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Tony Stark

Cet article est sponsorisé par Tony Stark, à qui il arrive (souvent) de ne pas comprendre des choses. D’où son choix de profession.

Parfois, j’ai des documents Word qui s’ouvrent dans ma tête, où j’inscris des idées. Bien souvent, c’est pour les retranscrire dans la vraie vie sur un fichier ou dans un article de blog. Ces temps-ci, le fichier Word que j’ai le plus alimenté mentalement est le suivant : La liste des choses que je comprends pas. Je ne sais pas pourquoi ce document devient de plus en plus fourni, mais j’ai pensé que je pouvais le taper ici et le partager avec vous. Parce que ça pourrait peut-être vous inciter, vous aussi, à partager votre propre liste de choses que vous ne comprenez pas, ou que vous aurez peut-être des réponses potentielles à mes questions. Débattons, débattons.

[Fait vérifié récemment : demander à votre interlocuteur quelles sont les choses qu’il ne comprend pas est un excellent moyen de mieux le connaître. Et potentiellement le début d’une conversation passionnante. Des gens m’ont parlé de politique et de l’état du monde, d’autres de questions existentielles. J’appartiens plus à la seconde catégorie.]

Sans plus attendre, voici donc cette fichue liste des choses que je ne comprends pas. Certaines vont paraître naïves, probablement, mais ça me trotte dans la tête.

Pourquoi est-ce qu’on ne choisit pas de tomber amoureux ? Quand on est amoureux, ça nous tombe dessus, et on ne peut rien faire contre ces sentiments. On peut choisir de ne pas agir en fonction d’eux, bien sûr. Après tout, ça finit (presque) toujours par passer, alors pourquoi s’en faire si ça tombe sur la mauvaise personne ? C’est tout de même un brin pénible, et ce serait plus sympa de pouvoir choisir la personne dont on s’éprend. A mon avis.

Pourquoi de plus en plus de gens font des dépressions ? Deux hypothèses : soit on parle davantage de cette maladie parce qu’elle est mieux diagnostiquée et reconnue, soit il y a effectivement un problème dans notre société. (Ou les deux ?)

La mort. C’est la grande obsession de mon existence, la source de mes peurs et le moteur de tout ce que je fais. C’est le grand mystère, LA chose qui m’échappe et que je ne comprends pas. (Cela dit, je n’ai jamais eu autant envie de créer et aimé la vie qu’en ce moment. Side-effect positif.) Bien sûr, le renouvellement, les changements de cycles, le fait que les choses ne durent pas, tout ça rend la vie plus intéressante. Mais quand même : pourquoi la mort ? Et surtout : est-ce qu’il y a quelque chose après, ou pas ? Les avis divergent. Parfois, je me retrouve tard le soir à lire des articles sur le web à propos des expériences de mort imminente (dont certains scientifiques affirment trouver des preuves que ce n’est qu’une simulation de notre cerveau). Ou à taper la question sur Google : « Est-ce que Dieu existe ? ». Comme si Google avait la réponse. Bien sûr. A propos, écoutez l’excellent podcast Mortel de Taous Merakchi (alias Jack Parker), qui traite de tous les aspects de la mort et qui m’a probablement fait économiser dix ans de psy.

La violence qui existe encore chez l’être humain. C’est une chose absolument inutile en 2019. Pourtant, les êtres humains (moi compris) en ont toujours à l’intérieur d’eux, et on l’extériorise comme on peut. On crée nos propres soupapes. Je veux bien qu’à la Préhistoire l’homme ait été habité par ce genre de pulsions: les conditions étaient incroyablement difficiles, il fallait lutter pour sa survie, aller chasser le gibier et éviter de se faire bouffer par des animaux hostiles. Soit. Est-ce que la violence qui demeure en nous est un vestige de cette époque ? Est-ce que la violence fait intrinsèquement partie de l’être humain ? Est-ce que le monde n’irait pas mieux sans ça ? Si vous avez des références de livres ou d’articles universitaires sur la question, je suis preneuse.

Les gens qui marchent lentement pour entrer et sortir du métro. Ma sœur en a déjà parlé dans une vidéo Youtube, mais la question mérite d’être posée. Surtout quand on sait que la sonnerie du départ va retentir, et que tous les usagers se précipitent à l’intérieur ou à l’extérieur des wagons en bousculant leurs voisins quand elle retentit. Ça n’arriverait pas si vous rentriez d’un pas alerte et guilleret dès le début ! Questions parentes : Pourquoi les gens qui sont à l’intérieur du métro se regroupent devant les portes en s’étouffant entre eux, alors qu’il y a de l’espace dans les couloirs (empêchant d’ailleurs d’autres passagers de rentrer) ? Et Pourquoi les gens courent pour entrer dans un métro sur le point de partir, alors qu’un autre va arriver dans deux minutes ?

L’existence de l’espace, des galaxies, du monde, de la nature, des animaux, des êtres humains. Quel est le point ? Explication simple et capillotractée : Dieu existe (ou en tout cas une entité supérieure inconcevable) et tout ça fait partie du Grand Plan. Ou alors rien n’a de sens, et tout est dû à un miracle scientifique encore inexpliqué. Je ne vois aucun intérêt de trouver une raison d’être au monde si tout est voué à la mort et au néant. Si tout ça ne sert à rien, je ne comprends pas pourquoi les gens se donnent la peine d’exister et d’accorder de la valeur aux choses. Envoyez-moi vos théories !

L’art. C’est la meilleure chose qui existe, on est d’accord : que serait la vie sans musique, sans peinture, sans cinéma, sans livres ? Créer du beau à partir de la pensée, c’est fou. Et c’est parfaitement inutile, dirait Oscar Wilde – qui nous trolle un peu, parce qu’il savait tout aussi bien que vous et moi que l’art peut changer des vies. Mais dans le fond, il n’a pas tort : nous n’avons pas besoin de l’art pour survivre, à la base. Pourtant, ça existe. D’où ça nous vient ?

Les gens qui font comme si tout allait bien alors qu’on va mourir, bon sang. Et qui ne pensent pas au fait qu’on fait partie d’un univers tellement vaste, immense, beau et terrible. « Mais si, tout le monde y pense ! », m’a-t-on encore dit récemment. Très bien, alors pourquoi personne n’en parle ? Ça nous aiderait quand même sacrément de partager nos impressions sur un problème qui nous concerne tous, plutôt que de faire comme s’il n’existait pas.

•  Que les gens s’obstinent à faire la bise aux femmes et à serrer la main aux hommes. Je préfère qu’on me serre la main, je déteste la bise (raison pour laquelle beaucoup de mes amis me font des câlins pour me dire bonjour, ou ne font rien : ils ont compris). Je ne saisis pas cette différence entre les genres, en particulier dans l’environnement professionnel.

 La surprise de votre interlocuteur quand vous prenez le temps de réfléchir à la question « Ça va ? ». Je suis cette personne pour qui la réponse ne coule pas de source : si ça ne va pas, je ne répondrai jamais l’inverse. Et quand je ne suis pas sûre de mon état d’esprit, je prends le temps de réfléchir avant de répondre. Quel est l’intérêt de poser cette question si vous ne voulez pas entendre une réponse sincère ?

Voici donc l’essentiel des choses que je ne comprends pas. Dites-moi que je ne suis pas seule. Envoyez-moi vos théories sur certaines, si vous en avez. Ou votre liste de choses que, de votre côté, vous ne comprenez pas.

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kyloren

Pardonnez le titre clickbait, il fallait bien attirer votre attention. Ça fait un moment que cet article trotte dans un coin de ma tête, il est temps de l’en faire sortir.

J’ai déjà parlé plusieurs fois sur ce blog des chocs esthétiques et des role models que je pouvais avoir. Il se trouve qu’une bonne partie d’entre eux sont des héros et héroïnes de fiction. J’ai déjà entendu : « Ce sont des gens qui n’existent pas, donc je ne peux pas m’identifier à eux ». Deux choses : ce sont des personnages fictifs, certes, mais créés par des auteurs qui sont bel et bien réels. Ensuite, il me paraît difficile d’apprécier une œuvre sans un degré d’empathie – et parfois d’identification – pour ses personnages. Baignant dans la pop culture et dévorant des livres comme une vorace, je rencontre assez régulièrement de nouveaux (anti)héros. Et parfois, l’un d’entre eux va me marquer suffisamment pour m’apporter une aide véritable.

La plupart du temps, ce sont des personnages avec une part d’ombre. Je comprends les gens qui sont inspirés par des héros comme Captain America, Harry Potter ou Daenerys – j’en connais. Cependant, je ne pourrai jamais éprouver d’intérêt pour un personnage qui nous est présenté, à la base, comme étant bon et sans défauts. Les personnages qui me touchent sont des personnages perfectibles, qui traînent souvent de grosses casseroles derrière eux, dont l’arc narratif va les voir évoluer et faire un travail sur eux-mêmes pour s’améliorer. C’est la raison pour laquelle je préfèrerais toujours Tony Stark à Steve Rogers. (Outre le fait qu’une intelligence hors du commun me séduira toujours plus que la capacité de fendre des bûches à mains nues.)

Dans une œuvre, on est amené à voir l’intimité d’un personnage : comment il résonne, quel est son quotidien, quels sont les choix auxquels il doit faire face. La vie d’une personne réelle célèbre, qu’on admire et qui nous inspire, peut bien sûr être riche d’enseignements. Cette personne peut tout à fait laisser des livres ou des interviews pour s’expliquer. Mais la fiction offre ceci : elle permet d’être le plus proche possible de ses personnages… et donc de s’identifier à eux.

« Si lui ou elle a traversé ça, a douté mais a réussi à s’en sortir, alors moi aussi, je peux le faire. » Il n’y a rien de plus encourageant que de s’identifier à un personnage dont on partage les peurs, la colère ou la révolte, et de le voir avancer malgré tout. Dans mon cas, ça peut être un véritable moteur.

Quand je suis allée voir Star Wars : The Last Jedi au cinéma il y a plus d’un an, j’ai été bouleversée pour la seconde fois par le personnage de Kylo Ren. Non, je n’ai pas décimé des planètes entières, non, je ne vise pas le poste de Supreme Leader. Mais quelque chose dans sa rage, sa peur, son ambition et son envie d’en découdre m’a parlé. « Tu n’es pas seule », dit-il à Rey pendant le film. Cette seule réplique a été un encouragement en soi, que j’ai gardé dans ma tête depuis. Et c’est toute la magie des films, des livres, des histoires en général. Dans l’un d’eux, il y aura forcément un personnage qui vous parlera, auquel vous pourrez vous identifier. Qui vous montrera que non, vous n’êtes pas seul, qu’il y en a d’autres comme vous.

Et voici une petite liste de quelques personnages a priori infréquentables, mais qui m’inspirent. Je reviens régulièrement aux œuvres dans lesquelles ils apparaissent pour me motiver.

tony stark

J’apprécie Tony Stark parce qu’il évolue, en bien, malgré ses erreurs et son manque absolu de confiance en lui. (Son arrogance n’étant qu’une façade.)

alice morgan

J’apprécie Alice Morgan parce qu’elle est brillante, qu’elle n’a peur de rien et qu’elle apprend, petit à petit, à s’ouvrir aux sentiments humains. (Si vous ne connaissez pas ce personnage joué par Ruth Wilson dans la série Luther, lâchez tout et partez à la rencontre de cette psychopathe et physicienne surdouée.)

sherlock

J’apprécie Sherlock version BBC parce qu’il trouve toujours des choses incroyables à faire avec son cerveau et qu’il avance, malgré ses peurs – et son incompréhension des normes sociales.

kaz brekker

J’apprécie Kaz Brekker parce qu’il est insupportable et génial au sens propre. Mais aussi parce qu’il est jeune, qu’il a toujours un coup d’avance sur ses ennemis, des vestes impeccables, et que ça ne l’empêche pas de devenir le maître incontesté des gangs de sa ville.

loki

Et j’apprécie Loki Laufeyson parce qu’il garde son panache en toute circonstance – et pour d’autres choses qu’il a en commun avec ses petits camarades ci-dessus.

Ça devait être dit.

Eh bien, les enfants, on peut dire que ça n’a pas été très folichon cette année, mmh ? Culturellement parlant, veux-je dire. 2018 était bien meilleure que 2017, cela dit. Pour moi, ça a été une véritable année de transition, où j’ai pu réaliser des projets intéressants et avancer. Je pense que ce qui résume le mieux tout ça, c’est ma Lettre à l’ado de 15 ans que j’ai été, publiée en mai dernier. J’y parlais de harcèlement scolaire, mais aussi de l’évolution que j’ai pu vivre ces treize dernières années. Mais passons. 2018, ça a aussi été l’occasion pour moi de :

  • Voir Jack White en concert, au premier rang. Ça, ça fait partie des objectifs de vie que je peux désormais archiver et ranger dans ma tête. Mais je doute que ça soit la seule fois que ça arrive.
  • Faire une lecture publique d’un de mes textes pendant une soirée consacrée à des artistes féminines. (Et j’ai tellement adoré que ça m’a donné l’idée d’un nouveau projet, en cours de préparation.)
  • Passer à la radio pendant une heure pour parler de mon travail d’écrivain.
  • Jouer avec la troupe des Ishtaris une de nos meilleures représentations des Femmes Savantes au Grand Casino d’Aix-les-Bains, dans une salle immense, très belle et pleine de monde.
  • Déménager. En revanche, personne ne m’avait prévenue que ça prenait autant de temps, au point de vous épuiser, de vous empêcher d’écrire et d’avoir une vie sociale pendant un moment.
  • Voyager à Florence.

Bref. C’est un bilan plutôt plaisant, et j’ai décidé que 2019 serait une grande année. Mon top culturel 2018, en revanche, s’avère un peu décevant. Sans transition, allons-y !

TOP DES SERIES 2018

Alors, alors, alors. Je crois qu’on peut déjà passer à la partie suivante de ce bilan tant je n’en ai (pas) peu vu. La faute à un manque de volonté, très certainement, mais aussi à une connexion internet qui ne marchait pas toujours, et à un autre problème sur lequel je reviendrai dans la partie lecture. Fort heureusement, j’ai désormais une bonne connexion et Netflix ! (J’en profite pour revoir toute la série Sherlock en ce moment, ce feel-good parfait.) C’est d’ailleurs Netflix qui m’a apporté la petite série que je retiens de 2018, à savoir :

LES CURIEUSES CREATIONS DE CHRISTINE MCCONNELL
christine mcconnell

La série m’a été recommandée par ma petite sœur (qui ne s’est d’ailleurs pas privée d’en faire son favori du mois dans une vidéo Madmoizelle), et elle a visé en plein dans le mille. Cette petite série (six épisodes de 28 minutes) est sortie pendant la période d’Halloween. Elle raconte l’histoire de Christine McConnell (vrai nom de l’actrice principale et productrice de la série), qui vit dans un manoir avec des créatures qu’elle a pour la majorité ressuscitées. Entre deux aventures dignes de la famille Addams, Christine brise le quatrième mur pour expliquer au spectateur comment faire des gâteaux incroyables, ou fabriquer des décorations gothiques à souhait. On est à mi-chemin entre la fiction et l’émission culinaire, et le résultat est sacrément réussi. McConnell est d’abord devenue connue en postant des photos de ses créations sur Instagram, installant d’entrée les bases de son univers. Et la dame sait tout faire : cuisiner, coudre des robes fabuleuses, fabriquer des jouets et de la déco… tout ce qu’elle touche se transforme.
La série vaut aussi pour ses personnages secondaires. On croise ainsi Dita Von Teese en fantôme qui hante les miroirs de la maison, et un tueur en série qui devient le crush de notre héroïne. Les créatures qui entourent Christine sont des marionnettes, ce qui donne un côté enfantin au programme – mais ne vous y trompez pas, les blagues ont plusieurs niveaux ! Mention spéciale à Rose, un raton-laveur revenu à la vie, qui possède une fourchette à la place d’un bras, et qui est rapidement devenue ma mascotte.

Rose

Les séries que je voudrais voir en 2019 : on verra bien, dites ! Mais dans l’immédiat : l’ultime saison des Orphelins Baudelaire, qui vient de sortir. La nouvelle saison de Luther (où Alice Morgan fait son grand retour !). Oh et Patrick Melrose, avec Benedict Cumberbatch, parce que j’ai lu les livres il y a quelques années et que je suis curieuse du résultat.

TOP DES FILMS 2018

J’ai beau être pas mal allée au cinéma en 2018, je ne me suis pas pris la série de claques que 2017 m’avait fourni en terme de films. Peut-être ne suis-je pas allée voir les bons ? Quoi qu’il en soit, quand je parcours ma liste de films vus cette année, deux se détachent du lot, pour des raisons très différentes.blackkklansman

Blackkklansman, de Spike Lee. Quand le générique de fin est apparu, toute la salle de cinéma est resté silencieuse pendant un long moment avant d’applaudir. Je n’avais jamais vécu ça pendant une projection, et rien que pour ça, ce film est marquant. Il l’est pour d’autres raisons : son propos pertinent et qui n’épargne personne (le Ku Klux Klan comme les Black Panthers), son humour permanent qui vient détendre une atmosphère très lourde, et ses acteurs, tous impeccables et investis. Si vous n’avez pas encore eu l’occasion de le voir, faites-le.

mortal enginesMortal Engines, de Christian Rivers. Certes, le film n’est pas dépourvu de défauts, notamment un scénario qui reste assez prévisible. Mais le film est beau, l’univers est riche (j’avais envie d’explorer toutes les villes montrées), les personnages ont tous un design parfait… et l’héroïne est fabuleuse. Hester Shaw (jouée par Hera Hilmar) est le personnage féminin qui m’aura touchée en 2018, parce qu’elle est un trope inversé à elle toute seule. Vous voyez, dans les films d’aventures, le héros taiseux, ténébreux, au lourd passé et qui considère son acolyte féminine d’un air un peu agacé avant de l’apprécier ? Tous ces attributs sont donnés à Hester Shaw. (Et son acolyte pipelette et naïf est un homme.) Ça m’a fait un bien fou de voir enfin à l’écran le genre d’héroïne que j’ai toujours attendu. En prime, j’ai passé un bon moment devant ce film, pensant en permanence : « C’est beau, c’est beau, c’est beau ». Oh, et Hugo Weaving n’a jamais été aussi bien filmé.

Le film qui n’est pas sorti en 2018 que j’ai aimé : Death Takes a Holiday (sorti en 1934), de Mitchell Leisen, découvert grâce à une vidéo de Lindsay Ellis. Le pitch est simple : la Mort décide de se mêler aux humains pour découvrir les raisons pour lesquelles ils la détestent autant. Sous l’apparence d’un gentleman, elle passe quelques jours en compagnie d’une famille d’aristocrates, et s’éprend d’une jeune femme un peu trop attirée par les ténèbres. La fin est parfaite, et je doute que des producteurs oseraient la refaire aujourd’hui. (En témoigne le remake du film, Rencontre avec Joe Black.)

Mentions spéciales : The Shape of Water de Guillermo Del Toro, qui était poétique et doux. How to talk to girls at parties, de David Cameron Mitchell, qui part dans tous les sens mais était une bonne surprise. Spider-Man: Into the Spider-Verse, qui en mettait visuellement plein la vue. Je refuse désormais de voir un film d’animation en-dessous de ce niveau. Je n’ai pas encore vu First Man et Suspiria, mais ça ne saurait trop tarder.

Les films que je voudrais voir en 2019 : de belles claques visuelles et de nouvelles histoires à regarder.

TOP DES LIVRES 2018

Toujours fidèle à ma résolution de lire un livre par semaine, j’ai poursuivi dans cette voie. J’ai donc lu 54 livres en 2018 (soit six de moins qu’en 2017, probable raison pour laquelle je vise les 70 en 2019). Et… ça n’a pas été la folie non plus. Bon sang ! J’ai l’impression que je vais dire ça tout au long de ce billet – attendez la partie musique, qu’on se marre encore plus. J’ai un problème, comme je le disais plus haut : je me lasse très vite d’une œuvre. Si je passe plus d’une semaine sur un livre, je vais finir par l’abandonner parce que ça me lassera de passer du temps dessus – sauf exception. C’est aussi la raison pour laquelle je ne peux pas regarder de séries longues. En 2018, j’ai aussi commencé beaucoup de livres que je n’ai pas finis, parce qu’ils n’étaient pas aussi alléchants qu’ils le laissaient présager. J’ai lu très peu de littérature ancienne et beaucoup d’auteurs contemporains. Et un petit nombre conséquent d’autobiographies et de biographies – j’aime retirer des enseignements de l’expérience de mes aînés. Je n’ai pas été transportée comme en 2017 par des livres. J’ai eu un coup de cœur, oui, et des lectures plaisantes, mais… bon. Bring it on, 2019!

Le coup de cœur de 2018 : les deux premiers livres de La Traque des Anciens Dieux, de H. Lenoila traque des anciens dieuxr. J’ai acheté le premier tome (Les Deux Princes) en version numérique, l’ai adoré, et chroniqué sur SyFantasy.fr. L’autrice de ce fabuleux début de saga a proposé de m’envoyer le second volume (Le Magicien, la Sorcière et la Fée) avant sa parution, en guise de remerciement. H. Lenoir, si vous lisez ces lignes : merci, merci beaucoup. J’ai énormément aimé cette lecture, l’évolution des personnages (tous attachants, ce qui constitue leur grande qualité), l’humour et l’émotion qui se dégageaient de cette histoire. Moralité : cherchez des lectures du côté des auteurs autoédités, vous y trouverez des pépites.

Les autres lectures sympathiques de 2018 : Call me by your name, d’André Aciman. Je n’ai pas encore vu le film, mais le livre était d’une intensité folle de la première à la dernière page. Les trois premiers tomes de la saga Le Dit de la Terre Plate, de Tanith Lee, injustement méconnue et dont je risque de reparler très bientôt. Le second et dernier tome de Six of Crows de Leigh Bardugo, dont je parlais dans mon top de l’an dernier, et dont la fin était à la hauteur de mes espérances. Enfin, petit dernier lu en décembre, Mensonges, mensonges de Stephen Fry, un auteur (que j’apprécie comme acteur) dont je suis en train de dévorer les livres. Ce bouquin-là m’a fait rire à maintes reprises et son héros, Adrian Healey, est fantastique. Et vous noterez que je cite une majorité d’autrices pour l’année 2018 !

Les livres que je voudrais lire en 2019 : des livres qui m’instruisent, me chamboulent et m’inspirent. Surprenez-moi !

TOP DES ALBUMS 2018

Et la plus grande déception de l’année 2018 est là. Musicalement, c’était le désert. Pas seulement parce que je n’ai fait aucune nouvelle découverte qui m’ait transportée, mais aussi parce que beaucoup des sorties que j’attendais m’ont déçue. BRMC a sorti un album plat qui sent bon la fin de carrière – ou du groupe, du moins. Arctic Monkeys et Gorillaz ont publié des albums de ballades qui m’ont laissée indifférente (alors qu’acclamés par la critique, ce que je ne comprends pas). Idem pour The Good, the Bad and the Queen, qui signaient leur grand retour après dix ans d’absence et un chef d’œuvre pour unique album. Là aussi, c’était plat, mais plat ! Le dernier album d’Anna Calvi possède un message fort, et l’artiste a une véritable envie de se donner à fond, mais l’opus ne m’a pas séduite comme les précédents. Ah la la, quelle tristesse.

Et au milieu de toutes ces déceptions, nous avons Jack White, qui sort l’album le plus bizarre de sa carrière avec Boarding House Reach. Mais au moins il s’amuse, il propose des trucs intéressants (même si je n’aime pas tous les morceaux de son nouvel album) parce qu’il n’a plus rien à prouver. Et nous balance ce que je considère comme le clip de l’année.

On a Ty Segall qui sort son nouvel album solo, Freedom’s Goblin, début 2018, qui m’a bien fait danser. (Je sais qu’il en a sorti quatre autres la même année sous différentes appellations, mais le bonhomme va trop vite pour moi. Il va trop vite pour tout le monde.)

On a Janelle Monae qui publie Dirty Computer, le plus accessible de ses albums. Je pense que j’ai dit à tout mon entourage de l’écouter, et certains se sont convertis. D’ailleurs, si vous ne connaissez pas encore la demoiselle, il est grand temps ! Que Prince repose en paix, sa protégée assure la succession comme une reine.

Et enfin, il y a Prequelle de Ghost, ou plutôt de Tobias Forge, leader du groupe et seul compositeur à la barre. Le bonhomme a sorti l’album le plus ambitieux de sa carrière, ne se donne plus aucune limite, et en profite pour régler ses comptes dans les paroles d’un disque que je trouve… très beau ? Excellent ? Celui que j’ai le plus écouté cette année, qui m’a fait danser, m’a réconfortée et empouvoirée quand j’en avais besoin ? Tout ça à la fois. Merci à lui.

Ce que je voudrais écouter en 2019 : de nouvelles choses ! Oh, et le nouvel album des Raconteurs qui, au vu des deux premières chansons balancées fin 2018, s’annonce pas mal du tout.

Et voilà ! Je pars du principe qu’à année culturellement plate ne peut que succéder une année remplie de belles choses et de découvertes. Et au vu de mes premiers visionnages et lectures, ça semble bien parti. Bonne année à tous !

vampire

“Une Cérémonie Sanglante ? Tu es sûre de toi ?”

Bonjour à tous et Joyeux Halloween ! C’est pour moi un grand plaisir de vous retrouver pour vous présenter, comme chaque année, les aventures de ma journaliste ténébriste et de son vampire. J’ai été heureuse de pouvoir écrire sur ces personnages à nouveau, et j’espère que ce nouvel épisode vous plaira !

Pour retrouver les histoires précédentes, vous pouvez cliquer sur ces liens :

Sachez aussi que ces personnages apparaissent dans un texte, Il fait nuit, et je suis journaliste ténébriste, dont j’ai fait une lecture publique en juillet dernier pendant un événement à Lyon, mais qui n’est pas publié ici. (J’y raconte notamment le bal chez la reine Néfertari, qui est mentionné ici.) Bonne lecture !

Ah, Halloween. Son ambiance pluvieuse, ses décorations orange et noir, ses gens déguisés, ses playlists, ses fantômes gémissant sous la lune, ses zombies qui errent dans la rue si on ne les surveille pas.

Depuis le début de l’automne, je m’échine à expliquer à mes collègues du journal Nocturnae pourquoi cette saison est fantastique. Ils râlent tous. En revanche, pour Halloween, ils se mettent d’accord : après tout, c’est un peu notre Noël. Ce qui me fait penser qu’on a reçu un paquet de bonbons à l’arsenic il y a quelques jours à la rédaction, parce que nos « investigations approfondies ne sont pas passées inaperçues ». Je me demande si c’est un compliment mal placé ou une réelle tentative de meurtre. Les mages ont toujours eu un humour approximatif.

Cette année encore, je devais retrouver le vampire pour notre traditionnel article d’Halloween. Le principe : je passe la nuit en sa compagnie, et le jour suivant, j’en écris le récit pour Nocturnae. Au bureau, les jours qui ont précédé la fête ont été particulièrement… pénibles. Mes collègues journalistes – et surtout mon rédacteur en chef – ne se privent pas de faire des blagues douteuses à propos de mon « rencard » annuel avec le vampire. Je pense que j’aurais dû garder l’arsenic.

« Nous devrions le faire », m’a dit le vampire une semaine plus tôt.

On remontait une ruelle à la recherche d’une mystérieuse inscription gravée sur un mur. Un sort puissant s’y cachait – prétendument. J’étais persuadée que la piste ne mènerait nulle part.

« Plaît-il ?

– S’organiser une soirée tous les deux, poursuivit le vampire. Un rencard, comme le disent tes collègues. Un qui soit purement amical, bien entendu. Tes lecteurs et ton équipe obtiendraient la satisfaction qu’ils réclament depuis des années… Quant à toi, tu serais tranquille.

– Laisse-moi récapituler, dis-je. Ton idée, c’est que cette année, on s’organise un rendez-vous galant pour Halloween, pour plaire à un lectorat avide de ce genre de trucs. La petite journaliste sort avec son vampire », souris-je avec un air goguenard.

Je venais de trouver l’inscription, que j’éclairais avec ma lampe de poche. Je poussais un soupir.

« De l’hébreu, marmonnai-je. Génial. (Je ne sais pas le lire. Je dégainai mon téléphone portable pour prendre la formule en photo. Je l’enverrais plus tard à un traducteur pour savoir s’il était raisonnable de laisser cette inscription à la vue de tous depuis trois siècles.) Donc, un date d’amis, en quelque sorte.

– Exactement. Il serait assez plaisant de montrer que même les endroits les plus romantiques ne sauraient nous corrompre.

– Vendu. La question étant : quel serait le lieu parfait pour le meilleur des rendez-vous ? »

Nous sommes restés silencieux un moment, songeurs. Un fantôme est passé au-dessus de nos têtes dans la ruelle vide.

« Une maison hantée ? suggéra le vampire.

– Déjà fait. C’était notre première vraie sortie, rappelai-je. On a vu un opéra de goules l’année dernière… difficilement surpassable.

– Et nous sommes allés au bal de la reine Néfertari récemment. Un bal organisé par une reine millénaire, avec tout le gratin de la société surnaturelle, où nous avons dansé.

– Sans oublier les explorations de cimetières. »

Le silence dura.

« Je crois que nous sommes déjà allés dans tous les lieux possibles pour un rendez-vous digne de ce nom », déclara le vampire.

C’était peu de le dire : en quatre ans, lui et moi avions mis la barre très haut en la matière. Je me surpris à penser que si l’un de nous deux était un jour invité à un date, la personne devrait rivaliser d’imagination pour nous séduire. Et plus encore après l’idée qui nous vint.

« Et une Cérémonie Sanglante ? »

Le vampire m’observa attentivement.

« Tu n’es pas sérieuse.

– Parfaitement sérieuse. »

Le vampire mit quelques secondes avant de répondre, et son visage se fendit d’un fin sourire.

« Très bien. Que fait-on avant ? »

C’est ainsi que le vampire et moi avons décidé que le rencard tant attendu par les lecteurs de Nocturnae se déroulerait d’abord dans un musée. Rien n’est plus beau que d’admirer des toiles dans des galeries tenues par des momies ressuscitées pour le soir d’Halloween. (Je sais que vous vous attendiez tous à un restaurant aux chandelles, mais je n’allais pas manger mon dîner sous les yeux du vampire pendant qu’il n’aurait aucune gorge à se mettre sous la dent. Quel ennui.)

Le grand soir est arrivé, et comme à mon habitude pour Halloween, j’ai porté un soin tout particulier à ma tenue. Encore plus cette année : une Cérémonie Sanglante n’arrive qu’une fois. Le vampire m’attendait devant la galerie d’art, habillé comme toujours avec élégance, sans pour autant chercher à en mettre plein la vue. Même s’il savait qu’une cohorte de jeunes filles se retourneraient sur son passage cette nuit-là.

La galerie était impressionnante. Entre les toiles de vampires (scoop : De Vinci n’est pas mort, il peint toujours) et les sculptures de sorcières (très portées sur l’art contemporains, elles), nous avons parcouru les couloirs à demi éclairés. Chaque pièce était surveillée par une momie à moitié enveloppée dans ses bandelettes, dont les articulations craquaient légèrement au moindre geste. C’était un beau prélude, curieusement tranquille. Mes lecteurs allaient être ravis.

Puis, nous avons quitté le musée et nous sommes dirigés d’un pas sûr vers la Cérémonie Sanglante. Le cimetière où elle se déroulait n’était pas éloigné. La cérémonie avait lieu dans un grand caveau illuminé par des bougies. Derrière un gisant, un prêtre zombie à l’air un peu las officiait. Bon, pour que vous soyez au courant : les Cérémonies Sanglantes ont lieu pendant toute la nuit d’Halloween. Des créatures et des mortels se rendent au caveau pour la célébrer, elle a lieu sans rendez-vous et à l’improviste. Un zombie est là toute la nuit pour la faire.

« C’est pour ? nous demanda le prêtre zombie d’un ton grinçant.

– Une Cérémonie Sanglante, bien sûr, répondit le vampire d’un ton ferme.

– Vous avez de la chance, vous arrivez dans un creux. J’ai officié pour dix cérémonies à la suite il y a trois quart d’heure, mais l’affluence est retombée. Il ne devrait y avoir personne avant un moment. Abrégeons. Vous êtes… (Il nous dévisagea.) Un vampire et une humaine. Bon. Inhabituel, mais pourquoi pas. Les temps changent. Le but de la Cérémonie, si ce n’est pas trop personnel ?

– Voir comment ça se passe, répondis-je franchement. Je travaille chez Nocturnae. »

Je mis quelques secondes avant de poursuivre. Une Cérémonie Sanglante ne s’envisage pas à la légère.

« Et sceller notre relation, quelle qu’elle soit. »

Le vampire hocha la tête.

« Je n’ai rien de plus à ajouter.

– Très bien, très bien, articula le prêtre zombie. Mettez-vous l’un en face de l’autre. Prenez ça (il me tendit un poignard ouvragé) et ça (il tendit une coupe au vampire). Vous savez comment ça se passe, ou je dois vous l’expliquer ?

– Nous le savons », répondit le vampire.

Je saisis sa main, et l’entaillai sans ciller au-dessus de la coupe qu’il tenait. Du sang y coula légèrement avant que sa blessure ne se referme. La mienne allait nécessiter un bandage et je n’y avais pas pensé.

« Pas forcément, murmura le vampire. Les blessures des Cérémonies Sanglantes ne sont pas supposées rester, même sur les humains. Ce poignard est particulier. »

Il entailla la paume de ma main et la coupe recueillit mon sang – qui avait, je le vis, une fort jolie couleur. Dû à un sortilège posé sur la lame, ma blessure se referma aussitôt. Le prêtre zombie reprit la coupe, la souleva au-dessus de sa tête et baragouina une formule incompréhensible en latin médiéval. A cet instant, toutes les bougies s’éteignirent, et je sentis des spectres envahir le caveau. Ils nous frôlaient, et… ils chantaient. Je n’avais jamais entendu de fantômes chanter, mais la rumeur était vraie : c’était magnifique. Une fois leur chant terminé, les bougies se rallumèrent, et le prêtre zombie toussota.

« Bien, bien, dit-il. Afin de conclure la Cérémonie, buvez chacun dans cette coupe et prononcez votre serment. »

La coupe débordait à présent d’un liquide rouge, résultat du mélange de nos deux sangs et… d’un autre sortilège qui avait vraisemblablement fait gagner quelques centilitres au mélange.

Je saisis la coupe et but. Le sang était chaud, et je ne peux pas dire que c’était foncièrement déplaisant – je crois que je devrais revoir mes fréquentations. Le vampire but à son tour et tendit la coupe au prêtre zombie, qui la reprit.

Puis, en nous regardant bien dans les yeux, le vampire et moi récitâmes le serment que j’avais appris par cœur dans un grimoire, et que lui connaissait depuis longtemps.

« Bien, bien, je crois que c’est tout, grommela le prêtre zombie. Je vais faire la vaisselle avant l’arrivée des prochains. Vous pouvez disposer ?

– C’est tout ? demandai-je, étonnée. Il n’y a pas de registre à signer ?

– Votre registre est sur votre main, jeune dame, répliqua le zombie. Sortez, à présent. »

Un instant plus tard, le vampire et moi sortions du cimetière. Je m’arrêtais sous le réverbère le plus proche afin de regarder ma main entaillée quelques instants plus tôt. Si la blessure était parfaitement refermée, une cicatrice demeurait.

« Je vois », dis-je.

Le vampire sourit et me montra sa propre main blessée quelques instants auparavant. La même marque y était visible.

« Donc, même si tu es censé pouvoir guérir de tout…

– Une Cérémonie Sanglante ne s’efface pas, confirma-t-il. Je pense que tu as assez de matière pour nourrir au moins trois articles, dont le moindre sera sur les conséquences de certains sortilèges sur les peaux de vampires. »

Je l’avais rarement vu aussi serein. Il était temps de décider de la suite.

« Chez moi, comme d’habitude ? proposai-je.

– Bien entendu. Une Cérémonie Sanglante ne peut se conclure sans danse, et il me semble que toute la musique nécessaire se trouve dans ta demeure.

– Cependant, tout ce qui va se passer ce soir ne pourra décemment pas se retrouver dans mon article, tu le sais ? »

Le vampire me sourit. Oh que oui, il le savait.

« Invente », dit-il.

The Dead Weather - Impossible Winner screenshot

Je me suis réveillée cette nuit, angoissée par le nombre de livres que je voulais lire et le fait de ne pas savoir lequel choisir. Commencer par Le Fantôme et Mrs Muir de R.A. Dick, petite sucrerie vintage ? Ou entamer l’autobiographie de Harpo Marx ? (Jack White a dit une fois que c’était son livre préféré, Goodreads semble d’accord.) Non, embrayer sur le quatrième volume du Dit de la Terre Plate de Tanith Lee, une série qui en compte cinq et que je me suis promis d’avoir lue cette année ? Ou encore… il y en a tellement, tellement, tellement. Oh et puis c’était futile, on prendra le premier qui nous tombera sous la main au matin. Retournons dormir.

(Et parfois il y a des cauchemars, mais pas cette nuit. Juste quelques bruits de pas et de meubles. Si un jour je dors dans une maison hantée, je n’aurais pas peur une seconde : je demanderai plutôt au fantôme s’il peut me laisser dormir tranquille, merci beaucoup. Va jouer ailleurs, je te chanterai des chansons demain soir si tu veux.)

Depuis peu, j’ai repris les bonnes habitudes, à savoir me lever tôt le matin avant de partir travailler. L’objectif étant bien entendu de pouvoir écrire et inventer des choses. Le soir, je suis en général trop fatiguée pour ça, et mon envie primaire consiste tout bêtement à dévorer des bouquins ou à découvrir des films. J’ai perdu trop de temps. D’un côté, on connaît tous des phases de stress, d’angoisse, ou tout simplement de panne d’inspiration. C’est normal de ne pas avoir envie d’écrire, de lire, de juste… se poser un instant. Sauf qu’une fois cette période passée, j’ai tendance à la regarder avec recul et à me dire : bon sang, quel temps perdu. J’ai encore tellement de trucs à faire après, et il y a la mort au bout du chemin et tu as déjà 27 ans. Grouille-toi. (C’est excessif, j’en conviens. Je me soigne.)

Anna Akana disait dans sa dernière vidéo qu’au lieu d’envier les personnes qu’on admire en lisant les sites internet et en errant sur Instagram et Twitter, il suffisait de tout fermer pour aller mener la vie qu’on voulait. Sa vidéo est sortie au moment exact où je pensais qu’au lieu de me plaindre de ne pas être aussi productive que mes Maîtres, j’allais vraiment me mettre un coup de pied aux fesses. Autrement, en continuant à ce rythme, j’allais arriver à 80 ans, toujours geignante, en train de dire : Ooooh si seulement j’avais fait ça. J’espère toujours que ce jour n’arrivera jamais.

Je fais partie de ces gens qui ont besoin de restrictions et de consignes ultra-sévères pour avancer et ne pas partir dans tous les sens. Par négligence ou optimisme, que sais-je, j’en avais laissé tomber la plupart un peu avant l’été. Résultat, les histoires n’avancent point. Du. Tout. Les idées restent à l’état de brouillons sur des carnets. DONC. Puisqu’il me fallait des consignes encore plus drastiques, autant mettre la barre au-dessus. Réveil à 6h30 quoi qu’il arrive, vision board comme fond d’écran. (Ma sœur a écrit un très bon article sur le vision board, qui m’a été utile. L’astuce consiste à réunir des images symbolisant vos objectifs, à les assembler sur un tableau et à les mettre en fond d’écran, histoire que les idées s’impriment bien dans votre tête.) Oh et emploi du temps réglé heure par heure – il n’est pas encore au point, j’y travaille. Est-ce que c’est quasi monastique ? J’aimerais que ça le soit. J’aimerais que ça le soit.

On va dire que ça va marcher. Ça marchera.

Je lis toujours un bouquin par semaine. L’écueil que j’ai rencontré cette année étant le suivant : j’ai envie de lire tant de choses, et je me lasse si vite, que j’ai abandonné beaucoup trop de livres en cours de lecture, avec dans l’idée de les finir plus tard. (Certains ont été finis. Le dernier en date étant une autobiographie commencée en août, abandonnée, puis terminée cette semaine.) Et il y a aussi ce truc du livre qui paraît alléchant, mais ne l’est pas autant que vous l’imaginiez en lisant le résumé, ou que quand on vous en a parlé.

En tout cas, je dors nettement mieux depuis que j’ai commencé à mettre en place de nouvelles contraintes. (Les cauchemars ne comptent pas. On parle bien du fait de s’endormir aussitôt que les lumières sont éteintes.) Et aussi depuis que j’ai recommencé à griffonner des histoires au stylo. Ça me manquait, et c’était la raison toute bête pour laquelle un de mes projets d’histoire courte n’avançait pas : l’ordinateur, ça va bien cinq minutes. Rien ne vaut une main tachée d’encre et des ratures sur un manuscrit !

Enfin. Suite au prochain épisode. Les maîtres mots étant rigueur et travail. (On bannit les pleurs et les grincements de dents, comme dirait l’autre.) (C’est une expression biblique, je viens de découvrir qu’il en existait 13 avec “grincements de dents”. Marrant.)

En avant toutes.


J’en profite pour glisser ici que vous pouvez écouter et/ou télécharger le podcast de Dans Tes Oreilles, l’émission de Radio Canut où j’ai été invitée le mois dernier pour parler de mon travail d’écrivain. C’était un honneur d’y être, et un beau moment aussi.

J’ai deux types de listes de lecture. Une, griffonnée sur un carnet, énumère les livres que je lis depuis le début de l’année. Ça fait deux ans que je me prête à l’exercice, suite à la frustration de ne pas savoir combien de livres je lisais en un an. (Ça m’aide aussi à avoir où j’en suis dans le quota de lectures annuelles que je me suis fixé.) Ma seconde liste, c’est un fichier Excel sur mon ordinateur, qui répertorie aussi les films, les BD et les séries. Celle-ci, je l’utilise surtout pour ne pas oublier les titres d’œuvres que j’ai envie de découvrir. Je note le titre et l’auteur, et je coche une case une fois que j’ai eu accès à l’œuvre en question. J’ai lu Rage de Stephen King ce week-end et, au moment de trouver la ligne Excel que j’avais préparée pour ce bouquin, je me suis rendu compte que je ne l’avais jamais inscrit dans ma liste. Pourtant, l’envie de lire Rage est présente dans ma tête depuis un bon moment.

L’histoire de ce livre est un peu particulière. En bref, c’est un des premiers romans de Stephen King, dont il a écrit la première version au lycée, et qu’il a publié en 1977 sous le pseudonyme de Richard Bachman. En 1999, King a décidé de ne plus faire réimprimer Rage. Le roman a en effet été retrouvé dans les affaires de plusieurs adolescents qui ont commis des tueries dans des lycées américains. Si pour King les livres, films et jeux vidéo violents ne sont pas à mettre en cause concernant ces tragédies, il pense en revanche que son roman a pu servir de déclencheur chez des esprits déjà fragiles et malades. Je ne peux pas m’empêcher de vous mettre une vidéo d’Orson Welles où il donne un point de vue similaire avec l’éloquence qui le caractérise. (Je m’étais aussi exprimée sur la question dans mon article De l’influence néfaste de l’art.)

Ça, c’était pour le contexte. A l’heure actuelle, il est donc impossible de trouver Rage en librairie, à moins de mettre la main dessus dans une brocante ou une librairie d’occasion. Ou… de fouiller internet, où des âmes charitables ont publié la version numérique du livre (en anglais et dans ses traductions : je l’ai lu en français). Le livre fait 198 pages, et raconte l’histoire d’un adolescent qui tue deux de ses professeurs, avant de prendre une classe en otage.

Ça doit sûrement vous être arrivé : vous avez depuis longtemps un livre dans votre PAL, et un beau jour, vous sentez que c’est le moment de le lire, que c’est maintenant, et vous vous lancez dedans. J’ai lu Rage d’une traite, en suivant les pensées de son anti-héros, Charlie Decker, puisque tout le récit est à la première personne.

Et bon sang, que ça m’a fait du bien.

Des œuvres sur des adolescents à l’origine de massacres dans les lycées américains, il y en a eu. Les plus célèbres étant probablement le film Elephant, de Gus Van Sant (très contemplatif, avec une ambiance pesante qui reste collée au moral pendant des jours), ou encore Il faut qu’on parle de Kevin, un roman brillant dont l’adaptation filmique l’est tout autant, et dont la blogueuse Charmant Petit Monstre parle très bien dans sa critique. Mais Elephant se contente de suivre ses protagonistes, quand Il faut qu’on parle de Kevin adopte le point de vue de la mère et traite des relations complexes qu’elle entretient avec son fils. Ma plus grande frustration, en lisant Il faut qu’on parle de Kevin puis en voyant le film, c’était de ne pas savoir ce qui se tramait dans la tête du garçon. Pourquoi est-ce qu’il agit ainsi et quelles sont ses motivations (qu’on ne peut que soupçonner) ?

[Note : après des recherches sur les sites Babelio et Goodreads, j’ai pu remarquer qu’il n’y avait quasiment aucun roman, excepté celui de King, qui adoptait le point de vue d’adolescents meurtriers dans des lycées. En revanche, le thème a été exploité un certain nombre de fois au cinéma, et dans des registres très différents, dont un qui porte le « doux » nom de « school revenge movies ». Pourquoi n’y a-t-il pas de romans ? Oh et autre réflexion en passant : ce sont toujours des personnages masculins qui sont représentés. Tout simplement parce que dans la vie réelle, les tueries dans les lycées sont commises par des garçons. Jamais par des filles. Ça n’interpelle personne ? Je pose ça là.]

Dans Rage, la question du mobile de l’anti-héros ne se pose pas. Le récit se déroule sur une matinée, celle où Charlie Decker sort d’une énième confrontation avec le proviseur de son lycée, et pète les plombs. Ses motivations, on les connaît grâce à des flashbacks, qui nous montrent un père abusif ou les collégiens qui l’ont harcelé. Le style de King, jeune au moment de l’écriture du livre, est imparfait, mais cru et efficace. Surtout, le basculement de la matinée ordinaire d’un lycée américain vers le moment où tout part en vrille s’opère brutalement, sans ménager son lecteur.

Il y a un seul (gros) bémol selon moi : la réaction des lycéens pris en otage. Sur le site Goodreads, un critique a dit que Rage se résumait à « Holden Caulfield qui prend le Breakfast Club en otage », et il y a un peu de ça. Ce qui suit n’est pas un spoil, puisqu’on le sait dès le début. Loin de s’affoler alors que Charlie a tué des professeurs sous leurs yeux, les élèves qu’il retient restent quasiment tous d’un calme olympien, et en viennent rapidement à le soutenir. Un dialogue va s’instaurer entre eux, et plusieurs adolescents vont raconter leurs traumatismes ou leurs problèmes… oui, c’est une vraie thérapie de groupe. Et c’est peu vraisemblable. (On a d’ailleurs droit à un passage efficace contre le harcèlement de rue via le récit d’une des lycéennes. Et on était dans les années 70, eh oui !)

J’ai hésité à faire un article de blog à propos de ce livre parce que, comme je l’ai dit, sa lecture m’a fait du bien. Pour mieux expliquer ce que j’ai ressenti, je vais citer Jack Parker dans un excellent podcast où elle parle notamment de harcèlement scolaire : « Ma colère est née au collège, à force de subir ça tous les jours, de n’avoir aucun soutien nulle part. D’être vraiment profondément mal-aimée, ou pas aimée, voire complètement détestée viscéralement. (…) C’est pour ça que… Il faut que je fasse très attention à comment je formule ça. Que je comprends ce qui peut pousser des élèves à faire des fusillades dans les collèges et les lycées. Je n’excuse pas, jamais de la vie, je ne justifie pas, il ne faut pas le faire, jamais, ce n’est pas une solution. Mais je me suis endormie tous les soirs avec des scénarios de vengeance où je débarquais, je défonçais tout et je mettais tout le monde à mes pieds. Je comprends comment ça peut pousser à l’extrême. Mais je n’ai jamais fait de mal à personne, on peut très bien avoir ces envies-là sans agir dessus. »

Pour avoir été dans un cas similaire (et être toujours en colère), je sais que j’ai pensé, en lisant Rage : « C’est le livre que j’aurais voulu lire étant ado ». Parce que ça été une vraie catharsis, et que la fiction sert aussi à ça : évacuer le trop plein et nos pulsions négatives. Certains jouent à des jeux vidéo, d’autres écoutent de la musique violente. Je lis des bouquins, j’écoute de la musique, je regarde des films et j’écris des histoires. Et, parfois, j’ai besoin d’un bon shot livresque qui mettra en mots tout ce que je ne peux ni faire, ni dire. Rage a été ça, pour moi. Et je me dis qu’il aurait peut-être pu faire du bien à d’autres adolescents. D’un autre côté, c’est peut-être mon recul d’adulte qui me permet d’apprécier autant ma lecture ?

Avec quelques bémols, cependant. Comme je l’ai dit, la prise d’otages me paraît peu vraisemblable, et j’aurais aimé que la rage qui a donné son titre au livre soit plus présente. Il manquait quelque chose. Je crois que je m’attendais à plus intense et spectaculaire, et le fait d’avoir eu une action marquante au début, suivi d’un huis-clos prenant, certes, mais « calme », en est la cause.

En fin de compte, je me demande si la censure que s’est imposée Stephen King avec son livre est pertinente. Je comprends les raisons qui l’ont poussé à retirer son roman de la circulation, bien sûr – même si avec internet, il est désormais possible de le lire. Mais son œuvre n’est pas la seule à avoir nourri l’imagination d’esprit malades. Ce n’est certainement pas en cette période que le livre sera à nouveau publié. Quoiqu’il en soit, j’encourage tous les curieux à découvrir ce livre, parce qu’il est intéressant, lucide, et pointe du doigt des problèmes qui sont particulièrement d’actualité quarante ans après sa parution. (Et que, pour certains lecteurs, il pourra être étrangement réconfortant.)

Générique de fin.

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Jack White à Fourvière, le 8 juillet 2018 ©Ray Spears

Je n’ai pas tant que ça l’habitude de poster des billets personnels sur ce blog. Mis à part la Lettre à l’ado de 15 ans que j’ai été publiée en mai (qui a eu des répercussions inattendues sur ma vie privée, qui m’ont soulagée et permis d’avancer), je publie peu de choses sur mon quotidien.

Mais j’ai pensé que pour ceux qui me suivent depuis un moment, je me devais de raconter deux-trois trucs. Sans pour autant rentrer dans les détails personnels, parce que 1. la vie privée prévaut, 2. ça pourra peut-être en aider quelques-uns si je reste plus générale.

Premièrement, sachez qu’il existe un syndrome du cœur brisé, appelé le « tako-tsubo ». Il y a quelques semaines, je me suis retrouvée malgré moi victime d’un chagrin romantique. Rien de romanesque. Une histoire vaguement classique à base de : une fille aime un garçon qui n’est pas réceptif, elle renonce à insister, mais a quand même envie de se ficher en l’air quand il sort avec une personne qui n’est pas elle. Bon, j’ai eu des envies de destruction pendant moins de vingt-quatre heures. J’avais beau salement encaisser la situation, je suis d’avis que quand on a des projets et de l’ambition, il ne faut pas se dire : « Ma vie est finie, je ne vaux rien » en tortillant des mouchoirs trempés de larmes entre ses mains. (J’ai quand même dopé ma consommation de kleenex la semaine où ça m’est arrivé.)

Loin de vouloir composer dix mille chansons sur le sujet ou d’avoir l’idée d’un chef-d’œuvre littéraire basé sur ce coup dur, j’ai plutôt dopé mon ego en mode : « Ce garçon n’était pas digne de moi, et le destin me réserve quelqu’un de mieux ». (On invente ce qu’on peut pour tenir, hein.) C’est aussi dans ce genre de moment que j’ai réalisé que j’avais les meilleurs amis du monde, qui ont refusé de me laisser seule avec moi-même pendant les 48 heures qui ont suivi la grande révélation « il s’est mis avec une personne ». (Merci à vous qui m’avez fait à manger, sortir de chez moi et redonné de la motivation. Et encouragée à pleurer comme une fontaine.) C’est aussi pendant cette semaine que j’ai fait ma première lecture publique, celle de mon texte Il fait nuit, et je suis journaliste ténébriste, basé sur mes traditionnelles histoires d’Halloween publiées ici.

Tous les mois, le bar-restaurant Le Rita-Plage (à Villeurbanne) organise une soirée, Meuf-In Stage, où sont mises en avant les artistes féminines, qu’elles soient musiciennes, comédiennes ou autrices. J’ai postulé après avoir vu un épisode de Girls où l’héroïne fait une lecture publique d’un de ses textes et m’être exclamée : « Je veux faire pareil ! ». Et j’ai été programmée. J’ai eu le cœur brisé quelques jours avant Meuf-In Stage. La perspective de cette soirée a contribué à me faire tenir bon. J’ai fait ma lecture devant des proches et de parfaits inconnus, et c’est un des meilleurs moments que j’aie vécu cette année – pour l’instant. C’est aussi pendant cette semaine très difficile à vivre que j’ai reçu plus de détails sur l’émission radio dont je serai l’invitée courant septembre. (17 septembre, 23h, Radio Canut, Dans tes oreilles, une émission consacrée à des autrices et dramaturges. C’est un honneur d’y être conviée et je n’en reviens toujours pas.) Comme l’a dit une amie avec philosophie : « Qu’est-ce qu’un chagrin d’amour comparé à la gloire ? ». Là aussi, tous les prétextes sont bons pour se consoler, mais celui-ci était plutôt efficace.

Revenons au tako-tsubo. Vous en avez déjà entendu parler ? Moi non plus, jusqu’au  jour où mon cœur a été réduit en miettes. Quand ça m’est arrivé, j’ai voulu savoir pourquoi, outre une envie bien compréhensible de pleurer, ma poitrine me faisait si mal que j’avais l’impression qu’un vide s’était creusé à l’intérieur, et qu’une douleur énorme ne lâchait pas mon ventre. La douleur à la poitrine a mis des jours à partir. Sachez qu’une émotion intense – particulièrement une peine romantique – peut causer de tels symptômes. On appelle ça le « tako-tsubo », ou le « syndrome du cœur brisé ». S’il se produit principalement chez des femmes plus âgées et peut parfois entraîner l’hospitalisation, j’ai pu expérimenter, disons… la « version junior » du tako-tsubo. Ca m’a permis de rationaliser ce qui m’arrivait, de prendre un peu de distance, et d’avoir un nouveau sujet d’intérêt. La prescription en cas de tako-tsubo, c’est : du repos. Que je suis finalement parvenue à prendre. Ironiquement, quand mon chagrin d’amour m’est tombé dessus, j’ai pensé que j’étais rentrée dans la cour des grands. J’allais finir comme Norah Jones, à écrire une œuvre cathartique sur le sujet (The Fall et Little Broken Hearts sont d’excellents albums). Mais non. La vérité, c’est qu’un chagrin d’amour fait du mal, qu’on en bave, et que ma seule envie c’était que ma déprime soit loin derrière moi pour me remettre à créer avec toute la joie et l’ambition dont j’avais besoin.

Spoiler : je m’y suis remise. Grâce à Jack White.

Si vous suivez ce blog depuis un moment, vous savez que le monsieur occupe une place très importante dans ma vie et mon écriture. (Je vous renvoie à mon article Six ans avec Jack White ou à cette petite nouvelle, qui l’expliquent bien mieux.) Cette année, Jack White était annoncé aux Nuits de Fourvière, et il était évident que j’irais le voir. Déjà, parce que je n’en avais encore jamais eu l’occasion. Ensuite, parce que ça fait dix ans pile, cet été, que j’ai découvert sa musique, et qu’elle a été un tremblement de terre dans mon existence. C’était l’occasion de fêter un bel anniversaire.

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Jack White à Fourvière, le 8 juillet 2018 ©Ray Spears (Le visage de fille à longs cheveux bruns qui le regarde jouer pile sous sa guitare, c’est le mien)

J’ai réussi à avoir ma place dès sa mise en vente – tout a été vendu en cinq minutes chrono – et j’ai été insupportable avec mon entourage jusqu’au jour J. (Personne ne comprenait que je sois terrifiée à l’idée de voir mon role model jouer, mais je l’étais. C’est une chose d’avoir une figure qui occupe le rôle de Maître dans votre vie, qui peuple votre imaginaire, vos histoires, qui vous a appris à bien vous habiller et vous a inculqué votre éthique de travail. C’en est une autre de le voir en vrai et de s’apercevoir que c’est bien un être de chair et de sang.)

J’ai une pointe de regret : qu’il n’ait pas joué de piano. L’homme improvise ses setlists tous les soirs, et le 8 juillet, il a livré un concert exclusivement à la guitare. Mais il a joué Hypocritical Kiss, un de mes morceaux préférés. Je ne vais pas revenir en détail sur les morceaux, l’ambiance qui a régné ce soir-là : d’autres critiques l’ont fait. Certains journalistes l’ayant vu à Montreux deux soirs plus tard lui ont reproché de privilégier la virtuosité au détriment de l’émotion. Je ne suis pas d’accord : Jack White met ses tripes dans le moindre solo de guitare qu’il joue, et l’émotion est là en permanence.

La maîtrise de la mise en scène et le perfectionnisme de Jack White m’ont envoyé assez d’inspiration pour l’année à venir. J’avais de nouvelles idées qui surgissaient dans ma tête au fur et à mesure que je le regardais jouer, et des choses à ajouter à mes histoires. J’ai aussi résolu de mener à terme un projet que j’hésitais à faire. Je suis sortie du concert en pensant : « Je veux être comme lui plus tard ». Je ne souhaite pas être une rockstar, bien sûr, mais j’aimerais pouvoir porter des projets aussi ambitieux et aboutis que ceux de White. Oh, et j’aimerais pouvoir le rencontrer pour le remercier et lui poser des questions. Je suis journaliste : dans la foulée de ma réservation du concert, j’ai lancé une requête d’interview avec lui qui n’a pas abouti. (En lisant les articles qui ont détaillé ses dates en France, j’ai pu constater qu’aucun entretien n’avait été accordé.) Mais je ne lui en veux pas : White est arrivé à Fourvière à 15h15, après avoir joué tous les soirs de la semaine et passé la journée dans un car qui roulait depuis le nord de la France. Il a joué à 21h30, et le lendemain matin, il était déjà reparti vers la Suisse. Je pense qu’à sa place, arrivée à Fourvière, je serais allée piquer un petit somme après avoir fait mes balances – ce qu’il a probablement fait. Et j’ai eu assez d’émotions avec son concert. La vie est longue, il y aura d’autres occasions.

Après les 24 heures suivantes passées dans un état d’hébétement – « J’ai vu Jack White jouer, c’est fait, je n’arrive pas à y croire » –, je me suis remise à avoir des idées. J’ai eu à nouveau envie de me lever tôt le matin pour écrire mes projets ou m’occuper des tâches importantes avant d’aller au boulot. J’ai recommencé à avoir de l’ambition, l’envie de lire des livres de vulgarisation scientifique, des biographies et de regarder des films en noir et blanc – des lubies que White m’a transmises il y a une dizaine d’années. Même si mon « tako-tsubo » n’est pas tout à fait cicatrisé, je suis prête à avancer et à me lancer dans de nouvelles aventures.

Parce qu’on ne gagne rien à faire du surplace en s’apitoyant sur son sort. La personne que vous aimiez ne vous a pas choisie, ça ne changera pas : il faut tirer un trait et avancer.

 

 

Après avoir assisté au concert de Fourvière, j’ai voulu rechercher des articles et des histoires que j’avais aimé lire sur la Toile des années plus tôt… et qui ont malheureusement disparu. Donc, sans plus attendre et pour conclure cet article sur une note à la fois nostalgique et un peu rigolote, voici une petit liste non-exhaustive des choses qui ont disparu d’internet et que j’aimerais tellement y retrouver :

  • Le forum Candy Cane Children (consacré aux White Stripes), dont j’ai fait partie il y a dix ans, entièrement en anglais, et le seul à contenir autant de fanfictions sur ce groupe. J’aime les fanfictions (bien écrites), je ne m’en cache pas, et oui, ce site me manque. Il a été supprimé. What a shame.
  • Une interview fabuleuse d’Alexandre Astier par une universitaire, qui évoque avec lui la présence de Dieu dans son œuvre et son rapport à la foi. Je l’ai dévorée un jour et jamais retrouvée depuis, malgré toutes mes recherches.
  • Tous les dessins et les fanarts que j’avais enregistrés sur mon compte Deviantart, et que leurs auteurs ont choisi de supprimer. (Moralité : toujours enregistrer les œuvres qui vous plaisent sur votre ordinateur.)

Et maintenant, en avant.