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Archive for August, 2015

J’ai souvent dit que les filles ne m’intéressaient pas. Et ce blog en est la preuve : j’ai dû consacrer un seul article à une femme depuis sa création. Les figures qui m’inspirent ont toujours été des figures d’hommes, depuis que je suis consciente de les avoir érigées en modèles. Depuis peu, il semblerait que la donne soit en train de changer. Une fois n’est pas coutume, cet article portera donc uniquement sur des figures féminines. Voici les femmes que je me donne pour modèles, sources d’inspiration ou plus simplement, sujets d’admiration. En ces temps troublés, j’aime à savoir qu’il existe des femmes qui inventent des choses et qui savent où elles vont. (C’est du moins l’impression qu’elles donnent, ce qui est déjà bien.) J’ai le sentiment qu’on ne médiatise pas assez les femmes qui créent, qu’elles soient artistes ou savantes. Ça changera.

RUTH WILSON

Ruth-WilsonJ’ai découvert Ruth Wilson dans la série Luther, où elle jouait la géniale – et parfois flippante – Alice Morgan dont j’ai déjà parlé. Le pilote de la série fait sans doute partie des épisodes que j’ai le plus vus toutes séries confondues. La dame m’a tellement impressionnée que j’ai jeté un œil à sa filmographie : c’est ainsi que j’ai vu Jane Eyre (2006), où elle campe l’héroïne de Charlotte Brontë avec un naturel et une fougue désarmants. Je ne vais pas réciter toute sa carrière, au demeurant très intéressante. Les lecteurs de ce blog le savent : j’ai toujours eu un faible pour les personnes multi-fonctions. Ruth Wilson ne fait pas exception à la règle. En plus d’alterner les tournages et les représentations théâtrales, la dame est aussi metteuse en scène : elle a dirigé et interprété trois petites pièces d’Eugene O’Neill en 2013 et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Elle travaille aussi à un scénario sur la vie de son grand-père, qui a été écrivain et agent secret. Wilson est d’une grande intelligence, et fait preuve d’une maîtrise d’elle-même que ses interviews démontrent assez bien. Je vous mets un lien vers l’excellent portrait que lui a consacré le Guardian en 2013 (tellement bon, en fait, qu’il a figuré dans leur top des meilleurs portraits publiés par le journal cette année-là). A un journaliste qui lui demandait s’il lui arrivait d’être angoissée, la dame a calmement répondu qu’elle n’en avait pas le temps.

Ruth Wilson, tu es mon héroïne !

ANNA CALVI

annacalvi1Personne ne chante le désir comme Anna Calvi. Un jour de 2011, je me suis retrouvée à la Fnac en train d’écouter les nouveautés musicales avec les énormes écouteurs mis à disposition. Quelqu’un s’était trompé en attribuant des albums aux mauvaises pochettes. Résultat, en appuyant sur celle de je ne sais plus quel groupe, je me suis retrouvée à écouter un morceau de guitare qui m’a envoûtée immédiatement. Les morceaux suivants étaient chantés par… une femme ! Le vendeur avait inversé l’album que je voulais écouter avec celui d’Anna Calvi, dont la pochette se trouvait juste au-dessus. J’ai été conquise, et Calvi m’avait bien eue. A force d’être évoquée dans tous les journaux culturels, l’Anglaise avait suscité chez moi une certaine méfiance. A tort : son premier album est un de ceux que j’ai le plus écoutés cette année-là, et que je réécoute régulièrement. (Soyons clairs : j’ai beaucoup aimé l’EP et l’album qui ont suivis.) J’admire Anna Calvi pour son charisme presque viril, qui est renforcé par ses tenues de scènes. A côté de ça, elle est d’une sensualité folle et fait preuve d’une grande féminité dans ses paroles et son chant. Une atmosphère très cinématographique, nocturne et sensuelle se dégage de sa musique.

Anna Calvi, c’est une petite femme cultivée, timide, dotée d’une voix minuscule quand elle parle mais qui se transforme en ouragan sur scène, et qui a maintenu un voile complet sur sa vie privée. J’aime son écriture, sa musique, son jeu de guitare et cette merveilleuse vidéo où elle improvise un solo devant une toile de Turner :

LORDE

lordeY en a pas que pour les Anglaises, hein. En l’occurrence, Lorde est Néo-zélandaise et je me suis familiarisée avec sa musique il y a relativement peu de temps. Je me souviens avoir pensé que Royals était un des singles les plus chouettes que j’avais pu entendre à la radio (dans un bus, en plus) depuis longtemps. C’était dépouillé et d’autant plus gonflé. Après être passée par plusieurs phases allant de « son jeu de scène est bizarre » à « j’aime bien ses cheveux » (réflexions profondes s’il en est), je me suis retrouvée à écouter son album par un bel après-midi. Que j’ai réécouté. Et réécouté. Là encore, j’aime bien la demoiselle pour son écriture – sa maman est poétesse, j’imagine qu’un truc s’est transmis. J’aime ses cheveux. La gamine a dix-huit ans, elle a une véritable présence scénique et elle tient tout un concert avec seulement deux musiciens et une scénographie simplissime. Elle répond avec aplomb en interview et n’hésite jamais à dire ce qu’elle n’aime pas (quitte à critiquer ses aînés). Je l’apprécie pour son intelligence, son charisme et le fait qu’elle ait géré si jeune la direction artistique de la BO du troisième Hunger Games. Dans un autre genre musical, elle me fait un peu penser à Kate Bush jeune, qui écrivait sa musique, collaborait avec les grands (coucou David Gilmour) et dansait bizarrement elle aussi. Je suis curieuse de voir comment Lorde va évoluer.

En bonus, je ne peux pas ne pas évoquer brièvement trois femmes trépassées que j’admire. Je me serais sentie coupable de ne pas les mentionner.

Hedy Lamarr, actrice hollywoodienne le jour et superhéroïne qui va chasser les nazis la nuit (j’exagère à peine). Elle était aussi mathématicienne, inventrice de génie (on lui doit le système d’étalement de spectre, utilisé dans la technologie Wi-Fi) et l’amante de nombreux acteurs célèbres. C’est d’elle que l’illustrateur Bob Kane s’est inspiré pour créer Catwoman. L’aventure de Lamarr avec cet autre génie d’Orson Welles me fascinera toujours. Je ne cesse de m’interroger sur ce qu’ils ont pu se dire !

ada lovelace

Ada Lovelace

Ada Lovelace : Lord Byron n’aura jamais su qu’il était le père d’un génie en puissance. Encouragée par sa mère qui voulait à tout prix que sa fille ne soit jamais atteinte de la même « folie » que son poète de père, Ada a appris les mathématiques très tôt. Ce qui ne l’a pas empêchée d’être mêlée à quelques scandales… Tel père, telle fille. La malicieuse Ada était une femme extrêmement cultivée, et on la considère comme la première programmeuse de l’Histoire. Elle laisse derrière elle plusieurs écrits et une vie palpitante ! Coïncidence : elle est décédée au même âge que son père, à 36 ans. Malgré les efforts de sa mère, Ada a admiré Lord Byron toute sa vie et a demandé à être enterrée à ses côtés. Sacrée famille.

Hildegarde de Bingen : Une religieuse mystique qui avait plus d’un tour sous son voile. Au XIIème siècle, Hildegarde a été médecin et a inventé des remèdes, composé de la musique toujours jouée à l’heure actuelle, a créé son propre langage et sa propre écriture afin de retranscrire ses visions. Après sa mort, elle a été canonisée et nommée Docteur de l’Église. Tu. M’étonnes.

Voilà, c’est fait. Je ne peux plus dire que les femmes n’ont aucun intérêt pour moi, c’est officiellement faux.

hedy lamarr

Hedy approves.

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vampire chronicles

Soit la question qu’on se pose depuis quelques décennies.

Il est des livres qu’on s’obstine à finir parce qu’on a envie de croire, jusqu’à la dernière page, qu’une bonne surprise nous attend… même si on sait au fond de nous-même que ça n’arrivera pas. Récemment, j’ai vécu ce cas de figure avec le désastreux Blood Canticle (Le Cantique Sanglant, en français) d’Anne Rice, l’avant-dernier tome de ses Chroniques des vampires. Je ne m’attendais pas à un roman exceptionnel, loin de là, mais j’espérais une histoire bien écrite et qui tienne la route. Dieu sait qu’Anne Rice, même dans ses histoires les plus mauvaises, arrive à garder un style d’écriture particulier. Orage, désespoir : en plus de présenter une mauvaise intrigue, Blood Canticle est mal écrit. Afin d’être sûre que je n’étais pas devenue une épouvantable snob et que le style était effectivement mauvais, j’en ai lu plusieurs passages à l’amie chez qui je vivais au moment de ma lecture.

J’ai lu Blood Canticle en anglais, ce qui m’a permis de me rendre compte du fossé abyssal qui séparait ce roman d’Entretien avec un Vampire. Ne serait-ce qu’au niveau du style : Entretien avec un Vampire est écrit dans un style raffiné, loin d’être évident pour les néophytes et certainement pas pour une première lecture en anglais. A l’inverse, Blood Canticle est d’une simplicité déconcertante, accessible même pour ceux qui voudraient commencer à lire en anglais. Pour reprendre les termes de l’amie qui a été témoin de mes plaintes et récriminations : « On dirait que ça a été écrit par un ado de 15 ans ». (Heureusement, ce livre a le mérite d’être relativement court.)

J’ai déjà parlé au moins une fois d’Entretien avec un Vampire sur ce blog : c’est pour moi un chef d’œuvre de la littérature vampirique, et un chef d’œuvre tout court. Je l’ai lu à douze ans. Dès lors, c’était fichu : j’étais destinée à devenir romantique, le narrateur Louis de Pointe du Lac est entré au panthéon de mes personnages favoris en littérature et Anne Rice a été une influence majeure sur ma façon d’écrire. Entretien avec un Vampire est un des trois livres que je relis régulièrement, ce qui n’est pas peu dire. Il y a une finesse d’écriture et un vrai propos philosophique. A la parution du livre, en 1976, Rice est parvenue à dépoussiérer totalement le mythe du vampire tout en restant dans une tradition très XIXème siècle.

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“Salut, gamine.” : Louis de Pointe du Lac dans Entretien avec un Vampire de Neil Jordan (1994).

Après le succès de son roman, Anne Rice a décidé de ne pas s’arrêter en si bon chemin et d’écrire plusieurs suites, faisant de l’histoire de Louis le premier tome de la saga des Chroniques des vampires. Je vais m’attirer les foudres de la plupart des lecteurs : pour moi, Anne Rice aurait dû arrêter son histoire à la fin d’Entretien avec un Vampire.

Attention, je ne dis pas que les tomes suivants sont nuls. Je dis qu’à côté du chef d’œuvre qu’est Entretien avec un Vampire, le reste de la série se hausse, au mieux, au rang de divertissement de luxe. Nombreux sont ceux qui préfèrent Lestat le Vampire, le tome qui suit directement Entretien. J’avoue que ça m’a toujours laissée perplexe. Je conçois qu’on puisse préférer Lestat à Louis : le premier est flamboyant, cynique, libertin, alors que le second fait dans l’introspection romantique et passerait sa vie le nez dans des bouquins s’il le pouvait. Mais Lestat le Vampire amorce selon moi la descente de la saga. Pourquoi ? Parce qu’il rend manifeste ce que le premier tome ne faisait que sous-entendre. Entretien avec un Vampire est beau parce qu’il ne montre pas tout : on sait que les sentiments de Lestat envers Louis sont ambigus, mais ils ne sont jamais explicitement décrits (et pour cause !). Ceux de Louis sont encore plus complexes et de son propre aveu, il lui arrive de haïr son créateur – Lestat, donc.

Dès Lestat le Vampire, tout change : Lestat devient le narrateur de l’histoire – et celui de la majorité des tomes suivants. Selon lui, Entretien avec un Vampire est parsemé de mensonges inventés par Louis et ne rend pas justice à sa personne. Eh oui, en vrai Lestat est triste et a désespérément besoin d’amuuur. Quant à Louis, c’est LE grand amour de Lestat (et réciproquement), une idée qui sera souvent répétée par l’un ou l’autre de nos deux vampires au cours des livres suivants.

BON. Pourquoi pas. Je suis en revanche un peu agacée face à la décision de Rice de faire table rase de certaines choses évoquées par Louis dans Entretien : « En fait, Louis était furieux contre Lestat et racontait des craques, mais c’est pas du tout ce qui s’est passé ! » (Anne Rice, probablement).

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Attention, Lestat revient pour rétablir LA vérité.

Et la relation coming outée de Lestat et Louis est symptomatique de celles des autres personnages : désormais, dans Les Chroniques des vampires, plus rien ne sera sous-entendu. Le point culminant de cette nouvelle optique est la scène – assez gênante – du livre Armand le Vampire où celui-ci fait la connaissance de Marius, son créateur, de façon très… charnelle. (On remarquera d’ailleurs que si la quasi-totalité des personnages masculins des Chroniques sont bisexuels, les femmes, elles, sont hétérosexuelles. Je me suis toujours demandé pourquoi.)

Tous les livres qui suivent Entretien avec un Vampire ne sont pas abominables, loin s’en faut. Lestat le Vampire et La Reine des Damnés (qui forment un diptyque) sont amusants et bien fichus : Lestat qui devient rockstar, l’idée est séduisante… La réinvention de l’origine des vampires est originale aussi. Ensuite, la série est en dents de scie. Pour moi, ce sont Armand le Vampire et Le Sang et l’Or qui sortent le plus du lot. Malgré quelques passages assez désastreux, le premier est une jolie exploration de l’esprit d’Armand. Le second est le récit de la vie de Marius, son créateur. Dans Le Sang et l’Or, Anne Rice semble soudainement se ressaisir : elle est proche de la flamboyance de son style d’autrefois, les personnages sont beaux, l’atmosphère est raffinée… Bémol : le sort réservé à Santino, un des personnages les plus intéressants et complexes de la série, réglé en deux minutes à la fin du roman.

C’est le moment de parler des « atermoiements religieux » d’Anne Rice. Au cours de sa vie, l’auteur s’est en effet éloigné, puis rapproché, puis rééloigné de l’Église catholique. Elle en a parfaitement le droit, c’est son cheminement. Le problème, c’est que les personnages des Chroniques des vampires en subissent les conséquences… et perdent en cohérence. Ainsi, Memnoch le Démon est moins une énième aventure de Lestat qu’un livre de questions théologiques, et Blood Canticle démarre sur un interminable monologue de Lestat qui souhaite devenir un saint. (Principalement pour être aimé du monde entier, vu que sa carrière de rockstar est une affaire classée…)

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Voilà. Ça, c’est le genre de réplique que pouvait sortir Lestat dans Entretien avec un Vampire. Tempus fugit…

[Parenthèse : en parlant de manque cohérence, quid du petit Benji transformé en vampire dans Armand le Vampire ? Dans Entretien, on nous démontre en long et en large que transformer un enfant en vampire, c’est le mal. A cet égard, Claudia est sans doute le personnage le plus marquant de la saga. Plusieurs livres plus tard, Armand se voit offrir un enfant de 12 ans comme compagnon vampirique, et on lui explique que c’est très bien, en oubliant apparemment que Benji est désormais piégé ad vitam aeternam dans un corps d’enfant. WTF ?]

La question religieuse est présente dans les Chroniques depuis Entretien avec un Vampire, où Louis s’interroge sur l’existence de Dieu, ainsi que les notions de bien et de mal. Mais cette question est aussi importante que les autres thèmes du roman, et posée subtilement. Dans les tomes suivants, l’existence de Dieu n’est plus remise en question, bien au contraire. On sait que la vampirette Merrick a vu la lumière du Paradis dans Le Domaine Blackwood, ce que ne cesse de répéter Lestat à sa nouvelle recrue, Mona, dans Blood Canticle. Ici, il est devenu le parfait opposé du vampire rencontré des décennies plus tôt dans Entretien avec un Vampire : un être sans une once de cynisme, émotif, amoureux d’une mortelle qu’il refuse de transformer en vampire… On n’est pas loin d’un Edward Cullen, ce qui est légèrement effrayant.

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Ceci dit, rappelons que nous avons eu bien pire dans Twilight : des vampires à paillettes.

Évidemment, il est normal qu’un héros évolue. Mais de là à devenir l’antithèse de ce qu’il était auparavant ? Finalement, Les Chroniques des vampires, c’est comme une série avec trop de saisons : les scénaristes, à force de vouloir créer des rebondissements, finissent par trahir leurs personnages et les transforment en l’exact contraire de ce qu’ils étaient auparavant. Sans parler de l’écriture qui perd en qualité…

Concluons donc. De façon générale, les critiques n’ont pas été bonnes pour Blood Canticle, annoncé à sa parution (en 2004) comme le dernier tome des Chroniques des vampires. Tant mieux, merci beaucoup. Sauf que ! L’année dernière, Anne Rice a publié Prince Lestat, revenant ainsi sur sa décision. Je n’ai pas encore lu ce tome, mais je le ferai, ne serait-ce que parce que Louis y figure. On ne se défait jamais de ses amours littéraires. Les critiques ne sont pas grandioses, mais est-ce vraiment surprenant ? Apparemment, Lestat y récupère un peu de son ironie. Je demande à voir… Quitte à espérer jusqu’à la dernière page.

Oh, pour finir sur note comique, voici les choix d’Anne Rice pour un éventuel reboot au ciné des Chroniques : pour Lestat, elle envisageait Robert Downey Jr avec des effets spéciaux, puisqu’il est trop âgé pour le rôle (rappelons que notre ami vampire est âgé de 20 ans au moment de sa transformation). Plus récemment, elle s’est prononcée en faveur de Chris Hemsworth pour reprendre le personnage. Il semble qu’elle manque de discernement pour ça aussi. Je médis.

Je ne peux que vous conseiller de revoir Entretien avec un Vampire de Neil Jordan (Lestat est sans doute le meilleur rôle de Tom Cruise, et le reste du casting est fou). Ou même La Reine des Damnés si vous voulez un petit divertissement qui n’a presque rien à voir avec le roman original, où Stuart Townsend s’en sort plutôt bien.

queen of the damned

Bon. C’est vrai qu’il est rigolo.

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