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J’ai beau savoir que je vais découvrir de nouveaux livres d’ici la fin de 2017, il y en a un, parmi tous ceux que j’ai lus depuis le premier janvier, qui me reste en mémoire. Et je sais déjà, peu importe ce que je vais lire dans les trois prochains mois, que c’est lui qui me restera en tête comme ma lecture la plus marquante de l’année. Voire une des lectures les plus marquantes de ma vie, tout court.

Aujourd’hui, j’avais envie d’écrire sur les claques littéraires, ou plus précisément les livres qui changent votre vie et (ou) votre vision du monde. J’ai déjà parlé de quelques lectures qui ont été déterminantes pour moi dans mon article sur les chocs esthétiques. Des livres qui, au même titre que des albums ou des films, ont contribué à forger mon style d’écriture, mon univers et plus globalement ce que je suis. Ceux dont je veux parler ici sont aussi importants, mais suivent une logique légèrement différente. Il ne s’agit pas de livres que je pourrais mettre dans un portrait chinois, si jamais on me demandait « Si tu étais un livre… ». Ce sont des livres qui, une fois refermés, m’ont fait voir le monde différemment, sans retour en arrière possible. On parle parfois de romans qui ont « changé la vie » des gens. Je ne sais pas si ceux dont je vais parler obéissent à cette règle, mais ce qui est certain, c’est que je ne m’en suis pas remise.

Il y en aura certainement d’autres au cours de ma vie, mais à vingt-six ans, ces livres sont deux : A rebours de Joris-Karl Huysmans, et Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski.

J’ai découvert A rebours pendant ma glorieuse troisième année de licence. C’est une période dont je me souviens toujours avec beaucoup de plaisir, parce qu’elle est digne d’un véritable roman. En suivant des études de Lettres et Théâtre, en baignant dans la littérature romantique à longueur de journée et en me pavanant en chemise/veste/chapeau, tomber sur Huysmans était difficilement évitable. A l’époque, j’écoutais énormément de musique anglaise. Parmi les dieux du foyer de Narcissus Castle (ainsi avions-nous baptisé notre appartement étudiant avec ma coloc), nous avions le duo de musiciens Carl Barât et Peter Doherty. Écouter les Libertines aujourd’hui nous ramène immanquablement à cette période – sans nostalgie, pour ma part, parce que j’estime que c’est un frein et une perte de temps. Nous connaissions leur œuvre par cœur et ces messieurs nous ont, sans le savoir, fait élargir nos horizons littéraires. Que ça soit quand ils composent ensemble (au sein des Libertines), en solo ou dans leurs groupes respectifs, Carl Barât et Peter Doherty adorent les références. C’est ainsi que j’ai découvert la chanson A rebours, des Babyshambles (le groupe de Doherty), qui piquait son titre à un roman français décadent du XIXème siècle. Il n’en fallait pas plus pour me tenter – si ce n’est apprendre qu’Oscar Wilde avait lui aussi admiré l’ouvrage. Je l’ai emprunté, et je n’oublierai jamais les circonstances dans lesquelles je l’ai lu. Pendant un week-end, ma famille a décidé de passer le week-end dans un grand hôtel à la frontière espagnole. C’est dans le sous-sol de cet hôtel luxueux, installée dans un grand fauteuil en cuir, que j’ai dévoré A rebours. Je ne suis jamais retournée dans un tel lieu et j’ignore si ça arrivera, mais le souvenir de cette lecture est gravé dans mon esprit, indissociable du livre lui-même.

A rebours, c’est l’histoire de Des Esseintes, un jeune homme lassé du monde qui décide de se retirer dans une maison, loin de la ville. Là, il esthétise son existence à l’extrême. Livres raffinés et dangereux, reproductions de tableaux, parfums, fleurs vénéneuses et expériences étranges : Des Esseintes crée autour de lui un monde où règne la beauté et s’isole à l’intérieur. La fin n’est pas vraiment un spoiler en soit (est-ce vraiment une fin ?), alors la voici en une phrase. Des Esseintes finit par se rendre compte que son style de vie commence à le tuer et, déçu, décide de revenir à la civilisation.

C’est un postulat très simple, et presque une non-intrigue. A rebours peut rebuter plus d’un lecteur à cause de son côté « catalogue ». Pendant de longs chapitres, Huysmans décrit les collections de Des Esseintes, le tout à travers les yeux de son héros. Le roman a apparemment cartonné auprès des jeunes artistes à sa publication, en 1884, et semble toujours avoir le même effet plus d’un siècle plus tard. (Récemment, j’ai vu une interview d’Umberto Ecco qui exhibait fièrement sa première édition d’A rebours : il l’avait adoré à vingt ans et souhaitait en avoir une copie.)

J’ai lu A rebours une fois, et j’ignore si je le relirai un jour. Mais je me souviens de l’impression qu’il a produit sur moi, et de ce que j’ai ressenti en le refermant. Je savais que quelque chose avait changé, et je n’ai plus vu le monde tout à fait de la même façon. Peut-être avais-je perdu deux ou trois illusions au cours de ma lecture. A rebours est un livre peu accessible, qu’il faut ouvrir avec prudence…

A l’inverse, Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski a été une lecture dont je peux dire avec exactitude pourquoi elle m’a marquée. (Ce qui suit ne comporte pas de spoilers.) Je l’ai lu pendant la première moitié de cette année, en avril ou en mai. D’abord, petite remise en contexte. La première fois que j’ai eu vent de ce pavé de 975 pages, je cherchais des infos sur la sortie (sans arrêt repoussée) du tome 4 des Salauds Gentilshommes. Je suis tombée sur cette excellente critique de Gagner la guerre qui faisait des parallèles entre les univers des deux romans. La chronique s’ouvrait comme suit : « Je suis un gros connard prétentieux qui pense que les bons livres de Fantasy se comptent sur les doigts de la main. Je suis même un gros connard prétentieux qui pense que la littérature française est une fange au passé simple qui a oublié ses glorieuses heures pour se bâfrer dans les immondices de l’autofiction sans imagination ». Je l’admets, je ne suis pas loin de partager cet avis, l’auteur de l’article avait donc toute mon attention. Il a réussi à me convaincre d’acheter Gagner la guerre, et c’était la première fois que je lisais un aussi gros pavé d’un coup depuis David Copperfield de Dickens. (Donc, sacrément longtemps. Presque dix ans, en fait.)

gagner la guerre

Et hop on saute ! Rien que de me souvenir du passage illustré par cette couverture me donne envie de vanter ce livre grandiose.

D’une part, ça m’a réconciliée avec les pavés, auxquels je me suis remise depuis. De l’autre, ça m’a fait vendre ce bouquin à la Terre entière une fois sortie de ma lecture. Je ne sais pas ce que je lirai d’ici la fin de l’année – même si j’ai beaucoup d’envies et une liste de lecture longue comme le bras. Mais je sais que Gagner la guerre est ma claque de 2017, et qu’elle a eu un effet positif sur moi. Pourtant, ça peut paraître paradoxal, puisque son personnage principal, Don Benvenuto, est un anti-héros notoire. Pour la faire courte, Gagner la guerre, c’est…

Une histoire qui prend place à Ciudalia, l’équivalent de Venise période Renaissance dans un monde de Fantasy. La ville vient de gagner la guerre, et elle doit assurer sa position. Comprendre : être le théâtre de quelques coups tordus, et opérer le nettoyage de rivaux potentiels. Don Benvenuto est le meilleur tueur à gages du royaume, et il sera votre guide (peu recommandable) dans cette folle équipée.

J’aimais déjà l’idée, mais je crois que ça a été le coup de foudre dès les premières pages. On vante beaucoup la plume de Jaworski, à juste titre. Don Benvenuto étant le narrateur, son cynisme, son argot et sa flamboyance traversent toute l’œuvre. On le quitte jamais, et Jaworski arrive à nous faire ressentir tout ce que son héros traverse : quand il est blessé, qu’il souffre physiquement, on souffre avec lui. Mais c’est aussi piégeux, puisque Benvenuto est un anti-héros… et que le lecteur l’accompagne aussi quand il commet le pire. Même celui qu’on ne peut pas approuver, et qu’on ne veut surtout pas voir. A tel point que j’ai dû reposer le livre à un moment précis de l’intrigue, pour entrer dans un dilemme d’une demi-heure : est-ce que je peux continuer à m’attacher à un héros qui vient de commettre une atrocité pareille ?

Mais j’étais dedans, j’étais fascinée par l’univers et le héros, je suis donc allée au bout de ma lecture. J’ai lu Gagner la guerre en deux semaines et demi – et j’ai rattrapé mon retard en lecture hebdomadaire en lisant trois bouquins la semaine suivante. Je suis ressortie du roman, de cette immersion totale, avec une question : et maintenant ? Soit la marque d’un grand livre. Quitter un tel univers et devoir reprendre le cours de ma vie comme si de rien n’était… était impossible. Parce que, aussi répréhensibles soient les actions de Benvenuto, j’avais passé plus de quinze jours en sa compagnie. Et Dieu sait qu’en 975 pages, on avait vécu de sacrés trucs.

Je crois que la meilleure chose que je puisse dire sur Gagner la guerre et l’effet qu’il a eu sur moi, c’est que j’en suis ressortie grandie.

C’est un livre qui m’a rendue plus courageuse, plus sûre de moi et plus déterminée. Chose amusante, je l’ai lu en pleine période des présidentielles, et ça m’a permis de mieux comprendre et analyser ce qui se passait. Car Gagner la guerre est fortement influencé par Machiavel, et les stratégies politiques de certains personnages sont brillamment décrites. La stratégie, parlons-en : c’est une capacité que j’ai dû – par la force des choses – apprendre à développer, et je pense que ce roman n’y est pas pour rien.

Quand je vante Gagner la guerre, je préviens certaines personnes : le livre est dense et exigeant, et Don Benvenuto est tout sauf un modèle à suivre. (Sauf au niveau de la capacité de survie et des aptitudes de duelliste, peut-être.) Mais le voyage vaut le détour. J’avais prévu de lire des livres qui font voyager cette année, de grandes aventures, et celle-ci est assurément la plus marquante.

Irez-vous à la rencontre de Des Esseintes et Don Benvenuto ? Le choix vous revient.

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louis de pointe du lac

– Je vois…, dit le vampire d’un air pensif.
Puis lentement, il traversa la pièce pour aller se poster à la fenêtre. Il y resta un long moment; sa silhouette se découpait sur la clarté diffuse qui émanait de Divisadero Street et sur les rayons des phares des automobiles. L’ameublement de la pièce apparaissait maintenant plus clairement au jeune homme : la table de chêne ronde, les chaises. Contre l’un des murs, il y avait un lavabo surmonté d’un miroir. Il posa sa serviette sur la table et attendit.
– De combien de bandes disposez-vous ? demanda le vampire en tournant la tête de manière à offrir son profil au regard du jeune homme. Assez pour l’histoire de toute une vie ?
– Certainement, si c’est une vie intéressante. Quand j’ai de la chance, il m’arrive d’interviewer jusqu’à trois ou quatre personnes le même soir. Mais il faut que l’histoire en vaille la peine. C’est normal, non ?

– Anne Rice, Entretien avec un vampire (1976) –

Cet incipit est sans doute celui qui m’est le plus familier. Parfois, quand j’entre dans une librairie, je me dirige vers la section Fantastique, je prends un exemplaire d’Entretien avec un vampire et je le feuillette. C’est exactement comme saluer un vieil ami – même si, depuis, le livre est vendu dans nouvelle traduction qui n’est plus tout à fait la même que celle que j’ai mise ici.

J’ai parlé plusieurs fois d’Anne Rice et de son roman Entretien avec un Vampire ici, et j’ai publié sur ce blog plusieurs histoires de vampires (au moins quatre au cinq, voici les liens de mes préférées). Cette fois, j’ai eu envie de consacrer tout un article à son héros, Louis de Pointe du Lac. Dans la saga des Chroniques des vampires (à laquelle j’ai consacré un article), tout le monde n’a d’yeux que pour Lestat, ou Armand, ou même Marius, tiens. Louis reste un personnage très sous-estimé au sein du fandom et du grand public en général.

Je n’ai jamais compris pourquoi. Bien sûr, Louis n’a pas la flamboyance d’un Lestat ni le je-m’en-foutisme absolu d’un Armand. (Je schématise à l’extrême : je connais les personnalités des deux gars, on se fréquente depuis quinze ans, mais ce n’est pas sur eux que j’écris aujourd’hui.) Je pense que pour expliquer comment j’ai rencontré le sieur Louis de Pointe du Lac, je dois opérer une petite remise en contexte.

entretien avec un vampire 1

Quand j’étais petite, il y avait à la maison la cassette vidéo de L’Étrange Noël de Mr Jack, enregistré sur Canal +. (Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, etc.) Juste avant que le film ne démarre, la chaîne avait montré la bande-annonce du film Entretien avec un Vampire de Neil Jordan, qu’elle allait bientôt diffuser. J’avais quatre ans, j’étais évidemment bien trop petite pour le voir, mais le titre et les quelques images que j’avais vues m’avaient intriguée. Puisqu’on m’avait dit que j’aurais le droit de le regarder « quand je serai plus grande », j’ai pris mon mal en patience et j’ai attendu. Pendant sept longues années. À onze ans, j’ai reçu le film pour mon anniversaire.

Premier choc : contrairement à ce que l’affiche vendait, ce n’était pas Lestat/Tom Cruise qui était le héros du film, mais bien Louis/Brad Pitt – quand je vous dis qu’on sous-estime le bonhomme. Quoi qu’il en soit, ça a été l’amour entre Louis et moi au premier regard, j’ai acheté et dévoré le roman ensuite et… le reste appartient à l’Histoire, comme on dit. Je dis souvent que le livre et le film m’ont fait découvrir le romantisme et ont été une influence majeure sur l’univers de mes histoires. (Avec le recul, je pense effectivement qu’ils ont été une porte d’entrée, mais que s’ils ne l’avaient pas été, une autre œuvre aurait tenu exactement le même rôle. Si je regarde les lectures et les films que j’aime depuis petite, c’était évident que j’allais finir dans cet univers à un moment donné. Tous les signes étaient là.)

Au fil du temps, j’ai rencontré d’autres personnes – assez peu, il est vrai – qui ont lu Entretien avec Vampire et les livres de la saga. J’ai surtout lu les critiques et les réactions des gens sur Goodreads et Tumblr, entre autres. J’ai regardé – et regarde toujours – des fanarts des personnages sur Deviantart. J’ai pu constater que Louis était l’un des personnages principaux des Chroniques qui suscitait le moins d’enthousiasme parmi ses collègues. Il est temps de lui rendre justice.

entretien avec un vampire 2

Premièrement, Louis pose des questions. Il s’interroge sur l’origine des vampires, les notions de Bien et de Mal, l’existence de Dieu, sa propre raison d’être… et il ne le garde pas pour lui. Il échange, discute, confronte les points de vue. Plutôt que de se la jouer vampire qui se la pète mais qui n’en mène pas large au fond, il assume le fait de n’avoir aucune réponse et d’en chercher. C’est cet aspect-là, surtout, qui me touche chez lui. Cette volonté d’aller plus loin, d’être toujours en quête de réponses et de savoir.

Deuxièmement, s’il est respectueux envers ses aînés (pas comme certains, suivez mon regard vers un blondinet à canines dont le nom commence par L-E-S…), ça ne l’empêche pas de s’opposer à eux quand quelque chose lui semble particulièrement injuste. Il est peut-être celui qui a le moins de pouvoirs parmi ses potes – on y reviendra –, mais au moins, il a du cran. Il est d’autant plus méritant de s’opposer à des vampires millénaires qu’il sait parfaitement qu’il est très vulnérable, et qu’ils pourraient le mettre en pièces en deux secondes. Comme il fait preuve de tact et qu’il est diplomate, il s’en sort. N’oublions pas qu’il est fondamentalement généreux, chaleureux, et que c’est un individu digne de confiance. Bref, un type bien. Même si les choses sont un peu plus compliquées que ça, évidemment.

Troisièmement, c’est un amoureux des livres. Plusieurs passages des Chroniques des vampires montrent Louis en train de lire. Je me souviendrai toujours de ce passage, dans Lestat le Vampire, où Armand lit à toute allure des livres avant de les jeter par terre l’un après l’autre. (C’est, certes, pendant une scène de tension.) Louis, au contraire, est du genre à passer toute la nuit dans un fauteuil confortable en bouquinant au coin du feu. Ça peut paraître négligeable, mais c’est un aspect de sa personnalité que j’aime beaucoup.

Et j’en viens à sa caractéristique principale, que j’ai tue jusqu’ici parce qu’on la rabâche sans arrêt dans la série des Chroniques : Louis est montré comme le plus humain des vampires. Même si, au cours de la série, il accepte son immortalité et sa condition de vampire, Louis reste très attaché à sa nature humaine. C’est d’ailleurs une grande partie de la problématique d’Entretien avec un Vampire, et ce pourquoi il y est l’objet des moqueries de Lestat. Ce dernier a embrassé sa nature vampirique dès les premières nuits, et voit sa condition comme une bénédiction – en tout cas au début. Louis, quant à lui, tient à conserver des sentiments humains et la possibilité de mourir s’il le souhaite. Avoir trente-six mille pouvoirs et être résistant au feu ne l’intéresse pas. C’est pourquoi il refuse de boire le sang des vampires les plus anciens, afin de conserver tout ce qui fait qu’il est… lui. De rester proche de ce qu’il était en tant que mortel. Ce refus obstiné de devenir plus puissant provoque d’ailleurs une certaine fascination chez ses pairs. Si Lestat tombe amoureux de tout le monde, beaucoup des vampires des Chroniques tombent amoureux de Louis, ou sont en tout cas captivés par lui. Précisément parce qu’il est le plus humain d’entre eux.

entretien avec un vampire

(Dans Merrick, Anne Rice a finalement fait en sorte que Louis boive – bien malgré lui – un sang ancien, supposé le ramener à la vie après son suicide. En revanche, Louis conserve sa part d’humanité et n’en réclame jamais à nouveau.)

Cependant, Louis de Pointe du Lac n’en reste pas moins un vampire, et un vampire qui doit tuer pour survivre. Même si l’idée le révolte au début, il s’y résigne, et il excelle en la matière. « Il paraissait à la fois mortel et délicat. Ses victimes l’avaient toujours adoré », peut-on lire dans Lestat le Vampire. C’est un paradoxe qu’on retrouve dans les premiers livres des Chroniques. Il s’atténue un peu (et c’est bien dommage) par la suite, lorsque les vampires s’emploient à ne tuer que les humains « malfaisants ». Ce qui en fait des sortes de justiciers un peu étranges, à la réflexion. Aussi généreux et compréhensif soit Louis, sa nature est celle d’un tueur impitoyable. Dans les premiers tomes, cette ambiguïté est mise en avant à plusieurs reprises, puisque Louis se nourrit des humains qui croisent sa route, qu’ils soient innocents ou non. On est donc très loin d’un héros manichéen. (D’ailleurs, ses relations avec Claudia et Armand, décrites dans Entretien avec un Vampire, contribuent à le rendre éminemment compliqué et à l’éloigner de tous les clichés du vampire prévisible et mièvre.) Même s’il paraît plus simple à définir que son acolyte Lestat, Louis est tout aussi complexe. Tous deux représentent une facette différente du romantisme. Pourtant, Louis est probablement celui qui l’incarne le mieux, à travers ses contradictions, ses questionnements et sa nature ténébreuse qu’il considère comme un fardeau, même s’il s’en accommode au fil des années.

louis2

Enfin, et je le place en dernier parce que c’est un point presque superficiel, Louis est beau. « Normal, c’est un vampire », direz-vous. Peut-être, mais quand vous avez douze ans et que vous lisez la description d’un jeune homme au teint pâle, aux longs cheveux noirs bouclés et aux yeux verts qui s’avère être immortel, ça fait son petit effet. Ne crachons pas dans la soupe, Brad Pitt l’incarne à la perfection dans le film Entretien avec un Vampire, même s’il a déclaré que le tournage avait été un calvaire pour lui. Merci de l’avoir vécu, Brad. Je l’ai dit au début de cet article, mais j’aime beaucoup regarder des fanarts de Louis. Je revois aussi le film régulièrement, et Entretien est un des rares livres que j’ai relu (et relirai) plusieurs fois : mon impression est toujours la même. Mon amour pour cette histoire et son héros ne s’est pas atténué. Même si j’ai découvert énormément de choses depuis et que j’ai agrandi mes horizons, je retourne toujours à cette œuvre. Il y en a qui ont une importance si grande dans votre vie qu’elles font partie de vous, de votre personnalité. Elles ont contribué à faire de vous ce que vous êtes.

Oscar Wilde parlait souvent de la mort de Lucien de Rubempré dans Splendeurs et misères des courtisanes comme de l’une des plus grandes tragédies de son existence, qui l’a fait pleurer lorsqu’il était adolescent et qu’il n’a jamais oubliée. Il exagérait un brin, bien évidemment, mais il y a toutefois un fond de vérité dans ses propos. Lucien était le héros préféré de Wilde – avec Julien Sorel –, et les deux livres de Balzac où il apparaît l’ont profondément marqué. Il les a relus tout au long de sa vie. Je pense que j’entretiens une relation tout aussi forte avec le personnage de Louis de Pointe du Lac, vampire de son état.

Cet article lui est dû.

docteur pralinus

Le docteur Pralinus explore les rouages de la pop culture destinée aux femmes sur sa fabuleuse chaîne Youtube.

C’est avec un immense plaisir que je publie l’interview qui suit. Mais d’abord, petite mise en contexte : dans la vie, je suis rédatrice web/journaliste. J’écris pour plusieurs médias, dont le site NRJ Active, pour lequel je rédige un certain nombre d’articles par mois. Il y a quelques temps, j’y ai publié un article de fond sur un sujet qui me tenait particulièrement à cœur : les fanfictions. Les jeunes actifs aussi écrivent de (bonnes) fanfictions : explication d’un phénomène a donc été publié. Comme je voulais émailler mon article d’un avis fiable et détaillé sur la question, j’ai décidé d’interview le Docteur Pralinus, une youtubeuse infiniment cultivée dont j’admire le travail depuis quelques temps déjà. Sur sa chaîne, elle parle de pop culture, de yaoi, des héroïnes qui l’intéressent et de fanfictions… parmi beaucoup d’autres choses ! Pour moi, c’était donc la personne idéale à interroger. Elle a accepté de me répondre par mail, et m’a envoyé quelques jours plus tard… trois pages de réponses passionnantes à mes questions ! Il m’était impossible de tout mettre dans mon article, alors je me suis promis de publier l’intégralité de l’interview ici, parce qu’elle est bien trop précieuse. (Merci à Benjamin Kaminski, qui publie mes articles sur NRJ Active et m’a autorisée à le faire.) Sur ce, je vous laisse en compagnie du Docteur Pralinus. J’espère que cet entretien vous intéressera, et qu’il vous donnera envie de lire de (bonnes) fanfictions.

Question ouverte pour commencer : pourquoi les fanfictions c’est bien ?

A titre personnel, je n’aurai jamais autant écrit si je n’avais pas eu le support de la publication en ligne, qui m’a permis une pratique régulière et des retours en temps réel. La fanfiction permet ça pour plein de gens, et même pour les lecteurs, c’est une manière d’étendre le plaisir lié à une œuvre, de se la réapproprier, d’en faire sa propre création/perception avec un échafaudage d’idées partagées en ligne. C’est vraiment un super concept.

Dans mon article, je veux montrer que même les jeunes actifs écrivent des fanfictions, que ce n’est pas qu’un truc d’ado ou de mère au foyer comme les médias prétendent le montrer. Pourquoi, à ton avis, ce genre peut toucher aussi des jeunes adultes qui travaillent et sont à fond dans la vie active ?

Je ne saurais pas le dire mais c’est vrai que les représentations d’auteurs de fanfictions (influencées par Enterprising Women de Camille Bacon-Smith si je ne m’abuse) en font des adolescentes et des femmes au foyer avec l’idée d’une frustration générale de leur vie, qu’elles exprimeraient à travers des fictions qu’elles « souilleraient » presque de leurs gloussements. C’est très irritant, surtout que c’est aussi sexiste (à côté les fanfictions masculines sont beaucoup plus valorisées, dans l’univers de Doctor Who, qui est dominé par les hommes, on met souvent en avant le showrunner Steven Moffat, auteur de fanfiction Doctor Who avant de régner sur la série, qui est plus sérieux qu’E. L. James et autres autrices de fanfics médiatisées). Y aurait d’un côté les femmes au foyer mal baisées et les adolescentes en explosion hormonales qui écrivent des fanfics sur One Direction et Twilight et de l’autre, une minorité parmi les auteurs de fanfics, les créateurs masculins sérieux qui, eux, vont se professionnaliser. C’est extrêmement réducteur. L’auteure de Fangirl, Rainbow Rowell (NdR : très bon bouquin, effectivement), le dit très bien en conclusion de son bouquin d’ailleurs, y a un plaisir particulier à écrire de la fanfic. C’est une écriture comme une autre : on peut écrire de l’original et continuer à faire de la fanfic à côté parce que c’est un autre challenge. Il y a le plaisir de retrouver un univers, des personnages. A côté je pense que tout le monde ne peut pas se permettre d’écrire dans la fanfiction. Quand on a un loyer à payer, écrire des fanfictions dans un but entièrement gratuit tout ça, c’est un luxe aussi.

Comment expliquer que ce soit en majorité des jeunes filles (et des jeunes femmes) qui écrivent de la fanfiction ? Pourquoi les hommes sont-ils minoritaires ?

J’ai lu deux explications à ça. Dans Textual Poachers, Jenkins évoque l’anthologie Genders and Reading qui met en avant des stratégies de lectures différentes selon le genre du lecteur. L’idée n’est pas d’essentialiser cette lecture évidemment, on peut la voir comme partie d’une éducation genrée. Pour résumer grossièrement, les femmes percevraient plus l’histoire comme une atmosphère, les hommes comme une structure. Sheenagh Pugh dans The Democratic Genre met aussi en avant la notion de gratuité et l’absence de compétitivité dans l’univers de la fanfiction, ce qui permettrait à des femmes non éduquées dans ce but de se lancer plus facilement. Bien sûr, quand je dis « les hommes » et « les femmes » je minore la part queer des auteurs/consommateurs de fanfictions et je le redis, il ne s’agit pas d’attacher ces caractéristiques à un genre de manière biologique mais plus socialement construite.

Est-ce que pour toi la notion de fanfiction est indissociable de celle de communauté/fandom ?

Je pense qu’on fait tous de la fanfiction d’une certaine façon dès qu’on se met, par exemple, à discuter en sortant d’un cinéma en enchaînant les «  ce film aurait été mieux si ». Seulement, à partir du moment où on intègre un fandom, où on met ses textes à disposition ou où on consomme de la fanfiction, là, on atteint un nouveau pallier.

De plus en plus de médias consacrent des articles aux fanfictions, mais c’est souvent avec un ton condescendant. (On trouve souvent des sélections des fanfictions les plus bizarres par exemple, mais jamais des meilleures…) Pourquoi, à ton avis ?

En France, on a des années de retard sur les Etats-Unis à ce niveau, et les médias généralistes aussi ont des années de retard sur les travaux universitaires. Je veux dire, c’est aberrant, on parle encore de « phénomène de la fanfiction » comme si c’était nouveau. Woh les gars ! Ca existait avant Internet ! (NdR : ce que j’explique dans mon article, tout en gardant le terme phénomène, justement parce que la fanfiction se démocratise depuis peu en France.) Seulement c’était un domaine discret (lié aux fandoms et en prime dominé par les femmes). Y a beaucoup de sexisme, et une vision très bourgeoise de la culture dans la condescendance qu’on réserve aux fanfics. Déjà, y a cette idée qu’un fan n’est pas légitime pour écrire sur un univers préexistant, qu’il « braconne » la culture (d’où le Textual Poachers de Jenkins). Ensuite, des femmes commencent à se faire du blé avec ça (enfin commencent, des auteures de fanfictions les transforment en récits originaux pour les publier depuis les années 1980, on appelle ça Filing off the serial numbers), elles écrivent des textes lus par des milliers de gens et forcément… ce doivent être des conneries. Certes, je ne dirai pas que Fifty Shades of Grey c’est le haut du panier, mais les fans qui en parlent en tirent souvent des choses plus intéressantes et intelligentes qu’on imagine.

Heureusement on commence à écrire et réaliser de bons travaux sur le sujet de la fanfiction en français comme le docu Fanfictions, ce que l’auteur a oublié d’écrire.

Beautiful Bastard, 50 Shades, After : ces livres sont au départ des fanfictions (Twilight et One Direction). Je ne peux pas m’empêcher de penser que les éditeurs choisissent de publier de « mauvaises » fanfictions, alors qu’il en existe de très bonnes. Pourquoi ne pas éditer ces dernières et donner une meilleure image du genre ?

Je ne pense pas qu’il y ait de complot de ce genre. Sur les sites de fanfiction, les textes qui sont les plus lus et commentés sont rarement les mieux écrits et les plus ambitieux selon moi. Ce serait plus des textes moyens. Stylistiquement, ça se lit même si le style est blanc, mais les histoires restent simples voire creuses. Les textes plus sophistiqués sont souvent moins lus de ce que j’ai vu, parce qu’un lecteur de fanfiction moyen ne va pas forcément chercher à se retourner le cerveau. Y a aussi une notion très assumée et décomplexée de lecture plaisir. Certes, la fanfiction permet parfois des relectures très complexes et intéressantes, postcoloniales, féministes et queer de fictions qui sont devenues des mythes communs, mais c’est aussi très souvent, surtout, le plaisir simple de voir X perso faire des câlins à X perso dans X série. Enfin, y a cette idée qu’une bonne fanfiction ne peut être détachée de l’univers qui l’a inspiré et donc, en en faisant une histoire originale en « file off the serial numbers », soit on la prive de sa substance, soit elle était de base assez plate pour que ça ne dérange pas et que ça ne change rien. Personnellement, je tire mon plaisir d’un jeu constant de références au canon quand j’écris de la fanfiction. Je sais que ce n’est pas le cas de tout le monde, mais ça me rend en tous cas impossible le fait de transformer mes fanfics en récits originaux. Elles perdraient alors ce qui fait que j’en suis fière.

Devant des séries comme Sherlock (je pense à la dernière saison), on ne peut pas s’empêcher de penser que les scénaristes ont lu quelques fanfictions et sont conscients des attentes des fans. Penses-tu que les fanfictions peuvent influencer les scénaristes à l’heure actuelle, et peuvent contribuer à apporter de nouvelles choses au cinéma ?

Clairement. Plus que les fanfics, les fandoms et les fannon (le canon du fandom, c’est à dire un élément intégré comme canon par un grand nombre de fans) influencent clairement la production actuelle. Les mangakas font du fanservice depuis des années en se fiant directement au courrier de leur lectorat, et avec la puissance des réseaux sociaux, on voit la voix des fans amplifiée. Quand un tas de gens voient Sherlock avec Watson, il est de l’intérêt des créateurs de la série de les satisfaire avec, hélas, souvent juste quelques clins d’œil et beaucoup de Queerbaiting. Ceci dit, Sherlock est inachevé encore donc qui sait ? Les enjeux de représentations sont aussi au cœur des fandoms et ils savent parfois se faire vraiment entendre. Hermione est bien devenue noire.

Pour finir, une fanfiction que tu recommanderais ?

Je vais citer une vieille fanfiction, une des premières que j’ai lues alors que j’étais au collège et que j’ai relu plusieurs fois ensuite. Elle est restée inachevée, et on sent que l’auteure ne savait pas nécessairement où elle allait sur la fin, mais il y avait tellement de potentiel et d’idées dedans. Et des personnages vraiment géniaux ! Je parle de See You Soon de Nemesis publiée sur le site de Poudlard.org (il faut s’inscrire). C’est une fiction nextgen publiée bien avant le tome 7 de J.K. Rowling, et je peux vous dire que les idées qu’elle exploite sont bien plus intéressantes que l’épilogue « canon ». Pour moi, cette version coexiste avec celle des « vrais » romans, et vu que je la lui préfère et qu’elle est restée inachevée, j’en ai imaginé mentalement des suites. Des fanfictions de fanfictions.

Je vais citer un autre nom de fic avec laquelle j’ai entretenu le même rapport : La Médiocrité s’appelle Roma de sangdebouRbe souffre des mêmes problèmes (inachevé et l’auteur se perd un peu et tire un peu sur la plume), est publié sur le même site et m’a aussi durablement marquée. Y a une plume vraiment mordante, une finesse, et ça exploite un pan inexploité de l’univers de Harry Potter avec des personnages originaux. J’aime beaucoup.

Ce qui est étonnant avec ces histoires publiées il y a dix ans, c’est de constater à quel point les auteures avaient été clairvoyantes et perspicaces quant à la suite de l’histoire de J. K. Rowling (la vraie nature de Rogue a été devinée des avant le tome 7 par beaucoup de fans). C’est de l’ordre de spéculations sentimentales, mais c’est absolument passionnant.

Merci au Docteur Pralinus pour avoir pris le temps de répondre (très longuement) à mes questions ! Je vous conseille d’aller explorer sa chaîne YouTube pour en savoir plus, et évidemment de lire des fanfictions. Parce qu’on peut lire de la bonne littérature ET passer du temps sur fanfiction.net ou Archive of Our Own (ou Tumblr). Il y a de vraies merveilles à dénicher pour qui sait chercher ! (J’enverrai mon top 10 de fanfictions à qui veut.)

Ça y est, le grand moment est arrivé : le bilan 2016 ! J’avais beaucoup aimé faire celui de l’an dernier, alors je récidive – parce que pourquoi se priver d’un plaisir, je vous le demande ?

2016 a été une année fort chargée. Il est hors de question de faire ici écho aux « 2016 année pourrie » que je vois fleurir partout sur les réseaux sociaux. Mon année fut parfois difficile, mais globalement très réussie. Et à l’échelle mondiale, il ne tient qu’à chacun d’agir pour faire changer les choses. J’en avais déjà touché un mot ici, et je vous renvoie à l’excellent billet publié sur Rue 89 à propos de la tendance générale à blâmer 2016.

Si vous voulez me suivre hors de ce petit blog, sachez que je collabore régulièrement avec le joli webzine Ta Chatte. J’y publie des chroniques tous les mois, et celle sur les fanfictions parue en mai est une des petites lueurs qui ont parsemé mon année 2016. Si vous habitez à Lyon, vous pourrez aussi assister à ma pièce Le Vampire de la rue Morgue (Parties 1 et 2), les 4, 5, 6 et 7 janvier au Théâtre de l’Uchronie (pour commencer). J’ai d’autres projets d’écriture pour l’année qui vient. Ce ne sera pas du théâtre, mais je ne peux pas en dire plus pour l’instant.

Bref, trêve de bavardage, c’est parti pour le top des séries, films, musique et livres de 2016 !

TOP DES SÉRIES 2016

Et devant vous, le désert. C’est sans doute l’année où j’ai le moins regardé de séries. (Pour diverses raison, mais principalement… parce que je n’en ai pas eu envie ?) J’ai cependant un coup de cœur à vous faire partager cette année, et il s’agit d’une websérie.

EDGAR ALLAN POE’S MURDER MYSTERY DINNER PARTY

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J’ai découvert le travail de la bande Shipwrecked Comedy cette année. C’est un collectif de jeunes gens talentueux, emmenés par Sean et Sinéad Persaud, un frère et une sœur qui adorent les bouquins (et sont visiblement fans d’Harry Potter). Cette série compte onze épisodes d’un quart d’heure maximum. Edgar Poe, assisté du fantôme Lenore, décide d’inviter le gratin des écrivains à dîner : Oscar Wilde, Louisa May Alcott, Hemingway, Dostoievski, George Eliot, Charlotte Brontë… Mais la petite réception se transforme rapidement en un remake des Dix Petits Nègres. Qui va survivre ? Qui est le meurtrier ? L’équipe de Shipwrecked Comedy a fait un crowdfunding pour pouvoir tourner cette série, ce qui leur a permis d’avoir des décors, des costumes et une BO à la hauteur du projet. Les acteurs sont tous bons, les références parfaites, et le tout transpire la passion pour la littérature. Diffusée sur Youtube, cette petite série hilarante et gothique s’est achevée le jour d’Halloween, et je ne peux que vous encourager à la voir !

LES AUTRES

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Ci-dessus le meilleur moment de la saison 3 de Penny Dreadful.

Agent Carter : de l’avis général sur Tumblr, la saison 2 était très inférieure à la première, et je ne puis qu’acquiescer. Le charme rétro est toujours là, mais plonger soudainement la fière Peggy Carter dans un triangle amoureux ridicule m’a semblé trahir l’esprit même de la série. Message aux scénaristes : arrêtez de finir vos séries sur des cliffhangers quand vous ne savez pas si elles seront renouvelées ! Damn. Vous l’aurez compris, Agent Carter a été annulée… et ce n’est peut-être pas plus mal.

Penny Dreadful : la série s’est elle aussi conclue cette année, et j’en suis ravie ! (Oui, je déteste les séries longues.) Sans spoiler, elle se termine sur une vraie fin, et ça fait plaisir. Certains ont crié au scandale, mais je l’ai trouvée logique. Tout n’est pas parfait… (Introduire de nouveaux personnages deux épisodes avant la fin, ou bâcler certaines intrigues secondaires, bon. Et Jekyll qui, malgré de bonnes idées et le charisme dingue de l’acteur, ne sert à rien.)… mais ça me semble très correct. La saison 2 restant définitivement la meilleure.

Les séries que je voudrais voir en 2017 : celles que j’avais mentionnées l’an dernier. Et je suis très tentée par Black Sails, histoire de changer d’horizon – même si la taille du monstre me fait un peu peur. Oh et Sherlock, bien sûr, qui reprend ce soir à l’heure où j’écris ces lignes !

TOP DES FILMS 2016

Commençons tout de suite par les attentes que j’avais mentionnées dans mon top de l’an dernier :

  • High-Rise : très bonne adaptation du livre. Visuellement, le film est intéressant, mais il lui manque peut-être quelque chose. Mmh.
  • Suicide Squad : tout a été dit et écrit sur le sujet. Sachant que les personnages seraient trahis (n’est-ce pas, Harley et le Joker) et m’attendant au pire… j’ai presque passé un bon moment.
  • Captain America : Civil War : c’était tellement bien. Ça ne pouvait pas être comme les comics, c’est donc devenu un très bon film Marvel Studios. TeamIronMan.

Avant d’annoncer mes coups de cœur, je préviens tout de suite que je n’ai pas encore vu Nice Guys, Captain Fantastic et Patterson. Zootopie était très bien. Les Animaux Fantastiques n’a valu que pour Colin Farrell, et j’ai détesté Mademoiselle, qu’on m’a pourtant survendu. (Je suis d’autant plus déçue que j’aime bien Park Chan-Wook, et que je pense que je vais beaucoup aimer le roman original de Sarah Waters, qui m’attend sur mon étagère.) The Neon Demon m’a laissée très… mitigée. Doctor Strange a été un vrai film feel good, avec une trame classique mais des personnages non-manichéens, de vraies questions sur la foi, et des effets visuels assez fous. Un petit baume au cœur. Et Premier Contact était très beau.

Le coup de cœur sera en fait deux films, ex aequo. On commence par la production indépendante du lot, histoire de dire qu’il n’y en a pas que pour les blockbusters.

THE WITCH DE ROBERT EGGERS

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« Encore un film gothique, quelle surprise ! » Ne partez pas tout de suite. Ces derniers temps, j’ai considérablement diminué mes visionnages de films d’épouvante. Aussi ai-je abordé The Witch avec précaution, un soir où je me sentais d’attaque, encouragée par les critiques, deux ou trois interviews du réalisateur et… l’intrigue spoilée. Mais peu importe. The Witch est avant tout un magnifique film d’atmosphère, avec une photo impeccable et des acteurs incroyablement justes – et pour la plupart inconnus. (Pas tout à fait, il y a Ralph Ineson qui dévoile son charisme fou, loin des rôles ingrats qu’il a eu dans des séries jusqu’à maintenant. Révélation du film.) Le film a un souci de véracité historique (l’histoire se passe au temps des colons américains) et de proposer une histoire originale. Tout en glissant subtilement quelques messages sur l’intégrisme religieux et le féminisme. Je trouve que les films d’horreur se terminent souvent trop facilement : par une chute qui annonce le retour de la créature, ou un happy end classique. Sans spoiler, il n’y a rien de tout cela dans The Witch, qui se termine de façon absolument parfaite. J’ai rarement été aussi contente de la fin d’un long-métrage, et j’avais envie d’applaudir. The Witch n’est jamais gore, il ne contient pas de scène choc, mais il instaure un climat bien particulier qui va crescendo. J’ai hâte de voir ce que Robert Eggers va faire ensuite.

ROGUE ONE : A STAR WARS STORY DE GARETH EDWARDS

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Vainqueur ex-aequo de l’année. Encore aujourd’hui, je suis presque incapable d’expliquer pourquoi, parce que le film a évidemment des défauts. (Le fait d’utiliser la CGI pour ramener le personnage de Tarquin, joué par feu Peter Cushing, me pose également problème.) Et pourtant… en dépit de tout ça, ce film est mon préféré de l’année avec The Witch. Il aborde des questions sur le fait de se rebeller, de s’engager pour défendre des valeurs, d’être prêt à les remettre en cause… Le sous-texte de Rogue One est très actuel et pousse à la réflexion. Le personnage de Cassian Andor est ambivalent à souhait, et incarne ce questionnement à la perfection. Et que dire de Jyn Erso, qui est sans doute l’héroïne de Star Wars auquel on peut le plus facilement s’identifier. Toute la salle a applaudi à la fin du film, mais j’avoue que je ne sais pas quand je serai capable de le revoir tant il m’a secouée. En ce qui me concerne, il a été le point de départ d’une réflexion et de nouveaux projets pour l’année à venir.

Le petit coup de cœur qui n’est pas sorti cette année : Agora, d’Alejandro Amenabar. On continue avec la thématique de la rébellion, agrémentée d’un encouragement à se cultiver et à rechercher le savoir. Ce film montre aussi l’une des plus belles amitiés homme-femme que j’aie pu voir (Orestes et Hypatia, vous faites un super fond d’écran, ne changez rien).

TOP DES ALBUMS 2016

L’année n’a pas été folle musicalement, si ? J’attends plus de 2017, que diable ! J’ai cependant des petits coups de cœur qui s’en détachent. Ce n’est pas foufou, mais ils ont été de petites lueurs bienvenues.

EVERYTHING YOU’VE COME TO EXPECT DE THE LAST SHADOW PUPPETS

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Jamais album ne porta un titre aussi prétentieux. (Suis-je trop cinglante ?) J’avais pourtant dit que c’était l’album que j’attendais le plus de 2016. Il est inférieur au précédent opus, et Alex Turner semble désormais prendre bien plus de place que Miles Kane au sein du duo, ce que je trouve dommage. Et pourtant, c’est l’album que j’ai le plus écouté en 2016. De loin. Used To Be My Girl est ma chanson préférée de l’année, et j’ai terminé l’écriture de ma seconde pièce de théâtre avec The Dream Synopsis en musique de fond. Après tout, Alex Turner a toujours un don incroyable avec les mots, les orchestrations de TLSP sont réussies, et l’album est beau. Inférieur à son prédécesseur, mais beau cependant.

MENTIONS TRES BIEN

  • Citizen of Glass, d’Agnes Obel : un joli successeur à Aventine, avec de nouvelles trouvailles et quelques morceaux magnifiques comme Familiar ou Trojan Horses. Merveilleux compagnon d’écriture aussi.
  • Not the Actual Events, de Nine Inch Nails : et Trent Reznor arriva pour sauver 2016. Cet EP au son bien sale, qui me rappelle Year Zero (mon album préféré de NIN) a été la très bonne surprise de fin d’année. Et le morceau (dantesque) Burning Bright, on en parle ?
  • Popestar, de Ghost : rien à dire, tout est parfait. Je ne sais pas combien de temps ces suédois pourront maintenir un tel niveau d’excellence, mais profitons-en. (Je retiens I Believe comme instant de grâce ultime de cette année.)
  • L’album éponyme de Nothing But Thieves, qui date de 2015 mais qui m’a suivie toute l’année (et est ad vitam aeternam associé au personnage de Kylo Ren dans mon esprit, je sortais de The Force Awakens quand je l’ai écouté).

Cette année, j’ai aussi eu une période où j’ai écouté pas mal de metal. J’en écoute peu en général, parce que j’ai tendance à être exigeante (difficile) sur la question. Mais je me dois de mentionner les découvertes suivantes : Opeth, Katatonia, le dernier album de Gojira et Alcest. (Je n’arrive toujours pas à savoir si j’aime Alcest, le concept, le propos, la musique, mais si j’y reviens, c’est que ça ne doit pas me déplaire totalement.) Oh et HIM, bien sûr. Mais Ville Valo ça fera l’objet d’un prochain article ici.

TOP DES LIVRES 2016

Je n’ai rien lu qui soit sorti cette année, excepté Harry Potter and the Cursed Child (je fais partie de ceux qui défendent la pièce) et trois (excellentes) BDs. J’ai globalement tenu mes résolutions de lecture, excepté pour ce qui était de dévorer toutes les pièces de Shakespeare – mais la fin est proche. Comme l’année dernière, les lectures qui ont fait vibrer mon cœur sont arrivées à la fin de l’année. Comme pour les films, elles sont deux ex aequo.

LE PARADIS PERDU DE JOHN MILTON

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Enfin ! Enfin, j’ai pu découvrir ce classique cité par je ne sais combien d’écrivains, de musiciens, de peintres et de cinéastes. Ce long poème épique en douze chants a été écrit au XVIIème siècle, et même si j’ai l’habitude de lire en anglais, j’ai préféré opter pour une traduction pour une telle lecture. J’ai donc lu celle de Chateaubriand (mise gratuitement à disposition par Gallica, merci les gars). Le Paradis Perdu est une lecture très dense, très difficile, qui nécessite de capter le rythme de la langue avant que les pages ne se succèdent plus facilement. Mais ça a été une immense lecture. Déjà parce que c’est beau, tout bêtement. Le Paradis Perdu raconte l’histoire de Lucifer, après qu’il ait perdu la bataille contre Dieu et soit devenu roi des Enfers, qui décide de se venger en tentant Eve, corrompant ainsi le genre humain. Simple, vous direz-vous. Sauf que Le Paradis Perdu fait partie de ces quelques livres inscrits dans l’ADN du monde et qui ont influencé toute la création artistique des siècles postérieurs (un peu comme la Bible, Shakespeare ou Le Morte d’Arthur, pour prendre trois exemples différents). A chaque page ou presque, j’ai reconnu des choses que j’avais pu voir dans des films ou des livres. A commencer par A la croisée des mondes, bien sûr, qui a largement puisé dans ce livre – y compris son titre original – et m’a, le premier, donné envie de lire Milton. Batailles épiques, descriptions d’autres univers, personnages mythiques, création du monde, tout est là. La seule chose qui m’a envie de taper sur Milton (paix à son âme) est le traitement réservé à Eve, horriblement misogyne (c’est le contexte, diront certains). Vous saviez qu’il a dicté tout le poème à ses filles, parce qu’il était aveugle au moment de sa conception ? Je ne cherche même plus à comprendre.

LA SAGA ARTEMIS FOWL, D’EOIN COLFER

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Il fut un temps en 2016 où j’ai râlé contre l’absence de « héros génies » dans la littérature. Je me suis souvenue d’Artemis Fowl : j’avais lu les trois premiers tomes à douze ans, le quatrième un peu plus tard – et j’avais été déçue. J’ai donc décidé de tout reprendre, et d’enchaîner les huit volumes de la série. Ce que j’ai fait. L’avantage, c’est qu’ils sont relativement courts, mais les enchaîner peut entraîner un sentiment de redondance. Certaines intrigues sont répétitives, cependant les personnages sont toujours attachants et drôles. Eoin Colfer a aussi un talent particulier pour rendre les fins de chaque tome émouvantes. Le troisième tome reste toujours mon préféré, le six m’a fait lever les yeux au ciel à de nombreuses reprises. Quant au dernier livre, il est très bien, il fait le boulot et apporte une vraie conclusion. Il y a aussi un discours écologique qui traverse toute la série, qui est aussi portée par de très bons personnages féminins. J’ai aimé retrouvé Artemis, le premier héros que j’aie vraiment adoré, et il ne m’a pas déçue. Replonger dans son univers avec un recul de jeune adulte était une bonne expérience, qui m’a accompagnée à un moment où j’avais besoin d’un tel personnage.

MENTION TRÈS BIEN : HASARD OU DESTINÉE, DE BECKY CLOONAN

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J’achète peu de BDs, étant très exigeante (ou difficile, encore une fois) sur le dessin et le scénario. J’avais entendu du bien de ce recueil de trois histoires de Becky Cloonan, et on me l’a offert pour Noël. (Soulignons au passage que c’est aussi un très bel objet.) Les trois contes de Becky Cloonan se déroulent dans une époque médiévale gothique et romantique : il y a une histoire de sortilège, une de loup-garou, et une autre de bois hanté. Ces récits atmosphériques ont tous l’amour comme fil conducteur. Les dessins sont magnifiques, les histoires empreintes d’une atmosphère que j’apprécie, et ne trouve que trop rarement. (Elle est présente chez Léa Silhol, La Motte-Fouqué ou encore Tolkien dans Le Silmarillion.) Ce livre fait d’ailleurs écho à mon projet d’écriture de cette année, dont j’espère pouvoir vous reparler bientôt !

Ce que je voudrais lire en 2016 : ma liste comporte déjà plein de livres à lire, et il y en aura d’autres. Mais bien plus de livres, et de genres très différents, qui nourrissent ma faim toujours grandissante d’apprentie polymathe !

Et voilà, c’en est fini du bilan de l’an 2016. S’il vous a donné envie de découvrir certaines œuvres, il aura indéniablement servi à quelque chose. Bonne année 2017 à tous, soyez curieux, dévorez des bouquins, des films et de la musique et que la Force soit avec vous !

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Les ordis portables des années 90 étaient tellement mignons.

J’ai remarqué que j’avais assez peu posté sur ce blog cette année. Il y a plusieurs raisons à cela, outre le fait que mon année ait été très chargée. Je compte bien faire revivre ce petit coin, qui tient une place particulière dans mon cœur, au cours des mois à venir. A quel rythme, je l’ignore. Wait and see.

C’est au milieu d’une année pourtant bien pleine de projets que j’ai eu l’idée de me lancer dans le NaNoWriMo (National Novel Writing Month). Il s’agit d’un défi un peu fou, qui a lieu chaque année en novembre, et qui consiste à écrire 50 000 mots en un mois. L’idée, c’est de rédiger une première ébauche de roman, et de booster la quantité plus que la qualité. Le site officiel du NaNoWriMo permet de mettre sa jauge de mots à jour quotidiennement, et de voir où on en est : est-ce qu’on a du retard, est-ce qu’on est toujours dans la course, etc.

Chaque année, plusieurs personnes me demandent via Facebook si je compte faire le NaNoWriMo. Jusqu’à ce mois-ci, ma réponse a toujours été non. Je n’en avais pas le temps, ou pas l’envie, ou pas la motivation. Je me suis toujours dit que je le ferai un jour, « mais pas maintenant ». En cette année 2016, j’ai décidé sur un coup de tête de faire le NaNoWriMo… et je ne le terminerai pas.

Ce n’est pas un aveu d’échec, parce que je considère que cette expérience m’a appris des choses sur moi et mon écriture.

Au moment de commencer le NaNo, j’ai dit à un ami que c’était paradoxal que je me lance dans cette expérience précisément l’année où j’avais le moins de temps pour la faire. Prémonitoire. Dans l’idéal, pour réussir le NaNoWriMo, il faut écrire 1600 mots par jour, ce qui équivaut à trois pages Word et des poussières. Et si vous n’avez pas toujours le temps de les faire… vous pouvez toujours vous rattraper pendant le week-end.

Au quotidien, je vis de ma plume : je suis rédactrice web/journaliste. (Quant à savoir où, petits malins, une simple recherche sur Google vous l’apprendra.) C’est-à-dire que j’écris déjà chaque jour. Je doute fort d’avoir rédigé 50 000 mots pour mon travail à la fin de chaque mois, mais il est clair que je laisse toujours une certaine quantité de texte derrière moi.

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Ceci est un de mes gifs préférés au monde et je me devais de le placer dans cet article.

Parenthèse. Traditionnellement, quand je m’attelle à mes autres projets d’écriture (comme mes pièces de théâtre), je les rédige sur le papier, avant de les corriger et de fixer leur version définitive sur ordinateur. J’ai déjà dit que j’aimais voir la progression d’un texte au stylo, les ratures, les annotations… Mais si j’écris à la main, le soir et le week-end, c’est aussi parce que je fais un rejet des écrans, après les avoir regardés pendant une journée de travail. En semaine, le soir, je vais lire (du papier ou l’écran mat de ma liseuse), écrire (à la main), et éteindre absolument tous mes écrans à 22h. J’admets que mon téléphone portable est parfois – souvent – totalement éteint à 21h. Ça me permet de me recentrer, de me détendre et surtout, de me prouver que je ne dépends pas des écrans. Fin de la parenthèse.

Tout ceci pour expliquer que faire le NaNo était une renonciation à ces habitudes, en quelque sorte. Pour le réussir, il est indispensable de taper son texte sur ordinateur. Ce qui s’est rapidement révélé déplaisant. D’un autre côté, ça m’a permis de constater à quel point j’avais besoin de mon moment sans les écrans, et combien mon rejet d’eux était vivace. (Ce que j’ai tendance à considérer comme un bon signe, en ces temps ultra connectés, où certaines connaissances m’avouent être incapables d’éteindre leur portable pendant la nuit.) Quand on rentre chez soi après une longue journée à écrire, à devoir trouver des idées et à voir du monde, écrire frénétiquement trois pages à l’ordinateur peut être la dernière chose dont on a envie. Ça va sembler épouvantablement girly, mais : écouter son corps, c’est important.

Mais surtout, le NaNo m’a fait prendre conscience d’éléments fondamentaux concernant ma façon d’écrire. Il m’a rappelé que j’ai mes limites, mais il m’a aussi fait découvrir des ressources insoupçonnées. Je ne partais pas de nulle part en commençant le défi : j’avais une trame principale, au moins trois personnages principaux dessinés dans ma tête, et une idée de la structure de l’histoire. Même si j’aime boucler mes projets assez vite, je préfère écrire quand l’inspiration est là, et ne pas me forcer quotidiennement. Si l’envie n’est pas là, ça se débloquera plus tard.

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Excellente idée. Inutile de tourner en rond.

Pendant le NaNoWriMo, j’ai découvert que j’étais parfaitement capable d’inventer chaque jour la suite de mon histoire sous la contrainte – même si, encore une fois, ça n’était pas souvent agréable. Soit j’étais inspirée, soit j’étais motivée par ma maudite fierté à aller jusqu’au bout : toujours est-il que je suis contente de ce que j’ai écrit pendant le temps où j’ai tenu. Je finirai cette histoire, je pense, mais ça prendra plus de temps que prévu, et infiniment plus de soin.

L’enjeu du défi était aussi, pour moi, de savoir si on pouvait faire le NaNo tout en ayant un travail, des projets artistiques et une vie à côté. La réponse est officiellement non, du moins en ce qui me concerne. Ce qui a un côté infiniment rassurant : somme toute, j’ai une existence assez « remplie » pour ne pas avoir le temps de faire le NaNo. Ça n’aurait sans doute pas été le cas il y a quelques années. (Sortez les violons.)

Si on choisit de faire ce défi littéraire, il ne faut se consacrer qu’à ça, et j’ai regretté bien des fois de ne pouvoir dévorer des livres tranquillement le soir, ou de ne me pouvoir me consacrer aux projets d’écriture que je trouvais vraiment importants. En définitive, je n’ai pas exactement perdu mon temps, parce que je tire des leçons de cette courte aventure.

Et pour une fois, je ne vais pas trépigner en songeant que les héros que j’admire le plus auraient, eux, remporté le NaNoWriMo s’ils y avaient été confrontés. Le fait de ne pas le réussir m’a fait prendre conscience de choses très positives. Si certains considèrent cela comme un échec, je l’accepte de bonne grâce.

Vampire exaspérant

“On ne change pas une équipe qui gagne.”

Joyeux Halloween à tous ! Il y a deux ans, j’avais publié cette nouvelle pour l’occasion. J’y racontais les déboires d’une journaliste ténébriste contrainte d’interviewer un vampire exaspérant et de l’accueillir chez elle pendant une nuit entière. Voici leurs retrouvailles, deux ans plus tard. Et non, elle ne l’apprécie toujours pas. (Je dois avouer que l’écoute intensive du groupe HIM m’a donné l’idée de cette histoire. Toute mon affection va à Ville Valo et à sa musique, que je caricature gentiment ici.)

Pour la première fois, je dois écrire mon article d’Halloween sur un sujet imposé.

Bon, l’avantage, c’est que ça me dispense de me creuser la tête pour en trouver un. L’an dernier, j’avais trouvé mon idée de reportage un mois à l’avance pour ne pas me retrouver à interviewer un vampire snob au dernier moment. Résultat : j’ai écrit un article passionnant sur un spécialiste des créatures de la nuit et son laboratoire. Mais si, vous savez ! le genre de type qui passe son temps à collectionner les grimoires et à soigner les goules et autres sorciers. Il ne demandait pas mieux que de passer une soirée tranquille pendant Halloween, tout comme moi. L’entretien eut lieu en début de soirée, et chacun resta chez soi ensuite.

Je bosse chaque soir d’Halloween : je suis journaliste ténébriste, je n’ai pas le choix. Chaque année, à la même date, je dois sortir le reportage qui va marcher et impressionner mon rédacteur en chef. Cette fois, mon patron m’a carrément devancée, puisqu’il a décidé de mon sujet d’Halloween à ma place. Comme mon papier Un vampire a passé la nuit chez moi : comment j’y ai survécu a cartonné il y a deux ans, il veut que je retrouve cet épouvantable snob à crocs pour écrire la suite.

Quel intérêt, me direz-vous ? Il se trouve que notre ami le vampire a apparemment choisi cette année pour sortir un album à titre confidentiel – destiné aux créatures nocturnes, vous comprenez – et qu’il donne un concert acoustique dans un petit bar du coin. Mon rédac chef veut que j’assure l’interview. Il s’est même permis une plaisanterie d’un goût douteux : « Je suis sûr que la nuit qu’il a passée chez toi lui a donné l’idée de faire ce disque ».

Mettons les choses au clair, pour ceux qui s’imaginent que j’aurais pris ce vampire en affection. Je me suis vraiment retenue de lui mettre un pieu dans le cœur jusqu’au dernier moment. Jusqu’à ce qu’il franchisse la porte de mon appartement pour rejoindre son cercueil, en fait. J’ai dû faire preuve d’une patience dont je ne me pensais pas capable pour supporter ses manières et ses lamentables tentatives de flirt. (Donc oui, il est tout à fait possible de résister à la séduction d’un vampire : affaire classée.) En plus, c’était un danseur correct – loin d’être exceptionnel.

Bref, inutile de préciser que l’idée de devoir l’interviewer à nouveau ne m’enchante absolument pas. Je ne peux même pas sortir à mon rédac chef une réplique cinglante comme : « Il faudra me payer pour que je fasse cet article », vu que… je suis payée pour le faire. Plus qu’à prier pour que ça passe vite. Voyons le bon côté des choses : au moins, je ne suis pas obligée de passer la nuit entière avec ce bonhomme comme il y a deux ans.

Vérifions nos affaires. Carnet, stylo, portefeuille, livre au cas où le concert serait ennuyeux, pieu, vêtements noirs et foulard. (Non, ce n’est pas pour me protéger d’éventuelles morsures, c’est parce qu’il fait froid. Vu le nombre de tuberculeux que je croise chaque jour au bureau, je préfère éviter de me mettre à tousser à mon tour.)

Le bar où le vampire joue n’est pas très loin de chez moi, et dans un quartier plutôt sympathique. Pas celui où la fête d’Halloween battra son plein. Je ne vais donc pas croiser de convoi de sorcières bourrées, ni de vampires qui se lancent dans des concours de récitation de poésie ou d’arias de Mozart. (Bien sûr que j’aime la poésie et Mozart, mais sérieusement, vous n’avez pas envie de voir des vampires en débiter.)

Le bar est plein quand je pousse la porte. Des gens, assis ou debout, sont occupés à bavarder ou à boire. Je distingue quelques humains, des vampires et des mages aussi. Public hétéroclite, ce qui annonce une ambiance plutôt sereine, a priori. Le vampire est déjà sur scène, et je m’arrange pour qu’il ne me voie pas. Il est assis sur un tabouret, sa guitare en main, et… C’est un joueur de flûte que je vois à sa droite ? Et un clavecin à sa gauche. Je ne sais pas à quoi va ressembler sa musique, mais une chose est sûre : le vampire a manifestement décidé d’impressionner la galerie.

Ce à quoi il s’emploie pendant la demi-heure suivante. Dieu merci, le concert est court. Le vampire, ramenant de temps à autre ses cheveux en arrière avec un air qu’il veut à la fois ténébreux et inspiré, enchaîne une suite de ballades et de chanson où il est question… d’amour éternel, de rejoindre les ténèbres avec sa dulcinée et de la lune qui brille. Je lui prédis plein de fans entre 14 et 20 ans s’il se décide à signer avec une major. A un moment, je retiens un fou rire en m’apercevant que son joueur de flûte présente un air de ressemblance avec Legolas – je crois que c’est un vampire aussi, mais je n’en suis pas sûre. Son joueur de clavecin a des air de majordome anglais : raide et sévère.

« Ah, ma chère ! Je me disais bien que je vous avais vue. »

Je lève les yeux du carnet où j’ai pris quelques notes. Le vampire m’a rejointe à une table, dans un coin du bar.

« Votre rédaction m’a prévenu, évidemment. Quel plaisir de vous revoir.

– Bonsoir. »

Restons calme. Ça ne durera pas longtemps.

« J’ai quelques questions à vous poser à propos de votre… musique, dis-je. Mon rédacteur en chef pense que l’article peut faire un tabac.

– C’est très aimable à lui, réplique le vampire avec la fausse modestie qui le caractérise. Qu’avez-vous pensé du concert ?

– Sincèrement, je pense que vous pouvez faire un malheur auprès de toutes les adolescentes un peu romantiques. Je pense aussi que vos airs ténébreux et vos mouvements de cheveux peuvent y contribuer au moins autant que vos chansons.

– Dois-je y déceler du sarcasme ? »

Il hausse un sourcil. Ce n’est pas le moment de se faire mordre en plein milieu d’une interview. Il faut redresser la barre. Et rentrer chez moi, où l’épisode final d’Edgar Allan Poe’s Murder Mystery Party m’attend.

« Pas forcément, répliqué-je le plus calmement du monde. En tout cas, allez-y, c’est votre moment. Vous avez cinq minutes pour défendre votre album et parler de votre musique. En gros : pourquoi c’est bien ? Je vous écoute. »

Le vampire se lance alors dans une grande tirade sur la poésie mourante de nos jours (je vous avais prévenus), l’absence de compositeurs intéressants, et pourquoi le romantisme semble-t-il disparaître comme la lune au petit matin ? (Il va falloir se calmer avec la lune, mon brave.) Lorsqu’il a fini, je regarde mes notes, estime que c’est largement suffisant et m’efforce de sourire convenablement à mon interlocuteur.

« Je vous remercie, c’était fort instructif. Mes compliments au flûtiste, offrez-lui un verre de sang de ma part. »

Je me lève et remets mon manteau.

« Vous partez déjà ? Je pensais que nous resterions un peu plus longtemps ici.

Nous ? (Je lève les sourcils, incrédule.) Il n’y a pas de nous qui tienne. J’ai fini mon reportage, je rentre chez moi.

– Je le sais bien, c’est pourquoi je vous suis. Votre rédacteur en chef m’a dit que j’allais passer la nuit chez vous, comme il y a deux ans. Ça fait partie de la promotion, je suppose…

– Mon rédac chef vous a dit quoi ? »

Et soudain, je comprends le sourire fourbe et la plaisanterie douteuse de mon supérieur il y a quelques semaines.

« Rien ne vous oblige à faire ça. Et puis, je n’ai même pas de sang dans mon frigo, ne l’oubliez pas. Vous allez vous ennuyer à mourir, comme la dernière fois.

– Je me suis déjà nourri, dit le vampire. Et je ne me suis pas du tout ennuyé il y a deux ans. Nous pourrions regarder la suite de… Ah, ce film que vous m’avez fait voir cette nuit-là.

La Famille Addams, je réponds d’un air sombre.

– Oui, c’est ça. Ou regarder l’intégralité des Twilight.

– Merci bien, j’ai déjà assez d’un cauchemar sur les bras. Attendez, les Twilight ? Vous n’êtes pas sérieux ?

– Non, je vous testais. Vous ne croyez pas que je vais supporter de regarder des vampires à paillettes ? (Il ramène ses cheveux en arrière d’un air satisfait.) Votre rédacteur en chef m’a assuré que les deux parties seraient gagnantes : moi avec un article promotionnel, vous avec une prime.

– Une prime ?

– Pour être parvenue à me supporter une seconde fois.

– Ça se conçoit, il m’a déjà réservé des surprises de ce genre. Il doit vraiment tenir à cet article pour vouloir à tout prix nous remettre dans la même pièce.

– Je le crois. On ne change pas une équipe qui gagne. (Je lève les yeux au ciel.) Je vous suis, donc ?

– Suivez-moi. Je vais d’abord appeler mon rédacteur en chef et s’il s’avère que c’est une entourloupe de votre part, je vous promets que mon article sera beaucoup moins civilisé que le précédent. »

Un instant plus tard, je dois me rendre à l’évidence : ce n’est pas une arnaque. Vu le ton très satisfait de mon rédac chef au téléphone, j’ai intérêt à rendre l’article du siècle si je veux rester haut placée dans son estime. Il me faut donc trouver une nouvelle idée : hors de question de supporter ce vampire chez moi pendant les dix prochaines heures.

« On ne va pas aller chez moi tout de suite. Vous connaissez des maisons hantées intéressantes ?

– Elles risquent d’être agitées, cette nuit. Lesquelles avez-vous déjà visitées ? »

J’énumère la demi-douzaine que je connais.

« Oh, vous n’avez pas encore vu la plus intéressante. Elle est sensationnelle, je vous le garantis. Vous avez de quoi vous défendre, par contre ? Juste au cas où.

– Vous êtes immortel et vous n’êtes même pas fichu d’assurer ma protection ?

– Je pensais que vous la refuseriez. Parfait, allons-y. »

Nous voilà partis. Après tout, ce qui va suivre sera forcément plus intéressant que tout ce que j’aurais pu écrire si j’avais dû inviter directement le vampire chez moi. Un moment, j’ai envie de tout planter là devant le ridicule de la situation : me voilà, le soir d’Halloween, à arpenter les rues de la ville avec un vampire dont la principale occupation est de ravager le cœur des jeunes filles en fleur. Pour mon travail. Certains diront qu’on peut faire pire.

L’espace d’une seconde, je suis tentée de dire qu’ils ont raison. Mais je garde quand même mon pieu à portée de main.

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Gustave Courbet – Le Désespéré (1843-1845)

Je sais que ça fait longtemps que je n’ai pas publié d’article sur ce blog, mais j’ai une excellente excuse (pour une fois) : depuis plusieurs mois, j’étais plongée dans l’écriture de ma seconde pièce de théâtre, qui est la suite du Vampire de la rue Morgue dont je vous ai déjà parlé. Il se peut que j’écrive un autre article sur cette aventure, mais après tous ceux que j’ai en tête, que j’espère écrire bientôt. Bref, si je suis là ce soir, c’est parce que c’est le Ray’s Day, la fête de la lecture dont le nom provient du grand Ray Bradbury. Pour l’occasion, j’ai décidé de poster une nouvelle, écrite il y a quelques mois en cadeau à un ami. J’espère qu’elle vous plaira. (Avec le recul, ça m’amuse de voir qu’elle aborde un thème sur lequel j’ai écrit des dialogues pendant des semaines.)

Il entra en ouvrant à peine la porte. Juste assez pour faire passer son corps par l’ouverture, si bien que les cloches ne tintèrent pas.

Il tourna silencieusement la poignée, remit sa main gantée dans sa poche et jaugea l’endroit du regard. Étrangement calme pour un mardi midi. Parfait. Il avait seulement besoin d’un peu de temps. Il choisit une table bien éclairée, non loin de la baie vitrée.

Il promena son regard autour de lui avec une pointe d’indifférence. Une femme pendue à son téléphone injuriant l’amant qui n’était manifestement pas là – son murmure était saccadé. Deux hommes en costumes, occupés à trouver les moyens d’alimenter une conversation formelle et polie.

Non, il n’y avait personne. Personne dont il put se satisfaire vraiment. Il glissa la main dans sa poche, en tira une montre à gousset et regarda l’heure. Dans cinq minutes, il devrait partir. Il n’aurait pas le choix. A moins que…

Les cloches du restaurant sonnèrent. Un jeune homme entra : pâle, épuisé, le poing serré sur une chose invisible. Il balaya le restaurant d’un regard enfiévré et vit celui qui l’observait. Il le reconnut soudain, s’avança vers la table, tira une chaise et s’assit sans même ôter son manteau.

Le jeune homme posa son poing sur la table et l’ouvrit. L’objet se tenait sous leurs yeux, au milieu des couverts sans assiettes. Le jeune homme guetta une réaction.

Mais son interlocuteur se contenta de regarder l’objet et de sourire :

«  Je suis heureux de vous voir, mon ami. Comment se portent les Enfers  ? »

Le jeune homme mit quelques secondes à répondre. Il paraissait presque nerveux. Cependant, il affronta le regard de son interlocuteur sans ciller.

« Les membres du 5ème cercle vous saluent », répliqua-t-il.

Le jeune homme attendit une réponse – qui ne vint pas. Il tapa du bout des doigts sur la table et se décida à poursuivre :

«  J’ai fait ce que vous m’avez demandé. Je vous ai rapporté l’objet. Je vous demande de me libérer du lien que vous m’avez attaché. »

Son interlocuteur haussa un sourcil.

« Pourquoi le ferai-je ? Il se pourrait que j’aie encore besoin de vos talents.

– Vous trouverez quelqu’un d’autre, rétorqua le jeune homme. J’ai écumé des Cercles Infernaux pour vous, j’ai fait une escapade au Purgatoire. »

Comme son interlocuteur ne réagissait pas, le jeune homme le jaugea du regard. Il énonça calmement :

« Et je sais parfaitement qui vous êtes. Je sais pourquoi on vous a chassé, pourquoi ils ne veulent plus de vous ni en haut, ni en bas. Je vous ai apporté l’objet, et je me moque absolument de ce que vous en ferez. J’ai exécuté votre demande, je vous demande de me libérer de mon engagement. »

Son interlocuteur ne détacha pas son regard du sien. Une serveuse passa à côté d’eux sans les voir, parce qu’il voulait qu’il en fût ainsi. Le jeune homme ne pouvait cacher sa nervosité, mais ce n’était pas son interlocuteur qui l’intimidait. Son agitation était due à la fatigue du voyage, et aux forces qui s’agitaient en lui et autour de lui en permanence. Un si beau potentiel à peine développé.

« Soit, dit enfin l’interlocuteur, tout en repliant sa main gantée autour de l’objet. Je vous laisse libre de faire ce que bon vous semble. Vous savez qu’il est inévitable que nous nous recroisions ?

– Je n’ai aucun doute là-dessus. Et je m’y attends. »

L’interlocuteur du jeune homme se leva, l’objet toujours dans la main, et le glissa sous son manteau. Puis il quitta le restaurant aussi calmement qu’il y était entré.
C’est à ce moment que la serveuse se dirigea vers le jeune homme pour prendre sa commande. Il s’exécuta poliment. La normalité du lieu lui paraissait presque étrange. Une escale entre deux voyages, probablement. Il essaierait de faire durer celle-ci.

Lorsque la serveuse se fut éloignée, le jeune homme baissa les yeux et vit le petit morceau de papier laissé par son interlocuteur juste avant son départ. L’écriture manuscrite était parfaitement lisible :

Au plaisir d’une nouvelle collaboration fructueuse. Vous savez où me trouver si vous souhaitez adoucir votre damnation.