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Archive for March, 2016

catherine morland

(Cet article est sponsorisé par la version 2007 de Northanger Abbey.)

La semaine dernière, j’ai battu un petit record personnel en matière de lecture hebdomadaire. J’ai pris du retard dans le nombre de livres que je dévore chaque semaine, et j’ai donc décidé de mettre les bouchées doubles. (J’ai failli dire que j’absorbais les livres, mais ça vous aurait sans doute paru bizarre.)

Je ne me fixe pas un nombre précis de livres à lire par mois. Je vois certaines youtubeuses se faire de véritables marathons de lecture pour alimenter leurs vidéos mensuelles, et j’ai plutôt l’impression que ça tient de la performance/contrainte qu’autre chose. Je dévore des livres, moi aussi, mais je ne le fais pas par contrainte, ni par envie d’épater la galerie. Je te vois, avec ton sourire goguenard, en train de dire « mais bien sûr » derrière ton écran. Soit.

Il se trouve simplement que pour des raisons diverses et variées, je me suis fixé un petit défi qui consistait à lire trois livres en une semaine. Que j’ai enfin réussi à tenir la semaine dernière.

tony stark dancing

Ma réaction après avoir refermé le troisième livre en question.

Avec le recul, mes trois lectures avaient toutes un point commun : elles appartenaient au domaine public. J’en profite pour les partager avec vous, avec les liens qui y conduisent, parce que ce sont trois coups de cœur dont le monde aurait tort de se priver :

Evelina, de Fanny Burney. Un roman épistolaire publié en 1778 : c’est délicieusement charmant, drôle, et addictif. Burney est un des auteurs qui a inspiré Jane Austen, et à la lecture de ce roman, on comprend parfaitement pourquoi. Je ne me suis pas ennuyée une seconde, et c’était exactement ce que je recherchais. C’était pétillant, rempli à ras bord de gentlemen et de bonnes manières. Seul inconvénient : les évanouissements et les crises de larmes de l’héroïne – par ailleurs pas tout à fait cruche. Je me le suis procuré dans une vieille traduction sur Wikisource.

Pauline’s passion and punishment de Louisa May Alcott (1863). Parallèlement à ses mondialement célèbres Quatre Filles du Dr March, Alcott a aussi publié un certain nombre de romans et nouvelles. Dont certains anonymement ou sous pseudonyme, comme ce court roman appartenant au genre de la « littérature à sensation ». Comprendre : des rebondissements, de la noirceur, etc. Le point fort de Pauline… ? Son héroïne. Elle est indépendante, belle et machiavélique à souhait. C’est une vraie méchante dont les motifs nous sont montrés dès le départ : rejetée de façon absolument injuste par l’homme qu’elle aime, Pauline ourdit sa vengeance. Le seul défaut de cette histoire est sa fin trop abrupte. Mais les personnages sont attachants, tous ont leurs motivations. Malgré sa catégorie « héroïne du XIXème siècle », Pauline ne s’évanouit pas, et ne pleure jamais. Je n’irai pas jusqu’à dire que l’histoire est jouissive, mais elle tient son lecteur en haleine de la première à la dernière ligne. Avantage : elle est très courte. Je me la suis procurée en version originale (la seule existante) sur Project Gutenberg.

catherine morland2

« Cette histoire va très mal finir. Obligé. Je le sens pas. »

Beaucoup de bruit pour rien de William Shakespeare (1600). Je ne présente plus cette pièce, elle a eu moult mises en scènes au théâtre et au cinéma. Je n’ai pas encore vu celle de Kenneth Branagh, mais j’ai beaucoup aimé celle de Joss Whedon, élégante à souhait. (Connaître les conditions de tournage m’a fait encore plus aimer ce film quand je l’ai vu.) C’était donc très difficile de ne pas avoir les acteurs en tête en la lisant. Quand j’aurai fini de lire toutes les pièces de Shakespeare à la fin de l’année – car c’est lui, l’auteur dont j’ai choisi de lire l’œuvre en 2016 –, il se peut fort que celle-ci se retrouve dans mon top 10. J’ai lu la traduction de François Guizot, disponible sur Project Gutenberg.

Parmi ces trois livres, deux ne sont plus édités. (Et ce n’est évidemment pas celui de Shakespeare.) En France, personne ne se soucie d’offrir une nouvelle traduction à Evelina – alors qu’on a droit à de nombreuses réécritures de Jane Austen sur les étagères des librairies. Quant au récit d’Alcott, inutile de dire qu’il n’a jamais été traduit tout court. Le domaine public reste donc le seul moyen de les découvrir.

Le domaine public est donc un peu frustrant, parce qu’on y trouve de très nombreuses merveilles littéraires tombées dans l’oubli, peut-être définitivement. Pourquoi ne sont-elles pas rééditées ? Mais c’est aussi un moyen de les redécouvrir, d’avoir un accès parfaitement légal, gratuit et illimité à des œuvres sur lesquelles on ne pourrait jamais mettre la main autrement.

Il y a quelques années… Deux ans ? Trois ans ? J’ai fait l’acquisition d’une liseuse. Pas pour abandonner le format papier : j’achète régulièrement des livres en librairie ou par correspondance. Mais il se trouve qu’une grande partie des livres que je souhaite lire ne sont tout simplement plus édités. Plutôt que de me tuer les yeux en les lisant sur mon ordinateur, je me suis offert ma liseuse, Miss Amelia Spook (oui, je l’ai baptisée, comme mon ordinateur). Et ça m’a ouvert des horizons infinis !

Bibliothèque belle et la bête

C’est à peu près ça.

Brusquement, j’ai pu avoir accès à toutes sortes de livres que je pensais ne jamais lire un jour. Ces derniers temps, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir les livres cités par Louisa May Alcott dans Les Quatre Filles du Dr March. (Encore elle, oui.) Les passages où l’on voit Jo lire sont nombreux, et il s’agit souvent de livres célèbres à l’époque, et totalement oubliés aujourd’hui. Ainsi, j’ai pu dévorer Le Vicaire de Wakefield d’Oliver Goldsmith (traduit par Charles Nodier himself), Sintram and His Companions dont je vous ai déjà parlé, ou encore Evelina. Il me reste à rencontrer L’héritier des Redclyffe et Samuel Johnson, entre autres.

Le domaine public m’a ouvert une véritable bibliothèque. J’ai pu y trouver les livres préférés de Dante Gabriel Rossetti, et la biographie de Lord Byron par Louise Swanton Belloc, qui me faisait de l’œil depuis longtemps via une citation trouvée sur le net… (Il n’y a pas à dire, c’est quand même plus sympathique de lire les biographies de gens fameux écrites par des gens qui les ont connus, ou ont côtoyé leur entourage.) Sans oublier les romans de fantasy de ce génie de William Morris, qui ont inspiré Tolkien ! Bref, la liste est longue. Et celle des livres qui attendent sur ma liseuse l’est tout autant.

klaus baudelaire and books

J’ai l’embarras du choix.

Certains de ces livres sont encore édités par des maisons d’édition anglaises ou américaines, qui semblent avoir bien meilleur goût que nous. Mais c’est loin d’être le cas de toutes les œuvres que je viens de citer. Bien sûr, le domaine public me permet aussi de mettre la main sur toutes les pièces de Shakespeare, les livres de Machiavel et tous les romans français du XIXème siècle encore publiés de nos jours. Certains diront que je fais perdre de l’argent aux libraires, je suppose. Je répondrai que le jour où les livres de poche cesseront d’avoir leurs douteuses couvertures blanches et s’inspireront un peu des délicieuses éditions anglo-saxonnes, je recommencerai à acheter des classiques en format papier. Après tout, je compense en achetant les œuvres d’auteurs vivants et pas seulement.

Aussi merveilleux le domaine public soit-il, on n’y trouve pas tout. Ce qui peut parfois s’avérer extrêmement frustrant. Récemment, une amie m’a parlé de The Female Detective, d’Andrew Forrester. Ce recueil de nouvelles, publié au XIXème siècle avant Sherlock Holmes, met en scène une femme qui résout des enquêtes. Évidemment, je me suis aussitôt mise sur sa piste… mais c’est un livre introuvable sur le domaine public. Surprise : le livre vient d’être exhumé des profondeurs de l’oubli pour être réédité. Une fois n’est pas coutume.

Comme on arrive à la fin de cet article, je vous offre un petit classement des sites où je me fournis. (C’est de la bonne, tu verras.) Tous ne sont pas parfaits, mais ils ont chacun leurs avantages. Sauf exception, ce que vous ne trouverez pas sur l’un sera toujours sur l’autre :

1. Project Gutenberg : leurs formats epub ne m’ont jamais déçue. Les textes sont complets dans 99 % des cas, et vous pouvez choisir de télécharger les livres illustrés avec ou sans images pour votre liseuse. Which is great. Vous y trouverez aussi pas mal de traductions. (Je viens de découvrir un bouquin intitulé A day with Lord Byron en écrivant cet article, tiens. Une jolie biographie illustrée qui raconte un jour de la vie du poète, par May Clarissa Gillington Byron. Amelia, prépare-toi, je vais te nourrir.)

thor

And for the first time on this blog: Chris Hemsworth!

2. Internet Archive : surtout pratique pour les livres illustrés, parce que leurs conversions au format epub sont souvent désastreuses. En revanche, archive.org propose un nombre incalculable de livres illustrés en très bonne qualité. C’est une mine d’or pour les livres de gravures et d’estampes. En fait, c’est une mine d’or pour un très grand nombre de livres tombés dans le domaine public, à condition de vouloir les lire en pdf, ce que les liseuses peuvent faire… Mais c’est un tantinet moins pratique. Ce site occupe une place particulière dans mon cœur, parce que c’est avec lui que j’ai commencé ma quête de livres oubliés. Je regrette qu’ils aient enlevé les mots « universal access to knowledge » qui apparaissaient dès qu’on plaçait sa souris dans la fenêtre de recherche. C’était magique à chaque fois.

3. Wikisource : tous leurs livres ne sont pas disponibles au format epub ou Kindle. (Si vous cherchez, il existe plusieurs moyens de convertir les formats des textes présentés, cependant.) On y trouve beaucoup de traductions en français d’œuvres anciennes avec une présentation claire, ce qui est plutôt bienvenu. Mais leur catalogue est assez peu fourni, comparé aux autres sites que je vous montre.

4. Gallica : le site de la BNF et celui que j’utilise en dernier recours. Cela dit, il est immense, et peut offrir des ressources bienvenues. (Exempli gratia : j’ai trouvé le premier volume du livre de Louise Swanton Belloc sur Internet Archive, le second sur Gallica. Ce que l’un n’a pas, etc.)

Si vous aussi vous souhaitez explorer cette immense caverne d’Ali Baba qu’est le domaine public, n’hésitez pas à vous plonger dedans. Je vous préviens, ça peut devenir addictif. Mais au fil de vos pérégrinations, vous tomberez peut-être sur des petits bijoux que vous voudrez partager avec tout le monde. Et au moins, quand le personnage d’un roman victorien citera Belinda ou parlera d’un mystérieux vicaire, vous saurez de quoi il retourne.

northanger abbey1

Et vous pourrez signaler votre érudition

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avec autant de classe qu’un Mr. Tilney.

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