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Les ordis portables des années 90 étaient tellement mignons.

J’ai remarqué que j’avais assez peu posté sur ce blog cette année. Il y a plusieurs raisons à cela, outre le fait que mon année ait été très chargée. Je compte bien faire revivre ce petit coin, qui tient une place particulière dans mon cœur, au cours des mois à venir. A quel rythme, je l’ignore. Wait and see.

C’est au milieu d’une année pourtant bien pleine de projets que j’ai eu l’idée de me lancer dans le NaNoWriMo (National Novel Writing Month). Il s’agit d’un défi un peu fou, qui a lieu chaque année en novembre, et qui consiste à écrire 50 000 mots en un mois. L’idée, c’est de rédiger une première ébauche de roman, et de booster la quantité plus que la qualité. Le site officiel du NaNoWriMo permet de mettre sa jauge de mots à jour quotidiennement, et de voir où on en est : est-ce qu’on a du retard, est-ce qu’on est toujours dans la course, etc.

Chaque année, plusieurs personnes me demandent via Facebook si je compte faire le NaNoWriMo. Jusqu’à ce mois-ci, ma réponse a toujours été non. Je n’en avais pas le temps, ou pas l’envie, ou pas la motivation. Je me suis toujours dit que je le ferai un jour, « mais pas maintenant ». En cette année 2016, j’ai décidé sur un coup de tête de faire le NaNoWriMo… et je ne le terminerai pas.

Ce n’est pas un aveu d’échec, parce que je considère que cette expérience m’a appris des choses sur moi et mon écriture.

Au moment de commencer le NaNo, j’ai dit à un ami que c’était paradoxal que je me lance dans cette expérience précisément l’année où j’avais le moins de temps pour la faire. Prémonitoire. Dans l’idéal, pour réussir le NaNoWriMo, il faut écrire 1600 mots par jour, ce qui équivaut à trois pages Word et des poussières. Et si vous n’avez pas toujours le temps de les faire… vous pouvez toujours vous rattraper pendant le week-end.

Au quotidien, je vis de ma plume : je suis rédactrice web/journaliste. (Quant à savoir où, petits malins, une simple recherche sur Google vous l’apprendra.) C’est-à-dire que j’écris déjà chaque jour. Je doute fort d’avoir rédigé 50 000 mots pour mon travail à la fin de chaque mois, mais il est clair que je laisse toujours une certaine quantité de texte derrière moi.

kermit

Ceci est un de mes gifs préférés au monde et je me devais de le placer dans cet article.

Parenthèse. Traditionnellement, quand je m’attelle à mes autres projets d’écriture (comme mes pièces de théâtre), je les rédige sur le papier, avant de les corriger et de fixer leur version définitive sur ordinateur. J’ai déjà dit que j’aimais voir la progression d’un texte au stylo, les ratures, les annotations… Mais si j’écris à la main, le soir et le week-end, c’est aussi parce que je fais un rejet des écrans, après les avoir regardés pendant une journée de travail. En semaine, le soir, je vais lire (du papier ou l’écran mat de ma liseuse), écrire (à la main), et éteindre absolument tous mes écrans à 22h. J’admets que mon téléphone portable est parfois – souvent – totalement éteint à 21h. Ça me permet de me recentrer, de me détendre et surtout, de me prouver que je ne dépends pas des écrans. Fin de la parenthèse.

Tout ceci pour expliquer que faire le NaNo était une renonciation à ces habitudes, en quelque sorte. Pour le réussir, il est indispensable de taper son texte sur ordinateur. Ce qui s’est rapidement révélé déplaisant. D’un autre côté, ça m’a permis de constater à quel point j’avais besoin de mon moment sans les écrans, et combien mon rejet d’eux était vivace. (Ce que j’ai tendance à considérer comme un bon signe, en ces temps ultra connectés, où certaines connaissances m’avouent être incapables d’éteindre leur portable pendant la nuit.) Quand on rentre chez soi après une longue journée à écrire, à devoir trouver des idées et à voir du monde, écrire frénétiquement trois pages à l’ordinateur peut être la dernière chose dont on a envie. Ça va sembler épouvantablement girly, mais : écouter son corps, c’est important.

Mais surtout, le NaNo m’a fait prendre conscience d’éléments fondamentaux concernant ma façon d’écrire. Il m’a rappelé que j’ai mes limites, mais il m’a aussi fait découvrir des ressources insoupçonnées. Je ne partais pas de nulle part en commençant le défi : j’avais une trame principale, au moins trois personnages principaux dessinés dans ma tête, et une idée de la structure de l’histoire. Même si j’aime boucler mes projets assez vite, je préfère écrire quand l’inspiration est là, et ne pas me forcer quotidiennement. Si l’envie n’est pas là, ça se débloquera plus tard.

elementary

Excellente idée. Inutile de tourner en rond.

Pendant le NaNoWriMo, j’ai découvert que j’étais parfaitement capable d’inventer chaque jour la suite de mon histoire sous la contrainte – même si, encore une fois, ça n’était pas souvent agréable. Soit j’étais inspirée, soit j’étais motivée par ma maudite fierté à aller jusqu’au bout : toujours est-il que je suis contente de ce que j’ai écrit pendant le temps où j’ai tenu. Je finirai cette histoire, je pense, mais ça prendra plus de temps que prévu, et infiniment plus de soin.

L’enjeu du défi était aussi, pour moi, de savoir si on pouvait faire le NaNo tout en ayant un travail, des projets artistiques et une vie à côté. La réponse est officiellement non, du moins en ce qui me concerne. Ce qui a un côté infiniment rassurant : somme toute, j’ai une existence assez « remplie » pour ne pas avoir le temps de faire le NaNo. Ça n’aurait sans doute pas été le cas il y a quelques années. (Sortez les violons.)

Si on choisit de faire ce défi littéraire, il ne faut se consacrer qu’à ça, et j’ai regretté bien des fois de ne pouvoir dévorer des livres tranquillement le soir, ou de ne me pouvoir me consacrer aux projets d’écriture que je trouvais vraiment importants. En définitive, je n’ai pas exactement perdu mon temps, parce que je tire des leçons de cette courte aventure.

Et pour une fois, je ne vais pas trépigner en songeant que les héros que j’admire le plus auraient, eux, remporté le NaNoWriMo s’ils y avaient été confrontés. Le fait de ne pas le réussir m’a fait prendre conscience de choses très positives. Si certains considèrent cela comme un échec, je l’accepte de bonne grâce.

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NGC 300 galaxy, a spiral galaxy like the Milky Way located about seven million light-years from Earth. – Photograph courtesy NASA/JPL/Caltech/R. Hurt (SSC) –

“When you separate an entwined particle, and you move both parts away from the other, even on opposite ends of the universe if you alter or affect one, the other will be identically altered or affected.” Einstein’s theory of entanglement

“Even though we sometimes fight
We both know we’ll be alright
Slumber parties late at night
Me and You

We are machines of loving grace
So take my hand lets fly through space
We can save the human race
Me and You

Through the darkness sparks of light
Speeding asteroids hold on tight
In our spaceship late at night
I Love You” Princess Chelsea – Machines of Loving Grace

Einstein in space. That would be a beautiful idea wouldn’t it? As beautiful as the title of a song. This could be the title of a book. As I’m writing this – hearing the sound of the old computer’s keys – a few ideas come to my mind.

1) If we send Einstein in space I would like it to be actually a book of Einstein’s thoughts locked in a tiny little box. It would travel between stars, waiting for another soul to find it, open it, understand it. Or not: that person would consider all those theories like a fairy tale from another planet. Which they would be actually.

2) Or just send the Tenth Doctor with his Tardis and bring him and Einstein through space and time. But this is way too easy to imagine.

3) Einstein in space. Just imagine a girl who invents a machine with something new and beautiful inside that she would have imagined after reading everything by and about Einstein. She lets her machine fly through space, sailing on the Milky Way and travel until it arrives to her sweetheart.

4) It wouldn’t be her sweetheart after all, but an inventor. A man who taught the girl everything she knows about science and inventions – and a bit of poetry. He’s far away now. He’s on the other side of Earth. The girl creates her little machine and sends it to her Master to thank him for everything he has done for her. She sings while she creates it.

5) She finds every little piece she needs for her machine. One of them is the fragment of a superhero’s armor. He flew above her the other day and let it fall. She took it. Inside the machine is a gift. It’s a very, very old picture in black and white from the earliest years of the twentieth century.

6) The picture is very old but the silhouette of the man on it looks like her Master. The girl finds it funny. She wrote three lines of a song on the back of the picture.

7) And now the machine flies in the dark blue sky. It sails on the Milky Way. The girl doesn’t see it anymore, but she sent it in space and watched go until it disappeared from her eyes. The machine is working, she thinks. She goes back home and closes her bedroom door. There are still pieces on the floor and many things to do. She’s got three inventions left to make tonight.

8) Now the machine arrives before the inventor’s eyes. It flew a long way through space to him, he thinks. He opens it and sees the picture. The man in black and white looks like him. It’s a joke only her could do. He goes back to his laboratory.

9) There are still pieces everywhere and many things to do. He’s got nine inventions left to make tonight.

 

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Les chocs esthétiques sont épouvantables. Je préfère le dire d’entrée. Voir sa vie modifiée est une excellente chose, mais au début, quand on ne sait pas où on va, c’est absolument affreux.

Il y a plusieurs manières de voir un tel choc survenir : glisser un disque dans son lecteur, rencontrer quelqu’un, regarder un tableau, ouvrir un livre, s’installer innocemment devant un film (ou, à plus forte raison, une série de la BBC…).

Des actions anodines et apparemment sans conséquences. Grave erreur, les amis ! Un jour, vous tombez sur le disque, le bouquin, le film qui changera irrémédiablement votre existence. Et là, vous êtes fichus : vous ne reviendrez pas en arrière. Quoi que vous fassiez. Même si vous le voulez.

Le pire – ou le meilleur, selon l’humeur où je suis, mes idées sur la question changent – c’est que l’on peut avoir plusieurs chocs au cours de son existence. Je parle d’expérience, même si la mienne est encore relativement courte.
Hier soir, j’énumérais, encore secouée par le dernier en date, les différents chocs que j’avais pu avoir : musicaux, littéraires, cinématographiques, sériesques (cela se dit-il ? Non ? Tant pis.). Joli palmarès. Mais bon sang, la chose est toujours aussi difficile à gérer.

C’est simple : vous avez l’impression qu’on vous a jeté un sort. Que vous êtes poursuivi par une série d’émotions toutes plus incompréhensibles les unes que les autres. Le futur vous dira en quoi votre vie va être modifiée, souvent pour le meilleur. Soit.

En attendant, je suis perturbée au plus haut point et je me demande en quoi le dernier choc que j’ai eu pourra m’être utile – le changement fait toujours un peu peur, quoi qu’on en dise.

Et comme il neige, que la chaleur d’une chambre est préférable à une sortie glacée, et que j’ai officiellement dédié cette journée à l’écriture et aux séries anglaises, à la musique et à la lecture, je décide de revenir sur les principaux chocs esthétiques de ma brève existence.
(Qui sait, cela vous donnera peut-être envie de les découvrir si vous ne les connaissez pas déjà. Je fais aussi une bonne action.)

 

Les Quatre Filles du Dr March (le film de Gillian Armstrong et le roman de Louisa May Alcott)

Mon film préféré de tous les temps et qui a probablement décidé de ma vocation d’écrivain. Après chaque visionnage, je me jetais sur un cahier pour écrire – voir Jo, l’héroïne, gribouiller ses manuscrits éveillait en moi une envie maladive. Mes premières histoires viennent de là.
J’ai vu le film à quatre ans, lu le livre à neuf et je n’ai pas changé d’avis depuis : je suis devenue écrivain et je veux toujours l’être. Et ce sont toujours mon film et mon livre préférés du monde.

 

Entretien avec un vampire et Louis de Pointe du Lac (le film de Neil Jordan et le roman d’Anne Rice)

Tiens, là aussi, les choses vont par deux. Curieux. Le héros d’Entretien avec un vampire, Louis de Pointe du Lac, fut un bouleversement dont j’ai mis des années à me remettre. J’avais onze ans quand j’ai découvert le film, puis le livre. Ce sont eux qui, je crois, on fait de moi une romantique. L’atmosphère gothique de mes écrits leur doit probablement un peu, aussi… Le film est également un de mes favoris et m’ébranle toujours. Quant au livre ? Anne Rice aurait dû s’arrêter à celui-là. C’est un chef d’œuvre. (D’accord, les autres sont des divertissements de luxe : très bons parfois, mais ils n’arrivent pas à la cheville de ce roman.) C’est l’influence que je revendique le plus pour mon style littéraire.
Avec le choc suivant.

 

Oscar Wilde

J’avais douze ans – période charnière, apparemment – quand mon professeur de français a fait étudier Le fantôme de Canterville à la classe. J’ai beaucoup aimé – en particulier le passage sur le Jardin de la Mort, magnifique. Je ne me doutais pas que Wilde allait devenir un Maître, l’influence majeure sur ma pensée, mon style et ma vision du monde. Après avoir étudié ce conte, je me suis mise en tête de lire Le Portrait de Dorian Gray. Qui ne m’a pas forcément interpellée à treize ans, mais que j’ai relu plusieurs fois depuis. Au fil du temps, Wilde s’est mis à occuper une place prépondérante dans mon esprit, sous ma plume et, bien entendu, dans ma bibliothèque. Il s’est glissé insidieusement – son essai Le Déclin du Mensonge fut une révélation. Il est toujours là et le sera jusqu’à ma mort, j’en ai peur. C’est un Maître, un mentor et un ami dans les périodes sombres. Je lui dois plus que je ne saurais dire.

 

Marilyn Manson

Que dire ? Enfant, il me terrifiait. Au lycée, j’ai cherché, en raison d’un article anodin que j’avais lu, à en savoir plus sur lui. Je l’ai écouté : il est toujours dans ma discothèque. (Mechanical Animals est un de mes albums favoris.)
Je souffre d’une fâcheuse maladie : je ne supporte pas qu’on cite une référence que je ne connais pas. Quand un artiste que j’apprécie cite une œuvre inconnue, je la trouve. Manson m’a fait découvrir Lolita de Nabokov, entre autres. Je crois que c’est grâce à lui que j’ai été beaucoup plus ouverte par la suite, et mes écrits ont gagné en noirceur. Mais, évidemment, c’est le lycée…

 

Jack White

C’est avec lui que j’ai réellement compris ce que le mot « choc » voulait dire.

L’histoire est trop longue mais on pourrait la résumer par : avec Wilde, White est mon second Maître. Découvrir, à dix-sept ans, les albums Consolers Of The Lonely et Get Behind Me Satan fut un tournant qui modifia mon existence du tout au tout. J’ai découvert la musique. J’ai fait mon éducation blues et rock en allant emprunter tous les albums que White citait en interview. Je me suis mise à bricoler des chansons. White a éveillé ma passion pour la musique : par la suite, j’ai écrit des articles sur le sujet, traduit, rencontré des musiciens. Et surtout, je me suis remise à écrire après un an de panne d’inspiration. White a inspiré en partie le héros de mon premier roman publié, Clothilde & Adhémar (La Bouquinerie, 2010). Ce n’est pas seulement le musicien que j’admire, c’est aussi – et surtout, peut-être – l’homme et ses réflexions, son parcours. Lire une de ses interviews est un plaisir car j’en retire toujours quelque chose. Récemment, j’ai lu le fameux article que lui avait consacré Esquire : pour la première fois, je connaissais absolument toutes les références – musicales, littéraires et cinématographiques – qu’il citait. Une strate a été franchie.

 

Black Rebel Motorcycle Club

L’avant-dernier. Datant d’un peu plus d’un an, me semble-t-il ? Je connaissais ce groupe depuis quelques années, déjà. Un jour, j’ai écouté l’EP American X : Baby 81 Sessions que j’avais reçu par hasard. Et ce fut la fin, les enfants. J’ai acheté tous leurs albums et je me suis mise à porter des robes – je n’ai pas arrêté depuis.
Mon écriture s’en est ressentie : j’ai pu écrire beaucoup de choses que je n’arrivais pas à formuler avant.
Je ne sais toujours pas pourquoi.

 

Nous arrivons donc au choc le plus récent. Qui, au départ, n’était pas destiné à en être un. Je suis certaine que celle qui l’a indirectement provoqué ne s’attendait pas à ce qu’il ait une telle ampleur, mais les faits sont là. Ils illustrent parfaitement l’axiome énoncé plus haut : une fois le choc reçu, il est inutile de songer à revenir en arrière.
Il s’agit d’un personnage fictionnel, cette fois. La boucle serait-elle bouclée ? J’en doute.

Il y a une semaine, quand j’ai commencé à regarder une innocente série de la BBC, comment aurais-je pu croire… Oui, après tout, comment peut-on faire plus innocent que Robin des Bois ? Ça n’existe pas, nous sommes d’accord. Fort bien. Là où j’ai commencé à soupçonner qu’il se passait quelque chose, quelque chose de potentiellement intéressant, fut quand l’un des personnages se mit à faire irruption dans mon esprit aux moments les plus incongrus. Il y a une dizaine de jours environ. Je me retrouvais à penser ingénument : « Oh tiens, cette chanson me fait penser à… », « Oh non, c’est un truc qu’il aurait pu faire ». (Un des symptômes du choc esthétique est que certaines manières ou tics de langage des gens qui m’influencent peuvent se retrouver chez moi, les premiers temps.)

Pendant d’autres moments où je n’aurais surtout pas dû y penser, aussi. Au hasard : un examen ou une conversation avec une amie. Là, il faut faire un effort de concentration immense pour revenir au plus urgent : le propos tenu par l’amie en question ou la feuille posée devant soi.
Même à ce moment, je ne me doutais de rien : cela passerait, évidemment, une lubie ordinaire. J’écrirais sur le sujet tout irait mieux.

De plus, j’étais assez contente : une de mes réflexions sur ce personnage m’avait fait réaliser quelque chose de très important pour le roman que j’ai en chantier actuellement. Une subtilité au niveau des sentiments, une séduction et une sobriété que je n’avais pas explorées. Parfait, donc. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Sauf que non ! C’était une illusion, une erreur fatale car hier soir la révélation m’est venue, alors que je jetais mes écouteurs à côté de moi et mettais fin à un nouvel épisode de Robin Hood avant même d’avoir vu la fin. C’est un choc, ma petite. Et tu es sacrément mal barrée.

Bon. Après plusieurs kleenex et l’impression d’avoir été maudite – car oui, un choc peut provoquer de fréquentes crises de larmes stupides et absurdes au début –, doublée d’une culpabilité immense – en pensant à l’amie qui m’avait introduite à ce personnage et avait, bien malgré elle, causé ce cataclysme – je décidais d’y faire face.

Je vais écrire. J’ai reçu un nouveau choc et, le plus terrible, c’est que j’en ignore encore les conséquences. Alea jacta est. Maudit sois-tu, Guy de Gisborne.

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Tout le monde connaît Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde. Bien des gens ont été fascinés par son héros, un jeune homme à la beauté immortelle, dont le portrait porte la marque de ses vices et du temps qui passe. D’autres sont amusés par Lord Henry, son mentor, et ses réparties cyniques qui reflètent assez bien les mots d’esprit dont Wilde lui-même usait dans la bonne société.

Cependant, trop peu de gens se passionnent pour Basil Hallward. C’est pourtant un personnage aussi intéressant, peut-être même davantage, car sa profondeur surpasse parfois celle des deux autres. Il m’aura fallu des années, et l’interprétation d’un acteur remarquable – Ben Chaplin, dans une adaptation par ailleurs assez mauvaise du roman – pour m’en rendre compte.

Dans le film Dorian Gray, réalisé en 2009 par Oliver Parker, Ben Chaplin incarne le peintre Basil Hallward avec finesse et une grande délicatesse. Hallward est un peintre qui, subjugué par sa rencontre avec le jeune Dorian Gray (Ben Barnes), décide d’en faire sa muse et de peindre son portrait. Gray fait le vœu de rester éternellement jeune tandis que son portrait vieillira à sa place… Ce qui, naturellement, entraîne le jeune homme dans toutes sortes d’excès une fois qu’il a compris que rien, absolument rien – ou presque – ne pourrait lui arriver.
Là réside finalement le talent de Ben Chaplin : Basil Hallward, impuissant face à la conduite de plus en plus perverse du jeune homme, ne peut s’empêcher d’être fasciné par Dorian Gray.

La passion d’un artiste envers sa muse, dont Hallward s’aperçoit avec un effroi bien compréhensible pour l’époque – où l’homosexualité était sévèrement réprimée – qu’elle se transforme en passion amoureuse, est montrée dans ce qui reste probablement la scène la plus sensuelle du film.

Avouons-le, elle a sans doute été réalisée pour donner un côté plus sulfureux au film – elle est absente du roman. Pourtant, l’interprétation de Chaplin la sauve de toute vulgarité. Au cours d’une soirée, Dorian et Basil se retrouvent seuls à discuter. « I’m not sure that I really expressed my gratitude », glisse Dorian avec un regard à la fois candide et chargé de sous-entendus. Il se penche vers le peintre et l’embrasse. Basil recule, bouleversé et incrédule. Son expression cède bientôt place au désir qu’il peut enfin révéler, rendant à Dorian son baiser.

L’aveu de la passion très ambiguë de Basil à Gray a lieu dans un magnifique passage du roman de Wilde, au chapitre IX.
« Dorian, du jour où je vous rencontrai, votre personnalité eut sur moi une influence extraordinaire. Je fus dominé, âme, esprit et talent, par vous. Vous deveniez pour moi la visible incarnation de cet idéal jamais vu, dont la pensée nous hante, nous autres artistes, comme un rêve exquis. Je vous aimai ; je devins jaloux de tous ceux à qui vous parliez, je voulais vous avoir à moi seul, je n’étais heureux que lorsque j’étais avec vous. Quant vous étiez loin de moi, vous étiez encore présent dans mon art…
Certes, je ne vous laissai jamais rien connaître de tout cela. C’eût été impossible. Vous n’auriez pas compris ; Je le comprends à peine moi-même. Je connus seulement que j’avais vu la perfection face à face et le monde devint merveilleux à mes yeux, trop merveilleux peut-être, car il y a un péril dans de telles adorations, le péril de les perdre, non moindre que celui de les conserver… »

Où s’arrête l’admiration, la passion due à une Muse, et où commence l’amour amoureux ? La question est ambiguë et peut prêter à maints débats philosophiques. Il n’est pas question de la résoudre ici – si tant est qu’elle puisse être résolue. L’intérêt du personnage de Basil Hallward est justement qu’il représente cette lutte.

C’est peut-être le personnage le plus touchant, le plus humain du roman. Le plus réel en tout cas. A côté de lui, Lord Henry paraît superficiel – même si c’est effectivement le masque qu’il veut se donner – et Dorian est trop irréel, trop fantastique.

Peut-être est-ce une question d’âge ou d’expérience. Basil ne me causait aucune émotion il y a quelques années. Ayant publié et énormément écrit, ayant eu plusieurs inspirations – et plusieurs Muses – depuis ma première lecture du roman, je suis à même, parfois, de comprendre son trouble.
Comme lui, je ne cesse de m’interroger… et je noircis des pages pour y mettre fin.

(Nota : La meilleure incarnation de Dorian Gray ne se trouve pas dans une adaptation du roman d’Oscar Wilde, mais bel et bien dans La Ligue des Gentlemen Extraordinaires (Stephen Norrington, 2003, adapté du comic d’Alan Moore où Gray n’apparaît pas). Dans ce film où des héros littéraires du XIXème siècle s’allient pour sauver le monde, il est joué par le formidable Stuart Townsend. Subtil, ambigu et désabusé, c’est un Dorian Gray qui a déjà trop vécu que le film nous montre. Mon préféré, personnellement.)

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Pour DGR.

Les bougies ont presque brûlé. L’atelier est silencieux, muet, mais reflète mal les idées tourbillonnantes de l’homme qui s’agite sans un bruit. Seule l’oreille la plus fine pourrait entendre le tracé du pinceau sur la toile. Des croquis sont jetés sur le sol et, déjà, le peintre ne s’en préoccupe plus. Son œuvre est déjà créée dans son esprit et sur la toile les couleurs s’ajoutent. Avec impatience, il ranime les flammes éteintes, et revient à la toile inachevée.

Il ignore l’heure, il ne l’a pas regardée. Une façon comme une autre – la sienne – de conjurer l’indispensable fléau du temps. Le chatoiement du tissu, la bouche et les ongles, l’achèvement n’est plus très loin !

Et le peintre replonge dans la transe qu’il n’a pas tout à fait quittée. La fièvre l’emporte et le mènera jusqu’au bout où, épuisé, la dernière touche aura été apportée.

Enfin, il recule. Sa main tremble et il pose finalement son pinceau près du chevalet, sur la palette aux couleurs désordonnées. L’extase disparaît petit à petit. Soudainement, ses épaules sont agitées d’un frisson : il avait oublié qu’il faisait froid. Un moment, il observe le tableau. Les traits du modèle, sa vision rendue à la toile et aux couleurs.

Et il ne se doute pas que la femme assise au milieu des chandeliers, la main appuyée sur les pages d’un cahier, a fait une œuvre d’encre cependant qu’il fixait son image. Elle a dessiné par des phrases le portrait du peintre.

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La clef

 

Jack White III

« J’aimerais savoir… pourquoi tu as recommencé à me hanter ? »

Il fut secoué par un rire.

« La vraie question, rétorqua-t-il, c’est pourquoi es-tu revenue me voir ? »

La fréquentation du bar luxueux était moyenne ce soir-là. Elle y était entrée depuis cinq minutes, l’avait repéré immédiatement et s’était assise à côté de lui. Cinq minutes et déjà, elle sentait une querelle poindre à l’horizon. Si cela restait à l’état d’ironiques remarques, elle saurait tenir la conversation.

Assise à côté de lui sur un tabouret, elle soupira.

« Je n’arrive plus à… créer. Tu sais ? J’ai l’idée, une vague idée et au moment de dessiner le mécanisme dans son ensemble… » Elle claqua des doigts. « Plus rien. »

Il hocha la tête et demeura silencieux un moment. Il n’avait rien commandé, il était simplement là parce qu’il aimait l’atmosphère de ce genre d’endroit. Et la musique. Celle qui était diffusée – du jazz et du blues – lui permettait de tout oublier. Ce qui était parfois une nécessité.

« Que viens-je faire dans cette histoire ?

– J’ai recommencé à penser à toi. Par hasard. Après tout, tu m’as appris l’essentiel de ce que je sais, non ? Alors j’ai pensé que, plutôt que de retourner ton image blafarde dans ma tête, je ferais mieux d’aller te trouver. »

Il tapota la table et jeta un coup d’œil vers la porte.

« En tout cas, nous ne réglerons pas cela ici, dit-il d’un ton définitif. Où veux-tu aller ?

– N’importe où. Un hôtel ?

– Très bien. »

Ils avaient quitté le bar une seconde plus tard.

« Et toi ? Que fais-tu, maintenant ?

– Je prends des vacances, affirma-t-il d’un ton détaché.

– Menteur. Tu n’y arrives pas. »

Il la regarda un instant sans ralentir sa marche.

« Tu crois que c’est mieux ? demanda-t-il doucement. De ne jamais être en repos, c’est cela que tu désires ?

– Le pire est de rester devant un plan inachevé. Toi… (Elle secoua la tête.) Toi, tu es toujours inspiré. J’aimerais ne jamais être en repos. J’aurais l’impression d’employer mon temps de la meilleure des façons.

– Des sacrifices sont exigés.

– Comme ? Ne pas être fichu de maintenir une relation digne de ce nom ?

– Par exemple. »

Malgré son ton cynique, la colère brilla dans les yeux du promeneur. Mais il n’ajouta rien.

Ils arrivèrent à l’hôtel assez rapidement. Il loua une chambre à un prix exorbitant sans vraiment y prêter attention. Tous deux parcoururent le couloir du troisième étage avant d’y parvenir. Elle apprécia l’endroit. C’était la première fois qu’elle y venait.

Aussitôt rentrée, elle jeta son manteau sur une chaise et se laissa tomber sur le lit avec un soupir. Elle posa une main sur ses yeux, exaspérée.

« Tu es fatiguée, dit-il.

– Très. »

Elle le sentit s’allonger à côté d’elle.

« Cela explique peut-être certaines choses, tu ne crois pas ?

– Non, je ne crois pas, dit-elle d’une voix cinglante. Je suis exténuée parce que je ne crée pas. Rien n’épuise davantage que l’ennui. »

Elle ôta sa main de ses yeux et tourna la tête vers lui. La lumière était éteinte, mais les lueurs de la ville passaient à travers la fenêtre.

« C’est amusant, ça, que tu sois habillé en noir, constata-t-elle. Nous avons déjà la même chevelure. Les gens vont nous prendre pour…

– Un frère et sa sœur, dit-il d’un ton insouciant.

– La vieille blague. Ça n’a jamais pu marcher avec moi. Maître et disciple, ça sonne tout de même mieux… A propos, quelqu’un nous considère comme ses maîtres. Quelle idée étrange…

– Qui donc ?

– Un jeune homme qui veut suivre la même voie. L’invention. Il m’a dit : « lui et vous êtes mes maîtres ». Toi, tu le mérites. »

Il rit – et cette fois, son rire n’avait rien de cynique.

« Ne dis pas cela.

– Comment prends-tu une telle chose quand on te la dit ? murmura-t-elle. Moi, je ne peux pas… assumer ça. C’est trop…

– Tu écoutes, tu remercies, mais tu n’y penses pas. Laisse aller, dit-il sérieusement. Nous avons déjà bien assez de choses à porter, tu ne crois pas ? Inutile de penser que nous pouvons influencer quiconque… C’est une idée terrible.

– Dangereuse. »

Le silence s’installa.

« Donne-moi la clef pour inventer à nouveau », dit-elle tout bas.

Il se tourna vers elle et la contempla un instant avec un sourire.

« Tu l’as déjà, remarqua-t-il. Tu es juste venue vers moi pour que je te le rappelle. »

Elle lui rendit son regard et y trouva la réponse qu’elle recherchait.

« Viens », dit-il simplement.

Il lui ouvrit les bras et elle s’y réfugia. Le sommeil tomba sur eux, imperceptiblement, et leurs yeux se fermèrent. Des idées fantastiques et terrifiantes pouvaient les visiter même dans leurs rêves. Cette nuit-là, ils les accueillirent gracieusement.

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