Feeds:
Posts
Comments

Archive for the ‘Critique’ Category

Eh bien, les enfants, on peut dire que ça n’a pas été très folichon cette année, mmh ? Culturellement parlant, veux-je dire. 2018 était bien meilleure que 2017, cela dit. Pour moi, ça a été une véritable année de transition, où j’ai pu réaliser des projets intéressants et avancer. Je pense que ce qui résume le mieux tout ça, c’est ma Lettre à l’ado de 15 ans que j’ai été, publiée en mai dernier. J’y parlais de harcèlement scolaire, mais aussi de l’évolution que j’ai pu vivre ces treize dernières années. Mais passons. 2018, ça a aussi été l’occasion pour moi de :

  • Voir Jack White en concert, au premier rang. Ça, ça fait partie des objectifs de vie que je peux désormais archiver et ranger dans ma tête. Mais je doute que ça soit la seule fois que ça arrive.
  • Faire une lecture publique d’un de mes textes pendant une soirée consacrée à des artistes féminines. (Et j’ai tellement adoré que ça m’a donné l’idée d’un nouveau projet, en cours de préparation.)
  • Passer à la radio pendant une heure pour parler de mon travail d’écrivain.
  • Jouer avec la troupe des Ishtaris une de nos meilleures représentations des Femmes Savantes au Grand Casino d’Aix-les-Bains, dans une salle immense, très belle et pleine de monde.
  • Déménager. En revanche, personne ne m’avait prévenue que ça prenait autant de temps, au point de vous épuiser, de vous empêcher d’écrire et d’avoir une vie sociale pendant un moment.
  • Voyager à Florence.

Bref. C’est un bilan plutôt plaisant, et j’ai décidé que 2019 serait une grande année. Mon top culturel 2018, en revanche, s’avère un peu décevant. Sans transition, allons-y !

TOP DES SERIES 2018

Alors, alors, alors. Je crois qu’on peut déjà passer à la partie suivante de ce bilan tant je n’en ai (pas) peu vu. La faute à un manque de volonté, très certainement, mais aussi à une connexion internet qui ne marchait pas toujours, et à un autre problème sur lequel je reviendrai dans la partie lecture. Fort heureusement, j’ai désormais une bonne connexion et Netflix ! (J’en profite pour revoir toute la série Sherlock en ce moment, ce feel-good parfait.) C’est d’ailleurs Netflix qui m’a apporté la petite série que je retiens de 2018, à savoir :

LES CURIEUSES CREATIONS DE CHRISTINE MCCONNELL
christine mcconnell

La série m’a été recommandée par ma petite sœur (qui ne s’est d’ailleurs pas privée d’en faire son favori du mois dans une vidéo Madmoizelle), et elle a visé en plein dans le mille. Cette petite série (six épisodes de 28 minutes) est sortie pendant la période d’Halloween. Elle raconte l’histoire de Christine McConnell (vrai nom de l’actrice principale et productrice de la série), qui vit dans un manoir avec des créatures qu’elle a pour la majorité ressuscitées. Entre deux aventures dignes de la famille Addams, Christine brise le quatrième mur pour expliquer au spectateur comment faire des gâteaux incroyables, ou fabriquer des décorations gothiques à souhait. On est à mi-chemin entre la fiction et l’émission culinaire, et le résultat est sacrément réussi. McConnell est d’abord devenue connue en postant des photos de ses créations sur Instagram, installant d’entrée les bases de son univers. Et la dame sait tout faire : cuisiner, coudre des robes fabuleuses, fabriquer des jouets et de la déco… tout ce qu’elle touche se transforme.
La série vaut aussi pour ses personnages secondaires. On croise ainsi Dita Von Teese en fantôme qui hante les miroirs de la maison, et un tueur en série qui devient le crush de notre héroïne. Les créatures qui entourent Christine sont des marionnettes, ce qui donne un côté enfantin au programme – mais ne vous y trompez pas, les blagues ont plusieurs niveaux ! Mention spéciale à Rose, un raton-laveur revenu à la vie, qui possède une fourchette à la place d’un bras, et qui est rapidement devenue ma mascotte.

Rose

Les séries que je voudrais voir en 2019 : on verra bien, dites ! Mais dans l’immédiat : l’ultime saison des Orphelins Baudelaire, qui vient de sortir. La nouvelle saison de Luther (où Alice Morgan fait son grand retour !). Oh et Patrick Melrose, avec Benedict Cumberbatch, parce que j’ai lu les livres il y a quelques années et que je suis curieuse du résultat.

TOP DES FILMS 2018

J’ai beau être pas mal allée au cinéma en 2018, je ne me suis pas pris la série de claques que 2017 m’avait fourni en terme de films. Peut-être ne suis-je pas allée voir les bons ? Quoi qu’il en soit, quand je parcours ma liste de films vus cette année, deux se détachent du lot, pour des raisons très différentes.blackkklansman

Blackkklansman, de Spike Lee. Quand le générique de fin est apparu, toute la salle de cinéma est resté silencieuse pendant un long moment avant d’applaudir. Je n’avais jamais vécu ça pendant une projection, et rien que pour ça, ce film est marquant. Il l’est pour d’autres raisons : son propos pertinent et qui n’épargne personne (le Ku Klux Klan comme les Black Panthers), son humour permanent qui vient détendre une atmosphère très lourde, et ses acteurs, tous impeccables et investis. Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de le voir, faites-le.

mortal enginesMortal Engines, de Christian Rivers. Certes, le film n’est pas dépourvu de défauts, notamment un scénario qui reste assez prévisible. Mais le film est beau, l’univers est riche (j’avais envie d’explorer toutes les villes montrées), les personnages ont tous un design parfait… et l’héroïne est fabuleuse. Hester Shaw (jouée par Hera Hilmar) est le personnage féminin qui m’aura touchée en 2018, parce qu’elle est un trope inversé à elle toute seule. Vous voyez, dans les films d’aventures, le héros taiseux, ténébreux, au lourd passé et qui considère son acolyte féminine d’un air un peu agacé avant de l’apprécier ? Tous ces attributs sont donnés à Hester Shaw. (Et son acolyte pipelette et naïf est un homme.) Ça m’a fait un bien fou de voir enfin à l’écran le genre d’héroïne que j’ai toujours attendu. En prime, j’ai passé un bon moment devant ce film, pensant en permanence : « C’est beau, c’est beau, c’est beau ». Oh, et Hugo Weaving n’a jamais été aussi bien filmé.

Le film qui n’est pas sorti en 2018 que j’ai aimé : Death Takes a Holiday (sorti en 1934), de Mitchell Leisen, découvert grâce à une vidéo de Lindsay Ellis. Le pitch est simple : la Mort décide de se mêler aux humains pour découvrir les raisons pour lesquelles ils la détestent autant. Sous l’apparence d’un gentleman, elle passe quelques jours en compagnie d’une famille d’aristocrates, et s’éprend d’une jeune femme un peu trop attirée par les ténèbres. La fin est parfaite, et je doute que des producteurs oseraient la refaire aujourd’hui. (En témoigne le remake du film, Rencontre avec Joe Black.)

Mentions spéciales : The Shape of Water de Guillermo Del Toro, qui était poétique et doux. How to talk to girls at parties, de David Cameron Mitchell, qui part dans tous les sens mais était une bonne surprise. Spider-Man: Into the Spider-Verse, qui en mettait visuellement plein la vue. Je refuse désormais de voir un film d’animation en-dessous de ce niveau. Je n’ai pas encore vu First Man et Suspiria, mais ça ne saurait trop tarder.

Les films que je voudrais voir en 2019 : de belles claques visuelles et de nouvelles histoires à regarder.

TOP DES LIVRES 2018

Toujours fidèle à ma résolution de lire un livre par semaine, j’ai poursuivi dans cette voie. J’ai donc lu 54 livres en 2018 (soit six de moins qu’en 2017, probable raison pour laquelle je vise les 70 en 2019). Et… ça n’a pas été la folie non plus. Bon sang ! J’ai l’impression que je vais dire ça tout au long de ce billet – attendez la partie musique, qu’on se marre encore plus. J’ai un problème, comme je le disais plus haut : je me lasse très vite d’une œuvre. Si je passe plus d’une semaine sur un livre, je vais finir par l’abandonner parce que ça me lassera de passer du temps dessus – sauf exception. C’est aussi la raison pour laquelle je ne peux pas regarder de séries longues. En 2018, j’ai aussi commencé beaucoup de livres que je n’ai pas finis, parce qu’ils n’étaient pas aussi alléchants qu’ils le laissaient présager. J’ai lu très peu de littérature ancienne et beaucoup d’auteurs contemporains. Et un petit nombre conséquent d’autobiographies et de biographies – j’aime retirer des enseignements de l’expérience de mes aînés. Je n’ai pas été transportée comme en 2017 par des livres. J’ai eu un coup de cœur, oui, et des lectures plaisantes, mais… bon. Bring it on, 2019!

Le coup de cœur de 2018 : les deux premiers livres de La Traque des Anciens Dieux, de H. Lenoila traque des anciens dieuxr. J’ai acheté le premier tome (Les Deux Princes) en version numérique, l’ai adoré, et chroniqué sur SyFantasy.fr. L’autrice de ce fabuleux début de saga a proposé de m’envoyer le second volume (Le Magicien, la Sorcière et la Fée) avant sa parution, en guise de remerciement. H. Lenoir, si vous lisez ces lignes : merci, merci beaucoup. J’ai énormément aimé cette lecture, l’évolution des personnages (tous attachants, ce qui constitue leur grande qualité), l’humour et l’émotion qui se dégageaient de cette histoire. Moralité : cherchez des lectures du côté des auteurs autoédités, vous y trouverez des pépites.

Les autres lectures sympathiques de 2018 : Call me by your name, d’André Aciman. Je n’ai pas encore vu le film, mais le livre était d’une intensité folle de la première à la dernière page. Les trois premiers tomes de la saga Le Dit de la Terre Plate, de Tanith Lee, injustement méconnue et dont je risque de reparler très bientôt. Le second et dernier tome de Six of Crows de Leigh Bardugo, dont je parlais dans mon top de l’an dernier, et dont la fin était à la hauteur de mes espérances. Enfin, petit dernier lu en décembre, Mensonges, mensonges de Stephen Fry, un auteur (que j’apprécie comme acteur) dont je suis en train de dévorer les livres. Ce bouquin-là m’a fait rire à maintes reprises et son héros, Adrian Healey, est fantastique. Et vous noterez que je cite une majorité d’autrices pour l’année 2018 !

Les livres que je voudrais lire en 2019 : des livres qui m’instruisent, me chamboulent et m’inspirent. Surprenez-moi !

TOP DES ALBUMS 2018

Et la plus grande déception de l’année 2018 est là. Musicalement, c’était le désert. Pas seulement parce que je n’ai fait aucune nouvelle découverte qui m’ait transportée, mais aussi parce que beaucoup des sorties que j’attendais m’ont déçue. BRMC a sorti un album plat qui sent bon la fin de carrière – ou du groupe, du moins. Arctic Monkeys et Gorillaz ont publié des albums de ballades qui m’ont laissée indifférente (alors qu’acclamés par la critique, ce que je ne comprends pas). Idem pour The Good, the Bad and the Queen, qui signaient leur grand retour après dix ans d’absence et un chef d’œuvre pour unique album. Là aussi, c’était plat, mais plat ! Le dernier album d’Anna Calvi possède un message fort, et l’artiste a une véritable envie de se donner à fond, mais l’opus ne m’a pas séduite comme les précédents. Ah la la, quelle tristesse.

Et au milieu de toutes ces déceptions, nous avons Jack White, qui sort l’album le plus bizarre de sa carrière avec Boarding House Reach. Mais au moins il s’amuse, il propose des trucs intéressants (même si je n’aime pas tous les morceaux de son nouvel album) parce qu’il n’a plus rien à prouver. Et nous balance ce que je considère comme le clip de l’année.

On a Ty Segall qui sort son nouvel album solo, Freedom’s Goblin, début 2018, qui m’a bien fait danser. (Je sais qu’il en a sorti quatre autres la même année sous différentes appellations, mais le bonhomme va trop vite pour moi. Il va trop vite pour tout le monde.)

On a Janelle Monae qui publie Dirty Computer, le plus accessible de ses albums. Je pense que j’ai dit à tout mon entourage de l’écouter, et certains se sont convertis. D’ailleurs, si vous ne connaissez pas encore la demoiselle, il est grand temps ! Que Prince repose en paix, sa protégée assure la succession comme une reine.

Et enfin, il y a Prequelle de Ghost, ou plutôt de Tobias Forge, leader du groupe et seul compositeur à la barre. Le bonhomme a sorti l’album le plus ambitieux de sa carrière, ne se donne plus aucune limite, et en profite pour régler ses comptes dans les paroles d’un disque que je trouve… très beau ? Excellent ? Celui que j’ai le plus écouté cette année, qui m’a fait danser, m’a réconfortée et empouvoirée quand j’en avais besoin ? Tout ça à la fois. Merci à lui.

Ce que je voudrais écouter en 2019 : de nouvelles choses ! Oh, et le nouvel album des Raconteurs qui, au vu des deux premières chansons balancées fin 2018, s’annonce pas mal du tout.

Et voilà ! Je pars du principe qu’à année culturellement plate ne peut que succéder une année remplie de belles choses et de découvertes. Et au vu de mes premiers visionnages et lectures, ça semble bien parti. Bonne année à tous !

Advertisements

Read Full Post »

J’ai deux types de listes de lecture. Une, griffonnée sur un carnet, énumère les livres que je lis depuis le début de l’année. Ça fait deux ans que je me prête à l’exercice, suite à la frustration de ne pas savoir combien de livres je lisais en un an. (Ça m’aide aussi à avoir où j’en suis dans le quota de lectures annuelles que je me suis fixé.) Ma seconde liste, c’est un fichier Excel sur mon ordinateur, qui répertorie aussi les films, les BD et les séries. Celle-ci, je l’utilise surtout pour ne pas oublier les titres d’œuvres que j’ai envie de découvrir. Je note le titre et l’auteur, et je coche une case une fois que j’ai eu accès à l’œuvre en question. J’ai lu Rage de Stephen King ce week-end et, au moment de trouver la ligne Excel que j’avais préparée pour ce bouquin, je me suis rendu compte que je ne l’avais jamais inscrit dans ma liste. Pourtant, l’envie de lire Rage est présente dans ma tête depuis un bon moment.

L’histoire de ce livre est un peu particulière. En bref, c’est un des premiers romans de Stephen King, dont il a écrit la première version au lycée, et qu’il a publié en 1977 sous le pseudonyme de Richard Bachman. En 1999, King a décidé de ne plus faire réimprimer Rage. Le roman a en effet été retrouvé dans les affaires de plusieurs adolescents qui ont commis des tueries dans des lycées américains. Si pour King les livres, films et jeux vidéo violents ne sont pas à mettre en cause concernant ces tragédies, il pense en revanche que son roman a pu servir de déclencheur chez des esprits déjà fragiles et malades. Je ne peux pas m’empêcher de vous mettre une vidéo d’Orson Welles où il donne un point de vue similaire avec l’éloquence qui le caractérise. (Je m’étais aussi exprimée sur la question dans mon article De l’influence néfaste de l’art.)

Ça, c’était pour le contexte. A l’heure actuelle, il est donc impossible de trouver Rage en librairie, à moins de mettre la main dessus dans une brocante ou une librairie d’occasion. Ou… de fouiller internet, où des âmes charitables ont publié la version numérique du livre (en anglais et dans ses traductions : je l’ai lu en français). Le livre fait 198 pages, et raconte l’histoire d’un adolescent qui tue deux de ses professeurs, avant de prendre une classe en otage.

Ça doit sûrement vous être arrivé : vous avez depuis longtemps un livre dans votre PAL, et un beau jour, vous sentez que c’est le moment de le lire, que c’est maintenant, et vous vous lancez dedans. J’ai lu Rage d’une traite, en suivant les pensées de son anti-héros, Charlie Decker, puisque tout le récit est à la première personne.

Et bon sang, que ça m’a fait du bien.

Des œuvres sur des adolescents à l’origine de massacres dans les lycées américains, il y en a eu. Les plus célèbres étant probablement le film Elephant, de Gus Van Sant (très contemplatif, avec une ambiance pesante qui reste collée au moral pendant des jours), ou encore Il faut qu’on parle de Kevin, un roman brillant dont l’adaptation filmique l’est tout autant, et dont la blogueuse Charmant Petit Monstre parle très bien dans sa critique. Mais Elephant se contente de suivre ses protagonistes, quand Il faut qu’on parle de Kevin adopte le point de vue de la mère et traite des relations complexes qu’elle entretient avec son fils. Ma plus grande frustration, en lisant Il faut qu’on parle de Kevin puis en voyant le film, c’était de ne pas savoir ce qui se tramait dans la tête du garçon. Pourquoi est-ce qu’il agit ainsi et quelles sont ses motivations (qu’on ne peut que soupçonner) ?

[Note : après des recherches sur les sites Babelio et Goodreads, j’ai pu remarquer qu’il n’y avait quasiment aucun roman, excepté celui de King, qui adoptait le point de vue d’adolescents meurtriers dans des lycées. En revanche, le thème a été exploité un certain nombre de fois au cinéma, et dans des registres très différents, dont un qui porte le « doux » nom de « school revenge movies ». Pourquoi n’y a-t-il pas de romans ? Oh et autre réflexion en passant : ce sont toujours des personnages masculins qui sont représentés. Tout simplement parce que dans la vie réelle, les tueries dans les lycées sont commises par des garçons. Jamais par des filles. Ça n’interpelle personne ? Je pose ça là.]

Dans Rage, la question du mobile de l’anti-héros ne se pose pas. Le récit se déroule sur une matinée, celle où Charlie Decker sort d’une énième confrontation avec le proviseur de son lycée, et pète les plombs. Ses motivations, on les connaît grâce à des flashbacks, qui nous montrent un père abusif ou les collégiens qui l’ont harcelé. Le style de King, jeune au moment de l’écriture du livre, est imparfait, mais cru et efficace. Surtout, le basculement de la matinée ordinaire d’un lycée américain vers le moment où tout part en vrille s’opère brutalement, sans ménager son lecteur.

Il y a un seul (gros) bémol selon moi : la réaction des lycéens pris en otage. Sur le site Goodreads, un critique a dit que Rage se résumait à « Holden Caulfield qui prend le Breakfast Club en otage », et il y a un peu de ça. Ce qui suit n’est pas un spoil, puisqu’on le sait dès le début. Loin de s’affoler alors que Charlie a tué des professeurs sous leurs yeux, les élèves qu’il retient restent quasiment tous d’un calme olympien, et en viennent rapidement à le soutenir. Un dialogue va s’instaurer entre eux, et plusieurs adolescents vont raconter leurs traumatismes ou leurs problèmes… oui, c’est une vraie thérapie de groupe. Et c’est peu vraisemblable. (On a d’ailleurs droit à un passage efficace contre le harcèlement de rue via le récit d’une des lycéennes. Et on était dans les années 70, eh oui !)

J’ai hésité à faire un article de blog à propos de ce livre parce que, comme je l’ai dit, sa lecture m’a fait du bien. Pour mieux expliquer ce que j’ai ressenti, je vais citer Jack Parker dans un excellent podcast où elle parle notamment de harcèlement scolaire : « Ma colère est née au collège, à force de subir ça tous les jours, de n’avoir aucun soutien nulle part. D’être vraiment profondément mal-aimée, ou pas aimée, voire complètement détestée viscéralement. (…) C’est pour ça que… Il faut que je fasse très attention à comment je formule ça. Que je comprends ce qui peut pousser des élèves à faire des fusillades dans les collèges et les lycées. Je n’excuse pas, jamais de la vie, je ne justifie pas, il ne faut pas le faire, jamais, ce n’est pas une solution. Mais je me suis endormie tous les soirs avec des scénarios de vengeance où je débarquais, je défonçais tout et je mettais tout le monde à mes pieds. Je comprends comment ça peut pousser à l’extrême. Mais je n’ai jamais fait de mal à personne, on peut très bien avoir ces envies-là sans agir dessus. »

Pour avoir été dans un cas similaire (et être toujours en colère), je sais que j’ai pensé, en lisant Rage : « C’est le livre que j’aurais voulu lire étant ado ». Parce que ça été une vraie catharsis, et que la fiction sert aussi à ça : évacuer le trop plein et nos pulsions négatives. Certains jouent à des jeux vidéo, d’autres écoutent de la musique violente. Je lis des bouquins, j’écoute de la musique, je regarde des films et j’écris des histoires. Et, parfois, j’ai besoin d’un bon shot livresque qui mettra en mots tout ce que je ne peux ni faire, ni dire. Rage a été ça, pour moi. Et je me dis qu’il aurait peut-être pu faire du bien à d’autres adolescents. D’un autre côté, c’est peut-être mon recul d’adulte qui me permet d’apprécier autant ma lecture ?

Avec quelques bémols, cependant. Comme je l’ai dit, la prise d’otages me paraît peu vraisemblable, et j’aurais aimé que la rage qui a donné son titre au livre soit plus présente. Il manquait quelque chose. Je crois que je m’attendais à plus intense et spectaculaire, et le fait d’avoir eu une action marquante au début, suivi d’un huis-clos prenant, certes, mais « calme », en est la cause.

En fin de compte, je me demande si la censure que s’est imposée Stephen King avec son livre est pertinente. Je comprends les raisons qui l’ont poussé à retirer son roman de la circulation, bien sûr – même si avec internet, il est désormais possible de le lire. Mais son œuvre n’est pas la seule à avoir nourri l’imagination d’esprit malades. Ce n’est certainement pas en cette période que le livre sera à nouveau publié. Quoiqu’il en soit, j’encourage tous les curieux à découvrir ce livre, parce qu’il est intéressant, lucide, et pointe du doigt des problèmes qui sont particulièrement d’actualité quarante ans après sa parution. (Et que, pour certains lecteurs, il pourra être étrangement réconfortant.)

Générique de fin.

Read Full Post »

Il est venu le temps d’écrire le top culturel 2017 ! *sortez les confettis* Ça fait deux ans que j’écris moins sur ce blog, mais je lui reste fidèle. Avec le temps, je le vois vraiment comme un refuge où je peux publier ce qui ne peut pas l’être sur les sites où je travaille/collabore. Cela dit, j’aimerais qu’il soit un peu plus alimenté en 2018, mais nous verrons.

L’année 2017 n’a pas été facile, mais je suis heureuse de dire qu’elle s’est bien terminée. Si elle a plutôt été placée sous le signe de l’introspection en ce qui me concerne, l’action devrait être le maître mot de 2018 ! J’ai très peu écrit pour mes projets personnels en 2017, en raison d’une grosse panne d’inspiration. Apparemment, ladite inspiration s’est rappelée à moi pendant les dernières semaines de décembre, où j’ai été plus productive qu’au cours des onze mois précédents. J’ai donc bouclé la première version d’Élise, une pièce de théâtre destinée à la jeunesse, qui s’éloigne de l’univers gothique du Vampire de la rue Morgue (qui tourne toujours avec le Théâtre Ishtar et se porte bien !).

Autre gros changement : je vais désormais régulièrement collaborer à SyFantasy.fr, un de mes sites préférés dédié à la SF, à la Fantasy et au fantastique. Mon premier article pour eux a été publié récemment. Il porte sur Kylo Ren en tant que personnage romantique, et les retours ont été si enthousiastes sur les réseaux sociaux que j’en suis absolument stupéfaite et ravie. C’était la meilleure façon de finir 2017, et c’est aussi la réalisation d’un grand rêve. J’ai mis tout mon cœur dans cet article, alors n’hésitez pas à aller le lire si le cœur vous en dit !

Un autre article que j’ai été heureuse de publier en 2017 est celui sur le manque de superhéroïnes intelligentes, sorti sur le webzine Ta Chatte. Il est le fruit d’une réflexion sur les modèles féminins qu’on m’avait donnés à voir depuis petite, et le point de départ de l’écriture d’Élise. Sans transition, le top culturel de l’année 2017.

TOP DES SERIES 2017

J’en ai vu plus que l’an dernier, indéniablement. Pour une bonne partie, il s’agissait surtout de séries que j’avais déjà commencées. La saison 4 de Sherlock était un peu décevante (j’ai donné mon avis ici dans une lettre adressée au héros). J’ai enfin pu terminer la websérie Carmilla, que je recommande à tout le monde. La saison 3 est un mélange d’humour, de féminisme, de références pop culture, de geekerie et d’ambiance cosy absolument parfaite. Il ne me reste plus qu’à voir le film ! American Gods était une excellente adaptation, même si je redoute un peu la saison 2 maintenant que Bryan Fuller n’est plus aux commandes. Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire était l’adaptation que nous attendions tous – même si j’adore le film aussi –, avec quelques messages bien placés. Vivement la suite ! Enfin, j’ai également rattrapé les saisons de Game of Thrones. Jaqen H’Ghar reste mon personnage préféré, et j’espère qu’il viendra faire un coucou dans la dernière saison, prévue pour 2019. Mais le coup de cœur de cette année va à…

SWEET/VICIOUS

Sweet/Vicious

La série a commencé en 2016, mais sa diffusion s’est achevée en 2017. C’est une série importante, que j’ai conseillée à beaucoup de monde après l’avoir vue, j’en profite donc pour le faire ici. L’histoire de ces deux justicières qui décident de punir les violeurs qui sévissent sur leur campus est à la fois dure, émouvante et drôle. Je persiste à dire qu’elle devrait être montrée dans les collèges et lycées, parce qu’elle joue un vrai rôle éducatif sur la culture du viol. J’en ai largement parlé ici (c’est rare que je vous mette des liens vers le site pour lequel je travaille officiellement, mmh ?), et je n’ai pas grand chose à ajouter sur le sujet. Regardez-la, aimez-la et recommandez-la à vos amis, parce que vous ne le regretterez pas et qu’elle le mérite.

Les séries que je voudrais voir en 2018 : je préfère ne pas trop prévoir, étant donné que je regarde rarement celles que je pronostique. Cependant, je compte bien finir Girls. Oh, et j’attends la suite de la websérie Kyloki, petite découverte hilarante que je vous conseille ! Ainsi que la suite des Orphelins Baudelaire. Et l’adaptation de De bons présages, dont les premières photos me laissent perplexe, mais c’est un de mes bouquins préférés.

TOP DES FILMS 2017

Je suis pas mal allée au cinéma en 2017, et je dois dire que je n’ai pas été déçue. Ça a été une très bonne année en terme de films, à tel point que je serai incapable de départager un grand coup de cœur en particulier. Ils sont plusieurs, ils sont légion ! Avant de vous parler d’eux et des films qui occupent une place à part dans mon cœur, je précise que je n’ai vu ni Blade Runner 2049, ni Silence. Ce sera fait, un jour. Donc, les films que je retiens en 2017 sont :

LoganLogan, de James Mangold : un grand film, et un western plus qu’un film de superhéros. C’était voulu, et c’était le Wolverine que je souhaitais voir à l’écran. Cette ambiance de poussière, de sang et de road movie avait tout pour me séduire. C’est avec ce film que j’ai pu amorcer une évolution dans mon écriture et mes histoires. Logan/Wolverine/James Howlett fait partie des personnages qui m’ont marquée et m’ont appris la vie en 2017, mais j’y reviendrai dans mon top de lectures. Sacré voyage, en tout cas.

Free Fire, de Ben Wheatley : un film passé totalement inaperçu, très pfree fireeu distribué, et c’est bien dommage. Pourtant, le casting fou du film (Cillian Murphy, Sam Riley, Brie Larson, Armie Hammer) était à lui seul un argument de vente ! J’y suis allée un soir d’été, sans autre attente que de me laisser embarquer dans cette histoire d’affrontement armé entre gangsters dans un entrepôt. Résultat : mes hormones m’ont dit merci en sortant. Ce film était exactement ce dont j’avais besoin en cet instant T, et c’est un sentiment assez rare pour que Free Fire figure dans ce top. Regardez-le.

dunkirkDunkirk, de Christopher Nolan : je n’aime pas les films de guerre. Mais ce film immersif a été une vraie claque visuelle, sonore et émotionnelle. J’ai l’impression que beaucoup se méprennent sur son propos et son sujet quand j’en parle autour de moi. Si vous ne l’avez pas vu, oubliez tous vos préjugés, parce que ça ne ressemblera certainement pas à ce que vous imaginiez. Et ce casting ! Tant d’acteurs que j’apprécie au même endroit, c’est indécent. Un peu comme dans Free Fire.

Logan Lucky, de Steven Soderbergh : là aussi, je connais peu de personnLogan Luckyes qui l’ont vu. Quand j’ai vu l’affiche avant la sortie de la bande-annonce, j’ai cru à un fake : Adam Driver, Daniel Craig et Channing Tatum devant cette voiture, ça avait tout du fanmade. Eh bien pas du tout ! Ce film de casse au pays de l’Amérique profonde était drôle, intelligent et divertissant. Tous les acteurs ont l’air de s’éclater (surtout toi, Daniel, en roue libre) et leur plaisir est communicatif.

Thor : Ragnarok, de Taika Waititi : j’aime le réalisateur Taika Waititi, et j’attendais Thor thor ragnarok3 depuis trois longues années. Il est enfin arrivé, et malgré quelques imperfections, je n’ai pas été déçue. Loki était impérial, ce personnage me manquait beaucoup trop. Les retrouvailles furent joyeuses : ce film est un pur feel good (à voir quand vous avez besoin de motivation), parsemé de trouvailles visuelles, et mine de rien assez gonflé. Détruire toute la mythologie d’un personnage en deux heures, il fallait oser, Waititi l’a fait. (Un peu comme un certain Rian Johnson…)

Mentions honorables : La La Land, auquel je n’ai cessé de penser pendant les dix jours qui ont suivi son visionnage avant de l’oublier petit à petit. Ça reste un très beau film. Spiderman : Homecoming, qui était une bonne relecture du personnage (et MJ est fabuleuse !). Et Baby Driver, pour la prouesse sonore et visuelle d’Edgar Wright (et Jon Hamm, aussi).

Les deux coups de cœur à part : l’année est placée sous le signe d’Adam Driver, manifestement, puisqu’il figure Patersondans les deux films en question. Paterson (de Jim Jarmusch) est sorti fin 2016, mais je l’ai vu début 2017. J’ai dû penser à ce film chaque semaine depuis, tant il m’a marquée. Son message est tout simple : son héros mène une vie routinière, griffonne des poèmes dans son carnet, il s’en contente, est heureux et profite de chaque petite chose. C’est un film lent et contemplatif, qui donne l’impression de vous envelopper dans un cocon. Je ne sais pas si je le reverrai un jour, mais il m’est resté. Vraiment.

the last jediStar Wars : The Last Jedi, de Rian Johnson. Passées les presque 24h de « Mais qu’est-ce que je viens de voir ? Est-ce que j’ai aimé ou pas ? ». Oui, j’ai aimé. L’audace de Rian Johnson, la beauté visuelle du film, la richesse du propos (notamment sur l’échec et la zone grise de certains personnages), les personnages féminins bien écrits, me font lui pardonner ses quelques défauts d’écriture. J’attendais mes retrouvailles avec Kylo Ren avec beaucoup d’appréhension, et il m’a encore plus bouleversée que dans le 7. A l’heure où j’écris ces lignes, j’ai honoré SW8 d’un second visionnage, et il se bonifie avec le temps !

Les films que je veux voir en 2018 : The Shape of Water, de Guillermo Del Toro, ce qui ne saurait tarder. Pour le reste, je vais me laisser porter comme en 2017, et rester à l’affût des bonnes surprises !

TOP LIVRES 2017

En 2017, j’avais un défi de lecture : lire un livre par semaine. J’ai relevé le challenge, et j’en suis sacrément fière ! (Mon carnet indique 60 livres lus en 2017, en comptant le peu de comics et de mangas que j’ai lus.) Je crois bien que c’est la première année où on trouve si peu de gothique et autant d’auteurs actuels dans mes coups de cœur, mais écoutez, j’avais décidé d’élargir mes horizons. En 2017, j’ai eu envie de lire de grands récits d’aventure, de partir à la découverte de nouveaux paysages et de nouveaux mondes avec des personnages intéressants. Et j’en ai rencontré ! Donc, plutôt que de faire un : « En première position… », je vais présenter les gars que j’ai croisé en 2017 dans les pages de mes bouquins. Ceux-là mêmes qui m’ont « appris la vie » comme je le disais en parlant de Logan : ils m’ont rendue plus courageuse, plus déterminée et m’ont sacrément remonté le moral.

gagner la guerreDon Benvenuto, (anti)héros de Gagner la guerre, de Jean-Philippe Jaworski : je vous ai déjà beaucoup parlé de ce roman sur mon blog. Ça reste LA claque de 2017 pour moi, un immense livre dont je ne me suis toujours pas remise.

Melmoth, (anti)héros de Melmoth, l’homme errant de Charles Robert Maturin : ce roman est un classique gothique du XIXème siècle (oui, bon…) qui m’a fascinée du début à la fin. Melmoth est le personnage que j’attendais de croiser en littérature. Il a tout pour lui : la classe, la façon de s’exprimer élégante et ténébreuse, le passé qui n’est jamais dit, la terreur (ou l’amour !) qu’il provoque chez ceux et celles qui le croisent. Et c’est un immortel, bon sang ! Mais j’en reparle bientôt sur SyFantasy.fr. Je lui avais aussi consacré un podcast à la sauvage ici.

Kaz Brekker, héros de Six of Crows de Leigh Bardugo : ce type-là vient se rangersix of crows aux côtés d’Artemis Fowl, de Locke Lamora et de Daniel Atlas. Oui, c’est un jeune voleur à l’ego surdimensionné. Sa particularité, c’est de boiter, d’avoir toujours les mains gantées… et bien entendu de garder un coup d’avance sur ses ennemis. J’ai aimé explorer Ketterdam, la ville imaginaire et corrompue créée par Leigh Bardugo, en sa compagnie. J’ai hâte de lire le deuxième et dernier tome de ses aventures !

Archibald, personnage de la saga La Passe-Miroir de Christelle Dabos : j’ai dévoré les trois premiers tomes de la série à différents moments de l’année. Pour une fois, Booktube aura eu raison : cette série est très bien, l’univers est intéressant et ses personnages aussi. Si le personnage de Thorn a son lot de fangirls, c’est surtout Archibald qui a retenu mon attention. Je le vois comme un cousin éloigné de Dorian Gray, avec un caractère qui lui est propre (et bien plus profond qu’il n’y paraît). Vivement le tome 4, Archibald a encore plus d’un tour dans son chapeau !

carry onBaz, héros de Carry On de Rainbow Rowell : dans la catégorie plaisir coupable, je nomme ce bouquin dévoré en quelques jours, et qui m’a fait un bien fou. C’est une petite sucrerie qui parlera à tous ceux qui ont lu Harry Potter, Fangirl de Rainbow Rowell (où Baz était déjà mentionné dans les écrits de plusieurs personnages) ou les fanfictions. Baz est un vampire de dix-sept ans, qui est aussi un élève brillant au sein de son école de magie. Il est insupportable, il est beau, il est arrogant, il est doué et il le sait. Oh, et il habite dans un manoir (parce que pourquoi pas, hein). Bref, il est bien trop cool, et ce roman était parfait pour se détendre entre deux lectures plus sérieuses.

Madeleine de Maupin, héroïne de Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier : relecture récente de ce livre que j’avais adoré à 20 ans. Madeleine est badass, elle se bat en duel, elle se déguise en homme, elle choisit d’aimer qui elle veut (hommes et femmes), elle vit des aventures et est dotée d’une aura presque byronienne. Elle reste une de mes héroïnes préférées. Et ce livre a été publié en 1835 !

Mentions spéciales : Oscar’s Books, de Thomas Wright. C’est un des livres que j’ai ramenés de mon petit voyage à Londres, et qui a pour sujet la bibliothèque d’Oscar Wilde, ainsi qui les lectures qui ont émaillé sa vie. C’est un livre touchant, qui donne beaucoup d’idées de lectures et qui confirme ce que je soupçonnais : le Maître adorait lui aussi Mademoiselle de Maupin. L’enfant et le Maudit, une série de mangas signée Nagabe et toujours en cours (trois tomes sont sortis). La relation entre les deux personnages principaux est tellement belle et émouvante que je conseille cette série à tout le monde.

Ce que je voudrais lire en 2018 : comme pour les films, j’ai envie de me laisser surprendre. Et de continuer à élargir mes horizons, en découvrant de nouveaux personnages forts avec qui traverser cette année.

TOP ALBUMS 2017

Cette année musicale n’aura pas tenu ses promesses : malgré des sorties intéressantes, je reste un tantinet déçue. Cependant, j’ai fait quelques découvertes dont je tenais à vous parler ici. Les deux plus importantes de l’année restent pour moi (et là, oui, on va être un brin gothique) Drab Majesty et The Horrors.

Drab Majesty a sorti l’album The Demonstration début 2017, et je suis tombée dessus totalement par hasard (au détour d’une playlist aléatoire Deezer, probablement). Si certains titres m’ont plu immédiatement, il m’a fallu plusieurs écoutes pour apprécier les autres. The Demonstration est un album parfaitement maîtrisé et bien produit, qui dévoile sa richesse au fil des écoutes. Le groupe est influencé par toute la vague cold wave et gothique des années 80’s (on trouve des hommages évidents à The Cure, notamment). Si vous aimez ce style et la voix grave et profonde du chanteur, vous ne serez pas déçus. Mentions spéciales à Dot In The Sky, Cold Souls, Kissing The Ground et Behind The Wall, qui sont mes morceaux favoris du disque.

Je connaissais quelques chansons de The Horrors et je les aimais beaucoup, mais je n’avais jamais tenté plus loin l’expérience. Ils ont sorti l’album V en 2017, et je suis allée l’écouter pour vérifier le bien fondé des bonnes critiques que je lisais. J’ai adoré, adoré V. Je n’ai même pas de titre favori : cet album est vraiment la découverte d’un univers sonore pour moi. Résultat : je me suis fait toute la discographie du groupe. (Unpopular opinion : Luminous, leur avant-dernier album, est celui qui m’émeut le plus.) La voix grave de ce grand échalas de Faris Badwan fait des merveilles dans mes oreilles, et je ne manque pas une occasion de chanter sur sa musique. V est le meilleur album sorti en 2017 pour moi. C’est du rock qui déploie des paysages devant vos yeux, et vous enveloppe dans son atmosphère. Ou alors il vous fait danser. Je suis incapable de lui coller une étiquette ! Anecdote : Something to Remember Me By est devenue la chanson que j’écoute pour me mettre dans la peau du Chevalier de La Locandiera, pièce que je joue avec le Théâtre Ishtar. (Mais je vous mets Hologram parce que j’adore cette ouverture d’album.)

Mentions honorables : Noel Gallagher, Queens of the Stone Age et Marilyn Manson ont tous signé d’excellents albums en 2017. C’est aussi le moment où j’admets publiquement que l’album de Harry Styles est (vraiment) très bien, et j’en suis la première surprise. Je vais donc suivre de près la carrière de ce petit (qui joue aussi fort bien dans Dunkirk). La petite génie Lorde a sorti un album à la hauteur de mes attentes. J’ai découvert sur le tard l’album Manipulator de Ty Segall (qui est assez fou). Si vous aimez le blues-rock bien badass qui sent la poussière et le sang, je vous conseille le dernier EP du groupe Blackbird Hill, Midday Moonlight. Et dans le registre darkwave, celui de Perturbator, New Model, que je ne m’attendais pas du tout à aimer. Enfin, Nine Inch Nails s’est encore fendu d’un bon EP, qui m’a plutôt bien servi lors de séances d’écriture. La petite playlist que je m’étais constituée pour une de mes histoires pleine de sabres lasers, de désert et de batailles (oui, j’ai utilisé Kylo Ren pour m’exercer à écrire des scènes de baston) aura également été un des beaux moments musicaux de mon année.

Les albums que je veux écouter en 2018 : ceux de Jack White, de Ghost, de BRMC et d’Anna Calvi. S’ils ne se ratent pas, ils peuvent à eux seuls rendre 2018 radieuse en terme de musique. Dans ce domaine en particulier, j’aimerais élargir mes horizons et découvrir plein de nouvelles choses.

Fin du bilan 2017 ! *trompettes et tambours* J’espère qu’il vous aura donné quelques idées d’œuvres à découvrir. Je crois que c’est l’année la plus diverse en terme de culture que j’aie présentée ici. Que 2018 soit grande, belle, et que la Force soit avec vous.

Read Full Post »

J’ai beau savoir que je vais découvrir de nouveaux livres d’ici la fin de 2017, il y en a un, parmi tous ceux que j’ai lus depuis le premier janvier, qui me reste en mémoire. Et je sais déjà, peu importe ce que je vais lire dans les trois prochains mois, que c’est lui qui me restera en tête comme ma lecture la plus marquante de l’année. Voire une des lectures les plus marquantes de ma vie, tout court.

Aujourd’hui, j’avais envie d’écrire sur les claques littéraires, ou plus précisément les livres qui changent votre vie et (ou) votre vision du monde. J’ai déjà parlé de quelques lectures qui ont été déterminantes pour moi dans mon article sur les chocs esthétiques. Des livres qui, au même titre que des albums ou des films, ont contribué à forger mon style d’écriture, mon univers et plus globalement ce que je suis. Ceux dont je veux parler ici sont aussi importants, mais suivent une logique légèrement différente. Il ne s’agit pas de livres que je pourrais mettre dans un portrait chinois, si jamais on me demandait « Si tu étais un livre… ». Ce sont des livres qui, une fois refermés, m’ont fait voir le monde différemment, sans retour en arrière possible. On parle parfois de romans qui ont « changé la vie » des gens. Je ne sais pas si ceux dont je vais parler obéissent à cette règle, mais ce qui est certain, c’est que je ne m’en suis pas remise.

Il y en aura certainement d’autres au cours de ma vie, mais à vingt-six ans, ces livres sont deux : A rebours de Joris-Karl Huysmans, et Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski.

J’ai découvert A rebours pendant ma glorieuse troisième année de licence. C’est une période dont je me souviens toujours avec beaucoup de plaisir, parce qu’elle est digne d’un véritable roman. En suivant des études de Lettres et Théâtre, en baignant dans la littérature romantique à longueur de journée et en me pavanant en chemise/veste/chapeau, tomber sur Huysmans était difficilement évitable. A l’époque, j’écoutais énormément de musique anglaise. Parmi les dieux du foyer de Narcissus Castle (ainsi avions-nous baptisé notre appartement étudiant avec ma coloc), nous avions le duo de musiciens Carl Barât et Peter Doherty. Écouter les Libertines aujourd’hui nous ramène immanquablement à cette période – sans nostalgie, pour ma part, parce que j’estime que c’est un frein et une perte de temps. Nous connaissions leur œuvre par cœur et ces messieurs nous ont, sans le savoir, fait élargir nos horizons littéraires. Que ça soit quand ils composent ensemble (au sein des Libertines), en solo ou dans leurs groupes respectifs, Carl Barât et Peter Doherty adorent les références. C’est ainsi que j’ai découvert la chanson A rebours, des Babyshambles (le groupe de Doherty), qui piquait son titre à un roman français décadent du XIXème siècle. Il n’en fallait pas plus pour me tenter – si ce n’est apprendre qu’Oscar Wilde avait lui aussi admiré l’ouvrage. Je l’ai emprunté, et je n’oublierai jamais les circonstances dans lesquelles je l’ai lu. Pendant un week-end, ma famille a décidé de passer le week-end dans un grand hôtel à la frontière espagnole. C’est dans le sous-sol de cet hôtel luxueux, installée dans un grand fauteuil en cuir, que j’ai dévoré A rebours. Je ne suis jamais retournée dans un tel lieu et j’ignore si ça arrivera, mais le souvenir de cette lecture est gravé dans mon esprit, indissociable du livre lui-même.

A rebours, c’est l’histoire de Des Esseintes, un jeune homme lassé du monde qui décide de se retirer dans une maison, loin de la ville. Là, il esthétise son existence à l’extrême. Livres raffinés et dangereux, reproductions de tableaux, parfums, fleurs vénéneuses et expériences étranges : Des Esseintes crée autour de lui un monde où règne la beauté et s’isole à l’intérieur. La fin n’est pas vraiment un spoiler en soit (est-ce vraiment une fin ?), alors la voici en une phrase. Des Esseintes finit par se rendre compte que son style de vie commence à le tuer et, déçu, décide de revenir à la civilisation.

C’est un postulat très simple, et presque une non-intrigue. A rebours peut rebuter plus d’un lecteur à cause de son côté « catalogue ». Pendant de longs chapitres, Huysmans décrit les collections de Des Esseintes, le tout à travers les yeux de son héros. Le roman a apparemment cartonné auprès des jeunes artistes à sa publication, en 1884, et semble toujours avoir le même effet plus d’un siècle plus tard. (Récemment, j’ai vu une interview d’Umberto Ecco qui exhibait fièrement sa première édition d’A rebours : il l’avait adoré à vingt ans et souhaitait en avoir une copie.)

J’ai lu A rebours une fois, et j’ignore si je le relirai un jour. Mais je me souviens de l’impression qu’il a produit sur moi, et de ce que j’ai ressenti en le refermant. Je savais que quelque chose avait changé, et je n’ai plus vu le monde tout à fait de la même façon. Peut-être avais-je perdu deux ou trois illusions au cours de ma lecture. A rebours est un livre peu accessible, qu’il faut ouvrir avec prudence…

A l’inverse, Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski a été une lecture dont je peux dire avec exactitude pourquoi elle m’a marquée. (Ce qui suit ne comporte pas de spoilers.) Je l’ai lu pendant la première moitié de cette année, en avril ou en mai. D’abord, petite remise en contexte. La première fois que j’ai eu vent de ce pavé de 975 pages, je cherchais des infos sur la sortie (sans arrêt repoussée) du tome 4 des Salauds Gentilshommes. Je suis tombée sur cette excellente critique de Gagner la guerre qui faisait des parallèles entre les univers des deux romans. La chronique s’ouvrait comme suit : « Je suis un gros connard prétentieux qui pense que les bons livres de Fantasy se comptent sur les doigts de la main. Je suis même un gros connard prétentieux qui pense que la littérature française est une fange au passé simple qui a oublié ses glorieuses heures pour se bâfrer dans les immondices de l’autofiction sans imagination ». Je l’admets, je ne suis pas loin de partager cet avis, l’auteur de l’article avait donc toute mon attention. Il a réussi à me convaincre d’acheter Gagner la guerre, et c’était la première fois que je lisais un aussi gros pavé d’un coup depuis David Copperfield de Dickens. (Donc, sacrément longtemps. Presque dix ans, en fait.)

gagner la guerre

Et hop on saute ! Rien que de me souvenir du passage illustré par cette couverture me donne envie de vanter ce livre grandiose.

D’une part, ça m’a réconciliée avec les pavés, auxquels je me suis remise depuis. De l’autre, ça m’a fait vendre ce bouquin à la Terre entière une fois sortie de ma lecture. Je ne sais pas ce que je lirai d’ici la fin de l’année – même si j’ai beaucoup d’envies et une liste de lecture longue comme le bras. Mais je sais que Gagner la guerre est ma claque de 2017, et qu’elle a eu un effet positif sur moi. Pourtant, ça peut paraître paradoxal, puisque son personnage principal, Don Benvenuto, est un anti-héros notoire. Pour la faire courte, Gagner la guerre, c’est…

Une histoire qui prend place à Ciudalia, l’équivalent de Venise période Renaissance dans un monde de Fantasy. La ville vient de gagner la guerre, et elle doit assurer sa position. Comprendre : être le théâtre de quelques coups tordus, et opérer le nettoyage de rivaux potentiels. Don Benvenuto est le meilleur tueur à gages du royaume, et il sera votre guide (peu recommandable) dans cette folle équipée.

J’aimais déjà l’idée, mais je crois que ça a été le coup de foudre dès les premières pages. On vante beaucoup la plume de Jaworski, à juste titre. Don Benvenuto étant le narrateur, son cynisme, son argot et sa flamboyance traversent toute l’œuvre. On le quitte jamais, et Jaworski arrive à nous faire ressentir tout ce que son héros traverse : quand il est blessé, qu’il souffre physiquement, on souffre avec lui. Mais c’est aussi piégeux, puisque Benvenuto est un anti-héros… et que le lecteur l’accompagne aussi quand il commet le pire. Même celui qu’on ne peut pas approuver, et qu’on ne veut surtout pas voir. A tel point que j’ai dû reposer le livre à un moment précis de l’intrigue, pour entrer dans un dilemme d’une demi-heure : est-ce que je peux continuer à m’attacher à un héros qui vient de commettre une atrocité pareille ?

Mais j’étais dedans, j’étais fascinée par l’univers et le héros, je suis donc allée au bout de ma lecture. J’ai lu Gagner la guerre en deux semaines et demi – et j’ai rattrapé mon retard en lecture hebdomadaire en lisant trois bouquins la semaine suivante. Je suis ressortie du roman, de cette immersion totale, avec une question : et maintenant ? Soit la marque d’un grand livre. Quitter un tel univers et devoir reprendre le cours de ma vie comme si de rien n’était… était impossible. Parce que, aussi répréhensibles soient les actions de Benvenuto, j’avais passé plus de quinze jours en sa compagnie. Et Dieu sait qu’en 975 pages, on avait vécu de sacrés trucs.

Je crois que la meilleure chose que je puisse dire sur Gagner la guerre et l’effet qu’il a eu sur moi, c’est que j’en suis ressortie grandie.

C’est un livre qui m’a rendue plus courageuse, plus sûre de moi et plus déterminée. Chose amusante, je l’ai lu en pleine période des présidentielles, et ça m’a permis de mieux comprendre et analyser ce qui se passait. Car Gagner la guerre est fortement influencé par Machiavel, et les stratégies politiques de certains personnages sont brillamment décrites. La stratégie, parlons-en : c’est une capacité que j’ai dû – par la force des choses – apprendre à développer, et je pense que ce roman n’y est pas pour rien.

Quand je vante Gagner la guerre, je préviens certaines personnes : le livre est dense et exigeant, et Don Benvenuto est tout sauf un modèle à suivre. (Sauf au niveau de la capacité de survie et des aptitudes de duelliste, peut-être.) Mais le voyage vaut le détour. J’avais prévu de lire des livres qui font voyager cette année, de grandes aventures, et celle-ci est assurément la plus marquante.

Irez-vous à la rencontre de Des Esseintes et Don Benvenuto ? Le choix vous revient.

Read Full Post »

Il est venu, il est là, vous l’attendiez tous : le bilan 2015 ! *tambours, trompettes et compagnie* Ou pas. C’est vrai, c’est la première fois que je me prête à l’exercice sur ce blog. Mais :

1. Je suis toujours légèrement frustrée de ne pas voir mes coups de cœur apparaître dans les classements de fin d’année

2. J’en ai eu beaucoup trop cette année pour ne pas les partager

Dont acte. Aujourd’hui, des injustices seront réparées et des déclarations d’amour écrites sans honte. Et avant de démarrer ce top des séries, films, albums et livres de l’année, je voudrais rendre un dernier hommage à Sir Terry Pratchett. Je l’avais célébré dans cet article, et je n’ai guère besoin d’ajouter quoi que ce soit. Ôtons nos chapeaux pour ce grand homme.

Maintenant, redevenons guillerets et positifs, et adoptons tous la croyance que 2016 sera forcément une excellente année. Vous l’avez ? Bien. Fin 2015, j’ai eu le privilège de voir ma première pièce représentée sur scène, et ça n’était que le début. En 2016, Le Vampire de la rue Morgue risque de tourner dans les théâtres lyonnais – et peut-être ailleurs. J’ai hâte de pouvoir l’accompagner et la défendre. J’ai aussi d’autres projets d’écriture dont je risque de vous reparler bientôt !

Trêve de bavardage, nous avons déjà convenu que les longues intros, c’était le mal. Donc, sans plus de préambule, commençons.

TOP DES SÉRIES 2015

1. JONATHAN STRANGE & MR NORRELL

jonathan strange and mr norrell

Sept épisodes d’une heure et la messe est dite. C’était le format idéal pour adapter l’énorme pavé (1140 pages) de Susanna Clarke, et la BBC a relevé le défi haut la main. En admiratrice du roman, j’attendais cette adaptation depuis des années, et je n’ai pas été déçue. C’est une série qui m’a fait rire, m’a émerveillée, inspirée et enthousiasmée. Rares sont les œuvres qui me donnent envie d’écrire immédiatement après leur visionnage. Jonathan Strange & Mr Norrell en fait partie. J’étais d’abord sceptique en découvrant les visages des acteurs, mais le casting m’a convaincue. Mention spéciale à Bertie Carvel (Jonathan Strange) et Enzo Cilenti (Childermass) qui sont absolument brillants. Si vous aimez la magie, les gentlemen anglais, les réparties cinglantes et les voyages en féerie, cette série est faite pour vous ! J’ai l’impression qu’elle n’a pas eu le succès qu’elle mérite, et je ne la prônerai jamais assez. Une ovation pour elle.

2. GALAVANT

galavant

LA bonne surprise de l’année. Je l’ai d’abord testée par curiosité – parce que j’aime les formats courts – avant de regarder toute la première saison avec un plaisir de petite fille. Galavant, c’est un peu Princess Bride qui rencontre Robin Hood. Le tout avec des chansons d’adultes écrites par des compositeurs Disney. C’est complètement déjanté, plein d’humour méta, et absolument personne ne s’y prend au sérieux. C’est donc excellent. Vivement la saison 2 ?

3. PENNY DREADFUL (saison 2)

caliban and vanessa ives

Ou comment le scénariste John Logan est parvenu à faire prendre son envol à ses personnages alors que c’était loin d’être évident. Résultat : une saison 2 cohérente, logique, visuellement réussie et un final amer. Les trois scènes qui réunissent Caliban (Rory Kinnear) et Vanessa Ives (Eva Green) sont magnifiquement écrites. En bref : c’était beau et intelligent. Logan a placé la barre très haut pour la saison 3.

MENTION SPÉCIALE  : MARVEL’S AGENT CARTER

agent carter

Plus court et bien plus amusant que Agents of S.H.I.E.L.D que j’ai fini par lâcher. (Non, je n’ai pas vu Jessica Jones et je n’ai pas pu finir Daredevil. Notamment parce que leurs épisodes étaient chronophages – je vous ai dit que je préférais les formats courts…) Agent Carter est un pur divertissement avec une esthétique vintage et pulp, mais c’est son casting british qui fait toute la différence. Les apparitions d’Howard Stark rappellent les comédies de l’âge d’or d’Hollywood, et l’esthétique film noir m’a beaucoup plu. C’est léger, bien interprété et avec un sous-texte féministe qui fait beaucoup de bien.

Les séries que j’attends en 2016 : Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire, la saison 2 de Poldark, Damien, et bien entendu la suite des séries citées en position 2, 3 et mention spéciale du top.

TOP DES FILMS 2015

J’ai vu peu de films sortis en 2015, mais voici ceux qui sortent du lot. Je n’ai pas encore vu Americain Ultra, Spotlight ou Star Wars 7, je ne puis donc garantir qu’ils ne s’y seraient pas trouvés.

1. CRIMSON PEAK DE GUILLERMO DEL TORO

crimson-peak

Indiscutablement mon coup de cœur de cette année. J’ai attendu ce film pendant deux ans : il m’a donné tout ce que je souhaitais, et plus. J’ai passé ces dernières semaines à le défendre, mais comme je n’en ai jamais parlé sur ce blog, voici un petit plaidoyer. Sans spoiler, j’ai maintes fois entendu que l’intrigue était plutôt prévisible et n’apportait rien au schmilblick. Or, Crimson Peak est un film d’ambiance, qui rend hommage aux romans gothiques et à tout un pan du cinéma fantastique. Tout en les dépoussiérant : cette fois-ci, ce sont les femmes qui prennent les choses en main et décident de sauver – ou non, à vous de vérifier – les personnages masculins. Crimson Peak est un film ultra esthétisé, où le moindre détail est pensé. C’est surtout une création originale : ni un prequel, ni un reboot, ni le début d’une franchise, ni une adaptation. Fait de plus en plus rare, qui mérite d’être souligné… À la sortie du film, j’ai conseillé aux comédiennes du Vampire de la rue Morgue d’aller le voir, parce que la pièce s’inscrit dans le même univers. J’ai globalement conseillé à tout le monde de le voir.

2. KINGSMAN, DE MATTHEW VAUGHN

kingsman

À moins d’être aveugle, je n’ai vu ce film dans aucun classement de fin d’année. Voici donc les raisons pour lesquelles il figure dans le mien :

  • Colin Firth. Taron Egerton. Mark Strong.
  • La scène de l’église, qui m’a littéralement fait pleurer de rire.
  • C’est un film ultra-gonflé, qui va très loin dans son propos.
  • « Manners maketh man. »

MENTIONS SPÉCIALES

Loin de la foule déchaînée, de Thomas Vinterberg : C’était joli comme tout. Casting trois étoiles.

007 Spectre, de Sam Mendes : Parce que je me suis rarement autant amusée devant un film, et que c’était tout ce que je demandais à celui-là.

Les films que j’attends en 2016 : High-Rise, Civil War, Suicide Squad. Et toute bonne surprise qui se présentera. Je n’attends pas du tout la trilogie des Animaux Fantastiques. Change de plan, J.K. Rowling.

TOP DES ALBUMS 2015

Je crois que tous les amateurs de musique seront d’accord pour dire qu’on a eu un excellent cru cette année. Il m’est difficile de départager les vainqueurs, mais il est un album qui se détache de tous les autres. Il est indétrônable, personne ne lui arrive à la cheville, c’est…

MELIORA, DE GHOST

meliora ghost

Dès ma première écoute, j’ai su que je tenais le gagnant de cette année. Peu importe ce qui sortirait après. C’est le troisième album du groupe suédois, et je les attendais au tournant. Résultat : Meliora est un chef d’œuvre, ni plus ni moins. L’album est court, parfaitement construit et cohérent de bout en bout. Je ne sais pas comment le leader (dont il est facile de trouver l’identité sur internet et d’écouter les excellents projets si vous êtes un peu curieux) et ses petits potes masqués font pour mélanger le second degré et l’émotion de façon aussi juste. Meliora est épique, ambitieux, mélodique, intelligent, érudit, drôle et charnel à la fois. Pour ne rien gâcher, l’artwork vaut vraiment le détour, et fait de cet album un bel objet à posséder chez soi. Meliora se situe loin, très loin au-dessus des autres sorties de l’année, tous genres confondus. Je ne peux pas résister à l’envie de vous poster le génial clip de Cirice, qui amusera même ceux qui ne sont pas fan du rock de Ghost :

MENTION TRÈS BIEN

In Sorrow Motion, de Alone With Everybody : Nouvel EP du désormais quatuor toulousain, que j’ai eu la chance de voir en concert et d’interviewer en Avril dernier. C’est de la pop délicatement ciselée, chaleureuse et belle : une des sorties que j’ai le plus écoutées cette année.

Autres Mentions Très Bien :

Chasing Yesterday, de Noel Gallagher

The Third, de Kitty, Daisy & Lewis

Hypnophobia de Jacco Gardner

Let It Reign, Carl Barât and the Jackals

Les comebacks réussis : The Libertines avec Anthems For Doomed Youth, et Marilyn Manson avec The Pale Emperor. Dans les deux cas, c’était inespéré et plus que bienvenu. Chapeau, les gars.

L’album que j’attends en 2016 : THE LAST SHADOW PUPPETS. En espérant très fort qu’il soit aussi bon que son unique prédécesseur, qui date déjà de 2008.

TOP DES LIVRES 2015

Exception de ce classement, ce top contient un seul livre paru en 2015. En revanche, cette année fut celle où j’ai suivi le conseil de l’amie qui tient l’excellent blog Let’s Misbehave : à savoir sortir de ma zone de confort. Je suis donc allée lire des bouquins que je ne serais jamais allée lire en temps normal, j’ai lu beaucoup de livre optimistes… Et globalement beaucoup plus d’auteurs vivants que les années précédentes. Bilan positif, donc. Je tiens d’ailleurs à remercier ma liseuse, qui m’a permis de dévorer une partie de mes livres de 2015 dans les meilleures conditions. Et nous allons d’ailleurs commencer ce top par une tricherie.

1. LES MENSONGES DE LOCKE LAMORA, DE SCOTT LYNCH

locke lamora

À l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore terminé la lecture de ce livre. Presque. Cependant, j’en ai lu plus de la moitié en 2015, et j’ai tellement aimé que je peux affirmer sans l’ombre d’un doute que c’est mon livre favori de l’année. (C’est même le premier livre depuis très longtemps à m’avoir fait pleurer comme une madeleine au détour d’un passage. Je vous félicite, Mr Lynch.) Je l’ai découvert en faisant un test sur Buzzfeed : « Which Fantasy group do you belong in ? ». J’ai eu la bande des Salauds Gentilhommes menée par Locke Lamora. Le résumé m’a bien plu, j’ai trouvé le livre et l’ai démarré. Avant de le reposer. (Le style et l’histoire étaient très bons, mais je voulais à ce moment-là lire plusieurs livres rapidement. Celui-ci est gros.) Puis d’y revenir… Et là, quelque chose s’est produit peu avant la page 200 : j’ai été accrochée et je n’ai plus lâché le roman après.

Alors, Les Mensonges de Locke Lamora, ça raconte quoi ? Ça se passe principalement dans une ville imaginaire appelée Camorr, qui ressemble furieusement à Venise période Renaissance. Le roman suit les aventures de Locke Lamora, chef brillant et génial d’une bande de voleurs orphelins appelés les Salauds Gentilhommes. Certains ont dit que le bouquin rappelait Ocean’s Eleven dans un monde de Fantasy. Ça se justifie, en tout cas dans la première partie du livre : l’ambiance est celle d’un film de casse, déguisements et répliques qui fusent à l’appui. Ensuite… tout bascule.

now you see me

De mon côté, ça m’a rappelé l’ambiance d’Insaisissables. Avec des épées et des hauts-de-chausses.

Le monde de Scott Lynch est superbement décrit, l’ambiance de Camorr est tangible : les odeurs, les différentes parties de la ville, les personnages travaillés, tout est là. Et surtout, il y a Locke Lamora. Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas autant attachée à un personnage littéraire : il est brillant, ingénieux, drôle et complexe. Le génie du bonhomme m’a conquise, et par bien des côtés, il m’a étrangement rappelé Artemis Fowl, que j’étais prête à suivre au bout du monde à 11-12 ans. Les Mensonges de Locke Lamora est le premier tome d’une saga qui devrait en compter sept. Trois sont déjà parus, et si je redoute généralement les séries littéraires, les aventures de Locke Lamora pourraient bien être l’exception qui confirme la règle. Je sais déjà qu’il va atrocement me manquer dans quelques jours… Mais le tome 2 est rangé sagement dans un coin.

2. REASONS TO STAY ALIVE, DE MATT HAIG

reasons to stay alive

Le fameux livre paru en 2015. Tout est dans le titre. Matt Haig est un écrivain qui souffre de dépression : ce petit livre simple explique comment il a remonté la pente, et comment il parvient tant bien que mal à maintenir un semblant de stabilité. Je pense que ce bouquin peut remonter le moral de pas mal de gens, qu’on soit dépressif ou non. Sa lecture a été le point de départ de mes meilleures lectures de 2015, entre autres. Il faut parfois se faire botter les fesses pour avancer : Matt Haig aura tenu ce rôle.

MENTIONS TRÈS BIEN

Sintram and His Companions, de Friedrich de La Motte-Fouqué : La lecture idéale de ce Noël, puisque le livre a été écrit pour l’occasion au début du XIXème. (Merci à Project Gutenberg de l’avoir mis en ligne.) C’est en fait un conte gothique et médiéval très sombre, et totalement jouissif. Vous savez, le personnage sombre et badass qu’on croise parfois dans les films, qui est repenti mais en a gros sur la conscience ? Sintram, c’est le parcours d’un héros qui parvient à ce statut, de son enfance à l’âge adulte. C’est court, plein d’orages, de diables, de chevaliers et de belles dames. Ah oui, les compagnons en question sont le Diable et la Mort. Littéralement. Et ce passage est sans doute le meilleur du livre.

sintram

L’adoubement de Sintram illustré par Gordon Browne.

Le Cirque des Rêves, d’Erin Morgenstern : J’ai reçu l’ordre de le lire par une jeune femme qui se reconnaîtra si elle passe par ici. Comme d’habitude, son conseil était excellent, et j’ai lu ce livre d’une traite. C’est visuel, poétique et les personnages sont vraiment touchants. (Mention spéciale aux jumeaux Poppet et Widget.)

Oscar Wilde : The Story of an Unhappy Friendship, de Robert Sherard : Domaine public, encore une fois. Voici le récit de la relation de Sherard avec Wilde, dont il était l’un des amis les plus proches. Ça change des biographies écrites un siècles après ! Sherard raconte ses promenades et ses soirées avec le Maître, et comment ce dernier l’a fait renoncer au suicide. J’ai ri, j’ai été touchée et j’ai eu peur pendant le récit du procès. Ce beau texte mérite une réédition et une traduction au plus vite !

Ce que je voudrais lire en 2016 : En 2014, j’avais décidé de lire tous les livres de Jane Austen, ce que j’ai fait. Je ne me suis pas fixé un tel défi en 2015, mais je pense que les romans de Dickens pourraient faire d’excellents candidats pour 2016 – à voir. Je voudrais aussi lire : une grande partie des livres inscrits sur ma liste. La suite des aventures de Locke Lamora. Des livres surprenants. Plus de Tolkien. Dante Alighieri et Milton. Continuer à lire des auteurs vivants et des livres oubliés, tombés dans le domaine public.

jonathan strange

*roulement de tambour* Les jeux sont faits. Mon top 2015 est désormais public. Si vous avez lu et aimé certaines de ces œuvres, n’hésitez pas à m’en faire part. Si vous avez des idées de lecture – ou d’auteurs à lire –, je suis également preneuse ! Et si j’ai réussi à vous donner envie de découvrir un album, un livre, un film ou une série que j’ai citée, ça justifiera d’avoir écrit cet article.

Bonne année, chers lecteurs !

Read Full Post »

vampire chronicles

Soit la question qu’on se pose depuis quelques décennies.

Il est des livres qu’on s’obstine à finir parce qu’on a envie de croire, jusqu’à la dernière page, qu’une bonne surprise nous attend… même si on sait au fond de nous-même que ça n’arrivera pas. Récemment, j’ai vécu ce cas de figure avec le désastreux Blood Canticle (Le Cantique Sanglant, en français) d’Anne Rice, l’avant-dernier tome de ses Chroniques des vampires. Je ne m’attendais pas à un roman exceptionnel, loin de là, mais j’espérais une histoire bien écrite et qui tienne la route. Dieu sait qu’Anne Rice, même dans ses histoires les plus mauvaises, arrive à garder un style d’écriture particulier. Orage, désespoir : en plus de présenter une mauvaise intrigue, Blood Canticle est mal écrit. Afin d’être sûre que je n’étais pas devenue une épouvantable snob et que le style était effectivement mauvais, j’en ai lu plusieurs passages à l’amie chez qui je vivais au moment de ma lecture.

J’ai lu Blood Canticle en anglais, ce qui m’a permis de me rendre compte du fossé abyssal qui séparait ce roman d’Entretien avec un Vampire. Ne serait-ce qu’au niveau du style : Entretien avec un Vampire est écrit dans un style raffiné, loin d’être évident pour les néophytes et certainement pas pour une première lecture en anglais. A l’inverse, Blood Canticle est d’une simplicité déconcertante, accessible même pour ceux qui voudraient commencer à lire en anglais. Pour reprendre les termes de l’amie qui a été témoin de mes plaintes et récriminations : « On dirait que ça a été écrit par un ado de 15 ans ». (Heureusement, ce livre a le mérite d’être relativement court.)

J’ai déjà parlé au moins une fois d’Entretien avec un Vampire sur ce blog : c’est pour moi un chef d’œuvre de la littérature vampirique, et un chef d’œuvre tout court. Je l’ai lu à douze ans. Dès lors, c’était fichu : j’étais destinée à devenir romantique, le narrateur Louis de Pointe du Lac est entré au panthéon de mes personnages favoris en littérature et Anne Rice a été une influence majeure sur ma façon d’écrire. Entretien avec un Vampire est un des trois livres que je relis régulièrement, ce qui n’est pas peu dire. Il y a une finesse d’écriture et un vrai propos philosophique. A la parution du livre, en 1976, Rice est parvenue à dépoussiérer totalement le mythe du vampire tout en restant dans une tradition très XIXème siècle.

louis2

“Salut, gamine.” : Louis de Pointe du Lac dans Entretien avec un Vampire de Neil Jordan (1994).

Après le succès de son roman, Anne Rice a décidé de ne pas s’arrêter en si bon chemin et d’écrire plusieurs suites, faisant de l’histoire de Louis le premier tome de la saga des Chroniques des vampires. Je vais m’attirer les foudres de la plupart des lecteurs : pour moi, Anne Rice aurait dû arrêter son histoire à la fin d’Entretien avec un Vampire.

Attention, je ne dis pas que les tomes suivants sont nuls. Je dis qu’à côté du chef d’œuvre qu’est Entretien avec un Vampire, le reste de la série se hausse, au mieux, au rang de divertissement de luxe. Nombreux sont ceux qui préfèrent Lestat le Vampire, le tome qui suit directement Entretien. J’avoue que ça m’a toujours laissée perplexe. Je conçois qu’on puisse préférer Lestat à Louis : le premier est flamboyant, cynique, libertin, alors que le second fait dans l’introspection romantique et passerait sa vie le nez dans des bouquins s’il le pouvait. Mais Lestat le Vampire amorce selon moi la descente de la saga. Pourquoi ? Parce qu’il rend manifeste ce que le premier tome ne faisait que sous-entendre. Entretien avec un Vampire est beau parce qu’il ne montre pas tout : on sait que les sentiments de Lestat envers Louis sont ambigus, mais ils ne sont jamais explicitement décrits (et pour cause !). Ceux de Louis sont encore plus complexes et de son propre aveu, il lui arrive de haïr son créateur – Lestat, donc.

Dès Lestat le Vampire, tout change : Lestat devient le narrateur de l’histoire – et celui de la majorité des tomes suivants. Selon lui, Entretien avec un Vampire est parsemé de mensonges inventés par Louis et ne rend pas justice à sa personne. Eh oui, en vrai Lestat est triste et a désespérément besoin d’amuuur. Quant à Louis, c’est LE grand amour de Lestat (et réciproquement), une idée qui sera souvent répétée par l’un ou l’autre de nos deux vampires au cours des livres suivants.

BON. Pourquoi pas. Je suis en revanche un peu agacée face à la décision de Rice de faire table rase de certaines choses évoquées par Louis dans Entretien : « En fait, Louis était furieux contre Lestat et racontait des craques, mais c’est pas du tout ce qui s’est passé ! » (Anne Rice, probablement).

lestat

Attention, Lestat revient pour rétablir LA vérité.

Et la relation coming outée de Lestat et Louis est symptomatique de celles des autres personnages : désormais, dans Les Chroniques des vampires, plus rien ne sera sous-entendu. Le point culminant de cette nouvelle optique est la scène – assez gênante – du livre Armand le Vampire où celui-ci fait la connaissance de Marius, son créateur, de façon très… charnelle. (On remarquera d’ailleurs que si la quasi-totalité des personnages masculins des Chroniques sont bisexuels, les femmes, elles, sont hétérosexuelles. Je me suis toujours demandé pourquoi.)

Tous les livres qui suivent Entretien avec un Vampire ne sont pas abominables, loin s’en faut. Lestat le Vampire et La Reine des Damnés (qui forment un diptyque) sont amusants et bien fichus : Lestat qui devient rockstar, l’idée est séduisante… La réinvention de l’origine des vampires est originale aussi. Ensuite, la série est en dents de scie. Pour moi, ce sont Armand le Vampire et Le Sang et l’Or qui sortent le plus du lot. Malgré quelques passages assez désastreux, le premier est une jolie exploration de l’esprit d’Armand. Le second est le récit de la vie de Marius, son créateur. Dans Le Sang et l’Or, Anne Rice semble soudainement se ressaisir : elle est proche de la flamboyance de son style d’autrefois, les personnages sont beaux, l’atmosphère est raffinée… Bémol : le sort réservé à Santino, un des personnages les plus intéressants et complexes de la série, réglé en deux minutes à la fin du roman.

C’est le moment de parler des « atermoiements religieux » d’Anne Rice. Au cours de sa vie, l’auteur s’est en effet éloigné, puis rapproché, puis rééloigné de l’Église catholique. Elle en a parfaitement le droit, c’est son cheminement. Le problème, c’est que les personnages des Chroniques des vampires en subissent les conséquences… et perdent en cohérence. Ainsi, Memnoch le Démon est moins une énième aventure de Lestat qu’un livre de questions théologiques, et Blood Canticle démarre sur un interminable monologue de Lestat qui souhaite devenir un saint. (Principalement pour être aimé du monde entier, vu que sa carrière de rockstar est une affaire classée…)

lestat1

Voilà. Ça, c’est le genre de réplique que pouvait sortir Lestat dans Entretien avec un Vampire. Tempus fugit…

[Parenthèse : en parlant de manque cohérence, quid du petit Benji transformé en vampire dans Armand le Vampire ? Dans Entretien, on nous démontre en long et en large que transformer un enfant en vampire, c’est le mal. A cet égard, Claudia est sans doute le personnage le plus marquant de la saga. Plusieurs livres plus tard, Armand se voit offrir un enfant de 12 ans comme compagnon vampirique, et on lui explique que c’est très bien, en oubliant apparemment que Benji est désormais piégé ad vitam aeternam dans un corps d’enfant. WTF ?]

La question religieuse est présente dans les Chroniques depuis Entretien avec un Vampire, où Louis s’interroge sur l’existence de Dieu, ainsi que les notions de bien et de mal. Mais cette question est aussi importante que les autres thèmes du roman, et posée subtilement. Dans les tomes suivants, l’existence de Dieu n’est plus remise en question, bien au contraire. On sait que la vampirette Merrick a vu la lumière du Paradis dans Le Domaine Blackwood, ce que ne cesse de répéter Lestat à sa nouvelle recrue, Mona, dans Blood Canticle. Ici, il est devenu le parfait opposé du vampire rencontré des décennies plus tôt dans Entretien avec un Vampire : un être sans une once de cynisme, émotif, amoureux d’une mortelle qu’il refuse de transformer en vampire… On n’est pas loin d’un Edward Cullen, ce qui est légèrement effrayant.

louis and lestat

Ceci dit, rappelons que nous avons eu bien pire dans Twilight : des vampires à paillettes.

Évidemment, il est normal qu’un héros évolue. Mais de là à devenir l’antithèse de ce qu’il était auparavant ? Finalement, Les Chroniques des vampires, c’est comme une série avec trop de saisons : les scénaristes, à force de vouloir créer des rebondissements, finissent par trahir leurs personnages et les transforment en l’exact contraire de ce qu’ils étaient auparavant. Sans parler de l’écriture qui perd en qualité…

Concluons donc. De façon générale, les critiques n’ont pas été bonnes pour Blood Canticle, annoncé à sa parution (en 2004) comme le dernier tome des Chroniques des vampires. Tant mieux, merci beaucoup. Sauf que ! L’année dernière, Anne Rice a publié Prince Lestat, revenant ainsi sur sa décision. Je n’ai pas encore lu ce tome, mais je le ferai, ne serait-ce que parce que Louis y figure. On ne se défait jamais de ses amours littéraires. Les critiques ne sont pas grandioses, mais est-ce vraiment surprenant ? Apparemment, Lestat y récupère un peu de son ironie. Je demande à voir… Quitte à espérer jusqu’à la dernière page.

Oh, pour finir sur note comique, voici les choix d’Anne Rice pour un éventuel reboot au ciné des Chroniques : pour Lestat, elle envisageait Robert Downey Jr avec des effets spéciaux, puisqu’il est trop âgé pour le rôle (rappelons que notre ami vampire est âgé de 20 ans au moment de sa transformation). Plus récemment, elle s’est prononcée en faveur de Chris Hemsworth pour reprendre le personnage. Il semble qu’elle manque de discernement pour ça aussi. Je médis.

Je ne peux que vous conseiller de revoir Entretien avec un Vampire de Neil Jordan (Lestat est sans doute le meilleur rôle de Tom Cruise, et le reste du casting est fou). Ou même La Reine des Damnés si vous voulez un petit divertissement qui n’a presque rien à voir avec le roman original, où Stuart Townsend s’en sort plutôt bien.

queen of the damned

Bon. C’est vrai qu’il est rigolo.

Read Full Post »

Le principe des bonnes résolutions est simple : on ne les tient jamais. En Janvier dernier, j’en avais – fidèle à mon habitude, naïve et pleine d’espoir – pris quelques unes… que j’ai en partie tenues. Dans la colonne Bonnes résolutions de lecture, j’avais notamment prévu d’avoir lu tous les Jane Austen d’ici le 31 Décembre 2014.

Pourquoi ? Oh, il y a plusieurs explications. J’ai déjà dit que je détestais tomber sur des références que je ne connaissais pas, et force est de reconnaître que sur la blogosphère, les fans de Jane Austen sont légion. J’ai l’impression que de nombreuses blogueuses ont lu les six romans publiés de Jane Austen six fois chacun. Du reste, ils sont cités dans une grande partie des bouquins que je lis ou des films que je regarde. Il fallait donc y remédier.

(En commençant mon marathon, je suis tombée sur l’interview d’un monsieur qui, en plus d’avoir d’excellents goûts littéraires, a déclaré avoir lu tous les Jane Austen dans un placard alors qu’il avait à peu près mon âge.)

Richard Armitage

Je partais avec un avantage : j’en avais déjà lu deux. Au lycée, j’avais énormément aimé Orgueil et Préjugés (avec pas mal d’affection pour Mary Bennet, désastreusement représentée en 1995 dans l’adaptation de la BBC).

Mr Tilney

Mr Tilney (J.J. Feild) dans Northanger Abbey.

Il y a deux ans, j’ai dévoré Northanger Abbey. Arte avait eu la bonne idée de diffuser l’adaptation de 2007 avec (le merveilleux) J.J. Feild dans le rôle de Mr. Tilney. Sans avoir lu les autres romans de Jane Austen, j’en avais déjà vu plusieurs adaptations : Raison et Sentiments d’Ang Lee, ou Persuasion d’Adrian Shergold. Toutes les amatrices d’Austen ont leur « héros austenien » préféré : avec Tilney, désormais, je savais que je tenais le mien. La lecture du roman, acheté quelques jours après mon visionnage, n’a fait que confirmer cette impression. Ah, Mr Tilney ! Un héros drôle, malicieux, intelligent, pas torturé pour un sou, droit dans ses bottes et qui aime les romans gothiques.

En 2014, il me restait donc quatre romans de Jane Austen à lire : Persuasion, Mansfield Park, Emma et Raison et Sentiments. Ça, c’est l’ordre dans lequel je les ai lus – qui n’a donc rien à voir avec leur ordre de parution. Je les ai récemment enchaînés, soucieuse de tenir dans les temps cette résolution littéraire capitale – au moins pour mon estime personnelle. L’heure est venue de tirer un bilan de ces lectures en quelques phrases lapidaires. Et sans spoilers.

Comme dirait l’autre : Here we go.

PERSUASION (1817)

Persuasion

Rupert Penry-Jones et Sally Hawkins dans Persuasion.

Dernier roman de Jane Austen publié à titre posthume et que certains considèrent comme « le roman de la maturité » (expression galvaudée s’il en est), Persuasion possède au moins un avantage : celui d’être court.

Une journaliste a écrit une fois que ce roman avait un goût d’inachevé, notamment à cause de son nombre de pages réduit et de l’absence de descriptions. C’est cette simplicité qui m’a plu. Le style de Persuasion est dépouillé, chaque phrase touche juste.

J’aurais bien aimé connaître un peu plus le Capitaine Wentworth – le héros austenien du roman –, mais c’est peut-être sa part de mystère qui le rend assez plaisant. Rupert Penry-Jones était d’ailleurs parfait dans ce rôle dans l’adaptation de 2007. J’ai trouvé Sally Hawkins particulièrement exaspérante dans le rôle de l’héroïne Anne Elliot, mais malheureusement… son interprétation est assez fidèle au personnage du roman.

C’est néanmoins un livre qui vaut le coup d’être lu, pour sa concision et la justesse des sentiments qu’il décrit. (Le personnage du veuf fan de Byron est aussi attendrissant.) Persuasion ne fait jamais dans la surenchère, ce qui est assez rare dans la littérature de l’époque !

MANSFIELD PARK (1814)

Fanny Price

Fanny Price (Billie Piper) dans Mansfield Park.

Dieu que ce fut long. Fanny Price est sans conteste l’héroïne de Jane Austen qui m’exaspère le plus. Elle cumule tous les symptômes des héroïnes standard du XIXème siècle, ce qui évidemment n’est pas un cadeau. Elle est tellement naïve ! Son amoureux, Edmund, n’est guère plus surprenant.

Non, l’intérêt de ce roman – parce qu’il y en a un, évidemment, on parle de Jane Austen – est à chercher dans ses personnages secondaires. Et particulièrement chez les Crawford.

Henry et Mary Crawford

Henry (Joseph Beattie) et Mary Crawford (Hayley Atwell).

Mary Crawford est bien plus que la jeune fille mondaine et superficielle qu’on pourrait d’abord imaginer. C’est un personnage complexe, tout en nuances, qui se remet en question au contact d’Edmund. Elle utilise beaucoup de masques et à la fin du roman, je me posais encore des question à son sujet. Elle est passionnante ! Son frère, Henry Crawford, l’est tout autant. Il est beaucoup moins prévisible qu’un Wickham (dans Orgueil et Préjugés). Là aussi, c’est un personnage travaillé, subtil, avec plusieurs facettes. Inutile de se demander pourquoi bien des lecteurs le préfèrent au fade Edmund…

A eux seuls, ces personnages font l’intérêt de Mansfield Park, un petit pavé de presque 650 pages qui souffre de la plupart des clichés de la littérature de l’époque où il a été rédigé : héroïne naïve, jeune premier naïf, ennemis byroniens, critique acerbe du théâtre (qui pervertit ceux qui voudraient en faire)…

Plusieurs mois avant de m’atteler à ce roman, j’ai pu voir son adaptation faite par la BBC en 2007. Si Billie Piper sauve le personnage de Fanny Price par son interprétation vivante et sensuelle, les Crawford manquent de la subtilité que leur donne le roman. J’ai en revanche été totalement séduite par Thomas Bertram, interprété avec une classe folle par James D’Arcy. Il est beaucoup moins remarquable dans le roman de Jane Austen, mais rien que pour lui et Billie Piper, cette adaptation mérite d’être vue !

J’ai par ailleurs eu vent d’une adaptation de Mansfield Park tournée dans les années 1990 avec un Henry Crawford beaucoup mieux représenté. Affaire à suivre…

EMMA (1815)

Emma

Jonny Lee Miller et Romola Garai dans Emma.

J.K. Rowling a déclaré que c’était son roman préféré. Après l’avoir lu… Ah, je le mettrais presque à égalité avec Northanger Abbey. Presque. Parce que je n’ai pas lâché ce roman dès l’instant où je l’ai commencé.

Emma Woodhouse est devenue d’entrée mon héroïne austenienne favorite : elle est amusante, intelligente, capricieuse, un peu butée parfois mais touchante malgré tout. Elle se prend à ses propres pièges et les choses évidentes lui échappent (presque) toujours… Mais elle se remet en question et évolue, sans perdre son esprit vif et son enthousiasme.

Sa relation avec M. Knightley est très belle et délicatement décrite. Une de mes amies dit que ces deux personnages « se font grandir mutuellement ». Et elle a raison. Ce n’est pas une histoire de love at first sight comme dans Mansfield Park ou Raison et Sentiments. Emma et Knightley sont avant tout des amis qui ont des discussions sur tous les sujets, se disputent et se défient parfois. Emma étant plus jeune que lui, ils ont aussi une relation de protecteur/protégée qui m’a énormément touchée. Cette complicité est assez bien rendue dans l’adaptation d’Emma par Sandy Welch – qui a déjà commis les très beaux Nord et Sud et Jane Eyre version 2006. Jonny Lee Miller est un excellent choix d’acteur pour Knightley. (Sachant qu’il jouait ce personnage, c’est lui que j’ai imaginé pendant toute ma lecture.)

Knightley

Et c’est un bouquin qui met de sacrément bonne humeur.

Au-delà de ça, Emma est un livre brillamment construit, un peu comme un roman policier, avec son twist final qu’on ne voit pas forcément venir. Niark niark.

Bref, s’il fallait ne retenir qu’un seul des quatre romans dont je vous parle dans cet article, c’est Emma. Lisez-le et aimez-le, parce qu’il le mérite.

RAISON ET SENTIMENTS (1811)

Raison et Sentiments

Marianne (Kate Winslet) et Elinor (Emma Thompson) dans Raison et Sentiments.

J’ai vu le film d’Ang Lee il y a très, très, très longtemps et je me souviens avoir beaucoup apprécié le personnage de Marianne Dashwood. Sa fougue, son amour de Shakespeare et des poètes romantiques, sa manie de courir sous la pluie (ou sa passion pour les feuilles mortes)… Tout ça me l’avait rendue touchante et infiniment plus intéressante que sa sœur, la sérieuse Elinor Dashwood.

C’est un avis que ne partage pas Jane Austen. Si dans le film d’Ang Lee les personnages sont montrés d’un point de vue parfaitement extérieur, le roman Raison et Sentiments exprime clairement le point de vue de son auteur, qui se place constamment du côté d’Elinor. Dès lors, le lecteur a du mal à s’attacher à Marianne, parce que Jane Austen tourne souvent en ridicule son romantisme exacerbé. Et c’est bien dommage ! Ce n’est qu’à la seconde moitié du roman que Mrs Austen témoigne d’un peu d’empathie pour la jeune fille qui, il faut bien le dire, commence à morfler.

Le principal défaut de Raison et Sentiments (qui est une des premières œuvres de son auteur), c’est, justement, de présenter des personnages trop prévisibles, voire caricaturaux. C’est un roman à visée morale, dont le message est clair : ne soyez pas romantique comme Marianne (ou il ne vous arrivera que des malheurs), mais soyez raisonnable et contrôlez vos sentiments (comme Elinor, vertueuse et admirable tout au long du livre).

Pour moi qui suis une romantique déclarée, le message n’aurait pu être plus agaçant. Plus encore que Mansfield Park, Raison et Sentiments est un livre très ancré dans son époque, et en fin de compte assez cruel.

Ceci dit, j’ai bien envie de jeter à nouveau un œil au film d’Ang Lee, un de ces quatre. Alan Rickman en Colonel Brandon, ça en jetait.

Colonel Brandon

Un peu, ouais.

Et maintenant, il ne me reste plus qu’à trouver de bonnes résolutions littéraires pour 2015.

Who’s next?

Read Full Post »

Older Posts »