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Archive for August, 2014

“Madame Bovary” vu par Lisa Brown.

Le moment est venu d’écrire l’article le plus honnête et le plus cinglant de toute l’histoire de ce blog. Au détour d’une conversation avec Alexandra de Diverses et Avariées, nous en sommes toutes deux venues à un constat : les livres qu’il faut lire, autrement dit les classiques, sont tous déprimants.
Afin de rendre justice à Alexandra, disons plutôt qu’elle a énoncé ce constat (auquel j’avais réfléchi dans mon coin sans le dire à personne des jours plus tôt) et que nous avons discuté de cette question.

Arrêtez-vous cinq secondes et réfléchissez. Qu’y a-t-il d’amusant dans :
La Princesse de Clèves
Andromaque
Crime et Châtiment
Le Portrait de Dorian Gray
A peu près tous les romans de Victor Hugo
Les Zola ou les Balzac
Gatsby le Magnifique

Et ça s’applique à quasiment tous les classiques universellement admis comme tels.

J’en entends déjà parmi vous crier : « Et Le Seigneur des Anneaux ! », « Sherlock Holmes ! ». (Juste à côté de moi, quelqu’un vient de lancer cette protestation bien compréhensible.) Sauf que non. Peu d’universitaires font étudier les livres de Tolkien et Conan Doyle en cours (même s’ils font l’objet de mémoires écrits par des étudiants), parce qu’ils ne sont pas considérés comme des classiques. J’en vois déjà là-bas qui citent Alexandre Dumas.

Anecdote : une amie, professeur à l’université, s’est spécialisée dans l’étude d’Alexandre Dumas père. Pourquoi ? Parce que Dumas, auteur populaire s’il en est depuis le XIXème siècle dans les milieux non-intellectuels, n’était de ce fait pas pris au sérieux dans les cercles universitaires. Pour cette amie, devenir spécialiste d’Alexandre Dumas était une façon de lui rendre justice, et de démontrer la richesse d’une œuvre trop souvent dévalorisée.

Mais nous n’avons pas répondu à la grande question : pourquoi les classiques sont-ils déprimants ?

Soit ils ont des histoires atroces – si tant est qu’ils se finissent bien – soit ils se terminent mal.

Certains des plus grand chefs-d’œuvre de la littérature ont pour auteurs des gens dépressifs. Plusieurs articles le démontrent, dont un de mes préférés : Why a touch of madness boosts creativity.

Tous ces écrivains ne font pas des romans déprimants : si Dickens écrivait constamment afin d’éviter de sombrer dans la dépression, il a aussi publié Les aventures de Mr Pickwick. Et le monde entier oublie l’humour dévastateur de Virginia Woolf, qui a écrit l’essai Suis-je snob ?. La majorité des gens retient De grandes espérances et Mrs Dalloway.

Pourquoi ? Excellente question. On considère communément que la gaieté ne va pas de pair avec la crédibilité ou la profondeur. Un livre considéré comme un classique est, la plupart du temps, sérieux. Cf : la liste ci-dessus et la plupart des classiques auxquels vous pourrez penser.

J’imagine un cercle d’universitaires très sérieux recommandant Dostoïevski plutôt que Gogol ou Boulgakov parce qu’il est, pensent-ils, de leur devoir de donner à lire des pavés décrivant avec une intensité dramatique les tourments de l’esprit humain.
Comme si l’être humain n’était pas assez tourmenté chaque jour.

Ce qui nous ramène à la conception que chacun a de la lecture. Pour moi, la lecture a toujours été synonyme d’évasion. Bien sûr, elle a aussi pour but de faire réfléchir. Mais bon sang, entre un pavé russe et De bons présages pour me remonter le moral, je n’hésite pas un quart de seconde.
(Je ne conseillerais jamais assez ce bouquin de Neil Gaiman et Terry Pratchett. C’est un des romans les plus drôles et les plus intelligents jamais écrits. Interrompez la lecture de cet article et commandez-le fissa sur le net – rares sont les librairies qu’il l’affichent dans leurs étagères.)

Hommage aux auteurs Terry Pratchett (à gauche) et Neil Gaiman (à droite), qui se sont amusés comme des petits fous avec ce roman génial.

Les romans joyeux ou ceux qui ont pour but d’amuser, de divertir, ne sont jamais pris au sérieux par les universitaires. Des exemples ? Les œuvres de Jules Verne, malgré leur complexité et leur aspect visionnaire, sont toujours considérées comme des romans jeunesse. Roald Dahl n’est pas mieux perçu. Peu de gens prennent au sérieux la lecture de Peter Pan (un livre qui a pourtant déterminé énormément de choses). J’attends toujours de voir Tolkien largement étudié à l’université comme il le mérite (en France, du moins).

Pourquoi devrait-on toujours étudier les tourments psychologiques ou la guerre ? Pourquoi Saki n’aurait-il pas autant de valeur que Céline ? Pourquoi Dahl ne serait-il pas à ranger à côté de Dostoïevski ?

La solution serait de faire une bonne fois pour toutes évoluer la notion de « classique ». Si l’on juge l’impact littéraire de Balzac, Flaubert ou Henry James sur la littérature mondiale, bien évidemment, ce sont des auteurs à l’importance capitale, des classiques dont je ne conteste ni le mérite ni la valeur. Mais James Matthew Barrie, Alexandre Dumas et Lord Dunsany ont également eu un impact énorme sur la production littéraire. Leur influence est encore manifeste de nos jours.

Ce n’est pas parce qu’un roman plaît largement au-delà d’une élite littéraire qu’il n’a pas droit au titre de « classique » de la littérature. Et ce n’est pas parce qu’une histoire est joyeuse et date de moins de deux siècles qu’elle devrait rester cantonnée au gentil rang de divertissement.

J’invite chacun à redéfinir sa conception de classique de la littérature. Et surtout, à lire ce qu’il a envie de lire, parce que ça lui fait plaisir et pas toujours parce qu’il faut avoir lu tel ou tel bouquin.

(Il n’empêche que les sœurs Brontë restent indispensables. Mais ça ne doit pas vous empêcher de vous éclater avec De bons présages.)

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(I play a game ’til I’m dead.
Queens of the Stone Age – Era Vulgaris)

Il fait nuit à l’heure où je commence à écrire cet article. Ces heures vont bien à mon sujet, apparemment.

Depuis deux jours, je compulse les articles internet au sujet du Joker dans The Dark Knight de Christopher Nolan. Il y a de tout : des critiques, des débats sur des forums, des analyses psychologiques du personnage et même des essais universitaires. J’ai revu le film hier soir, après avoir résisté pendant des jours à la tentation. Bref, il est plus que temps de lui dédier un article.

Ce qui suit ne concernera pas le Joker des comics – même si j’y ferai référence une ou deux fois. Cet article sera uniquement consacré au Joker interprété par Heath Ledger.

Je pense qu’on peut analyser ce personnage indépendamment de son histoire dans l’univers des comics. Nolan a voulu donner sa propre version du Joker dans un film qui constitue lui-même une œuvre complète. Si je voulais désigner une version du Joker dans les comics qui se rapproche le plus de ce que nous montre The Dark Knight, ce serait probablement Joker de Brian Azzarello et Lee Bermejo. The Killing Joke d’Alan Moore est souvent cité aussi en raison de la violence dont le Joker y fait preuve, mais il reste pour moi différent de ce qu’on voit dans le film de Nolan. Quoiqu’il en soit, si vous n’avez lu aucune des deux œuvres, allez-y. Elles ont toutes deux le mérite d’être courtes et diablement efficaces.

J’ignore combien de fois j’ai vu The Dark Knight (un grand nombre), mais ce qui me frappe, c’est le peu que j’ai écrit sur le Joker en comparaison avec la fascination que j’ai pour ce personnage. Je crois que c’est parce que le Joker constitue un vrai mystère : on ne sait rien de lui.

En creusant, on peut trouver quelques éléments.

Pour comprendre comment a été construit le Joker dans The Dark Knight, je suis d’abord allée à la source : Christopher Nolan lui-même. Les trois influences artistiques qu’il revendique pour le personnage sont Alex dans Orange Mécanique, la peinture de Francis Bacon et le mouvement punk. L’allusion à Alex semble assez évidente : il suffit de comparer son regard avec celui du Joker pour avoir un début de piste.

Alex (Malcolm McDowell) dans Orange Mécanique de Stanley Kubrick (1971).

The Joker (Heath Ledger) dans The Dark Knight de Christopher Nolan (2008).

 

Les deux personnages ont leurs points communs : la violence, l’anarchie (et l’absence de morale ? peut-être pas selon leurs critères). La référence au punk coule de source aussi, mais celle à Francis Bacon est moins évidente au premier abord. Pourtant, en regardant les toiles de l’artiste, j’ai compris ce que Nolan avait pu y prendre pour le donner au Joker – même dans son maquillage. Quelque chose de douloureux, de torturé et surtout d’infiniment sombre. On dirait que ces toiles hurlent.

Trois autoportraits du peintre Francis Bacon (1909-1992).

Christopher Nolan a dit du Joker qu’il voulait qu’il incarne un absolu : c’est un individu complet. « On le voit transformer le monde, plutôt que lui-même », dit-il dans une interview. Dans ce même entretien, le réalisateur explique que le Joker est « pure evil through pure anarchy », et qu’il ne voulait pas l’humaniser. « On ne voulait pas montrer ses origines, montrer ce qui l’a rendu capable de faire ce qu’il fait, parce qu’il en serait devenu moins menaçant. »

Et c’est là que Nolan marque un point : ce qui rend le Joker si passionnant et si effrayant, c’est qu’on ne sait absolument pas pourquoi il est le Joker. On ne connaît pas son vrai nom, on ne sait pas d’où il vient et nous n’avons pas le moindre indice sur son passé.

Au cours du film, le Joker raconte deux histoires différentes sur la façon dont il a eu ses cicatrices. (D’abord au gangster Gambol, ensuite à Rachel Dawes.) Dans la première, c’est son père qui les lui a infligées, et dans la seconde, lui-même. Les deux histoires sont totalement différentes, et totalement fausses. Certains spectateurs penchent pour une version ou l’autre en la tenant pour authentique, mais je suis prête à parier qu’elles ne valent rien. Du reste, le Joker a failli raconter une troisième version à Batman lors de leur combat final avant que ce dernier ne l’interrompe. Et comme le dit Nolan, si on connaît les origines du Joker, il devient moins effrayant…

(J’en profite donc pour dire aux analystes qui écrivent que « c’est de la faute du père si le Joker est comme ça » : non. Aucune preuve n’est donnée dans tout le film. Même la réplique « You know, you remind me of my father. I hated my father. » que le Joker lance à un homme pendant la réception où il rencontre Batman ne vaut rien, à mon avis. C’est encore un trait d’humour sarcastique. Même dans la « version officielle » des origines du Joker écrite par Alan Moore dans les comics – et je l’appelle comme ça parce que c’est celle à laquelle on fait le plus référence – il n’y a pas l’ombre d’un papa.)

Ce qui nous ramène à la question n°1 : pourquoi le Joker est-il ce qu’il est ? Quelle est sa motivation ? Le seul indice nous est donné par Alfred, le majordome de Bruce Wayne/Batman : « Some men just want to watch the world burn ». Soit. SOIT. Certains s’en contenteront, d’autres non. Je fais partie de la seconde catégorie. La déclaration du Joker « I’m an agent of chaos » peut venir compléter celle d’Alfred.

Ceci dit, si on réfléchit à la première phrase… Elle peut s’avérer moins agaçante que prévu. Je ne sais plus où, quelqu’un a comparé le Joker à Loki. Pas à celui des films, à celui de la mythologie nordique – même si celui des films Marvel lui reste assez fidèle. La comparaison est juste : Loki est par excellence le dieu de la ruse, de la plaisanterie et, d’une certaine manière, un agent du chaos. (Pour plus d’information sur le God of Mischief, je vous renvoie à l’article que je lui avais consacré.) Loki a beau venir en aide – quand ça l’arrange – aux autres dieux lors d’aventures, il est aussi l’auteur de plaisanteries qui tournent mal, de meurtres parfaitement assumés et, à terme, c’est lui qui conduit l’armée des ombres lors de la fin du monde.

Loki et le Joker mentent. Ils ont sans arrêt recours à la ruse pour arriver à leurs fins. Dans The Dark Knight, le Joker ment à tous les personnages du film (il les manipule, pour employer un autre mot) sauf à Batman pendant la scène de l’interrogatoire. C’est sans doute la scène du film où il est le plus honnête. Après tout, il parle à son égal – j’y reviendrai.

Comparer le Joker à Loki, qui a été suranalysé, sur qui on sait énormément de choses, peut aider à y voir plus clair dans la personnalité du clown de Gotham. « Some men aren’t looking for anything logical, like money. They can’t be bought, bullied, reasoned, or negotiated with. Some men just want to watch the world burn. » D’accord, Alfred. On se contentera de ça.

Question n°2 : le Joker est-il fou ? La réponse pourrait couler de source, mais internet regorge d’articles et de débats assez passionnés sur le sujet. Un blogueur est même allé jusqu’à intituler son article Heath Ledger’s Joker is the Sanest Man in Gotham. Que le Joker soit lucide sur l’état du monde, que ses déclarations soient empreintes d’un accent de vérité indéniable, c’est un fait. Mais qu’il soit l’homme le plus sain d’esprit du film, j’en doute.

Une autre analyse publiée sur un forum explique que le Joker voudrait que les gens le pensent fou alors qu’il ne l’est pas. Ses costumes, son maquillage, son rire : tout constituerait un personnage créé de toutes pièces. Il ne rit que quand il se donne en spectacle, il est sobre le reste du temps, poursuit l’analyse et, preuve irréfutable que le Joker est sain d’esprit : il contrôle absolument toutes ses actions. C’est même le seul personnage de tout le film à contrôler ce qui se passe alors qu’aucun autre personnage – Batman, le commissaire Gordon, Harvey Dent – ne maîtrise quoi que ce soit.

C’est vrai, le Joker a toujours un coup d’avance. Il construit des plans extrêmement élaborés. (Tout le plan qui conduit à la destruction de Rachel Dawes et Harvey Dent, et permet au Joker de s’évader de prison, relève du pur génie.) Cependant, je suis en désaccord avec ces analyses : à aucun moment du film le Joker ne cherche délibérément à faire croire qu’il est fou. C’est même plutôt l’inverse : quand un des membres de la pègre (Gambol, toujours), l’accuse d’être fou, le Joker réplique : « No, I’m not. No, I’m not. » Sa discussion avec Batman lors de la scène de l’interrogatoire est éclairante : il démontre au justicier qu’il est son équivalent. (Ah, il y aurait tout un article à faire sur les antagonistes comme reflets des héros.) « See, I’m not a monster. I’m just ahead of the curve. »

Oui, le Joker dénonce l’hypocrisie des autres personnages tout au long du film, il est d’une lucidité effarante sur la situation et sur lui-même. Mais est-il sain d’esprit ? A cela, je réponds : avoir recours au meurtre de masse pour démontrer un point de vue, aussi véridique soit-il, ne rentre pas dans cette catégorie. Pour moi, le Joker est fou.

Un autre trait caractéristique du Joker dans The Dark Knight – et qui se retrouve aussi dans les comics, pour le coup – est son absence totale de peur. Il ne craint rien, pas même sa propre mort, ce qui le rend insensible à toutes les menaces qu’il peut recevoir. Comme il le rappelle à Batman qui le passe à tabac dans la fameuse scène de l’interrogatoire : « You have nothing, nothing to threaten me with! Nothing to do with all your strength! ». Il ne craint pas sa mort, ce qui me fait poser cette question : le Joker est-il suicidaire ou non ?

Ici, l’interprétation relève de chacun. Le désir de mort du Joker m’a semblé évident en sortant de la projection de The Dark Knight en 2008, et l’a toujours été depuis. Les avis divergent à ce sujet.

Dans le film, il y a trois scènes où le Joker cherche à provoquer sa propre mort. Disons, pour ne pas mettre le feu aux poudres, qu’il tente le diable. Rien de tel que des petits gifs pour les rappeler :

 

Vous vous rappelez ? Bon. Sur le forum dont j’ai déjà parlé, les gens interprètent ces scènes ainsi : si Batman tue le Joker, il brisera sa règle fondamentale, qui est de ne jamais tuer. Si le justicier tue le Joker, ce dernier triomphe, parce qu’il aura réussi à corrompre Batman. (D’où son rire quand Batman le pousse de l’immeuble avant de le rattraper.) Même chose pour Harvey Dent, le « chevalier blanc » de Gotham devenu Double-Face.

C’est une interprétation qui se vaut.

Cependant, j’ai toujours penché pour l’autre option : le Joker a un ardent désir de mort. Je pense qu’il n’a pas peur de mourir parce qu’il le désire. Il désire voir le monde réduit en cendres, mais s’il a l’occasion de se faire tuer en bonne et due forme, je pense qu’il acceptera gracieusement son sort. C’est une interprétation romantique du personnage – au sens littéraire du terme –, certes. Elle est partagée par au moins deux critiques, à ma connaissance. Je vais donc exhumer des références que je ne cite jamais ici, mais qui sont bien pratiques.

A la sortie de The Dark Knight, la comparaison entre le Joker campé par Heath Ledger et celui joué par Jack Nicholson en 1989 dans le Batman de Tim Burton était inévitable. En fouillant dans mes archives, j’ai retrouvé un hors-série des Inrocks sur Burton où on pouvait lire ceci :

« Le souci du Joker de Nolan est plus profond, plus métaphysique, moins dandy. Ce qu’il veut, c’est en finir avec la possibilité du200_s bien. Ce qu’il veut défaire, c’est l’héroïsme de Batman, l’idéalisme du procureur incorruptible Harvey Dent. Moins pour en tirer un profit personnel que pour remodeler le monde selon l’idée qu’il s’en fait : un charnier où tout est voué à pourrir. D’une vision démiurgique à l’autre, le Joker s’est défait de sa bouffonnerie pop pour devenir une figure tragique, dangereusement romantique même. »

Que nous dit Télérama à la même époque (référence inédite, je vous l’ai dit) ?

« Contrairement à celui de Jack Nicholson (dans le Batman de Tim Burton), le Joker de Heath Ledger est un desperado, un mélancolique. Son masque de peinture semble avoir été ruiné par les larmes, il dégage une énergie diabolique, juvénile, qui paraît l’indisposer lui-même. Alors, tout le monde veut voir ça, et il y a de quoi : ce Joker à l’infini désir de mort, indestructible malgré ses chutes du haut des gratte-ciel… »

Bon, d’accord, le mot suicidaire n’apparaît pas dans les deux paragraphes suscités. Les idées de romantisme et de mélancolie (de désespoir, me permettrais-je d’ajouter) sont en revanche bien présentes. L’aspiration à la mort est courante chez les héros romantiques. L’idée que le Joker de Nolan pouvait faire partie de cette catégorie de personnages ne m’est venue que bien après la séance de 2008. Il partage avec eux un certain nombre de critères : la jeunesse, le génie, les ténèbres et ce côté « absolu » dont parlait Christopher Nolan. Le Joker désire-t-il mourir ? Je crois que oui. Chacun se fera l’avis qu’il voudra.

Le Joker n’aura jamais fini de faire parler, et des gens analyseront toujours le film de Nolan parce qu’il a eu l’idée de génie d’en dévoiler juste assez pour nous faire réfléchir. Sur un blog, j’ai lu que le Joker fascinait parce qu’il représentait une forme de liberté à laquelle nous aspirions tous sans l’avouer. Le Joker incarne en effet la liberté absolue : il fait tout ce qu’il veut quand il le veut, il n’a aucune limite puisqu’il n’a peur de rien, et il ne culpabilise jamais.

Qu’on ne sache rien de lui le rend fascinant. En ce qui me concerne, je n’ai besoin d’aucune excuse pour apprécier ce personnage, que j’ai déjà défendu par le passé.

(Je parle d’excuse, je m’explique. Dans le vaste univers de la fanfiction, il est, disons… de tradition d’inventer un passé au Joker de Nolan. Sinon, comment l’héroïne pourrait-elle “moralement” tomber amoureuse de lui ? Manifestement, rares sont les auteurs qui se contentent du Joker tel qu’il est, ou de la quasi-absence d’explications données par Nolan dans son film. Il y a des années, j’ai écrit ma propre histoire sur le sujet, à titre d’expérience et parce que je voulais savoir s’il était possible d’inventer une telle trame tout en restant fidèle au personnage. L’héroïne ne cherchait jamais à savoir qui le Joker pouvait avoir été. L’histoire se terminait sur sa mort consentie, orchestrée par le Joker. L’amour constituait une entrave pour lui, et le Joker lui-même signifiait pour l’héroïne un aller simple pour la folie. J’ai relu récemment cette histoire et j’ai été troublée par son pessimisme. Et par la quantité d’hémoglobine contenue dans un certain chapitre. Et par deux-trois phrases trop alambiquées.)

Il est temps de clore cet article. A dire vrai, je voulais écrire un article de fond sur le Joker de Nolan depuis un sacré bout de temps. S’il vous donne envie de revoir le film : mission accomplie.

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