Feeds:
Posts
Comments

Archive for November, 2012

Image

Voici donc un essai sur le roman gothique. Une fois n’est pas coutume, je tente l’exercice – sur un coup de tête, et nous verrons ce que cela donnera.

Après tout, Balzac, Dumas et George Sand se sont tous amusés à écrire quelques romans noirs dans leur jeunesse. Louisa May Alcott a également débuté par ce genre… Et, pour le moment, moi aussi. Je crois donc avoir quelque légitimité à noircir un écran en jetant ces phrases. Parce qu’une impulsion subite n’est jamais tout à fait mauvaise et que j’aime bien amuser la galerie.

Ne me boudez donc pas, cher lecteur, et lisez ce qui suit.

Règle n°1 : Nourrissez-vous du genre

Et pas seulement des livres de la fin du XVIIIème siècle et début du XIXème. Cependant, si vous prétendez vous connaître en littérature gothique, avoir lu au moins un roman d’Anne Radcliffe reste indispensable. (Pour moi, il s’agit des Mystères de la Forêt et je l’ai choisi par pure coquetterie : l’héroïne porte le même prénom que moi. Publié en 1791 et récemment réédité en poche. Je vous garantis que les cauchemars de l’héroïne nous valent quelques frissons.) Le Moine de Matthew Gregory Lewis est également un grand classique, écrit par un jeune homme de 19 ans et censuré à son époque. Pas mal du tout.

Évidemment, un peu de fantastique plus récent ne fait pas de mal. Au XIXème siècle, Dracula, Frankenstein et Carmilla sont des must read. Sans oublier quelques nouvelles d’Edgar Allan Poe. Entretien avec un vampire (d’Anne Rice) est très important au XXème – s’il ne fallait en retenir qu’un.

A partir de là, vous pouvez dire que vous avez une certaine culture littéraire en la matière. N’oublions pas les films. Les adaptations des romans susdits peuvent être intéressantes et donc : fouinez dans les filmographies de Coppola et Neil Jordan pour retrouver Dracula et Louis le Vampire.

Un autre film gothique qui me vient immédiatement à l’esprit est Sleepy Hollow de Tim Burton. Dans le fond, c’est une histoire assez sarcastique, mais chaque plan est un véritable tableau : s’imprégner de son atmosphère est hautement recommandable.

Et last but not least, Gothic de Ken Russell. Certains vont crier au scandale et d’autres applaudir des deux mains face à cette référence. Sur un forum, je suis tombée par hasard sur cette citation qui, à mon sens, résume parfaitement l’atmosphère de ce film :

« Pour les déviants assumés qui aimeront se retrouver dans ces portraits pas très flatteurs de dandys décadents, ça peut être une vrai source de plaisir primitif, de la bonne grosse grand-guignolade avec aussi de très belles choses. C’est un peu comme si Barbey d’Aurevilly avait écrit un épisode de Freddy, mi-classe mi-grotesque. »

Vous l’aurez compris, c’est un film ultra kitsch et baroque. J’ai adoré, commandé le dvd, et j’avoue que, quand j’ai écrit mon roman-feuilleton Le Manoir d’Érèbe cet été, j’ai regardé ce film. Plusieurs fois. Pourquoi ? Parce que Gothic m’a appris une règle essentielle.

Règle n°2 : évitez la sobriété :

C’est un truc simple dont vous vous rendrez compte assez rapidement. Pour qu’un roman gothique digne de ce nom marche, qu’il soit apprécié, il faut en mettre plein la vue.

La révélation m’est venue avec Gothic, mais qui peut dire que Ligeia de Poe fait dans la sobriété ? La Nonne Sanglante dans Le Moine de Lewis est sacrément baroque aussi.

C’est encore plus vrai quand vous écrivez un roman-feuilleton. Dans un roman imprimé directement en volume, vous pouvez laisser à l’action le temps de s’installer et le surnaturel arriver petit à petit.

Dans un feuilleton, le lecteur doit être accroché dès le premier épisode et, s’il a une connaissance réduite des histoires gothiques, vous devez installer l’ambiance immédiatement. A l’épisode 2, les fantômes – ou le diable, ou ce que vous voudrez – doivent apparaître. Question de rebondissement.

Et si vous n’êtes pas forcément obligé de faire peur, vous devez néanmoins développer votre esthétique.

Règle n°3 : n’hésitez pas à apporter votre touche personnelle :

Un professeur a résumé la semaine dernière, de façon légèrement cynique, les canons du roman gothique. Étant donné que le genre est rarement abordé à l’université, j’ai été particulièrement attentive durant ce cours…

« Dans un roman gothique, vous trouvez l’héroïne blonde prisonnière d’un château avec ses horribles bourreaux. Elle subit d’horrible sévices en attendant son prince charmant. »

D’accord, ce n’est pas tout à fait faux. C’est même souvent la trame suivie dans la plupart des romans noirs. Je pourrais me justifier en disant que l’héroïne n’est PAS toujours blonde, et qu’il y a parfois un héros – cf Le Moine de Lewis ou Melmoth de Charles Robert Maturin. Cela dit, le professeur n’a pas totalement tort.

Il vous reste donc une voie de secours afin d’échapper à cette règle immortelle du roman gothique : apporter votre touche personnelle au genre. Évidemment, vous n’allez pas le révolutionner mais au moins, vous l’aurez rendu attrayant en y apportant deux ou trois éléments de votre cru.

Quand j’ai publié mon feuilleton Le Manoir d’Érèbe, j’ai d’emblée fait deux choix essentiels : mon héroïne ne serait pas une cruche larmoyante façon fin XVIIIème et son prince charmant ne serait pas charmant du tout. Annabel, emprisonnée dans un manoir pour avoir eu une liaison avec un homme relativement infréquentable, assumerait pleinement ses actes et observerait avec cynisme ses geôliers et les évènements fantastiques qui se dérouleraient autour d’elle. Pas un instant elle ne cèderait au désespoir. Quant à Branislav, il serait un aristocrate que le lecteur pourrait soupçonner du pire – et je reste persuadée qu’il l’a fait.

Mon coup de pinceau ainsi apporté, je m’en suis donné à cœur joie dans l’exagération et la profusion de symboles : évidemment les fantômes de jeunes filles qui hantaient le manoir étaient trois, et les domestiques qui gardaient l’endroit semblaient sans âge.

Un soir, non loin de chez moi, un incendie a eu lieu sur une colline et j’ai pu l’observer de loin. Je tenais la fin – volontairement spectaculaire – de mon histoire : le manoir brûlerait.

Règle n°4 : amusez-vous !

Il me paraît utile de préciser à la fin de ce court essai qu’écrire du gothique est avant tout, comme diraient les anglais, « monstrously good fun ».

C’est le genre le plus amusant qui soit parce qu’il ne possède aucune limite. Le coffre à jouets est immense : fantômes, vampires, monstres, meurtres – et je vous passe le choix des armes –, jolies damoiselles et mystérieux messieurs, châteaux abandonnés et nuits d’orage…

Et tous les formats sont admis : poèmes, nouvelles, romans.

J’ignore s’il s’agit d’une phase par laquelle les jeunes écrivains passent ou d’une noire passion qui reste ancrée toute une vie. Tout ce que je sais, c’est qu’à 21 ans, mes deux « enfants » publiés sont des romans gothiques et que je n’en ai pas encore fini.

Et pour être parfaitement honnête avec vous, lecteur, écrire du gothique permet de rester civilisé en société. Les démons demeurent sur le manuscrit.

Mes publications :

Clothilde & Adhémar, roman, Éditions La Bouquinerie (2010).

Le Manoir d’Érèbe, roman-feuilleton paru dans le Dauphiné Libéré de Juillet à Septembre 2012 (tous les épisodes sont disponibles sur ma page facebook).

Advertisements

Read Full Post »