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Et voilà, nous sommes en 2021. C’est donc l’heure du… top culturel de l’année ! fanfare

J’ai l’habitude de commencer ces articles en citant les accomplissements annuels dont je suis fière. Mais j’ai passé 2020 essentiellement confinée chez moi, ce qui m’a empêchée de mener à bien tous mes projets. J’espère donc que 2021 sera meilleure. En attendant, j’ai tout de même une petite fierté : celle d’avoir lu un nombre invraisemblable de livres. Ça ne se reproduira sans doute pas, soyons honnête. Avec le recul, j’ai aussi fait un certain nombre de belles découvertes culturelles, que je m’empresse de partager ici. C’est parti !

TOP DES SÉRIES 2020

Watchmen

En 2020, j’ai vu de très belles séries, même si j’ai un coup de cœur qui se démarque clairement du lot.

J’ai ainsi terminé Watchmen, une immense série qui n’aura vraisemblablement pas de suite (et tant mieux), que je ne saurais trop recommander. Le propos, l’esthétique, les acteurs : tout était intelligemment fait, sans jamais prendre le spectateur pour un idiot. Mention spéciale à la BO composée par Trent Reznor et Atticus Ross, qui accompagnait à merveille ce voyage aussi étrange qu’effrayant.

Lovecraft Country
 

Malgré les réactions très divisées qu’elle a suscitées, Lovecraft Country m’a également beaucoup plu. Le pari de la série était que chaque épisode soit doté d’une ambiance particulière, qui rende hommage à un pan du cinéma de genre. Le tout en retraçant l’histoire d’un groupe de personnages pendant une saison. On a ainsi eu un épisode sur une maison hantée, un épisode hommage au cinéma d’aventure pulp (comme Indiana Jones ou La Momie), un épisode mettant en scène une secte occulte (très lovecraftienne, pour le coup), un épisode SF… Ce mélange d’atmosphères en a dérouté plus d’un, mais il a fonctionné pour moi. Lovecraft Country est essentiellement portée par une galerie de personnages féminins forts, complexes et intéressants, qui sont chacune mises au centre d’au moins un épisode. J’ai adoré suivre cette série semaine après semaine, en me demandant dans quelle atmosphère chaque nouvel épisode allait me plonger. Laissez-lui sa chance !

Je signale aussi Avenue 5, une comédie/space opera hilarante, sur les passagers d’un vaisseau spatial de croisière confinés dans l’espace. (Avec Hugh Laurie, Josh Gad et Lenora Crichlow, que demande le peuple ?) La série a commencé à avoir des parallèles troublant avec la réalité quand le premier confinement a commencé – et que mon visionnage était toujours en cours. La saison 2 de His Dark Materials a surpassé la première, et c’était un bonheur à suivre chaque semaine. Gloire aux acteurs Ruth Wilson et Lin-Manuel Miranda, qui ont brillé de mille feux pendant cette saison, notamment dans une scène qui est restée dans toutes les mémoires.

Deadwood

Mon coup de cœur va à une série tournée entre 2004 et 2006, que j’ai rattrapée fin 2020 : Deadwood. Je n’ai pas encore assez de recul pour expliquer la raison d’un tel coup de foudre, mais c’est une œuvre qui va me marquer longtemps. C’est un western centré autour de la ville de Deadwood (ah bon ?), de la communauté qui va s’y construire et s’y organiser. La série suit une galerie de personnage variés, auxquels je me suis attachée pendant 36 épisodes. Tous sont passionnants, tous sont en zone grise, à des degrés différents. J’ai rarement vu une série aussi bien écrite : les dialogues sont un bonheur à écouter, prononcés par un casting très solide, digne de les jouer. Bien sûr, ma préférence va au personnage d’Al Swearengen (interprété par Ian McShane). Sachez que si la série a été annulée au bout de trois saisons, un film est sorti en 2019 avec le casting original pour conclure l’histoire.

Ce que je voudrais voir en 2021 : la saison 3 de His Dark Materials, dont le tournage est retardé à cause des confinements successifs. Donc… testons quelques séries Marvel ? Testons de nouvelles séries tout court. Oh, et il va falloir que je regarde Fleabag pour arrêter d’entendre hebdomadairement « C’est trop bien, qu’attends-tu pour la voir ? ».

TOP FILMS 2020

Je me rends compte que c’est une partie sur laquelle j’ai peiné à faire des choix, mais les voici. Comme tout le monde, je suis peu allée au cinéma en 2020. Je n’ai vu quasiment aucun des films notables sortis sur les plateformes comme Netflix. En revanche, j’ai fait quelques découvertes que j’ai beaucoup aimées, et dont j’ai envie de vous parler. Ce petit top va donc présenter les films que j’ai pu voir au cinéma ou que j’ai découverts à la maison pendant les confinements. Certains ne sont pas sortis l’année dernière, mais peu importe, finalement. En 2020, j’ai donc apprécié…

19171917 de Sam Mendes. Rien que pour la scène de la ville en flammes. (Ceux qui l’ont vu sauront de quoi je parle.) La musique de Thomas Newman qui l’accompagne m’a transportée : je voulais que le film continue sans moi et me laisse là. Jojo Rabbit de Taika Waititi : comme pas mal de monde, j’apprécie beaucoup le travail de Waititi depuis What we do in the shadows. J’en attendais beaucoup de son dernier film et je n’ai pas été déçue : c’était drôle, émouvant, cruel, bien joué par tous les acteurs. La Bonne Épouse de Martin Provost : eh oui, une comédie française (féministe) dans ce top, tout arrive ! J’ai ri aux larmes devant ce film, mais son effet euphorisant est peut être en partie dû au fait que c’est le premier film que j’ai vu en salle après le premier confinement. Cela dit, je n’hésite pas à le recommander à tout le monde, même si les cinq dernières minutes sont dispensables.House of Usher

Pendant les confinements, j’ai découvert de petites pépites comme La Chute de la Maison Usher de Roger Corman. Un film gothique adapté de Poe (le scénario est signé Richard Matheson, excusez du peu) qui m’a beaucoup rappelé Crimson Peak. Je suis prête à parier que Guillermo Del Toro a vu ce film et s’en est inspiré. C’était une très bonne surprise pendant le soir d’Halloween. J’ai aussi regardé toute la trilogie des John Wick, qui m’a fait un bien fou dans cette année sans blockbusters au cinéma. C’était du pur divertissement, des films de baston comme je les aime, et c’était tout ce dont j’avais besoin pour évacuer les émotions négatives du premier confinement. (Comme je suis faible, j’irai voir le quatrième opus au cinéma.)

Mais la claque dont j’ai parlé à tout le monde après me l’être prise, c’est Blindspotting de Carlos López Estrada, sorti en 2018. Que dire à part : voyez-le tout de suite ? Ce film est une comédie/buddy movie/drame (par moments) qui brasse les thèmes du racisme, de la gentrification, de la violence et des préjugés… et c’est fantastique. Il est produit et scénarisé par Rafael Casal et Daveed Diggs (dont je reparlerai dans la section musique), qui tiennent aussi les rôles principaux. Voyez ce film, votre année cinéphile n’en sera que meilleure.

Blindspotting

Ce que je voudrais voir en 2021 : des films au cinéma.

TOP LIVRES 2020

Bon. Je crois pouvoir dire qu’on est beaucoup à avoir pété nos scores de lecture en 2020, non ? Ma résolution, c’était de considérer la lecture tranquillement et de ne pas m’affoler sur le nombre de livres lus. Or, le confinement a débarqué. Résultat : j’ai lu 85 livres en 2020, ce qui n’a absolument aucun sens et ne se reproduira sans doute pas. (Cela dit, vu que les théâtres et les cinémas sont toujours fermés à l’heure où j’écris ces lignes, qui sait.)

Pendant le premier confinement, j’ai également fait une #ChroniqueConfinement où je parlais de mes lectures, ce qui a rempli ce blog un peu plus que d’habitude.

En 2020, donc, j’ai lu des choses très différentes. Voici, en vrac, mes lectures les plus marquantes.

Angel SanctuaryJ’ai lu la plus grande partie de la série de mangas Angel Sanctuary de Kaori Yuki en début d’année. Une sacrée épopée à laquelle je repense encore un an plus tard. J’ai (enfin !) lu ce pavé de fantasy qu’est Le Nom du Vent de Patrick Rothfuss : je n’avais encore jamais lu de description aussi belle et juste de ce qu’on ressent en écoutant de la musique.

Il y a un trio de ce que j’appelle « les lectures extrêmes de 2020 ». J’ai ainsi découvert American Psycho de Bret Easton Ellis (effrayant, à cause du vide qui habite le narrateur), La Maison des feuilles de Mark Z. Danielewski (unique livre, à ce jour, qui m’a donné une insomnie). Et la Trilogie de Timmy Valentine de S.P. Somtow : on y suit les aventures d’un vampire ayant l’apparence d’un enfant de douze ans. C’est bizarre, parfois très dérangeant, parfois sympathique ? (Il n’empêche que j’ai tout lu. Le tome 3 est mon préféré.) Brexit Romance de Clémentine Beauvais m’a beaucoup fait rire, et c’était un excellent moyen de découvrir sa plume. Tant qu’on est sur le registre de la romcom, parlons de Red, White and Royal Blue de Casey McQuiston. Un roman adorable et délicieux, qui raconte la romance entre le fils de la Présidente des USA avec un prince de la famille royale anglaise. Et c’est par-fait. J’ai dévoré en une soirée l’intégralité des strips de Fangs, de Sarah Andersen, que l’autrice-illustratrice avait publiés sur internet. Ils m’ont amusée et bouleversée : il me faut bien entendu l’édition papier. Piranesi de Susanna Clarke était un roman étrange et touchant. (C’est un peu une version soft de La Maison des feuilles, par certains côtés.) Tout le monde a dit du bien de la BD Peau d’homme, de Hubert et Zanzim, mais j’en rajoute : c’est très bien écrit et ça dit tout ce qu’il faut, lisez-la !Princess Floralinda and the forty-flight tower

J’ai eu un énorme coup de cœur pour la novella Princess Floralinda and the forty-flight tower de Tamsyn Muir, qui m’a amusée, intriguée et laissée un brin pantoise avec son plot-twist final. Enfin, j’ai fini l’année 2020 sur un tiercé gagnant. J’ai enchaîné… Punching the air d’Ibi Zaboi et Yusef Salaam, un roman en vers court et puissant. (Le poème Hope m’a particulièrement touchée.) Le mythe Star Wars de Thibaut Claudel, un essai passionnant qui se penche sur le rachat de la franchise par Disney et le développement de la postlogie. Et enfin, The Beautiful Ones de Prince, son autobiographie inachevée qui m’a donné envie d’écrire, un sentiment dont le reste de l’année m’a privée.

Ce que je voudrais lire en 2021 : des pavés. J’ai d’emblée surnommé 2021 « l’année des briques », parce que beaucoup de pavés me font envie, et que j’aimerais les dévorer une bonne fois pour toutes.

TOP ALBUMS 2020

Pendant les confinements successifs, je me suis surtout raccrochée à des valeurs sûres en musique, histoire que des voix familières m’accompagnent et m’ancrent dans cette période plus que troublée. A priori, je partais donc encore une fois sur une année sans découverte musicale particulière…

SAUF QUE.

La comédie musicale Hamilton est sortie sur Disney+ et a décidé de bouleverser mon année, au point de s’imposer comme un nouveau choc esthétique. Un brin frustrée de ne pas comprendre les références incessantes à ce spectacle déjà bien installé dans la pop culture (il a commencé à être joué en 2015), je me suis installée un soir pour le regarder. Et c’était fi-chu, les amis ! J’ai non seulement eu un coup de cœur pour le spectacle, son écriture et ses interprètes, mais Hamilton a agrandi mon univers de façon assez impressionnante. Mais avant de continuer, voici d’emblée une de mes chansons préférées.

Ce qui me permet d’embrayer sur la première découverte que ce spectacle m’a donnée : Lin-Manuel Miranda, l’auteur-compositeur et principal interprète d’Hamilton. Je l’ai depuis vu jouer ailleurs, je trouve ses interviews passionnantes, et ses listes de livres à lire sont d’inépuisables ressources. J’aime les personnes couteaux suisses, et j’ai notamment hâte d’entendre la BO du dessin animé Encanto, qu’il compose. (Il joue aussi un formidable Lee Scoresby dans la série His Dark Materials, dont j’ai parlé).

Et en parlant de couteaux suisses (et de musique), Hamilton m’a également permis de découvrir Daveed Diggs, autre individu aux multiples talents. J’ai déjà parlé de Blindspotting plus haut, mais la carrière du bonhomme ne se limite pas à jouer, puisqu’il est aussi (entre autres) rappeur dans le groupe Clipping. J’écoute peu de rap, mais le concept de ce groupe m’ayant séduite, Clipping fait partie du « peu ». Leurs albums suivent des concepts articulés autour de thématiques précises, comme l’horreur ou la SF. Leur album Splendor & Misery a même été nominé aux Hugo Awards (qui récompensent les œuvres de fantasy et de SF) parce qu’il racontait l’itinéraire d’un ancien esclave échappé d’un vaisseau spatial, et qui vit une romance avec une intelligence artificielle. Que me fallait-il de plus, je vous le demande ? (Que Diggs cite des références littéraires ? Case cochée.) Mon morceau favori de Clipping pour l’instant, et le premier que j’ai écouté, c’est celui-ci.

Voilà ce que je voulais dire en écrivant qu’Hamilton avait agrandi mon univers : il m’a fait découvrir des artistes, des albums, des livres, des films très variés, en plus d’un spectacle qui m’a bouleversée. Réussir à faire ça en 2020, c’était une sacrée gageure.

Et voilà, c’en est fini de ce top 2020 ! tambours et confettis J’espère qu’il vous aura intéressés et donné envie de découvrir de nouvelles œuvres. Et, à défaut d’autre chose, j’espère que 2021 sera riche culturellement. Dévorez tous les livres, films, séries et albums qui vous tentent !

Sujet de dissertation : l’été ramollit-il le cerveau, en vous empêchant de comprendre ce que vous lisez, d’écrire ou même de regarder de nouveaux films ? Vous avez quatre heures.

Blague à part, je voulais écrire cette chronique bien plus tôt, et je pensais avoir fini la lecture du roman qu’elle évoque plus tôt encore.

Mais voilà : l’été. La chaleur ramollit et… Oh, vous savez quoi, je vous mets le lien vers cet article de ma sœur qui l’explique bien mieux que moi sur madmoiZelle. Je souscris à tout ce qu’elle y dit.

Et maintenant, entrons dans le vif du sujet. Car pour la première fois sur ce blog, je vais enfin vous parler de la grande Tanith Lee.

trumpets

*trompettes*

Tanith Lee (1947-2015) est une autrice ultra-prolifique qui a publié environ 90 romans et 300 nouvelles (si j’en crois Wikipedia), principalement dans les domaines de la SF et de la fantasy. Je l’ai découverte il y a treize ans avec le premier tome de sa trilogie L’Opéra de Sang, une histoire de vampires que je n’ai pas du tout appréciée. Il y a quelques années, je l’ai retrouvée avec son extraordinaire saga Le Dit de la Terre Plate (que je n’ai pas encore finie). C’est simple : cette série ne ressemble rien de ce que vous avez lu, mais je vous en reparlerai peut-être une autre fois. Depuis, Lee fait partie de mes autrices chouchous, dont j’aime explorer la foisonnante bibliographie.

Malgré son œuvre abondante, Tanith Lee reste méconnue. Aussi, quand il a été question de faire une lecture commune avec Charmant Petit Monstre, j’ai sorti ma bonne amie Tanith de mon chapeau. J’ai proposé un de ses livres plus édités en France, et pas davantage disponible en ebook (que ce soit en français ou en anglais) : Tuer les morts (Kill the dead en vo), paru en 1980.

Je vous ai déjà parlé mille fois de ma passion pour les livres oubliés.

Et j’ai mes astuces pour dénicher les plus introuvables. Même sur la Toile.

Tuer les morts - Tanith Lee

Ah, les couvertures SF vintage.

Donc, Tuer les morts est un roman qui fait 200 pages et des poussières en format epub. Pour le présenter grossièrement, on pourrait dire que c’est The Witcher version goth. Voilà le pitch tel qu’on le trouve sur Babelio :

Selon la légende, Ghyste Mortua, la malveillante cité fantôme, est peuplée de non-morts attendant qu’un vivant franchisse ses portes pour se repaître de sa force vitale.
C’est là que se dirige Myal, le ménestrel beau comme un ange doré. Obéissant à sa fascination morbide pour le danger, il compte devenir célèbre en composant une ballade sur les non-morts.
En quête de la cité légendaire, marche aussi Parl Dro, le boîteux tout de noir vêtu. Il est le Roi d’Épée, le symbole de la Mort et de la Malchance, et s’il recherche Ghyste Mortua, c’est pour exercer son métier : tueur de fantômes… Mais au-delà de ce désir de tuer les morts, morne symbole de son existence, saura-t-il voir la noire terreur qui gît dans son cœur, sourde et immobile ?

Un ménestrel et un chasseur qui partent ensemble dézinguer des créatures, ça vous évoque quelque chose ? Sauf que Tanith Lee a publié ce roman treize ans avant les premières aventures de Geralt de Riv, alias The Witcher/le Sorceleur.

Tuer les morts est au premier abord un roman de fantasy assez classique. Il reprend des tropes qu’on a vu mille fois : le héros principal, la quête, les monstres, les conquêtes féminines en passant (on y reviendra)… Sauf que. Nous sommes chez Tanith Lee, et je m’attendais à un peu d’originalité de sa part. Qu’elle se réapproprie un peu le truc, voyez-vous. Et elle l’a fait ! Merci Tanith.

hamilton

Pourtant, ça ne partait pas forcément bien. La première moitié du livre est somme toute assez classique, après un premier chapitre qui lance pourtant la machine sur les chapeaux de roue. C’est gothique à souhait ! Dès les premières pages, on a :

Parl Dro, notre chasseur de fantômes, aka le Roi d’Épée décrit comme très beau et redoutable, vêtu de noir (oui, j’ai mes obsessions)

Myal, un ménestrel très beau mais peu redoutable, qui passe par là

le fantôme d’une jeune fille prisonnier d’une tour plus bancale que la tour de Pise

(Chose à savoir quand vous lisez du Tanith Lee : ses personnages sont tous beaux. Un peu à la façon des vampires d’Anne Rice, et ça pose directement une ambiance que j’apprécie.)

Vraiment, on était dans une version gothique de The Witcher, et j’étais là pour ça.

Et après ce début prometteur ? Une quête vers Ghyste Mortua, la ville fantôme, somme toute assez banale. Avec Parl Dro et Myal qui s’échangent des saillies bien senties tout au long du trajet. Been there, done that, j’ai vu The Witcher et lu Waylander, Tanith ! Parallèlement à ça, on suit le cheminement d’une fantôme-sorcière avide de vengeance et… c’est à peu près tout ce qu’on sait d’elle. Sachant que l’autrice est capable d’écrire des personnage féminins forts, ambivalents et intéressants, comme la reine Narasen dans Le Dit de la Terre Plate, ça m’a un brin déçue.

[Aparté sur les personnages féminins : dans Tuer les morts, Tanith Lee ne peut pas s’empêcher de céder au cliché ô combien vu dans la fantasy de « la rousse trouvée sur le bord du chemin ». Par là, j’entends : un personnage féminin dont le seul but, ou presque, sera de faire passer une bonne nuit au héros masculin. Une femme très belle et souvent rousse, d’ailleurs. Ah, Tanith, était-ce vraiment nécessaire ?]

angelica-hamilton

Moi face à ce genre de passage. Qui n’arrive pas qu’une fois.

La première moitié du roman comporte quasiment tout les défauts que j’ai à lui reprocher. Où allait-on avec ça, je n’en avais pas la moindre idée. Surprends-moi, Tanith ! Mais il serait hypocrite de ma part de ne pas souligner une grande qualité qui parcourt tout le bouquin :

LE STYLE D’ÉCRITURE.

Même dans ses romans les moins intéressants – ou mauvais hello L’Opéra de Sang –, Tanith Lee a une plume magique. Pendant nos échanges, Charmant Petit Monstre l’a comparée à celle de Patrick Rothfuss, et il est vrai qu’on peut faire quelques parallèles. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles je regrette que cette grande dame ne soit pas plus connue. Son style d’écriture est poétique, raffiné. La lire, c’est opter pour la qualité. (Et dans certaines œuvres, pour des choses totalement over the top et délicieuses.)

Une des choses que j’aime chez Tanith Lee, c’est aussi sa capacité à dépeindre des univers totalement différents du nôtre, aux architectures incroyables et magnifiques. Alors, j’en attendais beaucoup de Ghyste Mortua. Mais la première moitié du livre m’ayant légèrement laissée sur ma faim, je commençais à perdre espoir quand, soudain…

GHYSTE MORTUA DANS LA FACE.

Sans spoiler, je peux juste vous dire que j’ai retrouvé dans la description de cette ville fantôme la Tanith Lee des grands jours, celle qui est capable de me dépayser en une page de description. J’ai adoré me promener dans Ghyste Mortua au fil des pages. Si je lis Tanith Lee, c’est aussi pour ça : m’évader et partir dans des mondes autres que ceux que je connais, où je n’ai aucun repère. Ça a encore fonctionné ici.

Enfin, ce qui a définitivement achevé de me réconcilier avec le roman : il finit sur un double plot twist. Auquel je ne m’attendais pas du tout.

jefferson - hamilton

Un. Double. Plot twist.

Mais c’est peut-être un effet de la chaleur, qui m’a privée de ma perspicacité. C’est sans doute pour ça, aussi, que j’ai mis plus d’une semaine à finir ce petit livre, et encore plus longtemps à me décider à écrire cette chronique. Good Lord.

Bilan des courses : Tuer les morts n’est pas mon roman préféré de Tanith Lee, mais la seconde moitié valait le coup de le découvrir. Comme l’a très bien résumé Charmant Petit Monstre quand nous sommes arrivées au bout de notre périple livresque, c’était « de la mitigeance agréable ».

Et maintenant, si vous voulez bien m’excuser, je dois remplir une valise de livres pour les vacances. L’été n’aura pas raison de mes neurones !

[Cet article est dédié à une personne qui n’en a aucune idée. Mais je le lui enverrai tout de même.]

Fin de confinement oblige, une de mes premières escapades hors de chez moi a été la tournée des librairies. J’ai donc acheté et dévoré de nouveaux livres, tout en gardant en tête un petit objectif : lire les non-lus de ma bibliothèque. Malgré plusieurs tentatives, il y a un livre que j’avais toujours reposé pour passer à autre chose. Ce n’était jamais le bon moment. Plot twist : je l’ai finalement lu la semaine dernière. Il faut m’imaginer face à la couverture, une détermination sans faille sur le visage : « Cette fois, mon p’tit pote, c’est la bonne. Je vais te recommencer et te terminer. » Et je l’ai fait.

Ce livre, c’est Monsieur de Phocas de Jean Lorrain, publié en 1901. J’ai déjà parlé de littérature décadente sur ce blog quand j’ai évoqué A rebours de Huysmans – et la claque monumentale que ce bouquin a été pour moi.

Monsieur de Phocas - Jean Lorrain

Voici la couverture d’époque, mais sachez que le roman est édité en poche chez Flammarion, avec un dossier explicatif très complet. On le trouve aussi dans le domaine public.

Jean Lorrain est une autre figure du décadentisme, un mouvement surtout présent en France à la fin du XIXème siècle et au tout début du XXème. Lorrain est un écrivain peu connu, malgré sa plume splendide. Si vous voulez vous plonger dans son œuvre, Princesses d’ivoire et d’ivresse est un bon début. C’est un recueil de contes dans la plus pure tradition d’Andersen, mâtiné d’une esthétique qui rappelle aussi Oscar Wilde. (Lorrain et lui se connaissaient et possédaient plus d’un point commun.)

Retour à Monsieur de Phocas. Ce roman, qui est en fait une succession d’histoires courtes, raconte l’histoire de…

Monsieur de Phocas (quelle surprise), pseudonyme du duc de Fréneuse. L’aristocrate est obsédé par une couleur, une « transparence glauque », soit un mélange de bleu, vert et gris. Il la recherche dans les œuvres d’art, les pierres précieuses, les yeux des femmes et des hommes qu’il croise. Chemin faisant, il rencontre Claudius Ethal, un peintre aussi scandaleux que manipulateur. Sous prétexte de sauver Fréneuse de son obsession, Ethal va le plonger progressivement dans la folie. A moins que Fréneuse ne parvienne à se séparer de son « ami » à temps ?

Quand j’avais entre 20 et 23 ans, j’ai connu une période pendant laquelle j’ai été fascinée par le décadentisme. J’ai lu A rebours, je lisais les poètes romantiques, j’écoutais les Libertines… j’ai déjà parlé de tout ça dans ma chronique du roman de Huysmans. Me replonger dans Jean Lorrain quelques six mois avant mes 30 ans m’a fait reconsidérer cette littérature que j’appréciais tant avec un étrange recul.

Soyons clairs : j’aime toujours Jean Lorrain. Je garde ses livres dans ma bibliothèque, et je compte bien lire Rachilde et Jane de La Vaudère. (Les seules autrices décadentes connues à ce jour.)

Mais ce qui me fascinait étant plus jeune ne m’attire plus maintenant. Pourtant, les personnages des livres décadents aiment l’art et la beauté de façon inconditionnelle, ce sont souvent des dandys et des érudits… mais il passent l’essentiel de leurs intrigues à s’autodétruire. Parce qu’ils trouvent le monde vain, parce que rien n’est à la hauteur de leurs exigences esthétiques, parce que leur soif d’absolu ne pourra jamais être satisfaite. Résultat : ils préfèrent se perdre au milieu de leurs gemmes et de leurs conquêtes androgynes, et se détruire à grand renfort d’opium ou de provocations en duel. Le duc de Fréneuse ne fait pas exception.

SOUPIR.

Sherlock rolling eyes

(Je pense qu’ils ont besoin d’une thérapie.)

Croyez-moi, je n’aurais jamais cru réagir comme ça il y a sept ans. J’étais même persuadée, à une époque, de connaître un destin similaire à celui de ces personnages. (J’étais plus jeune, écoutez.) Mais entre temps, il y a eu la vie, le théâtre, l’art, les lectures, les amis, l’ambition sur le long terme. L’expérience que j’ai me fait aujourd’hui considérer Monsieur de Phocas avec un intérêt amusé, et beaucoup de tendresse pour une esthétique que j’aime encore.

Pourquoi ai-je relu Monsieur de Phocas maintenant ? Pas seulement pour continuer à découvrir les non-lus de ma bibliothèque. Ces temps-ci, je me suis replongée dans la discographie de Peter Doherty : je réécoute tout, des Libertines à ses albums solos, en passant par les Babyshambles. (Bien sûr, j’ai aussi ses bouquins dans ma bibliothèque. Doherty est un grand poète.) Cette musique est associée à de nombreuses œuvres que j’ai découvertes en l’écoutant… dont le mouvement décadent.

Je me suis donc immergée à nouveau dans cet univers. Sans nostalgie, et avec grand plaisir, en constatant que oui, il m’avait suffisamment marquée pour faire toujours partie de moi. J’en trouve des traces dans ce que j’écris, c’est indéniable. Gustave Moreau fait toujours partie du top 3 de mes peintres préférés. (Les décadents étaient obsédés par sa Salomé.) Etonnamment, la fin de Monsieur de Phocas semblait être en accord avec mon état d’esprit actuel. C’est le moment pour vous de surligner les lignes qui suivent, si vous vous moquez que je vous spoile la fin du roman : A la fin de Monsieur de Phocas, le duc de Fréneuse tue Ethal pour s’en libérer. Il n’est pas inculpé et décide de partir en voyage : il choisit la vie, et va de l’avant.

Une des angoisses quand on est plus jeune c’est, je crois, de perdre la passion, la flamme qui nous anime, surtout quand on est créatif et qu’on ressent intensément les choses. Dans la chanson The Good Old Days, les Libertines mettent en garde leur auditeur : « If you’ve lost your faith in love and music, the end won’t be long ». La question que je me suis posée ces derniers jours, c’était : suis-je restée fidèle aux idéaux que j’avais plus jeune ou les ai-je abandonnés en grandissant ? Est-ce que l’art et la passion sont toujours là ? La réponse est oui. Concernant l’art, la moi de 23 ans serait contente de savoir qu’il est encore plus présent dans ma vie qu’il y a sept ans.

Force est de constater que les leaders des Libertines sont toujours là, qu’ils créent toujours, qu’ils semblent toujours aussi romantiques et épris d’art. J’écris toujours, ma flamme est toujours là, et je suis ravie de constater que grandir ne signifie pas trahir ses idéaux. Il suffit de leur rester fidèle. Et ça n’implique pas de passer par sa propre destruction, bien au contraire.

Certes, j’ai presque une semaine de retard pour publier cet article. Mais c’est parce que je tenais absolument à y inclure un roman que je pensais avoir fini de lire bien plus tôt. Cette chronique sera également la dernière de cette petite série confinée.

(Même si, soyons honnête, ce déconfinement n’en est absolument pas un de mon côté. Je travaille toujours bloquée à la maison, les cinémas et les salons de thé sont fermés. Les dates de début de mon seule en scène, prévues en juin, ont été annulées. D’un côté, ça me laisse le temps d’avancer sur d’autres projets. Et de lire, bien évidemment.)

Je vais donc vous présenter trois livres issus des non-lus de ma bibliothèque – que je vide consciencieusement avant d’acheter de nouveaux bouquins. C’est parti, roule Raoul en voiture Simone.

L'Evangile du gitan - Jean-Marie Kerwich

L’Evangile du gitan de Jean-Marie Kerwich m’a été offert il y a douze ans par une de mes tantes. (Il est sorti en 2008 aux éditions Mercure de France.) Je n’ai jamais ressenti l’élan pour le lire, jusqu’à ce confinement. Et quelle découverte, les enfants ! Je pense que c’était exactement le bon moment pour le dévorer. J’aurais voulu témoigner mon admiration à l’auteur d’une façon ou d’une autre, mais il est décédé en 2018. Talk about missing out. 

Il me sera compliqué de parler de ce livre en détail parce qu’il s’agit de poésie en prose, et que c’est donc une affaire de ressenti. Je ne lis pas du tout de poésie contemporaine, mais ce petit livre a été une jolie révélation. Chaque poème est un paragraphe d’une page environ. Kerwich y évoque sa vie de gitan, la misère (qu’il voit et dans laquelle il vit), la beauté dans les plus petites choses, la pluie et les orages (dont il est amoureux), l’écriture, le milieu littéraire dans lequel il ne se sent pas à sa place, et Dieu. Car oui, il va parler de foi, beaucoup. L’Evangile du gitan était la petite claque qu’il me fallait en début de semaine dernière. Les informations sur son auteur sont difficiles à trouver : le poète était très peu connu de son vivant, il n’a quasiment rien publié, et tout le monde l’a oublié désormais. Faites-vous une faveur et procurez-vous sa poésie !

The Bone Garden - Heather Kassner

J’ai ensuite totalement changé de registre en enchaînant avec The Bone Garden, un conte gothique d’Heather Kassner publié en 2019 par les éditions Titan Books. Une fois de plus, c’est un livre qui n’a pas (encore ?) de traduction en français. Mais il la mérite : j’aimerais que ce roman soit accessible au plus grand nombre parce que c’est une petite merveille. C’est aussi le premier roman de son autrice, que je vais suivre de près. Je n’ai pas envie de trop en dire, sous peine d’atténuer l’émerveillement que vous pourriez ressentir en le lisant. J’improvise ici l’ébauche d’un pitch pour vous donner faim :

Irréelle est faite de poussière d’os, de cannelle et d’imagination. Créée par une femme mystérieuse et inquiétante, la petite fille possède des bras et des jambes d’une longueur inégale. Son rôle : se procurer de la poussière d’os, dont sa créatrice a besoin, dans le cimetière voisin. Mais ce qu’Irréelle souhaite par-dessus tout, c’est devenir… réelle.

Je m’attache rarement aux personnages principaux d’une histoire, et bien plus souvent aux personnages secondaires. The Bone Garden est l’exception qui confirme la règle : j’ai voulu adopter Irréelle dès la page 3. Cette héroïne est adorable, attachante, émouvante, et je l’ai suivie tout au long de l’histoire en ayant peur pour elle ou en étant attendrie. Je ne peux rien dire des autres personnages sans gâcher la surprise, mais tous sont intéressants et/ou fascinants. L’atmosphère du roman est sombre et onirique – on n’est pas loin de Coraline de Neil Gaiman. Si vous avez envie de suivre Irréelle dans un conte étrange de 300 pages, foncez !

The Pre- Raphaelite Seamstress - Amita Murray

Je tenais absolument à conclure ces chroniques confinées avec The Pre-Raphaelite Seamstress d’Amita Murray. Là aussi, on part sur un roman en langue anglaise, et qui ne sera jamais traduit parce qu’il a été autoédité. Il fut un temps où je suivais plusieurs blogs sur la peinture préraphaélite. En 2014, plusieurs d’entre eux ont relayé la sortie de ce roman dont le pitch est simple :

En pleine époque victorienne, Rachel Faraday est une couturière indépendante et aspirante artiste. Tout ceci serait déjà bien assez compliqué sans une rencontre qui va changer sa vie : un soir, elle fait la connaissance d’un gentleman sur qui elle crushe, et qui se retrouve accusé de meurtre le lendemain. Rachel, décidée à prouver l’innocence du monsieur, va mener l’enquête. Au passage, elle va aussi devenir l’élève de Dante Gabriel Rossetti, qui va l’aider à y voir plus clair dans ses rêves et avec qui elle va développer une relation très… sensuelle.

J’étais ravie de pouvoir enfin mettre la main sur un bouquin qui promettait un pur divertissement dans un cadre qui m’était si familier : l’époque victorienne et les peintres préraphaélites. J’ai déjà parlé de Rossetti plusieurs fois sur ce blog : c’est mon peintre favori, et j’étais curieuse de voir comment il serait montré ici. Sa personnalité est assez bien respectée, excepté un défaut, dont souffrent tous les personnages masculins du roman. Amita Murray présente en effet comme de la séduction ce qui est du harcèlement… et ça ne passe pas. Le livre n’est pas parfait, loin de là, mais j’ai quand même passé un bon moment. Il y avait aussi une ou deux réflexions féministes (malgré les maladresses citées) qui étaient réjouissantes, comme ce passage où Rachel revendique le droit de faire ce qu’elle veut de son corps et d’aller voir Rossetti si ça lui chante, au détriment du qu’en dira-t-on.

Depuis The Pre-Raphaelite Seamstress, Amita Murray a été publiée. Exceptées les quelques critiques qu’on trouve de ce roman sur la Toile, il semble que l’autrice elle-même n’ait plus vraiment de considération pour lui – elle ne le mentionne pas sur son site officiel. Désormais, on le trouve uniquement d’occasion en format papier : j’étais contente de voir ma chasse au livre couronnée et de pouvoir manger ce roman.

C’est donc la fin de la série #ChroniqueConfinement ! J’ai pris beaucoup de plaisir à la faire, et ce petit projet m’a aidée à tenir, je ne vous le cache pas. Rassurez-vous, ce n’est pas la dernière fois que je parle bouquins sur ce blog, même si mes billets seront désormais plus espacés. Prenez soin de vous, mangez du chocolat, bouquinez et regardez des films !

Après avoir dévoré un pavé, j’aime enchaîner avec un texte court. Ayant avalé Les brumes de Riverton de Kate Morton, j’ai décidé, en début de semaine dernière, de revenir à une valeur sûre : Oscar Wilde.

J’ai déjà parlé plusieurs fois de lui sur ce blog, c’est mon auteur préféré du monde entier et de tous les temps, et j’ai lu tout ce qu’il a écrit. (Sauf sa correspondance, que je déguste petit à petit, ainsi que quelques poèmes.) En période de confinement, il est parfois bon de retourner à des piliers, des lectures doudous. Oscar Wilde est ça pour moi : une voix familière que j’aime retrouver, qui me réconfortera à coup sûr, me fera réfléchir et rire.

J’avais lu son essai politique L’âme humaine il y a plusieurs années sur un écran d’ordinateur – merci le domaine public, le texte ayant été publié pour la première fois en 1891. J’en gardais finalement assez peu de souvenirs. Son édition papier (publiée aux éditions Arléa) faisant partie des non-lus de ma bibliothèque, je m’en suis emparée pour me plonger dans ses 77 pages.

Oscar Wilde - L'âme humaine

Voici le pitch de Wikipédia :

L’auteur défend passionnément une société égalitaire dans laquelle la richesse serait partagée entre tous, tout en mettant en garde contre les dangers d’un socialisme autoritaire qui détruirait toute individualité.

Ce n’est pas tout, puisque Wilde y défend l’individualisme comme moyen de développer sa personnalité et l’harmonie au sein d’un peuple. Il évoque aussi la liberté de l’artiste, lequel devrait, selon Wilde, créer pour son plaisir avant tout et ne pas avoir peur de proposer du neuf, au lieu de calquer son travail sur ce qui a été fait avant pour plaire au public. Cet aspect, entre autres, m’a paru très actuel : j’ai dressé de nombreux ponts dans ma tête avec ce qui se passe dans la pop culture. Les idées politiques d’Oscar Wilde se rapprochent davantage de l’anarchisme que du socialisme, mais je vous laisse le soin de consulter cet article très intéressant qui l’explique bien mieux que moi. (En passant, vous ne le saviez peut-être pas, mais Wilde était aussi féministe.)

On peut ne pas être d’accord avec la thèse développée par Oscar Wilde, mais son essai a le mérite de faire cogiter, de trouver un écho en 2020 et… de faire rire, puisque l’auteur se fend de quelques épigrammes bien senties. C’est un texte qui reste très accessible et dévoile une autre facette de son auteur : je vous le recommande ! (Un jour, je vous parlerai peut-être de son essai Le Déclin du mensonge, mon préféré, qui parle de l’art et de la vie.)

The Last Werewolf - Glen Duncan

Après avoir reçu un câlin d’Oscar Wilde, je suis partie à la découverte d’un autre non-lu de ma bibliothèque : The Last Werewolf de Glen Duncan. Le roman a été publié en 2011 aux éditions Canongate, mais si vous préférez le lire en français, sachez qu’il bénéficie depuis quelques années d’une traduction aux éditions Gallimard (Folio SF). Youpi ! Là aussi, ça a été une très bonne lecture. Je vous traduis le pitch anglais, parce que celui de l’édition française en dévoile déjà trop :

Pendant deux siècles, Jacob Marlowe a erré à travers le monde, esclave de ses appétits lunatiques et tourmenté par le souvenir de son premier et plus monstrueux crime. Désormais dernier de sa race, il se sait incapable de continuer. Mais tandis que Jake commence son compte à rebours vers le suicide, un meurtre violent et une rencontre extraordinaire le replongent dans la poursuite désespérée de la vie.

Et je n’ai vraiment pas envie de vous en dire plus, sous peine de vous gâcher les nombreuses surprises que le roman réserve. Sachez juste que le style de l’auteur est excellent, au point que j’avais envie de m’y rouler dedans comme un chat. Ce livre est aussi très drôle, ce que le résumé ne laisse pas forcément voir. Le récit étant à la première personne, on est plongés dans la tête de Jake, dernier loup-garou en vie, cynique et un brin déprimé, qui va nous faire part de ses réflexions sur la vie quand il ne sera pas occupé à… non, CHUT. Je ne dirai rien. Le livre a quelques défauts ici et là, mais son concept et son écriture sont tellement bons que je les excuse. Bref, c’était trop bien. (Choqués par mon langage, vous vous êtes bien entendu tous évanouis.)

Pour l’anecdote, j’ai découvert ce roman grâce à la musique. Stephen Coates aka The Real Tuesday Weld, ami de l’auteur, a composé une bande-originale pour accompagner le roman. C’est elle qui m’a donné envie d’acheter le livre il y a presque dix ans, et c’est la chanson ci-dessous que je fredonnais entre deux sessions de lecture. L’histoire racontée par le clip n’a absolument rien à voir avec le livre, vous pouvez y aller sans crainte :

Jusqu’à présent, les livres que j’ai présentés ici, depuis le début du confinement, étaient tous numériques. Or, il se trouve que j’ai également une PAL d’une quarantaine de livres papiers. C’est moins que certains bibliophiles, mais c’est quand même un nombre conséquent. Cette semaine, je me suis donc mis en tête de réduire un peu cette fameuse pile.

Ces derniers temps, j’ai vu plusieurs booktubeuses parler des Brumes de Riverton sur leurs chaînes. Et celle qui m’a le plus convaincue est Margaud Liseuse, qui a consacré toute une vidéo à son autrice, Kate Morton. Coïncidence, il se trouve que Les brumes de Riverton était un des non-lus de ma bibliothèque. Je me suis donc lancée dans cette brique de 688 pages (publiée chez Pocket) et l’ai terminée peu avant d’écrire cette chronique. Ceci donc un avis à chaud, mais je doute qu’il change.

Si, la semaine dernière, Wicked Saints m’avait d’abord agacée pour me laisser avec un sentiment plutôt positif, c’est l’inverse qui s’est produit avec Riverton : je suis passée d’agréablement surprise à franchement agacée. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs, voici le résumé.

Les brumes de Riverton

Été 1924, dans la propriété de Riverton.
L’étoile montante de la poésie anglaise, lord Robert Hunter, se donne la mort au bord d’un lac, lors d’une soirée. Dès lors, les sœurs Emmeline et Hannah Hartford, seuls témoins de ce drame, ne se sont plus adressé la parole. Selon la rumeur, l’une était sa fiancée et l’autre son amante…
1999. Une jeune réalisatrice décide de faire un film autour de ce scandale et s’adresse au dernier témoin vivant, Grace Bradley, à l’époque domestique au château.
Grace s’est toujours efforcée d’oublier cette nuit-là. Mais les fantômes du passé ne demandent qu’à se réveiller.

Vous l’aurez compris, on part sur une double narration : Grace va nous raconter son présent en 1999, et son passé dans les années 1920. Je ne vous cache pas que j’ai nettement préféré la voix de la Grace du passé, et c’est heureusement celle qui prédomine.

J’avais de nombreux a priori sur ce roman : j’avais peur qu’il soit rempli de clichés, que l’écriture soit plate, que l’action ne m’intéresse pas. (Si vous vous demandez pourquoi diantre il était dans ma bibliothèque, c’est parce qu’on me l’a donné.) Me fiant aux bonnes critiques entendues, j’ai mis mes préjugés de côté pour me lancer dans ce bouquin. Premier point positif : l’écriture est fluide et parfois très jolie. Ce roman est un vrai un page turner (donc peu de risque d’ennui, excepté quelques longueurs en seconde partie) et le propos est féministe, ce que j’ai apprécié. On y parle notamment de la place des femmes dans les années 1920, de leur désir d’émancipation par le travail, de la possibilité de choisir un emploi pour elles-mêmes ou non… Tous ces aspects m’ont énormément plu, sans compter les références aux romans gothiques qui parsèment l’histoire. Kate Morton possède en effet un solide bagage universitaire en littérature victorienne et gothique, et nous donne une liste de références en fin d’ouvrage. (Merci madame.)

Pourtant… ce livre ne m’a pas laissé un sentiment positif en le refermant. Mais avant de vous parler de la fin (je vous avertirai), je peux vous dire que c’est parce que j’ai ressenti une baisse de rythme pendant la seconde partie du livre. De plus, certains personnages, auxquels je m’étais attachée pendant plusieurs centaines de pages, m’ont fortement agacée (Grace en premier lieu, Hannah ensuite). Et surtout, surtout, pourquoi a-t-il fallu attendre le dernier tiers du livre pour qu’un personnage longtemps annoncé apparaisse enfin et s’avère être sans profondeur ?

Dans quelques lignes, je vais parler de la fin. L’autrice n’est pas responsable de ma déception : je crois que c’est purement une affaire de goût. Cela dit, si vous aimez les intrigues familiales, les manoirs et l’aristocratie anglaise vue par les yeux des domestiques qui travaillent pour elle, foncez lire Les brumes de Riverton !

SPOILERS SPOILERS SPOILERS

SPOILERS SPOILERS SPOILERS

S’il y en a parmi vous qui ont déjà vu le film Reviens-moi (ou ont lu le roman duquel il est adapté), vous vous souvenez sans doute que tout ce qui arrive aux amants est causé par un quiproquo dont est responsable la petite sœur de l’héroïne. Une erreur dont elle portera toute sa vie le poids de la culpabilité. Les brumes de Riverton repose exactement sur le même principe : une erreur stupide commise par Grace, qui a provoqué la tragédie de l’été 1924. Il est rare qu’une fin de roman me rende furieuse, mais c’était le cas ici. Sans doute parce que je déteste les quiproquos et les non-dits. Sans doute parce que si Grace n’avait pas été aussi obsédée par l’idée d’être proche de Hannah et ne lui avait pas menti, tout aurait été différent. C’est personnel, et je suis certaine que de nombreux lecteurs trouvent le twist final aussi déchirant que brillant. Ça n’a pas été mon cas, et ça explique en partie le goût amer que m’a laissé ma lecture.

Je n’ai pas fait exprès, depuis quatre chroniques, d’alterner un auteur et une autrice. Cette parité est tout à fait accidentelle, mais elle est aussi bienvenue. Comme j’ignore encore quelle sera ma prochaine lecture, il est possible que ce rythme soit maintenu, ou pas du tout.

Depuis le début du confinement, mes besoins en lecture sont parfaitement primaires. Bien souvent, j’ai envie de bouquins où :

  1. Il y a de beaux décors gothiques qui claquent.
  2. L’un des personnages sera un individu de genre masculin à la beauté époustouflante (ou tout au moins charismatique), doté de longs cheveux noirs, et de préférence parfaitement infréquentable.
  3. Il y a des passions extrêmes.

Je me suis donc fournie en lectures gothiques et, pour le moment, je traverse le confinement avec elles. Cette semaine, j’ai enfin terminé Wicked Saints d’Emily A. Duncan. Il s’agit du premier tome de sa trilogie Something Dark and Holy, dont deux volumes sont déjà parus aux éditions Wednesday Books. Oui, il s’agit d’une lecture en anglais, car ces romans n’ont pas (encore ?) été traduits.

Je dis « enfin terminé » parce que j’avais commencé Wicked Saints il y a plusieurs mois. Je l’ai donc repris là où je m’étais arrêtée, ça n’a pas été difficile d’y replonger, et je l’ai fini. Je ressors de cette lecture assez mitigée. Si mon avis avait été totalement négatif, je n’en aurais pas parlé, parce que j’estime qu’il y a assez de négativité sur internet pour que je me passe d’en rajouter. Or, Wicked Saints présentait plusieurs points intéressants. Mais d’abord, de quoi ça parle ?

Wicked Saints

La mieux placée pour résumer Wicked Saints étant l’autrice elle-même, je vous traduis son pitch issu de cette interview:

C’est une série de dark fantasy qui se déroule dans un univers inspiré de l’Europe de l’Est. Nous suivons une fille qui parle aux dieux, forcée de s’échapper du monastère où elle a grandi quand celui-ci est attaqué par le prince ennemi. Pendant sa fuite, elle rencontre un trio de réfugiés, dont un redoutable mage de sang. Ils la persuadent de les accompagner dans le royaume ennemi afin d’assassiner le roi et de mettre un terme à la guerre. C’est étrange, parfois idiot, et ça lorgne vers l’horreur cosmique.

Voilà. J’ai un petit doute sur la façon dont un traducteur s’occuperait du terme « blood mage », mais mage de sang, ça fait l’affaire, non ? Je ne vous cache pas que ce qui m’a convaincue de lire Wicked Saints, ce sont les fanarts que j’ai vus sur Malachiasz, le mage en question. En voici quelques-uns. Eh oui, Malachiasz est le personnage doté de longs cheveux noirs, infréquentable et à la beauté époustouflante que j’attendais.

Petit aparté sur lui, d’ailleurs : dans ses remerciements, Emily A. Duncan révèle que Kylo Ren lui a servi d’inspiration pour le personnage – ce que je savais avant ma lecture et que je redoutais un peu, étant donné mon amour pour le premier. Heureusement, Malachiasz a une identité propre. Exceptés ses vêtements et cheveux noirs, son ambition, et le fait qu’il soit excellent magicien, la comparaison s’arrête là. Sans trop en dire, Malachiasz est assez sûr de lui et a un plan qu’il entend mener à terme, là où Kylo Ren peut se montrer assez vulnérable, douter et se laisser envahir par ses émotions (c’est aussi pour ça qu’on l’aime). Ce qui m’a plu chez Malachiasz, c’est non seulement sa soif de pouvoir, mais aussi son absence décomplexée de scrupules.

La suite de cette chronique va être simple, les amis, puis qu’on va partir sur une petite liste de défauts et de qualités du bouquin. Comme je l’ai dit, je suis sortie de ma lecture assez mitigée, mais je lirai quand même le tome 2.

Les défauts :

Le rythme. Sans doute le plus gros bémol du livre : la première moitié est très, très lente, et toute l’action se précipite dans la seconde. Je n’ai aucun souci avec les univers qu’on prend le temps d’installer, mais il y avait un problème de dosage.

Le trope ennemies to lovers n’est pas crédible. Ce n’est pas un spoil, ça faisait partie de la promo du livre : Nadya (l’héroïne) et Malachiasz ont une romance. Elle est vêtue de couleurs claires et parle aux dieux, il est vêtu de noir, est du camp opposé et utilise la magie du sang. Ca vous rappelle quelque chose ? Emily A. Duncan est une fan déclarée de reylo, que je ne shippe pas – par contre, ça fait de magnifiques fanarts – et vous laisse le soin de googler. Certains lecteurs ont aussi rapproché cette romance et l’univers de Wicked Saints de la trilogie Grisha de Leigh Bardugo, que je compte aussi découvrir. Le problème de la romance de Wicked Saints, c’est que la progression ennemies to lovers est faussée parce que Nadya craque pour son blood mage dès le jour 1. Elle a beau se répéter qu’il est son ennemi, ses hormones ont parlé at first sight. Je trouve aussi Nadya absolument insupportable, mais c’est totalement subjectif.

Les qualités :

Les points de vue alternés : celui de Nadya s’alterne avec celui de Serefin, le fameux prince ennemi du résumé… qui est, avec elle et Malachiasz, le héros de la trilogie. Le lecteur suit donc à tour de rôle notre jeune fille qui parle aux dieux et Serefin, qui se révèle être un très bon personnage.

• Les différents types de magie : attention, gros TW sang/scarification si vous êtes sensible à ça. La magie de Malachiasz et celle de Serefin est basée sur le fait d’utiliser leur propre sang afin d’activer les sorts inscrits sur un grimoire qu’ils portent constamment sur eux. D’où le fait d’avoir toujours des lames de rasoir dans les ourlets de leurs vêtements. La magie de Nadya, et tout le mysticisme développé autour, m’a également beaucoup plu. Tout ça devrait prendre beaucoup plus d’ampleur dans la suite.

Malachiasz. Au cas où vous ne l’auriez pas compris. Je ne dirai qu’une chose : la scène de la porte (ceux qui l’ont lue savent et ont probablement toujours chaud). Oh, et la fin, aussi. C’est pour ce blood mage hot as hell et dévoré par l’ambition que…

…je lirai le tome 2 avant longtemps. Parce que la dernière partie du livre m’a tout de même sacrément divertie, que l’esthétique était jolie et qu’il y avait des passages sanglants assez inattendus. Ils contrastent un peu trop fort, parfois, avec la personnalité des (anti)héros, qui sont définitivement ancrées dans le Young Adult. Mais, écoutez, j’ai envie de laisser une chance à la suite.

Je l’ai dit maintes et maintes fois ici : j’aime les romans oubliés. Une de mes passions dans la vie, c’est d’aller chercher et de lire les livres cités par les personnages de romans du XIXème siècle. Par exemple, je dois avoir lu quasiment tous les best-sellers d’époque cité par Jo March dans Les Quatre Filles du Dr March, et dès qu’Oscar Wilde cite une œuvre que je ne connais pas dans un de ses écrits, je l’ajoute à ma liste de livres à lire.  Ces bouquins nécessitent parfois une véritable traque, parce qu’ils ne sont plus édités dans 90% des cas. Heureusement, les liseuses et internet existent, mais même les sites les plus connus du domaine public n’ont pas toujours les livres en question. C’est comme ça que je me retrouve à explorer les tréfonds de Gallica ou d’Archive.org, en tapant des dates de parution ou des pseudonymes obscurs afin de mettre la main sur l’objet convoité. La dernière fois que j’ai fait ça, c’était pour trouver la première édition de Vivian Grey de Benjamin Disraeli, un énorme pavé qui n’a évidemment jamais été traduit. (La première édition, oui, parce que du texte a été coupé dans les suivantes.)

(Ce phénomène de livres plus édités concerne aussi des auteurs plus récents : coucou Tanith Lee, dont j’ai dû commander une traduction d’occasion, ou encore Poppy Z. Brite et son roman Le cœur de Lazare, qui se situe dans l’univers de The Crow.)

Bref. Tout ça pour dire que quand j’ai vu que Vincent Tassy (encore lui, désolée) dirigeait une nouvelle collection aux Editions du Chat Noir consistant à rééditer des romans gothiques oubliés, mon sang n’a fait qu’un tour. Son premier choix est intéressant, puisqu’il s’agit d’un roman français : Le Solitaire du vicomte d’Arlincourt, un illustre inconnu aujourd’hui mais star de son époque. Ce que Tassy explique dans sa préface, laquelle dit également en substance : attention, c’est un roman qui en fait des caisses, mais qui est bien sympathique tout de même.

le solitaire

En même temps : roman paru en 1821, esthétique romantique et gothique. Je m’attends à du drama, que croyez-vous ! Eh bien, j’ai été servie. L’amie à qui j’ai commenté ma lecture en temps réel sur Facebook peut en témoigner. (Du coup, nous avons bien ri.) Je vais spoiler l’intrigue à un moment, mais je vous préviendrai. Voici le résumé officiel de la bête :

Helvétie, XVe siècle. Sur les rives du lac Morat, la douce orpheline Élodie, recueillie par son oncle Herstall, habite un vieux monastère. Tout comme les villageois de la vallée d’Underlach, Élodie est à la fois effrayée et fascinée par le Solitaire, un homme mystérieux qui hante les montagnes surplombant la vallée. Qui est-il ? Pourquoi se cache-t-il ? Quels affreux crimes cherche-t-il à expier en secourant les nécessiteux, furtif comme une ombre, toujours drapé dans son manteau noir ?

Il m’a immédiatement vendu l’histoire. Je vais commencer tout de suite par parler des défauts du livre, parce qu’il y en a :

• L’auteur insiste beaucoup, beaucoup, sur la pureté, l’innocence et la douceur de son héroïne, Élodie. Dieu que c’est agaçant. C’est propre à l’époque, bien sûr, c’est très male gaze, mais même Byron était capable d’écrire de bons personnages féminins (Gulnare du Corsaire à jamais dans mon cœur).

• On est avec un auteur romantique, donc les descriptions de la nature abondent, et c’est bien normal. (On a même des descriptions dans les descriptions.) Cependant, cette surenchère se fait au détriment…

•…de l’évolution psychologique des personnages, qui ne vont jamais plus loin que les archétypes qu’ils représentent : l’héroïne pure, le beau ténébreux, etc. Sauf Ecbert, qui se présente d’abord comme un soupirant superficiel d’Élodie et a une évolution très intéressante, mais je ne peux pas dire pourquoi sans spoiler.

Au-delà de ça, je me suis énormément amusée pendant ma lecture. Un peu comme lorsque j’ai lu L’héritier de Redclyffe de Charlotte Mary Yonge l’année dernière (encore un best-seller oublié, merci Jo March !). Le Solitaire était rempli de péripéties que je n’attendais pas, et je dois dire que son plot twist m’a laissée comme ça :

pikachu

C’était exagéré, over the top en permanence, et j’ai adoré ça.

Autre originalité du bouquin : faire s’inscrire la petite histoire dans la grande. On pourrait croire qu’on a juste affaire à une romance gothique entre une jeune fille (pure) et un homme ténébreux qui cache un lourd passé, à qui les gens et les événements vont mettre plein de bâtons dans les roues. Mais le vicomte d’Arlincourt (sans doute un peu fan de Walter Scott), décide d’inscrire cette romance dans la trame politique qui se joue à l’époque, à savoir le conflit entre Louis XI et Charles le Téméraire. Si ce contexte est placé en toile de fond, il devient beaucoup plus important dans le dernier tiers du roman. Et… ça fonctionne !

Si ce que vous avez lu vous a convaincu, vous pouvez quitter cette chronique et vous procurer le roman. Sinon, restez ici, et lisez la suite. Parce qu’il faut qu’on parle de LA FIN.

SPOILERS SPOILERS SPOILERS

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ALORS. Je l’avoue, j’ai juste envie de râler un peu sur d’Arlincourt, parce que j’ai l’impression que le bougre me l’a faite à l’envers. Non pas une, ni deux, mais trois fois.

Première fois : le fameux plot twist, c’est que le Solitaire est en réalité Charles de Bourgogne, aka Charles le Téméraire himself, qui s’est fait passer pour mort. Il est, accessoirement, la cause de la mort du père d’Élodie, et de sa tante (dont il a été amoureux). Gros passif. J’accepte tout ça. Mais j’accepte moins que d’Arlincourt nous ait martelé que le Solitaire était jeune et beau quand, en réalité, il a plus de 40 ans et qu’Élodie en a à peine 20, puisqu’elle était encore dans le ventre de sa mère quand Charles a tué son père. Eeew.

Seconde fois : la mort d’Élodie. Connaissant la littérature de l’époque, c’était couru d’avance (celle de Charles aussi). Mais cette mort est bâclée, arrive comme un cheveu sur la soupe et n’a aucun sens dans la manière dont elle est écrite. C’est comme si d’Arlincourt s’était brusquement souvenu que son histoire ne devait pas avoir de happy end pour respecter les conventions romantiques.

Troisième fois : la mort de Charles. Eeet oui, je sais. Je m’y attendais après la mort d’Élodie. Enfin, jusqu’à ce que ce brave Ecbert, le meilleur ami de Charles (qui lui a même cédé Élodie dont il est amoureux), lui propose de vivre ensemble. « J’abandonne mon rang et ma fortune, et je viens vivre dans ta demeure solitaire où nous serons heureux », lui dit-il à peu près. (Je shippais Ecbert et Charles depuis quelques centaines de pages, j’ai un peu vu ça comme une confirmation.) « Est-il possible que j’aie mon happy end, en fin de compte ? », me suis-je demandé. Eh non, car Charles s’arrange pour mourir pendant les quelques heures où Ecbert le laisse à lui-même, alors qu’il lui avait promis de ne pas attenter à ses jours. Charles ne se suicide pas, mais meurt… comme ça. A côté du corps d’Élodie. Parce qu’à l’époque romantique, des émotions fortes peuvent être fatales.

Bref, que de drama, vous dites-vous. C’est une bonne raison pour aller découvrir ce roman en période de confinement, non ?

 

Je sais, je sais. La précédente chronique date de deux semaines. « Quand même, en étant confinés, on pouvait s’attendre à plus ! », râlez-vous. Je sais. Mais j’ai des excuses qui tiennent la route, vous allez voir. Il y a deux semaines, pour succéder à mon excellente première lecture, j’ai tenté d’embrayer sur une seconde tout aussi palpitante. J’ai donc entamé trois ou quatre livres auxquels je n’ai pas accroché. (Ils sont tous très bien ou bizarres, j’en suis sûre, ce qui fait de bonnes raisons de retenter plus tard. Ce n’était tout simplement pas le moment.)

Et puis je suis en télétravail et j’ai, de plus, un spectacle à apprendre et répéter. (Protip : les répétitions en visioconférence, c’est… beaucoup mieux que rien.) J’ai des films à rattraper, aussi – c’est le moment ou jamais. Je fais ce que je peux, hein, mais tout ça prend du temps.

Au bout d’une semaine, donc, alors que je pensais avoir définitivement perdu mon mojo en lecture, j’ai reçu un message de ma petite sœur qui me conseillait une énième fois de lire le premier tome de Nevermoor de Jessica Townsend. Cette fois, ses arguments se sont révélés convaincants : « L’héroïne s’habille tout le temps en noir et elle est sassy, et le personnage du rouquin ressemble à Archibald ». (Pour une meilleure compréhension, je vous informe qu’Archibald est mon personnage préféré de la saga littéraire La Passe-Miroir, que je vous conseille vivement.)

Vaincue, j’ai donc acheté l’édition numérique du premier tome de la série Nevermoor : Les Défis de Morrigane Crow, et commencé ma lecture.

Moralité : écoutez vos petites sœurs. C’était exactement le bouquin qu’il me fallait.

Nevermoor t1

Je l’ai terminé hier soir. Il est toujours compliqué de résumer le premier tome d’une saga qui se passe dans un autre monde sans se perdre dans des explications. Mais j’essaie ici même, voici le pitch de départ :

Morrigane Crow est une enfant maudite : accusée d’être à l’origine de toutes les catastrophes autour d’elle, la fillette est aussi destinée à mourir le jour de ses onze ans. Pourtant, le soir de son anniversaire, un élégant dandy nommé Jupiter Nord affirme qu’il va lui sauver la vie et l’entraîne dans un royaume inconnu, l’Etat libre de Nevermoor. Là-bas, Morrigane va découvrir un monde rempli de magie et passer des épreuves pour intégrer une mystérieuse académie.

Première chose : Jessica Townsend écrit bien. Vraiment bien. Son style est fluide, élégant et prenant. Ses héros, qui sont principalement des enfants, s’expriment comme des enfants, ce qui est assez rare pour être souligné. L’autrice arrive à déployer une galerie de personnage intéressants auxquels on s’attache très vite… un peu comme Morrigane le fait. D’ailleurs, j’ai d’habitude assez peu d’empathie pour les héros des sagas jeunesse, mais Morrigane est crédible et bien campée. C’est une enfant qu’on a dévalorisée toute sa vie qui, petit à petit, se rend compte qu’elle a le droit d’exister et va prendre confiance en elle. (Ce qui ne l’empêche pas de prendre une ou deux décisions stupides, mais personne n’est parfait.)

L’univers de Nevermoor est coloré et truffé de trouvailles qui rappellent parfois Lewis Carroll. Townsend a une imagination débordante qui m’a fait me demander plus d’une fois :  « Mais où va-t-elle chercher tout ça ? ». On pourrait s’attendre à un roman envahi de descriptions, car c’est un premier tome qui pose un univers. Il n’en est rien : le roman est parfaitement rythmé, addictif, chaque description est utile et destinée à faire avancer l’intrigue.

Bien évidemment, je ne peux pas terminer cette chronique sans mentionner mes personnages favoris. Big up, donc à Hawthorne, adorable monteur de dragons (qui porte de gros pulls avec des chats brodés !) et bien sûr, à Jupiter Nord, meilleur père adoptif vu depuis longtemps. Je vais me laisser un peu de temps avant de retrouver tout ce petit monde dans le prochain tome – la série est en cours de publication chez Pocket Jeunesse. En attendant, si vous avez besoin d’une lecture intelligente, remplie de magie et réconfortante en ces temps obscurs, le premier tome de Nevermoor est pour vous.

« Quoi, des chroniques de livres sur ce blog ? », vous demandez-vous, effarés. Ecoutez, on est confinés et on s’occupe avec les projets qui se présentent à nous. J’ai donc décidé que je publierai de petites chroniques de mes lectures pendant le confinement. Parce que :

  1. Vous n’en avez absolument rien à faire d’un journal de confinement de ma part.
  2.  Plutôt que de soliloquer chez moi en parlant de mes lectures et de me plaindre que « personne ne connaît les livres que je lis », j’ai décidé d’en parler ici afin de partager mes découvertes.
  3.  Je me suis engagée à faire ces chroniques auprès d’une personne qui me suit sur Twitter.

Donc, nous y sommes. Ces articles seront courts, faits juste après lecture, et j’espère qu’ils vous amuseront. Cet après-midi, j’ai terminé la lecture (commencée hier) de Loin de lui le soleil de Vincent Tassy (publié aux Editions du Chat Noir). Et c’est une lecture validée de mon côté. C’est tout pour moi, merci, à bientôt !

Loin de lui le soleil - Vincent Tassy

D’accord, un peu de contexte. J’avais déjà lu Apostasie et Comment le dire à la nuit du même auteur, auxquels j’ai à chaque fois trouvé de grandes qualités. Pour expliquer pourquoi, il va sans doute falloir mettre un peu de contexte.

Vincent Tassy a mon âge, Vincent Tassy aime/fait du metal, Vincent Tassy a des références littéraires communes avec moi. Il connaît ses classiques gothiques, a lu Anne Rice et Tanith Lee, et a visiblement une passion pour les romans gothiques oubliés. (Dans ma sélection de livres pour les prochains jours se trouve d’ailleurs Le Solitaire du vicomte d’Arlincourt, que Tassy a exhumé et préfacé.) Tout ça pour dire que je me suis toujours retrouvée en terrain familier dans les écrits du monsieur. J’étais ravie de découvrir enfin des histoires qui prenaient place dans ces univers, avec de beaux personnages de vampires, moi qui désespérais de voir des auteurs et autrices contemporains reprendre le flambeau. Vincent Tassy l’a fait, et a réussi son coup.

Mais.

Je restais, malgré tout, toujours légèrement sur ma faim. L’écriture de Vincent Tassy était très belle, l’univers identifiable, ses romans originaux dans le paysage littéraire actuel. Je me souviens avoir pensé, après la lecture de Comment le dire à la nuit, qu’une voix, sa voix, était en train d’émerger au milieu des références qui se faisaient sentir dans son écriture. J’attendais de la voir s’exprimer pleinement – d’où ma frustration.

Dès les premières pages de Loin de lui le soleil, j’ai pensé : « On y est, c’est ça ». Dans ce court roman, Vincent Tassy a laissé de côté les références habituelles, il s’est dépouillé de tout ce qui entravait son écriture… ce qui donne son meilleur écrit, tout simplement. J’ai l’impression que c’est un livre beaucoup plus personnel que les autres. Le courant dans lequel il s’inscrit reste reconnaissable : on reste dans une histoire gothique, un conte avec un jeune homme étrange amoureux d’un vampire, de l’onirisme et des visions esthétiques.

Je ne sais pas en combien de temps ce livre a été écrit, ni comment, mais c’est une histoire à la première personne avec un flot continu d’émotions brutes, de phrases qui frappent fort et juste, où les sentiments les plus intenses n’ont aucune honte à être dits. C’est une histoire qui arrive à exprimer l’absolu, ce qui est extrêmement rare. Rien que pour ça, je suis contente qu’elle existe.

Well done, sir.