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Archive for May, 2012

Voici la même histoire écrite en français et en anglais. J’espère que vous l’apprécierez ! Je dois avouer que j’aime beaucoup le personnage de Domitien, l’esthète meurtrier…

The same story written both in french and english… I hope you will appreciate it. I tried to do my best: english is not my native language. I must confess that I have a fondness for the character of Domitian, the criminal aesthete…

L’Héritier

Adeline Arénas

Bien sûr, il avait ses maîtres. Alex DeLarge. Le Joker. Billy Loomis. Jack the Ripper. Cependant, il y avait un problème : ils étaient tous fictionnels, échappés de l’imagination de quelque créateur génial. Excepté l’Éventreur, bien sûr, mais son identité n’avait jamais été découverte, ce qui naturellement le faisait passer au grade d’idéal magnifique et inatteignable, presque légendaire, une merveilleuse rêverie…

Quant aux autres, ils étaient des esthètes du crime, dont l’indifférence au monde touchait au sublime : ils étaient entièrement dévoués à leur Art. Domitien déplorait l’absence de si flamboyants êtres dans la vie réelle.

C’est précisément la raison pour laquelle il avait résolu d’en devenir un. La révélation lui était venue alors qu’il parcourait une galerie de peintures italiennes. Frappé par la beauté des jeunes hommes de haut rang et des musiciens adolescents au regard ambigu, il avait eu la vision idyllique d’un criminel d’un nouveau genre. Et qui aurait pu l’incarner, si ce n’était lui-même ? Il avait la jeunesse, la beauté, l’argent et… le nom. Car le nom fait tout, l’adage est connu. Domitien lui avait semblé parfait, merveilleux par son évocation et exemplaire pour sa concision.

Dès le début, un plan s’était dessiné, avait pris forme dans son esprit. Il avait son intrigue et son décor. Et une fin, une fin en apothéose.
Nul besoin de notes ou de manuscrits. Rien ! Il avait tout cadenassé dans son esprit et allait offrir au monde une nouvelle œuvre d’art.

Tout d’abord, Domitien se mit en tête de parachever son personnage. Il acheta des reproductions de tableaux et de la soie. Il trouva des chemises de dentelles et des pierres précieuses à passer à ses doigts ou accrocher au velours de ses habits. Il se procura des livres qu’il dévora jusqu’à n’en plus pouvoir et s’employa à séduire. Il devint littéralement un digne modèle de la peinture qu’il admirait tant. Il surpassa même cela, car Domitien était devenu un idéal réalisé, devant lequel n’importe quel peintre du Quattrocento serait tombé en pâmoison.
Domitien y pensait avec un sourire, et se disait que ce n’était que le début…

Avec la maestria qui devait le caractériser, Domitien ne réalisa aucun brouillon avant de se faire connaître : son premier meurtre connut directement les honneurs de la presse et de la télévision. Certes, la victime avait été bien choisie : jeune, belle, innocente, riche, prometteuse. Le modèle parfait d’une peinture florentine – il l’avait parée de la robe et des bijoux nécessaires. Et comme signer un crime par des cartes, sonnets et autres citations bibliques s’était vu cent fois et plus, Domitien opta pour quelque chose d’élégant et sonore : Lost Art of Murder de Peter Doherty. Délicieux contraste.

Rapidement, il poussa le caprice un peu plus loin : deux jeunes gens croisèrent sa route et il donna au public une reproduction assez réussie du Vénus et Mars de Botticelli. Hommage à l’artiste, etc. Il s’attela ensuite à des œuvres plus personnelles. Il réalisa sa propre version de la Crucifixion – avec Saint Jean et Marie-Madeleine – dont il ne fut pas entièrement satisfait, puis de la mort de Narcisse. Cette dernière le ravit littéralement.
Mais le temps passait, et les représentants de la si juste Loi allaient bientôt le rattraper…

Usant de sa notoriété, Domitien s’arrangea pour que soit diffusée une vidéo de lui. En un seul plan fixe, le spectateur pouvait le voir, un verre d’absinthe à la main, vêtu de velours et de dentelles, une émeraude ornant sa main et éclatant de beauté, réciter négligemment un poème de Pétrarque.
Et c’était tout.

Ce qui n’empêcha pas son message d’être repris par les radios et les journaux. Si bien que Domitien fut enchanté de sa notoriété, tandis que les autorités, surexcitées, étaient obsédées par sa capture. Après deux coups d’éclats remarquables pour leur qualité esthétique – absolument atroces selon d’autres en raison du nombre de cadavres nécessité –, Domitien se vit attribuer l’honorable distinction d’ennemi public numéro un.

Il sentit avec jubilation que le dénouement était proche. Bien entendu, il ne se laisserait pas attraper et scellerait à jamais son œuvre du sceau de la jeunesse. Il avait prévu de mourir en Saint Sébastien – littéralement. Un magnifique et ultime tableau dont il serait le sujet…

Au même moment, à travers la ville, la rumeur enfla, se répercutant dans les rues et les journaux du soir : un Justicier était à l’œuvre. C’est ainsi qu’ils l’appelaient, car tous ignoraient son nom, et lui-même ne s’était pas donné la peine de leur en fournir un.
Domitien avait froncé les sourcils un court instant, puis avait jeté son journal d’un air désinvolte à travers la pièce. Rien de préoccupant. Un noble chevalier n’allait pas l’arrêter en si bon chemin. Il débutait juste, quand Domitien était déjà au faîte de sa trajectoire. En sifflotant un air d’opéra, Domitien alla s’atteler aux préparatifs de son dernier tableau.
Ceux-ci avaient lieu dans une grande salle au cœur de la maison qu’il avait coutume d’appeler avec tendresse « l’Atelier ». Il y concevait d’ordinaire ses plans et imaginait ses futures œuvres en dessinant sur un carnet. Cette nuit-là, Domitien constata avec satisfaction que l’arbre qu’il avait commandé occupait majestueusement le centre de la pièce. En effet, qu’était donc un martyr de Saint Sébastien sans un arbre ? C’était un détail crucial…

Un fracas épouvantable retentit dans la maison – un bruit de verre brisé et de chute.
La police, déjà ? Mais il ne pouvait pas échouer ! C’était impensable. Domitien vérifia instinctivement qu’il avait toujours ses dagues sur lui, posant le bout des doigts sur ses vêtements. Il avait laissé ses fioles de poison dans une autre pièce, mais peu importait.

Quelqu’un entra dans la pièce. Le Justicier. Oh, parfait. Cela aurait pu être pire. Domitien saisit sa dague. La lutte serait ardue. Probablement. Cependant, le Justicier ne faisait que débuter, et Domitien savait qu’il lui échapperait.
Il comprit alors que ce qu’il avait pris pour un parcours bref, éclatant, défini n’était en réalité que le commencement d’un itinéraire infiniment vaste. Il allait devoir rivaliser d’imagination et de virtuosité. D’esthétisme meurtrier et de raffinement dans les actions les plus dangereuses.

Tout Justicier a son Ennemi, son double de l’autre côté. Domitien, brusquement conscient de son rôle, se précipita vers lui.

Fin

***

The Heir

Adeline Arénas

Of course, he had his masters. Alex DeLarge. The Joker. Billy Loomis. Jack the Ripper. However, there was a problem: all of them were invented, escaped from the imagination of some brilliant creator. Except the Ripper, of course, but his identity had never been discovered, which naturally made him pass in the rank of magnificent and unattainable ideal, almost legendary, a wonderful reverie…
As for the others, they were aesthetes of crime, whose indifference to the world reached the sublime: they were entirely devoted to their Art. Domitian deplored the lack of so flamboyant beings in real life.

That was precisely the reason why he had resolved to become one. The revelation came to him while he was crossing a gallery of Italian paintings. Struck by the beauty of highborn young men and juvenile musicians with ambiguous glazes, he had the idyllic vision of a criminal of a new kind. And who could have been able to embody him, if it wasn’t himself? He had youth, beauty, money and… a name. For the name is all, the adage is known. Domitian seemed perfect to him, marvelous because of its evocation and exemplary by its conciseness.

From the beginning, a plan was drawn up, had taken shape in his mind. He had his plot and his decor. And an ending, a supreme achievement.
No need of notes or manuscripts. Nothing! He had locked up everything in his mind and was going to give to the world a new piece of art.

First of all, Domitian took it into his head to put the finishing touches to his character. He bought copies of paintings and he bought silk. He found lace shirts and precious stones to put to his fingers or to hook to the velvet of his clothes. He obtained books that he devoured until he couldn’t take it anymore and applied himself to seduce. He literally became a worthy model of the painting he admired so much. He even surpassed that, for Domitian has become an accomplished ideal, in front of whom any Quattrocento painter would have swoon.
Domitian thought about that with a smile, and told himself this was just the beginning…

And, with the mastery which had to characterize him, Domitian didn’t make any draft before making himself known: his first murder directly knew the honors of press and television. Certainly, the victim had been well-chosen: young, pretty, innocent, rich, promising. The perfect model for a florentin painting – he adorned her with the necessary dress and jewelry. And as signing a crime with cards, sonnets or biblical quotations had already been seen a hundred times and more, Domitian opted for something elegant and sonorous: Lost Art of Murder by Peter Doherty. Exquisite contrast.

Quickly, he pushed the whim a little farther: two young people crossed his path and he gave to the public a quite successful reproduction of Botticelli’s Venus and Mars. Homage to the artist, etc. He then tackled more personal works. He made his own version of the Crucifixion – with Saint John and Mary Magdalene – of which he wasn’t completely satisfied, then his version of the death of Narcissus. The latter literally delighted him.

But time flew, and men of the so fair Law would soon catch him…

Having the use of his fame, Domitian managed to have a video of him broadcast on television. In only one static shot, the viewers could see him holding a glass of absinth, dressed with velvet and laces, an emerald adorning his hand and radiant with beauty, carelessly reciting a Petrarch’s poem. And that was all.

That didn’t prevented his message from being taken up by radio stations and newspapers. So much so that Domitian was entranced by his fame, whereas authorities, overexcited, were obsessed by his capture. After two remarkable feats noteworthy by their aesthetic qualities – absolutely atrocious according to others owing to the number of corpses required –, Domitian was awarded with the honorable distinction of public enemy number one.

Then he felt with jubilation that the outcome was near. Of course, he wouldn’t let himself be caught and he would seal forever his work with the mark of youth. He had planned to die as Saint Sebastian – literally. A splendid and ultimate picture of which he would be the subject…

At the same time, across the city, a rumor increased, echoing the streets and evening newspapers: a Righter of Wrongs was at work. That’s how they called him, for all ignored his name, and himself didn’t bother about giving them one.
Domitian briefly frowned, then threw his newspaper through the room in an offhand manner. Nothing to worry about. A noble knight wasn’t going to stop him there. He was just starting out, when Domitian was already at the pinnacle of his trajectory. Whistling an aria to himself, Domitian went to tackle the preparations for his last work.
They took place in a big room at the heart of the house that he usually called with tenderness “the Studio”. He ordinarily designed his plans there and imagined his future pictures on a notebook. That night, Domitian noticed with satisfaction that the tree he had ordered occupied majestically the center of the room. Indeed, what would be a martyrdom of Saint Sebastian without a tree? It was a crucial detail…

A dreadful clamor blasted in the house – a sound of broken glass and a fall.
Police, already? But he couldn’t fail! It was unthinkable. Domitian instinctively verified he still had his daggers on him, putting his fingertips on his clothes. He had let his poison phials in another room, but it didn’t matter.

Someone entered the room. The Righter of Wrongs. Oh, perfect. It could have been worse. Domitian grabbed his dagger. The fight would be arduous. Probably. However, the Righter of Wrongs was just a beginner, and Domitian knew that he would get away from him.
Then he understood that what he had taken for a short, brilliant, clearly defined route was in reality the start of an immensely vast journey. He would have to vie in imagination and virtuosity. In murderous aestheticism and refinement in the most dangerous actions.

Every Righter of Wrongs has his Enemy, his double on the other side. Domitian, suddenly aware of his role, rushed towards him.

The end

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Pour E.R.

C’était la nuit dernière. La rivière scintillait de façon irréelle – vraiment irréelle – sous les étoiles qui crevaient le ciel noir.
Debout près d’un arbre, deux personnes parlaient. Elles avaient quitté le château peu après minuit pour flâner dans ses jardins. L’extérieur était moins dangereux. La nuit possède ses chants et ses murmures. Ils sont différents de ceux du jour. Ils captivent les deux promeneurs.

Un rossignol s’est fait entendre un instant.

Ils sont vêtus de noir. La voix de l’homme est grave et pleine de choses obscures. C’est un aristocrate. Il a parcouru le monde et ses souvenirs sont innombrables.
Elle l’écoute. Elle l’interroge et s’interroge elle-même.

Ils parlent de la Beauté, de sentiments trop éprouvés et du fait de perdre ses illusions. C’est une conversation douce et douloureuse. Elle les apaise.
Elle a laissé ses cheveux noirs flotter autour de ses joues pâles. Elle n’ose le regarder, pas encore, car une question a traversé son esprit. Les mots brûlent ses lèvres.

« Après tout ce que vous avez vu, ressenti, et vécu, êtes-vous toujours à la recherche de la Beauté ? »

Elle redoute sa réponse. Elle la craint car elle a parfois l’impression qu’il lui montre un reflet de ce que son âme pourrait devenir, un jour.
Le silence. Ils observent l’eau miroitante qui s’écoule devant eux.

« Oui. Oui, je le suis. Je la poursuis chaque jour. »

Elle se tourne vers lui et voit son regard limpide sous la clarté des astres. Ses yeux sont remplis de douleur et de regrets qu’il n’a pas besoin de mentionner.
Et la dame, jeune et pâle, reste silencieuse. Il ne prononce plus une parole. Mais ce que leurs yeux disent ! Des légions d’anges se précipiteraient en Enfer pour le savoir.

C’est un secret connu d’eux seuls – et vous, lecteur, n’en saurez rien.

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