perdre son esprit vif et son enthousiasme.

Sa relation avec M. Knightley est très belle et délicatement décrite. Une de mes amies dit que ces deux personnages « se font grandir mutuellement ». Et elle a raison. Ce n’est pas une histoire de love at first sight comme dans Mansfield Park ou Raison et Sentiments. Emma et Knightley sont avant tout des amis qui ont des discussions sur tous les sujets, se disputent et se défient parfois. Emma étant plus jeune que lui, ils ont aussi une relation de protecteur/protégée qui m’a énormément touchée. Cette complicité est assez bien rendue dans l’adaptation d’Emma par Sandy Welch – qui a déjà commis les très beaux Nord et Sud et Jane Eyre version 2006. Jonny Lee Miller est un excellent choix d’acteur pour Knightley. (Sachant qu’il jouait ce personnage, c’est lui que j’ai imaginé pendant toute ma lecture.)

Knightley

Et c’est un bouquin qui met de sacrément bonne humeur.

Au-delà de ça, Emma est un livre brillamment construit, un peu comme un roman policier, avec son twist final qu’on ne voit pas forcément venir. Niark niark.

Bref, s’il fallait ne retenir qu’un seul des quatre romans dont je vous parle dans cet article, c’est Emma. Lisez-le et aimez-le, parce qu’il le mérite.

RAISON ET SENTIMENTS (1811)

Raison et Sentiments

Marianne (Kate Winslet) et Elinor (Emma Thompson) dans Raison et Sentiments.

J’ai vu le film d’Ang Lee il y a très, très, très longtemps et je me souviens avoir beaucoup apprécié le personnage de Marianne Dashwood. Sa fougue, son amour de Shakespeare et des poètes romantiques, sa manie de courir sous la pluie (ou sa passion pour les feuilles mortes)… Tout ça me l’avait rendue touchante et infiniment plus intéressante que sa sœur, la sérieuse Elinor Dashwood.

C’est un avis que ne partage pas Jane Austen. Si dans le film d’Ang Lee les personnages sont montrés d’un point de vue parfaitement extérieur, le roman Raison et Sentiments exprime clairement le point de vue de son auteur, qui se place constamment du côté d’Elinor. Dès lors, le lecteur a du mal à s’attacher à Marianne, parce que Jane Austen tourne souvent en ridicule son romantisme exacerbé. Et c’est bien dommage ! Ce n’est qu’à la seconde moitié du roman que Mrs Austen témoigne d’un peu d’empathie pour la jeune fille qui, il faut bien le dire, commence à morfler.

Le principal défaut de Raison et Sentiments (qui est une des premières œuvres de son auteur), c’est, justement, de présenter des personnages trop prévisibles, voire caricaturaux. C’est un roman à visée morale, dont le message est clair : ne soyez pas romantique comme Marianne (ou il ne vous arrivera que des malheurs), mais soyez raisonnable et contrôlez vos sentiments (comme Elinor, vertueuse et admirable tout au long du livre).

Pour moi qui suis une romantique déclarée, le message n’aurait pu être plus agaçant. Plus encore que Mansfield Park, Raison et Sentiments est un livre très ancré dans son époque, et en fin de compte assez cruel.

Ceci dit, j’ai bien envie de jeter à nouveau un œil au film d’Ang Lee, un de ces quatre. Alan Rickman en Colonel Brandon, ça en jetait.

Colonel Brandon

Un peu, ouais.

Et maintenant, il ne me reste plus qu’à trouver de bonnes résolutions littéraires pour 2015.

Who’s next?

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