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Archive for the ‘Aventures’ Category

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Santa Maria del Fiore – ça, c’est de la cathédrale

Ah, Florence. Je ne me souviens plus de la première fois que j’ai entendu parler de cette ville. En revanche, je me souviens de la période où je me suis dit que j’aimerais bien l’explorer. C’était en lisant Hannibal de Thomas Harris. Il y a largement plus de dix ans, donc (j’ai lu Le Silence des Agneaux très jeune et sa suite peu après, mais je ne crois pas que ça ait trop nuit à ma santé mentale).

Dans ce livre, Hannibal Lecter passe la majeure partie de son temps à Florence, en Italie. Comme il est érudit, il réside dans la vieille ville, s’empiffre de visites dans les musées et autres lieux historiques, et usurpe même l’identité d’un universitaire pour donner des conférences sur Dante. Bref, il s’éclate. A travers ma lecture, je l’avais suivi dans de vieux bâtiments et des rues que je m’étais promis de visiter un jour.

C’est désormais chose faite. Je suis allée à Florence récemment avec ma sœur, et j’ai eu envie de faire un article sur ce petit voyage. Je vous arrête tout de suite : je ne vais pas écrire « Le premier jour, je suis allée là et c’était génial ! ». Il existe des centaines d’articles à propos de Florence sur le net, je pense que vous y trouverez toutes les descriptions que vous voulez. (Youtube est bien pour ça, aussi.) Je voulais juste revenir sur l’impression que m’a laissée ce voyage et ce qui m’y a le plus marquée.

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A savoir : les rues et les ruelles.

Ce n’est que la deuxième fois que je voyage à l’étranger malgré mes jeunes 27 ans, mais… (Comment ça, j’ai fait seulement deux voyages ? William Blake n’est jamais sorti d’Angleterre de son vivant.) Chaque fois, je pars pour une raison précise : j’ai lu tant de livres et vu tant de films qui se passaient dans une ville que j’estime qu’il est temps d’arrêter les frais et de m’y rendre en personne. Ah, les joies de la vie active, où je peux enfin décider de prendre un avion parce que j’ai le budget !

Chose marquante numéro un : l’avion pour Florence était mon premier avion. C’était absolument terrifiant. Beau, mais terrifiant. D’un côté, je comprends pourquoi les pilotes ont choisi leur boulot, qui consiste en partie à passer le plus clair de leurs journées dans un ciel bleu, au-dessus des nuages – ou sous les étoiles.

Qu’il s’agisse de Londres, où je suis allée l’an dernier, ou de Florence, je choisis les lieux que j’y visite en fonction de mes lectures ou des héros que j’admire. Quand j’ai dressé une petite liste d’endroits florentins à visiter avant mon départ, j’ai d’abord recherché les lieux fréquentés par Hannibal Lecter et les poètes romantiques anglais (ils adorent l’Italie, et j’ai compris pourquoi en y allant). J’aime aller trouver des lieux explorés par des auteurs que j’apprécie, tenter de comprendre pourquoi il les ont aimés, et savoir comment je vais les percevoir. Quand je me suis rendue à Londres avec une amie l’an dernier, nous avons volontairement laissé de côté Westminster et Buckingham pour explorer la Tate Gallery et Baker Street.

DONC. Florence en deux mots : reposant et magnifique. Pourtant, je n’y ai passé que trois jours, mais c’était suffisant pour qu’une fois rentrée en France, j’aie l’impression d’être partie depuis au moins une semaine. (C’est toujours très étrange, ces retours de l’étranger : vous prenez le métro qui vous conduit chez vous comme si de rien n’était, parmi des gens qui sont au beau milieu de leur train-train hebdomadaire et qui ne se rendent absolument pas compte de ce que vous venez de vivre.)

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Palazzo Vecchio

Il a plu pendant tout le temps que j’ai passé à Florence avec ma sœur (ou presque), mais ça ne nous a pas empêchées de profiter des bonnes choses. Je conseille à tout le monde de voyager hors saison : il y a de la place dans les hôtels et les restaurants, et pour des prix abordables. Notre hôtel était situé dans la vieille ville, juste à côté de la cathédrale, ce qui nous a mis dans le bain pendant trois jours.

Se réveiller tous les matins dans une chambre d’hôtel (qui comptait trois pièces), prendre un petit-déjeuner délicieux servi en room service, et sortir dans une rue située pile à côté d’une des plus belles cathédrales d’Europe : quelle vie ! L’autre raison qui me pousse à partir à l’étranger, c’est recharger les batteries et trouver l’inspiration. Florence a été accueillante, chaleureuse et belle.

Alors OUI, bien sûr, nous avons fait la Galerie des Offices, qui est LE musée le plus connu de la ville. Oui, c’est un lieu très visité et qui figure en bonne place sur tous les guides touristiques. Mais il a des toiles de Botticelli, qui figure dans le top 3 de mes peintres préférés, que voulez-vous ? Voir Le Printemps en vrai était profondément émouvant. (Même si nous étions à côté d’un couple en adoration devant le tableau, et qui avait manifestement décidé d’effectuer un rituel hippie bizarre, à grands renforts de gestes lents et synchronisés.)

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On y a aussi croisé des anges androgynes…

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…ainsi que des chevaliers badass et mystérieux. Parfait, donc.

Et la nourriture était bonne, mais bonne ! Instant conseil gastronomie : Dal Barone. Un petit restaurant cosy, avec du bois partout, des bougies, de la bonne cuisine et des gens charmants. C’est le genre d’endroit sur lequel on tombe par hasard, à la fin d’une journée où on a beaucoup marché, et qui se révèle être la meilleure découverte culinaire du voyage.

En vrac, voici ce que j’ai préféré à Florence (dans sa vieille ville, en tout cas) :

  • Les rues, les rues, les rues. C’était un plaisir constant d’y marcher, de regarder l’architecture, les maisons, les petites ruelles, les avenues plus grandes avec des magasins. Souvenir : les pavés cabossés sous la pluie, sur lesquels on traînait nos valises l’après-midi de notre arrivée, capuchons sur la tête. Je vous jure qu’à ce moment-là, j’avais l’impression de visiter l’un des univers des livres de fantasy que j’affectionne – Gagner la Guerre ou Les Salauds Gentilhommes s’inspirent de toute façon de l’Italie.
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Pavés cabossés, donc…

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…mais aussi de grands espaces fort sympathiques.

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Sérieusement, on pourrait trouver une idée d’histoire dans chaque rue !

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Amour des rues florentines, épisode numéro quatre.

 

  • Le Ponte Vecchio, le dernier matin du voyage : le ciel était bleu, il y avait du soleil, et j’ai compris comment on pouvait le trouver ce pont beau. Le mauvais temps n’aide pas le Ponte Vecchio à faire bonne figure. Vraiment pas.
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Ledit pont.

  • L’ambiance chaleureuse et paisible qui se dégage de la vieille ville, que ça soit dans les rues ou les restaurants. Dépaysement garanti si vous vivez dans une grande métropole.
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Non mais regardez-moi ce tunnel. N’est-il pas adorable ?

  • Le musée Galileo : il regroupe une collection impressionnante d’objets et d’appareils scientifiques, datant de la Renaissance au début du XIXème siècle. Si vous avez comme moi une affection pour les astrolabes, le steampunk et plus globalement pour les anciens outils scientifiques, cette visite fera votre bonheur.
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Et voici une sphère armillaire.

 

  • L’Officina Profumo-Farmaceutica di Santa Maria Novella : trouvée en recherchant ce que Lord Byron avait pu aimer à Florence. C’est une parfumerie historique et ouverte au public (hors de prix, bien entendu, je me suis contentée de regarder et de sentir). Elle vaut le coup d’œil.
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Il paraît que la reine d’Angleterre elle-même s’y fournit. Voyez-vous ça.

  • Marcher à côté de la cathédrale tous les jours, et se dire que des personnages et des auteurs appréciés étaient passés dans les rues que je parcourais. J’ai été contente de pouvoir aimer ces lieux à mon tour.
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Nous avons habité à une minute de ce point précis (à gauche, la cathédrale) pendant trois jours. Comment faire mieux ?

Une chose pour finir : pendant mon voyage, je me suis amusée à chercher des gifs de la saison 3 d’Hannibal (je n’ai vu que sa fin, ne cherchez pas à comprendre), dont la première moitié se passe à Florence. Il semble que Mads Mikkelsen et Gillian Anderson soient passés par tous les endroits que ma sœur et moi avons fait. Comme la ville me manquait à mon retour en France, j’ai démarré le pilote de ladite saison, un soir, pour revoir les rues que j’avais aimées. En oubliant la raison pour laquelle je ne pouvais jamais continuer la série : le malaise dans lequel elle me plonge à la fin de chaque épisode.

C’est toujours le cas. Désolée, Mads. Mais sans le livre Hannibal, je n’aurais sans doute jamais eu l’idée d’aller à Florence. On va dire que cet article rembourse ma dette ? Allez.

Bonus :

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Au sommet du vertigineux Duomo, à la cathédrale Santa Maria del Fiore.

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Le Vampire de la rue Morgue

L’affiche de ma pièce de théâtre, Le Vampire de la rue Morgue © Alixe Goellner

Je n’en ai pas souvent parlé sur ce blog : dans la vraie vie, je suis écrivain. J’aime jeter des petites fictions sur internet parce que je ne vois pas où je pourrais les publier, quel éditeur en voudrait. Mais dans la vie réelle, il m’est arrivé d’être éditée, et d’y gagner quelques pièces sonnantes et trébuchantes. J’ai publié un premier roman, Clothilde & Adhémar, puis un roman-feuilleton, Le Manoir d’Érèbe, ce qui vous a valu il y a trois ans mon petit essai Comment écrire du gothique. À ce jour, c’est toujours l’un des articles les plus consultés de ce blog, à mon grand plaisir.

Mon roman-feuilleton a été publié en 2012. Depuis, même si j’ai écrit quelques histoires pour moi, j’ai surtout publié des articles ici et là sur internet, des interviews et un essai sur Jack White. Je me suis longtemps demandé quelle serait la prochaine histoire que je pourrais publier à l’extérieur.

Jusqu’à ce jour, il y a environ un an, où j’ai montré une pièce de théâtre à mon amie Maïté Cussey, comédienne et metteuse en scène qui dirige le Théâtre Ishtar. J’avais écrit ce texte pour moi, mais je voulais savoir s’il était jouable, et surtout s’il tenait la route. À l’époque, Maïté et moi jouions toutes les deux dans Britannicus, un projet parallèle dans lequel nous avions été recrutées. La répétition venait de se finir, et nous étions attablées dans un McDo. Tandis que je mangeais mes frites, Maïté me donnait un avis constructif sur la pièce que je lui avais fait lire. Quand elle eut terminé ses remarques, j’osai cette phrase qui décida de mon destin :

« En tout cas, si jamais tu as besoin de quelqu’un pour t’écrire une pièce, n’hésite pas.

– Eh bien, justement… »

Un instant plus tard, je sortais mon carnet de mon sac pour y noter les instructions de Maïté. J’étais réquisitionnée pour écrire une pièce pour le Théâtre Ishtar. Les consignes étaient claires. La pièce devrait :

  • Durer environ une heure
  • Pouvoir être jouée par quatre acteurs
  • Comporter des références littéraires
  • Avoir une enquête
  • Avoir du mystère et de discrets anachronismes

Une fois ces instructions griffonnées sur mon carnet, j’ai relevé la tête et officiellement réitéré mon accord. Challenge accepted. J’ai promis à Maïté une plot line dans la semaine.

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Isabella Poe (Maïté Cussey) et Roseleen (Ariane Chaumat) dans Le Vampire de la rue Morgue © Alix Debiaune

C’était ambitieux, je le confesse. Mais ça m’a obligée à trouver quelque chose très vite. Un beau matin, je me trouvais dans le lugubre métro qui devait m’amener à mon lugubre stage quand soudain ! La révélation. Je n’ai pas gardé le sms que j’ai envoyé à Maïté, mais je crois qu’il disait à peu près ceci : « Un détective, une femme écrivain et le fantôme d’une jeune fille enquêtent sur des meurtres en série. »

Le sms a été validé dans l’heure. Pendant mes moments libres et la pause de midi, j’ai commencé à barbouiller mon carnet de stage de notes sur mes personnages et la pièce. Étape 2 : développer une intrigue détaillée et la remettre à Maïté.

J’aime cet état d’exaltation, quand on est vraiment inspiré, et qu’on est en phase de construction. Dans ces moments-là, j’ai tendance à avoir la musique des films Sherlock Holmes qui joue en permanence dans ma tête. (La première référence littéraire de ma pièce est un clin d’œil au détective. Je lui devais bien ça.) Vous savez, ces moments dans les films où vous voyez des héroïnes écrivains qui écrivent frénétiquement, ou des savants qui tartinent avec passion leurs tableaux à la craie ? C’est exactement ce qu’on ressent.

Becoming Jane

Sauf que je suis gauchère.

Je crois que j’ai mis entre dix et quinze jours à mettre au point l’intrigue de ma pièce. J’ai envoyé à Maïté un résumé complet sur deux pages, qui la détaillait du début à la fin, avec quelques notes sur le caractère des personnages principaux. Un beau petit document Word qui respectait bien les restrictions imposées. Mais comme l’a dit le Maître : les restrictions nous rendent plus créatifs.

Je suis encore sidérée d’avoir eu carte blanche. Maïté m’a dit plusieurs fois, au cours de ces dernières semaines, qu’elle connaissait bien mon univers et qu’elle m’avait demandé d’écrire pour elle en connaissance de cause. Ceci dit, quand j’ai envoyé mon résumé qui contenait, en vrac, un fantôme, des vampires, une scène assez sombre et une absence totale de morale, je me suis demandé si tout allait être accepté. Et ça l’a été.

C’est ainsi que la rédaction du Vampire de la rue Morgue fut officiellement lancée.

Entendons-nous bien : la pièce est tout public. Il n’a jamais été question d’écrire du grand-guignol, et quand je parle d’une scène sombre, c’est que l’atmosphère de ce passage l’est. Il fait peur. Mais ça m’allait parfaitement, parce que mes objectifs et ceux du Théâtre Ishtar se rejoignent. Le Théâtre Ishtar veut rendre le théâtre accessible à tous, tout en défendant l’égalité des genres. Ses deux précédentes productions avaient réussi le pari de faire jouer du Molière (Les Femmes Savantes, dans lequel j’ai eu la chance d’avoir un rôle) et Shakespeare (Roméo et Juliette) devant un public aussi varié que conquis. Avec Le Vampire de la rue Morgue, je voulais raconter une bonne histoire, amuser les gens sans les prendre pour des idiots, et les rendre curieux. Qui sait, peut-être auraient-ils envie de lire Carmilla ou Edgar Poe en sortant de la salle ?

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Carmilla, dame vampire interprétée par Maïté Cussey dans Le Vampire de la rue Morgue © Alix Debiaune

Comme le casting allait être majoritairement féminin, j’ai eu l’occasion d’écrire des personnages de femmes intéressants. Là aussi, c’était une gageure : dans la plupart des mes histoires, on trouve une femme pour une majorité de personnages masculins. Là, c’était l’inverse.

Je me suis donc mise à griffonner, le soir en rentrant chez moi. L’atmosphère du lieu où je vivais à l’époque était assez lugubre, et pour m’accompagner, j’ai mis de la musique ou des films. Je me souviens de séances d’écriture en compagnie du cher Holmes, mais aussi d’Edward Rochester et même de John Thornton. (Je vous ai dit que les personnages féminins ne m’inspiraient pas avant.)

Histoire de me donner bonne conscience, j’ai effectué quelques recherches en rédigeant ma première version de la pièce. Je me suis abreuvée jusqu’à la lie de couvertures de penny dreadfuls, et je me suis plongée dans une atmosphère musicale particulière. Je me rappelle avoir écrit des passages entiers en écoutant les Variations Goldberg de Bach, et m’être fait peur toute seule en écrivant la scène où une créature terrifiante apparaît à deux de mes héros.

En Février, j’avais fini ma première ébauche et je l’avais recopiée sur ordinateur. J’écris toujours mes manuscrits importants à la main, avec des feuilles et un stylo bic. J’aime relire mes manuscrits, voir les ratures, les idées notées dans les marges. C’est peut-être old school, mais ça a son charme, et c’est la seule manière pour moi d’écrire mes projets importants.

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Exactement comme cette chère Jo March.

Cette fois, mon manuscrit allait être lu dans son intégralité par la metteuse en scène. Et même si Maïté avait déjà approuvé mon intrigue, j’avais quand même quelques craintes. Que la pièce soit ennuyeuse, que l’humour ne fonctionne pas, que les dialogues soient trop enfantins… Cependant, s’il y eut effectivement des retouches à faire, elles n’ont pas été de cet ordre. Pour une raison mystérieuse, l’histoire a été jugée assez bonne, et l’humour aussi.

L’histoire, la voici (oui, c’est le résumé officiel) : Dans les rues de Londres, des jeunes filles sont retrouvées assassinées. Lorsqu’une troisième est découverte rue Morgue avec deux marques sur le cou, le détective John Hillingworth soupçonne un vampire d’être à l’œuvre. Il décide de mener l’enquête, mais ne sera pas seul ! Isabella Poe, un écrivain spécialiste du surnaturel et Roseleen, un fantôme de jeune fille qui a réponse à tout, acceptent de l’aider. Au cours de leurs aventures, ils rencontreront Carmilla, l’aristocrate qui règne sur les vampires de la ville, un poète un peu trop amoureux des ténèbres et peut-être… le diable lui-même. Mais qui est l’auteur du meurtre de la rue Morgue ? Arriveront-ils à l’attraper ? Le temps leur est compté…

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Isabella Poe (Maïté Cussey), John Hillingworth (Ulysse Minéo) et Roseleen (Ariane Chaumat) dans Le Vampire de la rue Morgue © Alix Debiaune

Le premier jet d’une histoire est toujours le plus facile à écrire. J’ai écrit celui de ma pièce sans contrainte, je me suis laissée porter par mes personnages et, malgré les consignes dont j’ai parlé, j’étais totalement libre. Les retouches, en revanche, prennent plus de temps que la rédaction d’une première version. C’est un travail long et minutieux, très difficile en ce qui me concerne. Et qui m’a parfois donné envie de m’arracher les cheveux. Ou d’envoyer valdinguer Jarvis Jr (le nom de baptême de mon fidèle ordinateur) à l’autre bout de ma chambre.

On m’a dit plusieurs fois, après lecture de la pièce mais aussi ses représentations, que le texte était « carré » et « cohérent ». Je réponds toujours que Maïté y a grandement contribué. Pour rendre Le Vampire de la rue Morgue jouable et dynamique, elle m’a demandé d’inverser certaines scènes, et de rajouter des dialogues pour laisser à des comédiens le temps de se changer. Écrire des répliques supplémentaires m’a notamment permis d’étoffer le personnage de mon détective, John Hillingworth… et de lui donner une de ses meilleures répliques.

James Leander, le poète

En revanche, je n’ai pas eu à retoucher la scène du poète, James Leander (Ulysse Minéo), qui reste une de mes préférées © Alix Debiaune

J’ai eu la chance d’avoir mon mot à dire sur quelques éléments de mise en scène. (Ce dont, à mon avis, peu de dramaturges peuvent se targuer.) Quand nous avons eu nos premières discussions sur Le Vampire de la rue Morgue avec Maïté, j’ai pu donner mon avis sur les comédiens que je souhaitais voir dans tel ou tel rôle. Je me souviens avoir insisté pour qu’Ariane Chaumat joue Roseleen, et ce, dès que j’ai écrit les premières lignes du résumé. Ce personnage de fantôme est le seul de la pièce que j’avais déjà utilisé auparavant – elle hante mes histoires depuis des années. Je savais qu’Ariane était parfaite pour le rôle, mais mon amie metteuse en scène était légèrement sceptique… Jusqu’à ce qu’elle lise les premières scènes. Le fait est qu’après les deux premières de la pièce, Ariane Chaumat s’est acquis un tout nouveau fan club dans le public.

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Roseleen (Ariane Chaumat) et John Hillingworth (Ulysse Minéo) dans Le Vampire de la rue Morgue © Alix Debiaune

J’ai aussi eu droit de regard sur la musique, qui a été merveilleusement composée par Louis Nas pour l’occasion. Je voulais du clavecin dans la scène de Carmilla, et une musique effrayante pour la Créature. J’ai aussi demandé à ce que la robe de Roseleen soit blanche – c’était ma seule exigence concernant les costumes. (Chapeau bas à Mad’Hands, qui les a créés. Je garde un souvenir amusé du soir où nous avons décidé de la contacter.) J’ai aussi eu le droit de choisir l’illustratrice qui a conçu l’affiche de la pièce – la merveilleuse Alixe Goellner, qui a parfaitement saisi mes personnages. En fait, je me rends compte que j’ai eu mon mot à dire sur beaucoup de choses, et je suis persuadée que c’est exceptionnel. (Et je me sens soudain pleine de gratitude envers l’existence et, encore une fois, envers Maïté Cussey.)

L’écriture du Vampire de la rue Morgue m’a pris sept mois, retouches incluses. Entre temps, j’ai quitté Lyon, et j’y suis revenue juste à temps… pour la première. Je me souviens du jour où une amie du Théâtre Ishtar m’a envoyé un message sur Facebook pour me dire que les comédiens entamaient leur première lecture officielle de mon texte. J’ai fait une danse de la joie. Et nous arrivons à aujourd’hui, à la fin de cette histoire.

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Une vraie fin avec un happy end, oui – et le sourire de Thomas Sharpe. Romantisme victorien, tout ça.

Ou plus exactement, au 12 Novembre 2015. Le soir de la première. Je n’avais assisté à aucune répétition du Vampire. Je pense que j’aurais probablement refusé si j’en avais eu l’occasion. La surprise était totale.

Je pense que Maïté ne m’en voudra pas si je dévoile ceci : elle a choisi de placer les comédiens en situation lorsque le public entre dans la salle. Lorsque les portes se sont ouvertes, nous avons pu voir Isabella Poe à son bureau, avec Roseleen qui virevoltait autour d’elle, et entendre la musique qui les enveloppait. (Oui, Ariane Chaumat parvient à virevolter quand elle joue un fantôme.) Je me suis immédiatement sentie chez moi. Voir son univers qui prend vie est une expérience très étrange, exaltante, et aussi curieusement réconfortante.

Je crois que le plus angoissant en tant que dramaturge, lors de la première de sa pièce, c’est de se trouver au milieu du public et de littéralement sentir ses réactions. À quel moment va-t-il rire ? Est-ce qu’il s’ennuie ? Est-ce qu’il aime ce qu’il voit ?

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Roseleen (Ariane Chaumat) et Clarimonde (Rose Benz) dans Le Vampire de la rue Morgue © Alix Debiaune

Dans mon cas, l’histoire se finit bien, puisque les deux premières représentations – les 12 et 13 Novembre 2015 – du Vampire de la rue Morgue ont reçu une réaction unanimement positive. Les comédiens et la metteuse en scène méritent tous les éloges qu’ils ont reçus. Je serais d’ailleurs négligente si je ne mentionnais pas Ulysse Minéo et Rose Benz, qui m’ont ravie dans leurs rôles respectifs de John Hillingworth (et du poète) et de Clarimonde. La costumière et le compositeur se sont aussi attirés des louanges, à juste titre. Beaucoup de gens sont venus me trouver à la fin des deux représentations pour me poser des questions sur les personnages et me donner leurs retours – parfois très approfondis. Je ne m’attendais pas à de telles réactions. Et quand certains m’ont dit qu’ils avaient eu envie d’aller fureter du côté de la littérature pour mieux comprendre les clins d’œil de la pièce, je me suis dit que le pari était gagné.

Ces deux soirs vont rester gravés dans ma mémoire. C’est un merveilleux encouragement pour la suite : nous n’en avons pas fini avec Le Vampire de la rue Morgue, qui sera joué ailleurs. Par-dessus tout, ça m’a permis de voir mes personnages prendre vie sur scène. De voir mes enfants d’encre et de papier s’incarner en êtres de chair et de sang dans le monde réel.

Beaucoup d’auteurs ne peuvent pas en dire autant. Et à cause de cela, je me sens plus que jamais l’âme d’un jeune écrivain enthousiaste et prêt à noircir de nouvelles pages avec son stylo.

Je me demande à quoi va ressembler la suite.

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Tout a commencé par un coup de fil. Je m’apprêtais à passer la soirée chez une amie, affaires prêtes, sac en bandoulière, quand soudain… La sonnerie.

« Adeline, je te dérange ?

– Non, mais tu as dix minutes. Je suis sur le point de partir.

– Alors, je vais faire vite. Ça va sûrement te sembler violent, désolée de te faire exploser cette bombe à la figure, mais…

– Que se passe-t-il ?

– Voilà, je joue dans une autre pièce à côté des Femmes Savantes et un des comédiens vient de se désister. Ça t’intéresse ?

– Toujours !

– Alors, le rôle c’est Britannicus dans Britannicus.

– QUOI ? »

Au bout du fil : Maïté Cussey, comédienne admirée avant de devenir une amie. Elle dirige la troupe du Théâtre Ishtar à laquelle j’ai l’honneur de collaborer depuis un an. C’est elle qui m’a donné un rôle dans sa première mise en scène, Les Femmes Savantes ou Molière, l’apéro rock, me permettant de remonter sur les planches pour la première fois depuis des années. En Octobre, le spectacle a obtenu un prix au festival Terre de Scène(s) Villefranche. Pas trop mal pour une reprise d’activités. Et d’autres projets sont à venir – dont je ne peux malheureusement pas parler tout de suite. Ishtar est dans doute la chose la plus inattendue qui me soit arrivée en 2014… Mais revenons à nos moutons.

Après m’être assurée que Maïté parlait bien de la pièce de Racine et retenu un cri, j’ai accepté, évidemment. Je n’ai pas réfléchi une seconde : on n’allait me proposer ce rôle qu’une fois, et je ne le laisserais pas filer. J’ai raccroché, hurlé « YOUPI ! » (comme quoi, je n’ai pas retenu mon cri très longtemps) et suis partie chez mon amie. Ce fut une très bonne soirée. (Au cours de laquelle j’ai vu pour la première fois Les Aristochats et Cendrillon, mais c’est une autre histoire.)

Britannicus

Le texte en question. Bien usé.

Quelques jours plus tard, je me retrouvais avec la pièce de Jean Racine dans les mains, en train de griffonner des notes à côté des répliques et de chercher des idées pour le personnage. Officiellement, Britannicus était un spectacle qui mélangeait du théâtre, du chant et de la danse. Des danseurs de hip hop officient au milieu du spectacle, et des chanteuses viennent jouer entre les scènes. Le texte a été adapté par Claire Marc pour l’association O.S.E., et la mise en scène a été confiée à Vincent Breton, qui joue aussi Néron. (C’était sa première direction d’acteurs et il s’en est bien sorti.) Tous les comédiens venaient d’horizons différents. C’était un projet important : la pression était constante.

C’est aussi le rôle le plus important que j’aie eu à jouer. J’avais été recrutée fin Octobre, et les représentations commençaient mi-Décembre. Maïté et moi étions les dernières arrivées sur le projet, ce qui laissait à peine un mois pour apprendre le rôle et le développer. Il fallait trouver des idées, il les fallait vite, et il fallait surtout qu’elles soient intéressantes. (Maïté, qui jouait Agrippine, a eu une tirade de cinq pages à apprendre, et j’ai été impressionnée à chaque fois que je l’ai vue la jouer.)

J’ai fait la seule chose qui me soit venue à l’esprit : prendre exemple sur mes aînés. Quand Maïté m’a proposé Britannicus, j’ai immédiatement pensé que c’était un cadeau qui me permettrait de marcher sur les traces de mes héros. Peu de temps avant, Tom Hiddleston était remonté sur les planches pour jouer Coriolanus, et Richard Armitage pour incarner John Proctor dans The Crucible. Ayant lu et écouté un nombre démesuré incalculable d’interviews des deux messieurs, je me suis dit que le meilleur moyen afin de présenter un bon Britannicus était de m’inspirer de leurs méthodes de travail.

Which I did.

Le personnage de Britannicus souffre de la malédiction du jeune premier. Si on se contente de la pièce de Racine, il est facile d’en faire un jeune homme naïf, lumineux et qui ne comprend absolument rien aux machinations qui se trament autour de lui. Narcisse, son confident, le trahit. Junie, l’amour de sa vie, le met plusieurs fois en garde. Face à Néron, son frère adoptif, que la pièce montre petit à petit se transformer en assassin complètement frappé, Britannicus peut très vite paraître fade. [Blague à part, Britannicus  pourrait s’intituler Néron : The Origins. Non ? Bon.]

Neron meme

Une des chanteuses de Britannicus s’est amusée à faire des memes de Néron (Vincent Breton).

Le jeune premier : c’est ce que je voulais à tout prix éviter. Dans les faits, Britannicus a été assassiné par Néron peu avant ses 14 ans. Donc, on met de côté les recherches historiques et on revient au texte. Dans la deuxième scène où Britannicus apparaît, une phrase m’a interpellée : « Je renonce au royaume auquel j’étais destiné car je suis seul ».

Je l’ai surlignée et me la suis répétée sans arrêt. C’était la clé. L’autre m’a été fournie par Maïté elle-même, lors de notre première discussion à propos de la pièce. Elle m’a dit que Britannicus était « un prince déchu ». Ce qu’il est effectivement, au sens propre. Pour une romantique comme moi, ça impliquait beaucoup d’autres choses, et Maïté le savait.

Je n’ai regardé aucune autre mise en scène de Britannicus parce que je ne voulais pas être influencée. Mais je me suis inspirée d’autres personnages, ça oui. Et c’est là que les aînés sont intervenus – j’avais fait mes recherches historiques influencée par eux. Je me suis aidée de ce qu’ils avaient pu dire : il fallait que mon personnage ait une voix, une démarche, des motivations, et une certaine mentalité. La plus grande difficulté étant que je jouais un homme. Alors j’ai cherché.

J’ai immédiatement pensé à Guy de Gisborne. Question noble déchu et désabusé, il se pose là. Je lui ai piqué quelques trucs. (Bon, disons-le tout net, il a été ma référence n°1.) Pendant une répétition, Vincent m’a dit d’avoir la même démarche qu’Aragorn. Résultat : je suis allée scruter quelques scènes du Seigneur des Anneaux. Et je me suis mise à me tenir droite, tout le temps – jouer ce rôle m’aura au moins appris ça.

Guy of Gisborne

« Ainsi, Néron commence à ne plus se forcer ! »

Aragorn

« Je renonce au royaume auquel j’étais destiné car je suis seul. »

J’ai aussi constitué une playlist de sept morceaux que voici. Elle a des airs de mini BO de film. Je l’ai énormément écoutée pendant les semaines qui ont précédé la première, et ça m’a aidée à situer l’état d’esprit de Britannicus. A le garder, surtout.

1. How To Destroy Angels – The Space In Between

Pour l’atmosphère : c’est pesant, grave, solennel, mais ça m’évoque aussi des paysages. Le calme avant la tempête : Britannicus vit ses derniers jours. Et pour cette phrase : “Blinding light illuminates the scene.”

2. Anna Calvi – I’ll Be Your Man

Tout simplement parce que j’étais une fille qui jouait un homme – amoureux, de surcroît.

3. Petros Tabouris – Sikkinis (dance from the satyrical drama)

Pendant mes premières recherches, je suis tombée sur cet album. Tabouris a enregistré de vraies compositions datant de l’antiquité. Cet instrumental plonge tout de suite dans un univers de toges et de colonnes.

4. Petros Tabouris – Epitaph of Seikilos

Un morceau très court – à peine plus d’une minute – et lumineux. J’aime beaucoup les paroles, qui auraient pu être dites par Britannicus à Junie avant qu’il aille mourir :

Tant que tu vis, brille ! Ne t’afflige absolument de rien ! La vie ne dure guère. Le temps exige son tribut.

5. Richard Hawley – Standing At The Sky’s Edge

Cette chanson est un film à elle seule. Les grands espaces, les destins tragiques de personnages, la voix caverneuse de Richard Hawley : tout est là.

6. Nine Inch Nails – Something I Can Never Have

Britannicus à Junie. Que dire de plus ?

7. Ed Sheeran – I See Fire

Bon, je n’ai pas précisé qu’on avait répété Britannicus quelques semaines avant la sortie du Hobbit 3. Les deux jeunes femmes qui chantaient dans la pièce avaient l’habitude de jouer cette chanson avec une guitare acoustique pendant les pauses ou en coulisses. Je la trouve parfaite pour résumer l’état d’esprit de Britannicus.

Finalement, en faisant tout ça et en griffonnant des notes, j’ai réussi à créer mon Britannicus. Un prince déchu, digne, amer, amoureux de Junie et parfaitement conscient de ce qui se joue autour de lui. Au moment de quitter Junie, Britannicus sait qu’il ne la reverra plus et qu’il va se faire assassiner l’instant suivant. Mais il n’a pas peur. C’est une des qualités que je lui envie, d’ailleurs : son courage. Je trouve Britannicus extraordinairement courageux, et je serais bien incapable d’être aussi noble que lui dans les mêmes circonstances.

Jouer un rôle d’homme signifie ôter tout geste superflu. Pendant les répétitions, je me suis vite aperçue qu’il y avait des gestes que je ne pouvais plus faire, parce qu’ils étaient typiquement féminins. Même chose pour la voix : éviter absolument les aigus. Je me souviens d’une répétition où j’ai demandé à Hassen Fialip, qui jouait Narcisse, comment il aurait prononcé une phrase exclamative. Après, c’est une question d’habitude – même si un mois est court pour se préparer. Britannicus m’aura au moins appris à me tenir droite – une habitude que j’avais du mal à conserver avant.

A l’heure où j’écris ces lignes, la dernière représentation de Britannicus a eu lieu hier. Les dernières représentations sont toujours émouvantes. Celle-ci l’a été, pour de multiples raisons, et parce que j’ai eu l’occasion de rencontrer et de travailler avec des gens très différents. Je me suis fait de nouveaux amis inattendus, et j’ai appris énormément de choses. J’ai d’ailleurs été ravie de m’entendre aussi bien avec Audrey Jaillard, qui jouait Junie. (C’est intéressant, la relation qu’on développe avec ceux qui jouent nos amoureux.) Quand Britannicus lui a dit « On m’attend, Madame, il faut partir », hier soir, il la regardait vraiment pour la dernière fois.

Britannicus et moi nous séparons en bons termes. It was quite a journey, comme disent les Anglais, mais je ne suis pas mécontente de laisser Rome et Néron derrière moi. La cohabitation entre le prince et moi n’a pas toujours été facile, et psychologiquement, c’était parfois éprouvant. Ce n’est pas vraiment le type le plus joyeux du monde. Je reste attachée à ce personnage, et je suis contente d’avoir pu lui donner un peu de profondeur au lieu de l’avoir montré comme un jeune prince sautillant. Je suis très heureuse des retours que j’ai eus, et je suis encore sidérée qu’on m’ait proposé ce rôle. Jamais je n’oublierai cette expérience. Mais bon sang, je suis soulagée de ne plus rentrer chez moi chaque jour en pensant que je vis mes derniers instants et que l’Empire va s’effondrer.

Vale, Britannicus.

Néron meme2

Bonne question.

P.S. (deux jours plus tard) : Quand je préparais Britannicus, j’avais toujours cette image de lui, debout à l’entrée de son palais. Il se tient en haut des marches à côté d’une colonne et regarde le crépuscule en sachant que c’est l’un des derniers qu’il verra. Hier, je rentrais chez moi pendant que le soleil finissait de se coucher, et je me suis dit que la vue ne lui aurait pas déplu.

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Je n’ai jamais participé à des Top Ten sur ce blog, mais je cède à cette grande tradition sur l’invitation de Spleen La Jeune. Déjà, parce que j’aime son blog (et aussi son style d’écriture), deuxièmement parce qu’on s’entend bien sur Facebook – au XXIème siècle, ce genre de chose peut jouer.

Et le thème du jour est alléchant :

Les 10 personnages que vous aimeriez embarquer avec vous sur une île déserte

Alors ouais. Ouais, ça me dit bien. J’ajoute que le classement ci-dessous reflète mes idées du moment et qu’il se pourrait fort que je change d’avis demain. Cet article, lui, ne bougera pas.

(Article qui est sponsorisé par les Von Bondies, dont l’album Lack Of Communication est en musique de fond pendant je tapote mon clavier. Mais si, tu sais ? Le groupe dont le leader s’est méchamment encanaillé avec un certain White à Detroit il y a plus de dix ans. Bien sûr que tu sais. Je fais ma mauvaise langue parce qu’à côté de ça, l’album est un petit plaisir garage/western/etc.)

Donc. Les 10 personnages que je voudrais embarquer avec moi sur une île déserte soooont :

1) Jack Merridew dans Sa Majesté des Mouches. Je fais ça pour taquiner Spleen La Jeune mais surtout parce que j’adore ce personnage depuis que j’ai lu le bouquin de William Golding, il y a des années. Alors oui, Jack a un potentiel de dictateur en puissance, il est même un brin psychopathe, mais soyons honnête : je ne survivrais pas cinq minutes avec Porcinet ou Simon. (Ah, Simon…) Ralph, dans le genre boyscout sans peur et sans reproche… Pourquoi pas. Mais non.
J’en profite pour vous recommander le film en noir et blanc si vous ne l’avez pas vu :

2) James Steerforth dans David Copperfield. Parce que c’est un grand gaillard plein de ressources et un aventurier qui peut se tirer d’à peu près n’importe quelle situation. Il est arrogant, possède une classe folle et c’est aussi un séducteur. Bref, je ne vais pas m’ennuyer.

James Steerforth par Frank Reynolds.

3) Le Capitaine James Hook. (Ou quel que soit son nom : James Matthew Barrie précise dans Peter Pan qu’il ne s’agit pas de sa véritable identité.) A peu près pour les mêmes raisons. Sans compter que c’est un pirate, question comment survivre en île déserte, il doit s’y connaître. On finira par se raconter des histoires de Kraken au coin du feu.

4) Je sens que cette liste ne va pas compter beaucoup de filles. Donc Mercredi Addams. Elle trouve toujours de quoi s’occuper et je parie qu’elle saura déterrer un mystère bien macabre sur l’île en question. Et j’adore son sens de l’humour – j’en aurai besoin.

De l’humour, on a dit.

5) Edward Fairfax Rochester. « J’ai voyagé aux quatre coins du monde et j’ai de l’expérience. » Prouve-le, chéri. Après, s’il se met à expliquer quelles sont les plantes et la faune qui peuplent l’île comme dans la mini-série de 2006, je prends aussi.

Ça le botte. Great.

6) Lancelot du Lac. Je voulais absolument un des chevaliers des légendes arthuriennes et le gars a bien baroudé, erré, tout ce qu’on voudra. J’ai beaucoup de tendresse pour Galahad mais il claquera sur l’île au bout de trois jours. Non non, il faut un homme d’expérience pour ce genre d’expédition.

Lancelot du Lac, par François Baranger.

7) Ardeth Bay. Ardeth. Bay. Ai-je vraiment besoin de me justifier ?

8) James Howlett alias Logan alias Wolverine. Parce qu’il a le profil et que ça ne nécessite aucune autre justification (si ce n’est celle que nous entretenons tous deux une liaison intense ces temps-ci via les comics et les films).

Wolverine et Domino dessinés par Gabriele Dell’Otto. Et si, il va changer d’avis.

9) Alice Morgan. Je la vois d’ici arborer un grand sourire à cette idée.

10) Bilbon. Il est beaucoup plus débrouillard qu’il ne le croit et question plaisanteries, il se pose là. Il sait chanter des chansons aussi. (Je parie que Hook et Lancelot en connaissent aussi, mais je n’ai plus d’exemples précis.)

Ex aequo avec :

10) Violette Baudelaire. Elle peut inventer ce qu’elle veut à partir de trois fois rien. Je note que tous les génies proclamés de ma liste sont des filles, pour une fois. Good.

(Je n’emmènerai pas Tony Stark parce qu’il ne tiendrait pas deux heures sans machines ni internet. Ni Guy de Gisborne parce qu’il déteste le fait de rester trop longtemps en compagnie de plus de cinq personnes. Désolée, les gars.)

Voilà. En relisant tout ça, ça fait une équipe sacrément badass. J’attends d’emmener tout ce petit monde avec moi pour qu’on mette une raclée aux alligators géants, qu’on trouve des cadavres et des trésors enfouis et, avec un peu de chance, qu’on revienne tous vivants à la fin. Mais vu la trempe des gars et filles, je pense qu’on a nos toutes nos chances.

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Il y a plus d’un mois, une amie photographe m’a demandé de poser pour elle dans une série de photos gothiques. Je n’avais jamais fait ce genre de chose auparavant, j’ai donc accepté. Et je me suis beaucoup amusée. (Avoir pour ordre de venir intégralement vêtue de noir et de poser dans un lieu digne d’un film d’horreur, comment refuser ? Il y avait même des jeux pour enfants déserts non loin de là. Le décor était délicieusement lugubre.) La lumière était particulière ce jour-là, pour le plus grand bonheur d’Ariane. Je publie ces photos sur mon blog avec sa bénédiction.

Automne. Entre deux orages, voici l’histoire d’une jeune fille qui arrive dans un pensionnat où il se passe de curieuses choses.

© Ariane

© Ariane

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© Ariane

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© Ariane

© Ariane

© Ariane

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© Ariane

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Pour ceux qui en douteraient encore, Mai est le plus fou des mois de l’année. En effet, tout le monde est encore en manteau/écharpe alors qu’on devrait être en robe. (Ou short.)

Ça n’est pas une raison ? Alors laissez-moi dire que Mai a été le plus fou des mois de l’année pour moi, en tout cas. Mai a vu mes trois projets de l’année se réaliser.

Dans l’ordre :

1) La suite et fin de la publication de mes six articles sur l’esthétique de Jack White pour le site Whitestripes.fr.

2) Aller au concert des Raveonettes. (Ce qui m’a permis de récupérer une setlist et, au passage, de tomber amoureuse de Sune Rose Wagner.)

3) Donner une interview publique de l’écrivain américain Richard Powers.

Mon interview a eu lieu mardi et elle fut épique. C’est le mot.

Pour faire court, les élèves de mon master à Lyon avaient l’opportunité de participer aux Assises Internationales du Roman. Parmi les rôles proposés, il était possible de donner une interview publique d’un auteur issu de la liste des invités. Cette mission porte le nom très smart de : modérateur(trice, dans mon cas) en bibliothèque. (Oui, modérer, c’est la vie.)

Ni une ni deux, je suis rentrée chez moi avec la liste dans la main et j’ai aussitôt fait des recherches sur chacun des auteurs. Histoire de déterminer leur profil, v’voyez. Richard Powers m’a très vite intéressée. Le monsieur est ancien programmateur informatique, musicien accompli, professeur dans une fac de lettres dans l’Illinois et accessoirement romancier. « Un des romanciers les plus importants de ce début de siècle », ai-je entendu dire plusieurs journalistes.

Bref, Powers est presque un génie, qu’on se le dise. Ma lecture de ses interviews l’a confirmé. Dès lors, je voulais interviewer celui-là et pas un autre. Ceux qui fréquentent ce blog connaissent mon dangereux penchant pour les messieurs qui touchent à tous les domaines.
Cela dit, sans ma fréquentation assidue d’un certain Anthony Stark cette année, je n’aurais pas mis autant de volonté à vouloir interviewer cet écrivain et pas un autre.

Donc, j’ai décroché ce que je voulais : une interview publique avec Richard Powers, le 28 Mai 2013. Joie, bonheur, etc. La date fatidique approchait et la veille de l’interview, j’ai procédé à plusieurs manœuvres afin d’être certaine que tout se passerait pour le mieux.

– Comme je suis une étudiante sérieuse, j’ai relu les questions que j’avais préparées, ajoutant une note ici et là.

– Comme je voulais absolument m’endormir et me réveiller dans un bon état d’esprit, j’ai revu Thor. Oui, Thor, le film. Ma dernière affection en date se nomme Tom Hiddleston et, entre Thor et The Deep Blue Sea, le choix est vite fait s’il s’agit de garder le moral. (Oui, Tom est drôle, Tom est élégant, Tom est amoureux de Robert Downey Jr, Tom joue Shakespeare, Tom invite ses fans à le saluer dans la rue, Tom cite des ouvrages que je ne connais pas et que j’ai envie de lire. Tom est parfait. Loki l’est encore plus, mais j’y reviendrai dans un prochain post.)

Finalement, le grand jour est arrivé. Et ô miracle, il faisait presque beau. Presque. J’ai donc revêtu la robe prévue pour l’occasion et écouté Miles Kane me seriner pour la millième fois que « je ne devais pas oublier qui j’étais ».
Puis, avec un air de conquérante, je suis partie affronter mon destin.

Et c’est là que les choses se sont gâtées et que le mot épique prend tout son sens. Après une matinée teintée de trac – et quand toutes vos amies vous disent que ça va bien se passer, ne croyez pas, ça ne fait qu’empirer les choses ; et aussi quand vous êtes tombée quelques jours auparavant sur un blog annonçant l’évènement –, je me suis mise en route pour la médiathèque où devait avoir lieu la rencontre fatidique.
Je voulais arriver une demi-heure en avance – je suis une journaliste sérieuse (ton de Bridget Jones) – mais le métro de Lyon a contré mes plans. Une puissance d’un autre monde a trouvé le moyen de bloquer la ligne que je devais emprunter.

Là, vous devez imaginer une petite fille en robe vintage totalement désemparée et affolée sous la pluie. Vous l’avez ? C’est moi.

J’ai un aveu à faire : je n’aime pas les portables. Mais cette fois, le mien m’a été utile. Et comme j’ai des amies fantastiques, j’ai pu prévenir l’une d’elle qui a pu alerter la bibliothèque de mon retard.
Résultat des courses : rejointe par des amies, j’ai pu prendre le métro débloqué et arriver avec deux minutes de retard sur les lieux.

On peut résumer la situation ainsi : arrivée à la médiathèque, je parviens à une porte dont le panneau affiche un terrible COMPLET. Un cerbère en barre l’entrée.

« C’est pour l’interview de Richard Powers.

– C’est complet, je suis désolée.

– C’est moi qui dois lui poser des questions. »

Forcément, ça change tout. La porte s’ouvre et là, je constate qu’effectivement, la salle est pleine à craquer, que l’interprète et l’auteur sont déjà sur scène. En bref, qu’ils n’attendent plus que moi.
Doux Jésus. Je n’ai d’autre choix que de m’avancer, monter sur scène, serrer la main de Mr Powers avec qui je n’aurais pas échangé un mot avant. Et d’enchaîner.

Le stress consécutif à cette aventure a petit à petit disparu au cours de l’interview. Je suis contente de dire que j’ai bien géré mon temps et que, chose heureuse, le public a été très réactif. Oui parce qu’il y a forcément la partie échange avec le public. Partie au terme de laquelle j’ai pu prononcer la phrase mainte fois entendue dans des films ou de vraies conférences : « Encore une question et nous devrons terminer l’entretien ».

Et c’est au terme de cette interview d’1h30 que j’ai enfin pu parler à Richard Powers. Seule à seul. En anglais.

Le test de la mort, en quelque sorte. Parce que, si j’ai appris à parler cette langue toute seule – les cours ne servent absolument à rien si on veut parler couramment –, que la plupart de mes recherches universitaires se font en anglais, que je suis capable de voir des films en vo sans sous-titres et que je parle anglais tous les soirs environ, passer à une pratique en direct live avec un américain en chair et en os relevait d’un tout autre jeu.

Ce fut merveilleux. Pas seulement parce que je parlais à un auteur pour lequel j’ai appris à avoir, au fil des derniers mois, une grande admiration, pas seulement parce que je pensais au fur et à mesure de la conversation que « bon sang, tu parles anglais exactement comme tu imaginais que tu parlais anglais, ma petite ! », mais aussi parce que j’ai pu lui parler de sujets totalement inattendus.
Nous avons parlé de Jack White.

Et ouais. Suite à une question d’un spectateur, Richard Powers avait donné un peu plus tôt un de ses derniers coups de cœur littéraires en date : un livre sur l’histoire du rock. Notre dialogue (après qu’il m’ait dit que j’avais fait un bon travail et signé quelques autographes à des lecteurs), si j’en donne une traduction approximative, a donc donné à peu près ça.

« Quel est votre groupe de rock préféré ?

– Actuel ou d’avant ?

– Peu importe, comme vous voulez.

– C’est cliché si je dis les Beatles ?

– Pas du tout ! C’est un groupe génial. Moi, ça serait Jack White.

– (d’un air convaincu) Oh, bon choix.

– Il est un peu byronien…

– En effet.

– Vous approuvez ?

– Oui, il a cette aura romantique. »

Là, une petite lampe s’allume au-dessus de ma tête parce que c’est exactement l’analyse que j’avais faite de White dans mes récents articles. Je vous épargne une traduction intégrale. J’ajoute simplement que j’ai réussi ma mission du jour : Mr Powers m’a donné l’autorisation de lui écrire. (Si je n’avais pas tenté ça, je serais rentrée chez moi avec l’impression d’avoir manqué ma journée.) J’ai aussi pu glisser que j’avais été publiée et il m’a demandé mes projets. Bref.

Tout est bien qui finit bien. Surtout quand on clôt une journée, même épuisante et pluvieuse, dans un bar à donuts avec des amies.
Une question, cependant, me turlupinait : avais-je été digne des maîtres et héros qui m’avaient formée et que j’admirais ? Pouvais-je rentrer chez moi et oser croiser le regard d’un seul des personnages accrochés sur mon mur ? Je n’en étais pas certaine.

Cependant, avec le recul, dès le lendemain, je me suis rendue compte que je ne m’en étais pas trop mal sortie. Après tout, j’ai fait cela avant tout pour mes études et un professeur qui était là durant mon entretien m’a dit que j’avais fait du bon travail. Et j’ai pu rencontrer Richard Powers, un presque génie, un des plus grands écrivains actuels. Un homme que j’admire et avec qui j’ai pu parler de Jack White. Que demander de plus ?

Après tout, je n’ai peut-être pas été une élève indigne de Stark et consorts.

Et maintenant ? C’est un sentiment bizarre que d’avoir réalisé tous ses projets de l’année. Le sentiment de vide est assez… déconcertant. Je me suis donc efforcée de penser à tous les nouveaux projets qui s’étaient présentés à moi ces derniers jours et de continuer le boulot.
Au cours de la semaine des Assises Internationales du Roman, je suis aussi allée assister à d’autres rencontres, des entretiens menés par des amies, une table ronde avec de prestigieux auteurs irlandais (expérience étrange : voir que le public qui a recours à la traduction simultanée rit vingt secondes après que vous, vous ayez compris la blague de Kate O’Riordan).

Les étudiantes qui participent à ces Assises répètent que nous prenons part à une expérience extraordinaire et que nous avons une opportunité fantastique. Ça, c’est le genre de chose qui m’échappe et que je ne réaliserai que trois mois plus tard. Si je le réalise.

Pour l’heure, je suis contente d’avoir fait du bon boulot.

Et je m’en vais retourner à mes préoccupations du moment. Il se peut que j’en parle prochainement sur ce blog, d’ailleurs. Il y a la suite de mon enquête sur Arthur Hughes, évidemment, et d’autres projets. Il y a aussi une préoccupation nommée Loki Laufeyson…

A suivre, donc.

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