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J’ai récemment lu le recueil Lettres à l’ado que j’ai été, dirigé par Jack Parker. Le principe : demander à des personnalités, youtubeurs, artistes, d’écrire à l’ado qu’ils ont été. Comme le but de l’initiatrice du projet était de pousser ses lecteurs à se prêter à l’exercice, j’ai décidé de publier sur ce blog une lettre à l’ado que j’étais à 15 ans. C’est un choix qui n’a pas été facile, mais ça fait un moment que je cherche un moyen de parler du harcèlement scolaire. Si ce témoignage peut aider ou réconforter des lecteurs qui passent par là, ou même leur ouvrir les yeux sur des situations qu’ils connaissent, cette lettre aura été utile.

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Ma chère Adeline,

Quand tu reçois cette lettre, tu dois avoir quinze ans. Je sais que tu es terrifiée à l’idée de savoir ce que l’avenir te réserve, mais je t’envoie ce petit aperçu de toi dans douze ans et quelques mois, en 2018. A titre d’encouragement, disons. Déjà, tu seras toujours en vie. Tu penses mourir jeune parce que ça fait très poète romantique, mais je te l’annonce : à 27 ans, tu seras encore là, et tu n’auras plus la moindre envie d’y passer.

Tu as quinze ans en recevant ma lettre, donc. Tu es dans une sorte… d’entre-deux. Tu te dis que tu as déjà vécu la pire année de ta vie, celle de 4ème. Et tu as raison : tu auras d’autres années très dures dans le futur, mais rien qui égale les horreurs de celle-là. Cette année où tu es arrivée dans un nouveau collège, loin de la ville où tu avais grandi, et où tu avais si peur d’être nouvelle. Tu aurais voulu te faire des amis mais, dès le premier jour où tu t’es mise dans la queue de la cantine avec des filles de ta classe, on t’a clairement fait comprendre que tu « tapais l’incruste ». (Oui, les ados de l’époque avaient une façon très raffinée de s’exprimer.) L’année de 4ème a été la pire de ta vie. C’est celle où on t’a volé tes habits de sport, enfin c’est ce que tu croyais jusqu’à ce que tu t’aperçoives qu’on les avait jetés dans les toilettes du collège. (Tu les as récupérés, lavés et les as portés au cours suivant comme si de rien n’était. Tu voulais montrer à ta classe que ça ne t’atteignait pas. C’était faux.) On a tagué ton casier, on t’a craché dessus et on a fait rimer ton nom de famille avec toutes les insultes possibles. On a aussi accroché ta photo dans les toilettes en y ajoutant quelques enjolivures d’un goût douteux.

Les adultes t’ont fait comprendre que tu devais peut-être être moins arrogante, moins froide avec les autres, que tu devais « te fondre dans la masse ». Ce qu’ils ne comprenaient pas, c’est que tu étais d’une fragilité dingue et que ton orgueil était une des armures que tu utilisais pour tenir bon. Ça n’était peut-être pas la bonne, mais aujourd’hui je sais que c’était la seule que tu pouvais utiliser pour te blinder – même si certains des élèves de ta classe n’étaient pas aveugles et voyaient que tu souffrais. Tu te rappelles qu’un de tes tourmenteurs t’a dit une fois, « Quoi qu’on te fasse, tu restes toi-même et j’admire ça chez toi » ? Ça t’a aidée, mine de rien.

Repenser à cette période, même douze ans plus tard, sera toujours dur et te donnera toujours envie de pleurer. Alors laisse-moi te dire que, quoi qu’on t’ait dit, quoi que tu aies fait, tu ne méritais pas ce qui t’est arrivé. Personne ne le mérite. Tu vas me répondre qu’il y a des collégiens à qui on a fait bien pire, et c’est vrai. Mais ce que tu as subi est inexcusable, et vu les séquelles que ça te laisse des années plus tard, ça ne sera jamais négligeable. Le harcèlement scolaire ne laisse jamais indemne. Ah, j’ai lâché la sacro-sainte expression.

Désormais, tu as quinze ans. La 3ème était une amélioration comparé à la 4ème, la 2nde aussi, même si ça reste une année compliquée où tu manges seule presque chaque midi. Rassure-toi, ça ne va pas durer : la 1ère et la Terminale se passeront beaucoup mieux. Je sais que tu fais encore des rêves de vengeance tous les soirs, où tu fais payer de sanglante manière ceux qui t’ont fait du mal. La vengeance sera ton moteur pendant plusieurs années encore : ton ambition est sans limites, ils verront bien de quoi tu es capable ! Ta vengeance à toi, ce sera de réussir à accomplir tes rêves.

La bonne nouvelle, c’est que tu vas effectivement accomplir des choses. Par exemple, tu vas publier ton premier roman chez un petit éditeur dans cinq ans, que tu tiendras imprimé dans tes mains la veille de tes 20 ans. Pas mal, non ? Plus tard, tu vas aussi écrire des pièces qui seront jouées dans de vrais théâtres, devant de parfaits inconnus. Tu vas interviewer des artistes et des musiciens pour des webzines sur internet. Ton cercle d’amis sera en partie composé de comédiens et d’illustrateurs. (Et oui, tes trois amies les plus proches seront toujours là douze ans plus tard.) A l’heure où je t’écris, je suis en train de rédiger un texte que je vais lire dans un mois, pendant une soirée dédiée aux artistes féminines – tu seras aussi considérée comme une artiste. (Tu ne vivras pas de tes histoires dans douze ans, mais tu vivras de ta plume, ce qui est déjà bien.)

Mais ne nous précipitons pas. Je te disais qu’à 15 ans, tu étais dans un entre-deux. Tu as vécu le pire de ta vie, mais les plus grands bouleversements sont devant toi. Je suis sûre que tu ne vas pas croire la moitié de ce que je vais te raconter, mais ça vaut peut-être mieux : tu seras toujours aussi surprise quand ça t’arrivera.

Déjà, la musique va commencer, dans un an ou deux, à occuper une place très importante dans ta vie. Tu vas d’abord devenir fan de Marilyn Manson. Si, si, je t’assure ! Je sais qu’il te fait très peur à l’heure actuelle, mais tu ne vas pas tarder à virer de bord – et tu auras raison. Et puis, Jack White va débarquer, et ça va être un tremblement de terre dont tu ne te remettras pas. Arrête d’ouvrir de grands yeux. Je sais que chaque fois que tu passes devant l’album Get Behind Me Satan à Carrefour ou à la Fnac, tu ne peux pas t’empêcher de le regarder en te demandant quelle musique se cache derrière une pochette aussi élégante. Tu ne vas pas tarder à le savoir. Jack White aura une influence aussi importante sur toi qu’Oscar Wilde – on l’aime toujours autant douze ans plus tard, pas de soucis. Tu vas devenir une dingue de musique grâce à ce choc. Ce sera une passion aussi forte et vorace que ta cinéphilie ou ton amour des livres, et ça va t’apporter de très belles choses.

Quoi d’autre ? Tu vas devenir féministe. Ne fais pas cette mine horrifiée. Pour toi, « féministe » est presque une insulte, et tu imagines en l’entendant des femmes à barbe prônant leur suprématie sur les hommes. Oublie. Oublie tout de suite ! Je ne vais pas te faire un cours d’Histoire, mais sache que si tu vas devenir une féministe engagée dans le futur, c’est pour d’excellentes raisons.

Oh, et tu te rappelles quand tu t’intéressais à la sorcellerie à 12 ans et que tout le monde trouvait ça bizarre ? Eh bien, en 2018, on peut se revendiquer sorcière et faire de la magie sans que ça paraisse aberrant. C’est d’ailleurs ce que tu feras, après des années passées à lire des grimoires et des essais sur la question sans oser sauter le pas.

Aussi, on te dit souvent qu’en grandissant les filles se féminisent plus, qu’il y a d’anciens « garçons manqués » (quelle sinistre expression) qui ne jurent désormais que par le maquillage et le lisseur depuis qu’elles sont au lycée ? De ton côté, tu as ce truc étrange : il y a des matins où tu te lèves en étant « d’humeur fille » et d’autres où tu es « d’humeur garçon », et où ton comportement change imperceptiblement en fonction. Tu es persuadée que tout ça va se stabiliser un jour, quand tu seras définitivement adulte… et donc une femme. J’ai un truc à t’apprendre : ça ne partira jamais. Et c’est normal, parce que ça fait partie de toi. Ces « humeurs », comme tu les appelles, ne te quitteront pas. C’est pour ça que tu aimeras jouer des rôles de garçon au théâtre douze ans plus tard, comme te faire belle et porter des robes vintage. Grâce à la magie d’internet, tu vas découvrir que tu n’es pas la seule à n’être « pas seulement » une fille, à être à la fois une fille et un garçon. Ça va grandement te soulager. Tu n’éprouveras jamais le besoin de te déclarer « non binaire » ou de « genre neutre » sur tes descriptions Twitter ou Facebook, mais tu seras en paix avec toi-même à ce niveau. Tu peux déjà commencer à l’être : tu n’es pas bizarre !

D’ailleurs, tu estimes à 15 ans que le maquillage est de trop sur ton visage et que c’est une perte de temps, pas vrai ? A 27 ans, ce sera toujours pareil. Tu ne te maquilles pas parce que, veinarde, tu aimes ton visage comme il est. Ah, c’est un autre truc qu’il faut que je te dise : tu vas devenir belle en grandissant. Physiquement, tu ne seras d’ailleurs pas si différente des héroïnes que tu décris dans tes histoires, une fois que tu auras compris que c’est en arrêtant de te sécher les cheveux au sèche-cheveux que tu peux avoir une magnifique tignasse bouclée au lieu d’un tas de paille sur la tête. (J’ai un scoop tout récent : en fait, les cheveux longs, ça te va bien ! Aie confiance et arrête de les couper sans arrêt.) Vu que tu n’aimes pas tes vêtements et les moqueries qu’ils t’ont attiré au collège, je vais te donner un autre aperçu du futur. Plus tard, les gens te trouveront élégante, que tu sois en robe ou en redingote. Ça t’en bouche un coin, pas vrai ? En même temps, tu as passé ton adolescence et tu passeras une partie de ta vie de jeune adulte à aduler les types les plus classes qui soient. Pas étonnant que tu prennes des notes en les regardant.

D’ailleurs, en parlant d’hormones : non, nous n’avons toujours pas rencontré le brun ténébreux ou le génie classieux qui sera notre mari et le père de nos enfants. Si jamais on se marie, parce qu’en grandissant, tu vas petit à petit comprendre que le mariage n’est pas le but de ton existence. Qu’écrire et savoir qui tu es sont bien plus importants, dans un premier temps. Maintenant qu’on commence un peu à maîtriser notre identité, restons ouvertes à l’éventualité d’un coup de foudre.

Je pense souvent à toi, ces derniers temps. Je me demande ce que tu penserais de la toi du futur, de ce qu’on est devenues. J’aimerais si fort que tu sois contente de ce que tu verrais. Bien sûr, tout n’est pas parfait, loin de là. Tu m’as quand même laissé de sacrées casseroles : beaucoup de peurs que j’essaie de démonter une à une. Et ta foutue ambition : je peux t’assurer que même si beaucoup me disent que j’ai fait pas mal de choses, j’ai l’impression de ne pas avoir accompli le quart de ce que j’aurais dû faire à 27 ans. Depuis peu, je me donne un gros coup de pied aux fesses en pensant à toi, pour que tu sois fière. Mais avant toute chose, c’est de toi que je suis fière. Parce que tu as survécu à ta 4ème. Tu as montré à ceux qui t’ont torturée de quoi tu étais capable, tu es restée toi-même coûte que coûte. Certains viendront même te voir pour s’excuser, plus tard. Et tu leur pardonneras parce qu’au fond, tu n’attendais que ça.

Maintenant, si j’ai un conseil à te donner qui pourrait te faciliter la vie : c’est d’en parler. Je sais que tu gardes toute ta souffrance au fond de toi et que ça te bouffe, parfois de façon visible. Si tu en parlais, que tu t’ouvrais, ça nous ferait beaucoup de bien à toutes les deux. Je sais que c’est difficile, j’ai hérité de ta méfiance envers autrui. Je sais que tu as une affection toute particulière pour les héros un peu sombres parce que tu te sens proche d’eux. Et je ne te cache pas que douze ans plus tard, c’est encore plus le cas ! Mais parle, et tu seras écoutée. Au moins à tes parents qui ne savent qu’une infime partie de ce qui t’est arrivé. Je crois que tu ne t’en rends pas compte, alors je préfère te le dire.

Autre chose : on te dira souvent au cours de ton adolescence « Ne te compare qu’aux meilleurs ». Très mauvaise idée. Tu es partie pour des années de complexe d’infériorité par rapport à tes modèles, et ton ambition en sera décuplée. Mon conseil, ce sera : ne te compare pas. Point final. Tu n’arrêtes pas de fanfaronner en clamant « Moi, c’est moi », alors accepte d’être singulière et de ne pas avoir la même évolution que les aînés que tu admires. Ça t’évitera d’être trop dure envers toi-même, comme tu l’es déjà. Je te l’avoue, je le suis toujours à l’heure actuelle, mais je me soigne – parfois. Attention, je ne te dis pas que tu ne dois pas bosser et continuer à inventer. Fais-le, mais avec de l’indulgence envers toi-même – ça ne signifie pas être paresseuse.

Les douze prochaines années vont être riches et vont profondément te faire évoluer, alors profites-en. Profite de cette troisième année de Licence qui sera l’année de fac que tu as toujours voulu avoir. Profite de toutes les découvertes musicales que tu vas faire. Profite des rencontres, des amitiés à naître et des histoires à écrire. Profite de tes premiers voyages. Tu vas découvrir de ces films et de ces bouquins, je t’envie ! (Retiens : Sherlock Holmes, Marvel, nouvelle trilogie Star Wars.) Tu vas tellement les adorer. Il m’arrive encore d’en baver sacrément, mais je suis sur la bonne voie, celle que tu as toi-même initiée. Parce que tu as surmonté cette année de 4ème et que tu as été tellement, tellement forte. (T’es maline de me faire pleurer sur la fin de ma lettre.) Alors je vais continuer à aller de l’avant pour toi.

Dors bien.

P.S. : Dis, ton crush du moment, c’est pas Sayid de Lost, par hasard ? Je l’aimais bien.

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Santa Maria del Fiore – ça, c’est de la cathédrale

Ah, Florence. Je ne me souviens plus de la première fois que j’ai entendu parler de cette ville. En revanche, je me souviens de la période où je me suis dit que j’aimerais bien l’explorer. C’était en lisant Hannibal de Thomas Harris. Il y a largement plus de dix ans, donc (j’ai lu Le Silence des Agneaux très jeune et sa suite peu après, mais je ne crois pas que ça ait trop nuit à ma santé mentale).

Dans ce livre, Hannibal Lecter passe la majeure partie de son temps à Florence, en Italie. Comme il est érudit, il réside dans la vieille ville, s’empiffre de visites dans les musées et autres lieux historiques, et usurpe même l’identité d’un universitaire pour donner des conférences sur Dante. Bref, il s’éclate. A travers ma lecture, je l’avais suivi dans de vieux bâtiments et des rues que je m’étais promis de visiter un jour.

C’est désormais chose faite. Je suis allée à Florence récemment avec ma sœur, et j’ai eu envie de faire un article sur ce petit voyage. Je vous arrête tout de suite : je ne vais pas écrire « Le premier jour, je suis allée là et c’était génial ! ». Il existe des centaines d’articles à propos de Florence sur le net, je pense que vous y trouverez toutes les descriptions que vous voulez. (Youtube est bien pour ça, aussi.) Je voulais juste revenir sur l’impression que m’a laissée ce voyage et ce qui m’y a le plus marquée.

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A savoir : les rues et les ruelles.

Ce n’est que la deuxième fois que je voyage à l’étranger malgré mes jeunes 27 ans, mais… (Comment ça, j’ai fait seulement deux voyages ? William Blake n’est jamais sorti d’Angleterre de son vivant.) Chaque fois, je pars pour une raison précise : j’ai lu tant de livres et vu tant de films qui se passaient dans une ville que j’estime qu’il est temps d’arrêter les frais et de m’y rendre en personne. Ah, les joies de la vie active, où je peux enfin décider de prendre un avion parce que j’ai le budget !

Chose marquante numéro un : l’avion pour Florence était mon premier avion. C’était absolument terrifiant. Beau, mais terrifiant. D’un côté, je comprends pourquoi les pilotes ont choisi leur boulot, qui consiste en partie à passer le plus clair de leurs journées dans un ciel bleu, au-dessus des nuages – ou sous les étoiles.

Qu’il s’agisse de Londres, où je suis allée l’an dernier, ou de Florence, je choisis les lieux que j’y visite en fonction de mes lectures ou des héros que j’admire. Quand j’ai dressé une petite liste d’endroits florentins à visiter avant mon départ, j’ai d’abord recherché les lieux fréquentés par Hannibal Lecter et les poètes romantiques anglais (ils adorent l’Italie, et j’ai compris pourquoi en y allant). J’aime aller trouver des lieux explorés par des auteurs que j’apprécie, tenter de comprendre pourquoi il les ont aimés, et savoir comment je vais les percevoir. Quand je me suis rendue à Londres avec une amie l’an dernier, nous avons volontairement laissé de côté Westminster et Buckingham pour explorer la Tate Gallery et Baker Street.

DONC. Florence en deux mots : reposant et magnifique. Pourtant, je n’y ai passé que trois jours, mais c’était suffisant pour qu’une fois rentrée en France, j’aie l’impression d’être partie depuis au moins une semaine. (C’est toujours très étrange, ces retours de l’étranger : vous prenez le métro qui vous conduit chez vous comme si de rien n’était, parmi des gens qui sont au beau milieu de leur train-train hebdomadaire et qui ne se rendent absolument pas compte de ce que vous venez de vivre.)

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Palazzo Vecchio

Il a plu pendant tout le temps que j’ai passé à Florence avec ma sœur (ou presque), mais ça ne nous a pas empêchées de profiter des bonnes choses. Je conseille à tout le monde de voyager hors saison : il y a de la place dans les hôtels et les restaurants, et pour des prix abordables. Notre hôtel était situé dans la vieille ville, juste à côté de la cathédrale, ce qui nous a mis dans le bain pendant trois jours.

Se réveiller tous les matins dans une chambre d’hôtel (qui comptait trois pièces), prendre un petit-déjeuner délicieux servi en room service, et sortir dans une rue située pile à côté d’une des plus belles cathédrales d’Europe : quelle vie ! L’autre raison qui me pousse à partir à l’étranger, c’est recharger les batteries et trouver l’inspiration. Florence a été accueillante, chaleureuse et belle.

Alors OUI, bien sûr, nous avons fait la Galerie des Offices, qui est LE musée le plus connu de la ville. Oui, c’est un lieu très visité et qui figure en bonne place sur tous les guides touristiques. Mais il a des toiles de Botticelli, qui figure dans le top 3 de mes peintres préférés, que voulez-vous ? Voir Le Printemps en vrai était profondément émouvant. (Même si nous étions à côté d’un couple en adoration devant le tableau, et qui avait manifestement décidé d’effectuer un rituel hippie bizarre, à grands renforts de gestes lents et synchronisés.)

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On y a aussi croisé des anges androgynes…

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…ainsi que des chevaliers badass et mystérieux. Parfait, donc.

Et la nourriture était bonne, mais bonne ! Instant conseil gastronomie : Dal Barone. Un petit restaurant cosy, avec du bois partout, des bougies, de la bonne cuisine et des gens charmants. C’est le genre d’endroit sur lequel on tombe par hasard, à la fin d’une journée où on a beaucoup marché, et qui se révèle être la meilleure découverte culinaire du voyage.

En vrac, voici ce que j’ai préféré à Florence (dans sa vieille ville, en tout cas) :

  • Les rues, les rues, les rues. C’était un plaisir constant d’y marcher, de regarder l’architecture, les maisons, les petites ruelles, les avenues plus grandes avec des magasins. Souvenir : les pavés cabossés sous la pluie, sur lesquels on traînait nos valises l’après-midi de notre arrivée, capuchons sur la tête. Je vous jure qu’à ce moment-là, j’avais l’impression de visiter l’un des univers des livres de fantasy que j’affectionne – Gagner la Guerre ou Les Salauds Gentilhommes s’inspirent de toute façon de l’Italie.
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Pavés cabossés, donc…

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…mais aussi de grands espaces fort sympathiques.

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Sérieusement, on pourrait trouver une idée d’histoire dans chaque rue !

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Amour des rues florentines, épisode numéro quatre.

 

  • Le Ponte Vecchio, le dernier matin du voyage : le ciel était bleu, il y avait du soleil, et j’ai compris comment on pouvait le trouver ce pont beau. Le mauvais temps n’aide pas le Ponte Vecchio à faire bonne figure. Vraiment pas.
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Ledit pont.

  • L’ambiance chaleureuse et paisible qui se dégage de la vieille ville, que ça soit dans les rues ou les restaurants. Dépaysement garanti si vous vivez dans une grande métropole.
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Non mais regardez-moi ce tunnel. N’est-il pas adorable ?

  • Le musée Galileo : il regroupe une collection impressionnante d’objets et d’appareils scientifiques, datant de la Renaissance au début du XIXème siècle. Si vous avez comme moi une affection pour les astrolabes, le steampunk et plus globalement pour les anciens outils scientifiques, cette visite fera votre bonheur.
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Et voici une sphère armillaire.

 

  • L’Officina Profumo-Farmaceutica di Santa Maria Novella : trouvée en recherchant ce que Lord Byron avait pu aimer à Florence. C’est une parfumerie historique et ouverte au public (hors de prix, bien entendu, je me suis contentée de regarder et de sentir). Elle vaut le coup d’œil.
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Il paraît que la reine d’Angleterre elle-même s’y fournit. Voyez-vous ça.

  • Marcher à côté de la cathédrale tous les jours, et se dire que des personnages et des auteurs appréciés étaient passés dans les rues que je parcourais. J’ai été contente de pouvoir aimer ces lieux à mon tour.
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Nous avons habité à une minute de ce point précis (à gauche, la cathédrale) pendant trois jours. Comment faire mieux ?

Une chose pour finir : pendant mon voyage, je me suis amusée à chercher des gifs de la saison 3 d’Hannibal (je n’ai vu que sa fin, ne cherchez pas à comprendre), dont la première moitié se passe à Florence. Il semble que Mads Mikkelsen et Gillian Anderson soient passés par tous les endroits que ma sœur et moi avons fait. Comme la ville me manquait à mon retour en France, j’ai démarré le pilote de ladite saison, un soir, pour revoir les rues que j’avais aimées. En oubliant la raison pour laquelle je ne pouvais jamais continuer la série : le malaise dans lequel elle me plonge à la fin de chaque épisode.

C’est toujours le cas. Désolée, Mads. Mais sans le livre Hannibal, je n’aurais sans doute jamais eu l’idée d’aller à Florence. On va dire que cet article rembourse ma dette ? Allez.

Bonus :

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Au sommet du vertigineux Duomo, à la cathédrale Santa Maria del Fiore.

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Je parie que vous ne vous attendiez pas à me revoir si vite. J’avais pourtant dit que j’écrirai plus ici en 2018 ! Même si, je l’admets, deux billets dans le même mois, c’est exceptionnel.

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On y croit.

Aujourd’hui, j’avais envie de publier un article sur la panne d’inspiration. (Les anglais appellent ça writer’s block, j’aime assez l’expression.) J’ai écrit dans mon bilan culturel que j’avais souffert d’une panne d’écriture pendant la plus grande partie de 2017. Elle semble petit à petit arriver à son terme, ce qui me rassure grandement.

Récemment, une étudiante m’a demandé comment je faisais pour écrire en-dehors de mon activité professionnelle : est-ce que je me force tous les jours, est-ce que j’ai le temps ? Je lui ai répondu que si on voulait écrire, il était toujours possible de trouver du temps. Chacun trouve l’organisation qui lui plaît. Pour ma part, il y a des week-ends où je décide de ne pas sortir, parce que je sais que ces journées sont propices à l’écriture pour moi. (Aujourd’hui est un de ces jours : j’ai bloqué mon samedi pour me reposer, avoir quelques lectures plaisirs – de Daniel O’Malley aux fanfictions Darkpilot – et écrire.) Selon mon envie, en semaine, je peux écrire le soir ou le matin. Depuis peu, je me lève souvent plus tôt, histoire d’avoir du temps pour moi avant de démarrer ma journée de travail. Ce temps est parfois consacré à l’écriture.

Je fonctionne surtout à l’inspiration quand j’écris. Je sais que certains artistes sont capables de se forcer à produire tous les jours. Que des écrivains ou des musiciens se mettent à leur bureau ou à leur piano, chaque jour à la même heure, avec la régularité d’une horloge, pour créer. Je n’y arrive pas. Si je me force à écrire en n’étant pas inspirée, ce que j’écris est systématiquement plat et ennuyeux. (Même avec le recul, en relisant des textes écrits sous la contrainte, l’impression reste : je les trouve parfaitement inintéressants.)

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Je sais, c’est désespérant.

Aussi, quand j’ai fait ma traversée du désert en 2017, il a fallu trouver des solutions. Elles n’ont pas marché tout de suite, mais en ce début 2018, je suis plus inspirée… en partie parce que j’ai mis ces bases en place. En partie seulement, parce qu’il y a d’autres facteurs qui m’ont rendu mon imagination et que je dois encore m’accrocher.

  • La première solution, ça a été de lire des livres qui m’ont fait voyager, qui exploraient à chaque fois un univers différent, et qui me faisaient me sentir bien. J’avais tendance à penser que je tournais en rond dans mon écriture. Un des remèdes à ça était donc de changer mon background culturel, de renouveler tous les paysages et types de personnages que j’avais connus. Ça explique la grande variété de films et de livres que vous avez pu voir dans mon top culturel 2017, et la réduction drastique d’œuvres gothiques (même si j’en consomme toujours de temps en temps).
  • Seconde solution : tenter de nouvelles choses dans la vie réelle. Déjà, parce que parler avec de nouvelles personnes ou aller dans de nouveaux endroits fait du bien au moral. Mais aussi parce que ça permet, avec le recul, d’avoir de nouvelles couleurs à ajouter à sa palette d’écrivain. Je ne voyais pas forcément l’intérêt de ces expériences sur le moment, mais je pense qu’elles m’ont finalement aidée. Dire oui à l’imprévu et aux invitations impromptues, tenter des choses, c’est pour moi me faire violence. Mais, hé, rien n’est pire que la stagnation, et l’inspiration se gagne. J’ai mis très timidement cette solution en place l’an dernier, mais je compte l’exploiter totalement cette année !
  • Troisième solution : écrire des choses dont on n’a absolument pas l’habitude, même si on pense qu’on peut ne pas y arriver. L’année dernière, j’ai peu écrit, mais j’ai fait un récit en trois chapitres que je ne me serais jamais crue capable de faire il y a plus d’un an. Je n’avais jamais écrit de scènes de combat dans le désert, ni mentionné de vaisseaux spatiaux. Je me suis dit qu’il fallait que j’essaie, en bannissant très fort (et plusieurs fois) le « Mais je ne vais jamais être à la hauteur ». Finalement, mon histoire était exactement telle que je l’avais imaginée, et ça, mes amis, ça s’appelle faire un pas en avant ! J’espère recréer cette impression dans mes projets officiels.
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Et c’était sacrément chouette.

  • Quatrième solution : assumez ce que vous voulez écrire. C’était une de mes résolutions de l’an dernier, que j’arrive de mieux en mieux à tenir. L’idée, c’était de faire péter toutes les barrières que je me mettais en écrivant, et qui cantonnaient finalement mes personnages à des… conventions. Il m’arrive parfois, quand j’écris un dialogue entre des personnages ou que je décris une action, de me dire : « Mais je ne vais quand même pas écrire ça ? ». Parce que je n’ose pas, parce que tout de même c’est un peu… enfin ! Quand ce genre de chose arrive, désormais, je me fais violence pour l’écrire quand même. Parce que renouveler son écriture et améliorer ses personnages, c’est aussi bousculer ses propres frontières. Mes personnages se sont donc mis à être brutally honest (comme disent les anglais) les uns envers les autres en 2017, à assumer leurs sentiments et à agir. Je ne dis pas que c’est facile à faire, mais c’est plutôt libérateur, et ça insuffle quelque chose dans mes écrits.
  • Dernière astuce : suivez les conseils qu’on vous donne. (Je ne parle pas des miens.) J’ai remarqué que mon entourage, qu’il s’agisse de ma famille ou de mes amis, donnait en fait d’excellents conseils, que je me suis donc mise à suivre. Y compris pour l’écriture ! Quand ils me conseillent une œuvre, de la musique, un film, un bouquin, j’essaie d’aller découvrir ça. Quand ils me donnent des conseils pour m’aider à baisser la pression concernant mes projets officiels, je les suis. (Vous n’avez pas idée de la pression que je mets sur mes projets officiels. Maintenant que j’y pense, j’aurais peut-être écrit ma dernière pièce plus vite si je n’avais pas pensé en écrivant chaque réplique du premier jet : « J’espère que la metteuse en scène va aimer, j’espère que ce n’est pas nul, j’espère que… ».)

Traverser une panne d’inspiration, surtout quand elle est longue et que l’écriture est votre moteur, peut être extrêmement difficile. Le vide est immense, l’impression de ne servir à rien aussi, et l’autodépréciation est tout le temps présente. Et, finalement, c’est contre-productif ! La moi positive (bonjour !) pense plutôt qu’une panne d’inspiration, c’est l’occasion ou jamais de tester de nouvelles choses. Inutile de se dire tous les jours : « Mais à mon âge Untel avait déjà fait ça, aaaargh ». Il faut juste faire en sorte d’aller bien, et quand l’inspiration revient, ne pas. La. Lâcher.

Vous ne savez pas à quel point je retiens l’inspiration en ce moment. Je vais poser des pièges pour qu’elle reste avec moi toute l’année et lui offrir des gâteaux pour qu’elle n’ait plus jamais envie de partir.

Aussi, j’ajoute à ce billet deux vidéos pour finir en beauté. La première vient de la chaîne d’Anna Akana, une youtubeuse que je respecte beaucoup et qui a souvent d’excellents conseils à donner (parce qu’elle en a sacrément bavé de son côté). Chacune de ses vidéos est une dose de lucidité et de bonne humeur. Pour les non-anglophones, beaucoup de ses vidéos sont sous-titrées en français, dont celle-ci, que je viens juste de voir et qui s’accorde tellement bien avec la fin de cet article que c’est sans doute le DESTIN :

Enfin, une fois n’est pas coutume, je mets aussi un lien vers une vidéo de la chaîne Oh, life., qui n’est tenue par nulle autre que ma petite sœur. Ses vidéos humoristiques étant un sacré coup de boost pour mon moral, j’en déduis qu’elles le seront pour ceux qui liront cet article. Voici la dernière en date, qui en plus contient un petit message positif :

Il est venu le temps d’écrire le top culturel 2017 ! *sortez les confettis* Ça fait deux ans que j’écris moins sur ce blog, mais je lui reste fidèle. Avec le temps, je le vois vraiment comme un refuge où je peux publier ce qui ne peut pas l’être sur les sites où je travaille/collabore. Cela dit, j’aimerais qu’il soit un peu plus alimenté en 2018, mais nous verrons.

L’année 2017 n’a pas été facile, mais je suis heureuse de dire qu’elle s’est bien terminée. Si elle a plutôt été placée sous le signe de l’introspection en ce qui me concerne, l’action devrait être le maître mot de 2018 ! J’ai très peu écrit pour mes projets personnels en 2017, en raison d’une grosse panne d’inspiration. Apparemment, ladite inspiration s’est rappelée à moi pendant les dernières semaines de décembre, où j’ai été plus productive qu’au cours des onze mois précédents. J’ai donc bouclé la première version d’Élise, une pièce de théâtre destinée à la jeunesse, qui s’éloigne de l’univers gothique du Vampire de la rue Morgue (qui tourne toujours avec le Théâtre Ishtar et se porte bien !).

Autre gros changement : je vais désormais régulièrement collaborer à SyFantasy.fr, un de mes sites préférés dédié à la SF, à la Fantasy et au fantastique. Mon premier article pour eux a été publié récemment. Il porte sur Kylo Ren en tant que personnage romantique, et les retours ont été si enthousiastes sur les réseaux sociaux que j’en suis absolument stupéfaite et ravie. C’était la meilleure façon de finir 2017, et c’est aussi la réalisation d’un grand rêve. J’ai mis tout mon cœur dans cet article, alors n’hésitez pas à aller le lire si le cœur vous en dit !

Un autre article que j’ai été heureuse de publier en 2017 est celui sur le manque de superhéroïnes intelligentes, sorti sur le webzine Ta Chatte. Il est le fruit d’une réflexion sur les modèles féminins qu’on m’avait donnés à voir depuis petite, et le point de départ de l’écriture d’Élise. Sans transition, le top culturel de l’année 2017.

TOP DES SERIES 2017

J’en ai vu plus que l’an dernier, indéniablement. Pour une bonne partie, il s’agissait surtout de séries que j’avais déjà commencées. La saison 4 de Sherlock était un peu décevante (j’ai donné mon avis ici dans une lettre adressée au héros). J’ai enfin pu terminer la websérie Carmilla, que je recommande à tout le monde. La saison 3 est un mélange d’humour, de féminisme, de références pop culture, de geekerie et d’ambiance cosy absolument parfaite. Il ne me reste plus qu’à voir le film ! American Gods était une excellente adaptation, même si je redoute un peu la saison 2 maintenant que Bryan Fuller n’est plus aux commandes. Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire était l’adaptation que nous attendions tous – même si j’adore le film aussi –, avec quelques messages bien placés. Vivement la suite ! Enfin, j’ai également rattrapé les saisons de Game of Thrones. Jaqen H’Ghar reste mon personnage préféré, et j’espère qu’il viendra faire un coucou dans la dernière saison, prévue pour 2019. Mais le coup de cœur de cette année va à…

SWEET/VICIOUS

Sweet/Vicious

La série a commencé en 2016, mais sa diffusion s’est achevée en 2017. C’est une série importante, que j’ai conseillée à beaucoup de monde après l’avoir vue, j’en profite donc pour le faire ici. L’histoire de ces deux justicières qui décident de punir les violeurs qui sévissent sur leur campus est à la fois dure, émouvante et drôle. Je persiste à dire qu’elle devrait être montrée dans les collèges et lycées, parce qu’elle joue un vrai rôle éducatif sur la culture du viol. J’en ai largement parlé ici (c’est rare que je vous mette des liens vers le site pour lequel je travaille officiellement, mmh ?), et je n’ai pas grand chose à ajouter sur le sujet. Regardez-la, aimez-la et recommandez-la à vos amis, parce que vous ne le regretterez pas et qu’elle le mérite.

Les séries que je voudrais voir en 2018 : je préfère ne pas trop prévoir, étant donné que je regarde rarement celles que je pronostique. Cependant, je compte bien finir Girls. Oh, et j’attends la suite de la websérie Kyloki, petite découverte hilarante que je vous conseille ! Ainsi que la suite des Orphelins Baudelaire. Et l’adaptation de De bons présages, dont les premières photos me laissent perplexe, mais c’est un de mes bouquins préférés.

TOP DES FILMS 2017

Je suis pas mal allée au cinéma en 2017, et je dois dire que je n’ai pas été déçue. Ça a été une très bonne année en terme de films, à tel point que je serai incapable de départager un grand coup de cœur en particulier. Ils sont plusieurs, ils sont légion ! Avant de vous parler d’eux et des films qui occupent une place à part dans mon cœur, je précise que je n’ai vu ni Blade Runner 2049, ni Silence. Ce sera fait, un jour. Donc, les films que je retiens en 2017 sont :

LoganLogan, de James Mangold : un grand film, et un western plus qu’un film de superhéros. C’était voulu, et c’était le Wolverine que je souhaitais voir à l’écran. Cette ambiance de poussière, de sang et de road movie avait tout pour me séduire. C’est avec ce film que j’ai pu amorcer une évolution dans mon écriture et mes histoires. Logan/Wolverine/James Howlett fait partie des personnages qui m’ont marquée et m’ont appris la vie en 2017, mais j’y reviendrai dans mon top de lectures. Sacré voyage, en tout cas.

Free Fire, de Ben Wheatley : un film passé totalement inaperçu, très pfree fireeu distribué, et c’est bien dommage. Pourtant, le casting fou du film (Cillian Murphy, Sam Riley, Brie Larson, Armie Hammer) était à lui seul un argument de vente ! J’y suis allée un soir d’été, sans autre attente que de me laisser embarquer dans cette histoire d’affrontement armé entre gangsters dans un entrepôt. Résultat : mes hormones m’ont dit merci en sortant. Ce film était exactement ce dont j’avais besoin en cet instant T, et c’est un sentiment assez rare pour que Free Fire figure dans ce top. Regardez-le.

dunkirkDunkirk, de Christopher Nolan : je n’aime pas les films de guerre. Mais ce film immersif a été une vraie claque visuelle, sonore et émotionnelle. J’ai l’impression que beaucoup se méprennent sur son propos et son sujet quand j’en parle autour de moi. Si vous ne l’avez pas vu, oubliez tous vos préjugés, parce que ça ne ressemblera certainement pas à ce que vous imaginiez. Et ce casting ! Tant d’acteurs que j’apprécie au même endroit, c’est indécent. Un peu comme dans Free Fire.

Logan Lucky, de Steven Soderbergh : là aussi, je connais peu de personnLogan Luckyes qui l’ont vu. Quand j’ai vu l’affiche avant la sortie de la bande-annonce, j’ai cru à un fake : Adam Driver, Daniel Craig et Channing Tatum devant cette voiture, ça avait tout du fanmade. Eh bien pas du tout ! Ce film de casse au pays de l’Amérique profonde était drôle, intelligent et divertissant. Tous les acteurs ont l’air de s’éclater (surtout toi, Daniel, en roue libre) et leur plaisir est communicatif.

Thor : Ragnarok, de Taika Waititi : j’aime le réalisateur Taika Waititi, et j’attendais Thor thor ragnarok3 depuis trois longues années. Il est enfin arrivé, et malgré quelques imperfections, je n’ai pas été déçue. Loki était impérial, ce personnage me manquait beaucoup trop. Les retrouvailles furent joyeuses : ce film est un pur feel good (à voir quand vous avez besoin de motivation), parsemé de trouvailles visuelles, et mine de rien assez gonflé. Détruire toute la mythologie d’un personnage en deux heures, il fallait oser, Waititi l’a fait. (Un peu comme un certain Rian Johnson…)

Mentions honorables : La La Land, auquel je n’ai cessé de penser pendant les dix jours qui ont suivi son visionnage avant de l’oublier petit à petit. Ça reste un très beau film. Spiderman : Homecoming, qui était une bonne relecture du personnage (et MJ est fabuleuse !). Et Baby Driver, pour la prouesse sonore et visuelle d’Edgar Wright (et Jon Hamm, aussi).

Les deux coups de cœur à part : l’année est placée sous le signe d’Adam Driver, manifestement, puisqu’il figure Patersondans les deux films en question. Paterson (de Jim Jarmusch) est sorti fin 2016, mais je l’ai vu début 2017. J’ai dû penser à ce film chaque semaine depuis, tant il m’a marquée. Son message est tout simple : son héros mène une vie routinière, griffonne des poèmes dans son carnet, il s’en contente, est heureux et profite de chaque petite chose. C’est un film lent et contemplatif, qui donne l’impression de vous envelopper dans un cocon. Je ne sais pas si je le reverrai un jour, mais il m’est resté. Vraiment.

the last jediStar Wars : The Last Jedi, de Rian Johnson. Passées les presque 24h de « Mais qu’est-ce que je viens de voir ? Est-ce que j’ai aimé ou pas ? ». Oui, j’ai aimé. L’audace de Rian Johnson, la beauté visuelle du film, la richesse du propos (notamment sur l’échec et la zone grise de certains personnages), les personnages féminins bien écrits, me font lui pardonner ses quelques défauts d’écriture. J’attendais mes retrouvailles avec Kylo Ren avec beaucoup d’appréhension, et il m’a encore plus bouleversée que dans le 7. A l’heure où j’écris ces lignes, j’ai honoré SW8 d’un second visionnage, et il se bonifie avec le temps !

Les films que je veux voir en 2018 : The Shape of Water, de Guillermo Del Toro, ce qui ne saurait tarder. Pour le reste, je vais me laisser porter comme en 2017, et rester à l’affût des bonnes surprises !

TOP LIVRES 2017

En 2017, j’avais un défi de lecture : lire un livre par semaine. J’ai relevé le challenge, et j’en suis sacrément fière ! (Mon carnet indique 60 livres lus en 2017, en comptant le peu de comics et de mangas que j’ai lus.) Je crois bien que c’est la première année où on trouve si peu de gothique et autant d’auteurs actuels dans mes coups de cœur, mais écoutez, j’avais décidé d’élargir mes horizons. En 2017, j’ai eu envie de lire de grands récits d’aventure, de partir à la découverte de nouveaux paysages et de nouveaux mondes avec des personnages intéressants. Et j’en ai rencontré ! Donc, plutôt que de faire un : « En première position… », je vais présenter les gars que j’ai croisé en 2017 dans les pages de mes bouquins. Ceux-là mêmes qui m’ont « appris la vie » comme je le disais en parlant de Logan : ils m’ont rendue plus courageuse, plus déterminée et m’ont sacrément remonté le moral.

gagner la guerreDon Benvenuto, (anti)héros de Gagner la guerre, de Jean-Philippe Jaworski : je vous ai déjà beaucoup parlé de ce roman sur mon blog. Ça reste LA claque de 2017 pour moi, un immense livre dont je ne me suis toujours pas remise.

Melmoth, (anti)héros de Melmoth, l’homme errant de Charles Robert Maturin : ce roman est un classique gothique du XIXème siècle (oui, bon…) qui m’a fascinée du début à la fin. Melmoth est le personnage que j’attendais de croiser en littérature. Il a tout pour lui : la classe, la façon de s’exprimer élégante et ténébreuse, le passé qui n’est jamais dit, la terreur (ou l’amour !) qu’il provoque chez ceux et celles qui le croisent. Et c’est un immortel, bon sang ! Mais j’en reparle bientôt sur SyFantasy.fr. Je lui avais aussi consacré un podcast à la sauvage ici.

Kaz Brekker, héros de Six of Crows de Leigh Bardugo : ce type-là vient se rangersix of crows aux côtés d’Artemis Fowl, de Locke Lamora et de Daniel Atlas. Oui, c’est un jeune voleur à l’ego surdimensionné. Sa particularité, c’est de boiter, d’avoir toujours les mains gantées… et bien entendu de garder un coup d’avance sur ses ennemis. J’ai aimé explorer Ketterdam, la ville imaginaire et corrompue créée par Leigh Bardugo, en sa compagnie. J’ai hâte de lire le deuxième et dernier tome de ses aventures !

Archibald, personnage de la saga La Passe-Miroir de Christelle Dabos : j’ai dévoré les trois premiers tomes de la série à différents moments de l’année. Pour une fois, Booktube aura eu raison : cette série est très bien, l’univers est intéressant et ses personnages aussi. Si le personnage de Thorn a son lot de fangirls, c’est surtout Archibald qui a retenu mon attention. Je le vois comme un cousin éloigné de Dorian Gray, avec un caractère qui lui est propre (et bien plus profond qu’il n’y paraît). Vivement le tome 4, Archibald a encore plus d’un tour dans son chapeau !

carry onBaz, héros de Carry On de Rainbow Rowell : dans la catégorie plaisir coupable, je nomme ce bouquin dévoré en quelques jours, et qui m’a fait un bien fou. C’est une petite sucrerie qui parlera à tous ceux qui ont lu Harry Potter, Fangirl de Rainbow Rowell (où Baz était déjà mentionné dans les écrits de plusieurs personnages) ou les fanfictions. Baz est un vampire de dix-sept ans, qui est aussi un élève brillant au sein de son école de magie. Il est insupportable, il est beau, il est arrogant, il est doué et il le sait. Oh, et il habite dans un manoir (parce que pourquoi pas, hein). Bref, il est bien trop cool, et ce roman était parfait pour se détendre entre deux lectures plus sérieuses.

Madeleine de Maupin, héroïne de Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier : relecture récente de ce livre que j’avais adoré à 20 ans. Madeleine est badass, elle se bat en duel, elle se déguise en homme, elle choisit d’aimer qui elle veut (hommes et femmes), elle vit des aventures et est dotée d’une aura presque byronienne. Elle reste une de mes héroïnes préférées. Et ce livre a été publié en 1835 !

Mentions spéciales : Oscar’s Books, de Thomas Wright. C’est un des livres que j’ai ramenés de mon petit voyage à Londres, et qui a pour sujet la bibliothèque d’Oscar Wilde, ainsi qui les lectures qui ont émaillé sa vie. C’est un livre touchant, qui donne beaucoup d’idées de lectures et qui confirme ce que je soupçonnais : le Maître adorait lui aussi Mademoiselle de Maupin. L’enfant et le Maudit, une série de mangas signée Nagabe et toujours en cours (trois tomes sont sortis). La relation entre les deux personnages principaux est tellement belle et émouvante que je conseille cette série à tout le monde.

Ce que je voudrais lire en 2018 : comme pour les films, j’ai envie de me laisser surprendre. Et de continuer à élargir mes horizons, en découvrant de nouveaux personnages forts avec qui traverser cette année.

TOP ALBUMS 2017

Cette année musicale n’aura pas tenu ses promesses : malgré des sorties intéressantes, je reste un tantinet déçue. Cependant, j’ai fait quelques découvertes dont je tenais à vous parler ici. Les deux plus importantes de l’année restent pour moi (et là, oui, on va être un brin gothique) Drab Majesty et The Horrors.

Drab Majesty a sorti l’album The Demonstration début 2017, et je suis tombée dessus totalement par hasard (au détour d’une playlist aléatoire Deezer, probablement). Si certains titres m’ont plu immédiatement, il m’a fallu plusieurs écoutes pour apprécier les autres. The Demonstration est un album parfaitement maîtrisé et bien produit, qui dévoile sa richesse au fil des écoutes. Le groupe est influencé par toute la vague cold wave et gothique des années 80’s (on trouve des hommages évidents à The Cure, notamment). Si vous aimez ce style et la voix grave et profonde du chanteur, vous ne serez pas déçus. Mentions spéciales à Dot In The Sky, Cold Souls, Kissing The Ground et Behind The Wall, qui sont mes morceaux favoris du disque.

Je connaissais quelques chansons de The Horrors et je les aimais beaucoup, mais je n’avais jamais tenté plus loin l’expérience. Ils ont sorti l’album V en 2017, et je suis allée l’écouter pour vérifier le bien fondé des bonnes critiques que je lisais. J’ai adoré, adoré V. Je n’ai même pas de titre favori : cet album est vraiment la découverte d’un univers sonore pour moi. Résultat : je me suis fait toute la discographie du groupe. (Unpopular opinion : Luminous, leur avant-dernier album, est celui qui m’émeut le plus.) La voix grave de ce grand échalas de Faris Badwan fait des merveilles dans mes oreilles, et je ne manque pas une occasion de chanter sur sa musique. V est le meilleur album sorti en 2017 pour moi. C’est du rock qui déploie des paysages devant vos yeux, et vous enveloppe dans son atmosphère. Ou alors il vous fait danser. Je suis incapable de lui coller une étiquette ! Anecdote : Something to Remember Me By est devenue la chanson que j’écoute pour me mettre dans la peau du Chevalier de La Locandiera, pièce que je joue avec le Théâtre Ishtar. (Mais je vous mets Hologram parce que j’adore cette ouverture d’album.)

Mentions honorables : Noel Gallagher, Queens of the Stone Age et Marilyn Manson ont tous signé d’excellents albums en 2017. C’est aussi le moment où j’admets publiquement que l’album de Harry Styles est (vraiment) très bien, et j’en suis la première surprise. Je vais donc suivre de près la carrière de ce petit (qui joue aussi fort bien dans Dunkirk). La petite génie Lorde a sorti un album à la hauteur de mes attentes. J’ai découvert sur le tard l’album Manipulator de Ty Segall (qui est assez fou). Si vous aimez le blues-rock bien badass qui sent la poussière et le sang, je vous conseille le dernier EP du groupe Blackbird Hill, Midday Moonlight. Et dans le registre darkwave, celui de Perturbator, New Model, que je ne m’attendais pas du tout à aimer. Enfin, Nine Inch Nails s’est encore fendu d’un bon EP, qui m’a plutôt bien servi lors de séances d’écriture. La petite playlist que je m’étais constituée pour une de mes histoires pleine de sabres lasers, de désert et de batailles (oui, j’ai utilisé Kylo Ren pour m’exercer à écrire des scènes de baston) aura également été un des beaux moments musicaux de mon année.

Les albums que je veux écouter en 2018 : ceux de Jack White, de Ghost, de BRMC et d’Anna Calvi. S’ils ne se ratent pas, ils peuvent à eux seuls rendre 2018 radieuse en terme de musique. Dans ce domaine en particulier, j’aimerais élargir mes horizons et découvrir plein de nouvelles choses.

Fin du bilan 2017 ! *trompettes et tambours* J’espère qu’il vous aura donné quelques idées d’œuvres à découvrir. Je crois que c’est l’année la plus diverse en terme de culture que j’aie présentée ici. Que 2018 soit grande, belle, et que la Force soit avec vous.

vampireténébriste

“Je te préviens, c’est un endroit très particulier.”

C’est avec un immense plaisir que je vous présente, fidèle à ma tradition d’Halloween, la suite des aventures de ma journaliste ténébriste et du vampire qu’elle retrouve tous les ans. Cette année, j’ai décidé de les emmener dans un lieu particulier : un opéra visité par des créatures nocturnes pas (toutes) fréquentables. J’espère que ce nouveau volet vous plaira ! Si vous souhaitez découvrir les deux premières histoires, les voici :

Bonne lecture et Joyeux Halloween à tous !

Me revoilà. Vous vous y attendiez, n’est-ce pas ? Peut-être pas. J’ose croire que certains d’entre vous m’attendaient. Ce qui me donnerait une raison supplémentaire de travailler le soir d’Halloween en me disant que ça sert effectivement à quelque chose.

Cette année, j’ai pu choisir mon sujet d’article. Mon rédacteur en chef s’est une bonne fois pour toutes décidé à me laisser carte blanche. Et il n’a même pas cherché à m’imposer un compagnon indésirable : j’ai moi-même demandé au vampire s’il voulait m’accompagner ce soir-là. J’entends certains d’entre vous s’étrangler. Comment ? Moi, demander à cet individu que j’ai dû supporter pendant les années précédentes de me seconder en ce soir d’Halloween ? Suis-je tombée sur la tête ?

Je suis pragmatique. Les articles où le vampire figure ont tous marché, et aucun n’a été désagréable à écrire – même s’il a d’abord fallu que je vive ce que j’y raconte. Et cette visite de maison hantée où le vampire et moi avons été l’an dernier s’est avérée tout à fait… palpitante. Je mentirais si je disais que je ne l’avais pas revu au cours de l’année écoulée pour qu’il me fasse bénéficier de son réseau de créatures surnaturelles, ou qu’il me donne des indications sur des lieux que je n’avais pas encore visités. (J’en entends parmi vous qui sourient et affirment que je fais preuve d’une rare mauvaise foi. Je ne pourrai pas vous faire changer d’avis.)

En tout cas, le lieu que j’ai choisi cette année pour mon article spécial Halloween promet. Si je n’avais pas quelques années de journaliste ténébriste derrière moi, je n’aurais jamais osé une telle option. Mais après les maisons hantées, les cimetières, les ruelles gothiques et les bars de créatures nocturnes, il ne reste plus rien à explorer pour un professionnel s’il ne vise pas le niveau au-dessus.

J’ai donc choisi un opéra.

Arrêtez de pousser des soupirs déçus ! Il ne s’agit pas de n’importe quel opéra. La représentation particulière donnée par une compagnie de goules est censée réjouir un public de vampires, de sorciers, de loups-garous et de poltergeists plus ou moins maléfiques. Vous l’aurez compris : c’est un spectacle auquel aucun humain n’est censé assister. S’il s’y rend, il doit faire preuve d’une grande prudence. Ou alors être accompagné d’une créature pour s’en sortir indemne.

Je suis donc accompagnée du vampire que j’ai interviewé deux fois, revu depuis, et qui pour l’occasion s’est mis sur son 31. Ce qui signifie qu’il s’est vêtu de façon encore plus snob, pardon, raffinée qu’à l’ordinaire : veste de velours et manches de chemise en dentelle. Sans oublier le pantalon, les bottes et les cheveux déployés sur ses épaules qui, selon lui, « ajoutent une touche de modernité bienvenue ». Soit.

« J’espère que tu ne vas pas te contenter de t’habiller en noir comme chaque année, m’a-t-il dit. Pour ce genre d’endroit, très bien se vêtir est une question de survie. »

D’accord, mais s’habiller en noir aussi est une question de vie ou de mort le soir d’Halloween : je vous ai dit l’an dernier qu’il ne fallait pas provoquer les esprits qui sont de sortie ce soir-là en affichant trop de couleurs. J’ai réussi sans difficulté à composer une tenue de soirée potable et me suis mise en route vers l’opéra.

Le vampire m’attendait devant l’entrée, avec un sourire qui signifiait clairement qu’il allait beaucoup s’amuser. J’ai appris à connaître ce regard, et ça augure tout sauf un reportage tranquille. Mais Halloween n’est pas fait pour se reposer, n’est-ce pas ? Ce qui me surprend, en revanche, c’est que l’entrée de l’opéra soit totalement déserte, mais j’imagine que les créatures de la nuit ont chacune leur propre moyen d’entrer dans le bâtiment.

Heureusement, le vampire a choisi à ma demande des places en balcon, et le plus près possible d’une porte de sortie. (On ne sait jamais, toutes les précautions sont bonnes à prendre.) Vu la foule qui nous entoure, je me dis que c’est judicieux. L’opéra est plein à craquer de gens à crocs, de loups-garous, de sorciers et…

« Bon sang, je n’avais jamais vu de momie en vrai, je murmure en en voyant une patienter vers les premiers rangs. Mais il n’y en a pas dans cette ville. Je veux dire, elles font le voyage d’Egypte pour voir cet opéra ou bien ?

– Certaines, oui, répond le vampire sur le même ton. L’opéra a une réputation mondiale. Et tu oublies les musées, ma chère. Tu ne crois pas que les momies et autres reliques vont y rester le soir d’Halloween ? »

Certes, je n’y avais pas pensé. J’occupe les trois minutes suivantes à détailler le public hallucinant réuni ce soir-là. Pas à dire, j’ai bien choisi mon reportage. Le rideau s’ouvre enfin, après qu’une créature pâle et décharnée (un genre de mort-vivant) ait annoncé le sujet du spectacle et nous ait remerciés d’être venus.

L’opéra dure bien deux heures, moins qu’un opéra composé par des humains, mais c’est largement suffisant. Mon compagnon vampire me révèle que ça ne peut pas être davantage parce que les créatures de la nuit sont du genre à ne pas tenir en place : la longueur est donc parfaite. L’histoire, une sorte d’Orphée et Eurydice version créatures de la nuit, compte moins que les effets que je vois se déployer sur scène. Les décors censés montrer les Enfers ont été construits pour l’occasion, et des effets obtenus par sortilèges rendent la chose encore plus lugubre et magnifique. Quant aux goules, je m’habitue assez vite à leur façon très particulière de chanter, et j’en discerne même une qui le fait moins bien que les autres. Comme quoi, surnaturel ou non, personne n’est parfait. (Retenez bien cette parole pleine de sagesse.)

Ce sont les réactions du public qui sont intéressantes – et sacrément déstabilisantes pour tout humain normalement constitué. Pendant les airs les plus émouvants, des fantômes se pâment en virevoltant jusqu’au plafond, et certains loups-garous ne peuvent retenir un hurlement à la fin du premier acte. A ma gauche, une sorcière se mouche bruyamment pendant une scène déchirante entre Orphée et Eurydice – bon, ça, c’est une réaction normale. J’entends quelques ricanements satisfaits quand Eurydice est condamnée à rester aux Enfers pendant le dernier tiers de la pièce. Le personnage d’Hadès est unanimement apprécié : j’avoue que la goule qui l’incarne a un charisme assez impressionnant. Quand, à la toute fin, les goules qui jouent les bacchantes se précipitent pour déchiqueter le pauvre Orphée, la plus grande confusion règne. Certaines créatures affamées claquent des mâchoires dans le public, d’autres laissent libre cours à leurs larmes devant la tragédie, d’autres encore frappent des mains avec des exclamations approbatrices.

Déstabilisant, je vous dis.

Quand l’opéra se termine, toute la salle se remplit d’exclamations et d’applaudissements, auxquels le vampire et moi nous joignons avec enthousiasme. Pas seulement pour nous fondre dans la foule : je crois qu’il a vraiment aimé, et je ne peux pas dire que l’expérience m’ait déplu. Une fois le rideau baissé, cependant, la foule ne se calme pas, bien au contraire. J’entends à nouveau des claquements de mâchoires provenant de toutes parts.

« La fête ne fait que commencer, explique le vampire. Il est temps de partir. Enfin, je ne risque rien, bien entendu, mais si tu restes dans les parages quand ils sont dans cet état…

– J’ai compris. Empruntons la sortie de secours. »

J’ouvre la porte et dévale les escaliers, franchissant les étages jusqu’à la sortie. Le vampire me suit avec l’exaspérante grâce féline qui caractérise ceux de son espèce. En chemin, nous croisons un ou deux poltergeists un peu trop enthousiastes, mais rien d’agressif. Quand nous parvenons à l’entrée de l’opéra, la rue est aussi calme et déserte qu’à mon arrivée.

« Magnifique œuvre, qu’en dis-tu ? demande le vampire en parvenant à mes côtés. Ça faisait bien 110 ans que je n’avais pas vu une représentation d’Eurydice aux Enfers. Remarquable mise en scène.

– Je l’admets, même si je ne saisis pas encore toutes les subtilités du chant goulique, dis-je. Je crois bien que c’est la première fois qu’un journaliste ténébriste peut assister à l’intégralité d’un opéra de ce genre. Merci. »

Le vampire sourit, mais pour une fois, il semble plus sensible à ma remarque que satisfait de lui. Après tout, c’est grâce à lui que j’ai pu assister à cet opéra.

« Bon, la nuit est déjà bien avancée, mais elle n’est pas finie, déclaré-je d’un ton solennel. Est-ce que tu as l’idée d’un autre lieu, ou respectons-nous la tradition ? J’ai renouvelé le stock de DVDs et de disques, mais je n’ai toujours pas de sang dans mon frigo.

– Avec joie, répond le vampire. Il va cependant falloir que je me nourrisse d’abord. »

Nous quittons l’opéra. Pendant que je patiente devant la devanture d’une librairie spécialisée en grimoires et manuscrits anciens, le vampire s’éloigne pour aller se sustenter. Je suis en train de planifier l’achat d’un livre sur l’histoire de la musique chez les créatures nocturnes quand il revient. Le vampire tamponne délicatement le coin de ses lèvres avec un mouchoir avant de le ranger dans une poche.

« Quelque chose m’intrigue, dit-il. Tu penses toujours pouvoir survivre à cette nuit d’Halloween quand je suis dans les parages ?

– Et comment, je réponds. Je l’ai fait par deux fois, j’ai toujours un pieu sur moi et je suis toujours aussi insensible à tes bonnes manières.

– C’est ce que nous verrons cette année.

– Pari tenu. »

Pendant que nous nous marchons, je suis déjà en train de structurer dans ma tête ma critique de l’opéra goulique. Je remarque à peine une jeune fille énamourée qui demande un autographe au vampire – apparemment, son album de l’an dernier a bien marché dans certaines sphères. Pour information : oui, je suis toujours en vie après cette nuit d’Halloween (évidemment, puisque vous êtes en train de me lire), je suis toujours humaine et la musique était bien. Pour survivre à un vampire qui passe la nuit chez vous en 2017, il suffit d’être journaliste ténébriste et de le connaître depuis trois ans. Comment, vous voulez plus de détails ?

Eh bien, sachez qu’à l’heure actuelle, j’ai tapé les trois quarts de mon article sur l’opéra des goules.

J’ai beau savoir que je vais découvrir de nouveaux livres d’ici la fin de 2017, il y en a un, parmi tous ceux que j’ai lus depuis le premier janvier, qui me reste en mémoire. Et je sais déjà, peu importe ce que je vais lire dans les trois prochains mois, que c’est lui qui me restera en tête comme ma lecture la plus marquante de l’année. Voire une des lectures les plus marquantes de ma vie, tout court.

Aujourd’hui, j’avais envie d’écrire sur les claques littéraires, ou plus précisément les livres qui changent votre vie et (ou) votre vision du monde. J’ai déjà parlé de quelques lectures qui ont été déterminantes pour moi dans mon article sur les chocs esthétiques. Des livres qui, au même titre que des albums ou des films, ont contribué à forger mon style d’écriture, mon univers et plus globalement ce que je suis. Ceux dont je veux parler ici sont aussi importants, mais suivent une logique légèrement différente. Il ne s’agit pas de livres que je pourrais mettre dans un portrait chinois, si jamais on me demandait « Si tu étais un livre… ». Ce sont des livres qui, une fois refermés, m’ont fait voir le monde différemment, sans retour en arrière possible. On parle parfois de romans qui ont « changé la vie » des gens. Je ne sais pas si ceux dont je vais parler obéissent à cette règle, mais ce qui est certain, c’est que je ne m’en suis pas remise.

Il y en aura certainement d’autres au cours de ma vie, mais à vingt-six ans, ces livres sont deux : A rebours de Joris-Karl Huysmans, et Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski.

J’ai découvert A rebours pendant ma glorieuse troisième année de licence. C’est une période dont je me souviens toujours avec beaucoup de plaisir, parce qu’elle est digne d’un véritable roman. En suivant des études de Lettres et Théâtre, en baignant dans la littérature romantique à longueur de journée et en me pavanant en chemise/veste/chapeau, tomber sur Huysmans était difficilement évitable. A l’époque, j’écoutais énormément de musique anglaise. Parmi les dieux du foyer de Narcissus Castle (ainsi avions-nous baptisé notre appartement étudiant avec ma coloc), nous avions le duo de musiciens Carl Barât et Peter Doherty. Écouter les Libertines aujourd’hui nous ramène immanquablement à cette période – sans nostalgie, pour ma part, parce que j’estime que c’est un frein et une perte de temps. Nous connaissions leur œuvre par cœur et ces messieurs nous ont, sans le savoir, fait élargir nos horizons littéraires. Que ça soit quand ils composent ensemble (au sein des Libertines), en solo ou dans leurs groupes respectifs, Carl Barât et Peter Doherty adorent les références. C’est ainsi que j’ai découvert la chanson A rebours, des Babyshambles (le groupe de Doherty), qui piquait son titre à un roman français décadent du XIXème siècle. Il n’en fallait pas plus pour me tenter – si ce n’est apprendre qu’Oscar Wilde avait lui aussi admiré l’ouvrage. Je l’ai emprunté, et je n’oublierai jamais les circonstances dans lesquelles je l’ai lu. Pendant un week-end, ma famille a décidé de passer le week-end dans un grand hôtel à la frontière espagnole. C’est dans le sous-sol de cet hôtel luxueux, installée dans un grand fauteuil en cuir, que j’ai dévoré A rebours. Je ne suis jamais retournée dans un tel lieu et j’ignore si ça arrivera, mais le souvenir de cette lecture est gravé dans mon esprit, indissociable du livre lui-même.

A rebours, c’est l’histoire de Des Esseintes, un jeune homme lassé du monde qui décide de se retirer dans une maison, loin de la ville. Là, il esthétise son existence à l’extrême. Livres raffinés et dangereux, reproductions de tableaux, parfums, fleurs vénéneuses et expériences étranges : Des Esseintes crée autour de lui un monde où règne la beauté et s’isole à l’intérieur. La fin n’est pas vraiment un spoiler en soit (est-ce vraiment une fin ?), alors la voici en une phrase. Des Esseintes finit par se rendre compte que son style de vie commence à le tuer et, déçu, décide de revenir à la civilisation.

C’est un postulat très simple, et presque une non-intrigue. A rebours peut rebuter plus d’un lecteur à cause de son côté « catalogue ». Pendant de longs chapitres, Huysmans décrit les collections de Des Esseintes, le tout à travers les yeux de son héros. Le roman a apparemment cartonné auprès des jeunes artistes à sa publication, en 1884, et semble toujours avoir le même effet plus d’un siècle plus tard. (Récemment, j’ai vu une interview d’Umberto Ecco qui exhibait fièrement sa première édition d’A rebours : il l’avait adoré à vingt ans et souhaitait en avoir une copie.)

J’ai lu A rebours une fois, et j’ignore si je le relirai un jour. Mais je me souviens de l’impression qu’il a produit sur moi, et de ce que j’ai ressenti en le refermant. Je savais que quelque chose avait changé, et je n’ai plus vu le monde tout à fait de la même façon. Peut-être avais-je perdu deux ou trois illusions au cours de ma lecture. A rebours est un livre peu accessible, qu’il faut ouvrir avec prudence…

A l’inverse, Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski a été une lecture dont je peux dire avec exactitude pourquoi elle m’a marquée. (Ce qui suit ne comporte pas de spoilers.) Je l’ai lu pendant la première moitié de cette année, en avril ou en mai. D’abord, petite remise en contexte. La première fois que j’ai eu vent de ce pavé de 975 pages, je cherchais des infos sur la sortie (sans arrêt repoussée) du tome 4 des Salauds Gentilshommes. Je suis tombée sur cette excellente critique de Gagner la guerre qui faisait des parallèles entre les univers des deux romans. La chronique s’ouvrait comme suit : « Je suis un gros connard prétentieux qui pense que les bons livres de Fantasy se comptent sur les doigts de la main. Je suis même un gros connard prétentieux qui pense que la littérature française est une fange au passé simple qui a oublié ses glorieuses heures pour se bâfrer dans les immondices de l’autofiction sans imagination ». Je l’admets, je ne suis pas loin de partager cet avis, l’auteur de l’article avait donc toute mon attention. Il a réussi à me convaincre d’acheter Gagner la guerre, et c’était la première fois que je lisais un aussi gros pavé d’un coup depuis David Copperfield de Dickens. (Donc, sacrément longtemps. Presque dix ans, en fait.)

gagner la guerre

Et hop on saute ! Rien que de me souvenir du passage illustré par cette couverture me donne envie de vanter ce livre grandiose.

D’une part, ça m’a réconciliée avec les pavés, auxquels je me suis remise depuis. De l’autre, ça m’a fait vendre ce bouquin à la Terre entière une fois sortie de ma lecture. Je ne sais pas ce que je lirai d’ici la fin de l’année – même si j’ai beaucoup d’envies et une liste de lecture longue comme le bras. Mais je sais que Gagner la guerre est ma claque de 2017, et qu’elle a eu un effet positif sur moi. Pourtant, ça peut paraître paradoxal, puisque son personnage principal, Don Benvenuto, est un anti-héros notoire. Pour la faire courte, Gagner la guerre, c’est…

Une histoire qui prend place à Ciudalia, l’équivalent de Venise période Renaissance dans un monde de Fantasy. La ville vient de gagner la guerre, et elle doit assurer sa position. Comprendre : être le théâtre de quelques coups tordus, et opérer le nettoyage de rivaux potentiels. Don Benvenuto est le meilleur tueur à gages du royaume, et il sera votre guide (peu recommandable) dans cette folle équipée.

J’aimais déjà l’idée, mais je crois que ça a été le coup de foudre dès les premières pages. On vante beaucoup la plume de Jaworski, à juste titre. Don Benvenuto étant le narrateur, son cynisme, son argot et sa flamboyance traversent toute l’œuvre. On le quitte jamais, et Jaworski arrive à nous faire ressentir tout ce que son héros traverse : quand il est blessé, qu’il souffre physiquement, on souffre avec lui. Mais c’est aussi piégeux, puisque Benvenuto est un anti-héros… et que le lecteur l’accompagne aussi quand il commet le pire. Même celui qu’on ne peut pas approuver, et qu’on ne veut surtout pas voir. A tel point que j’ai dû reposer le livre à un moment précis de l’intrigue, pour entrer dans un dilemme d’une demi-heure : est-ce que je peux continuer à m’attacher à un héros qui vient de commettre une atrocité pareille ?

Mais j’étais dedans, j’étais fascinée par l’univers et le héros, je suis donc allée au bout de ma lecture. J’ai lu Gagner la guerre en deux semaines et demi – et j’ai rattrapé mon retard en lecture hebdomadaire en lisant trois bouquins la semaine suivante. Je suis ressortie du roman, de cette immersion totale, avec une question : et maintenant ? Soit la marque d’un grand livre. Quitter un tel univers et devoir reprendre le cours de ma vie comme si de rien n’était… était impossible. Parce que, aussi répréhensibles soient les actions de Benvenuto, j’avais passé plus de quinze jours en sa compagnie. Et Dieu sait qu’en 975 pages, on avait vécu de sacrés trucs.

Je crois que la meilleure chose que je puisse dire sur Gagner la guerre et l’effet qu’il a eu sur moi, c’est que j’en suis ressortie grandie.

C’est un livre qui m’a rendue plus courageuse, plus sûre de moi et plus déterminée. Chose amusante, je l’ai lu en pleine période des présidentielles, et ça m’a permis de mieux comprendre et analyser ce qui se passait. Car Gagner la guerre est fortement influencé par Machiavel, et les stratégies politiques de certains personnages sont brillamment décrites. La stratégie, parlons-en : c’est une capacité que j’ai dû – par la force des choses – apprendre à développer, et je pense que ce roman n’y est pas pour rien.

Quand je vante Gagner la guerre, je préviens certaines personnes : le livre est dense et exigeant, et Don Benvenuto est tout sauf un modèle à suivre. (Sauf au niveau de la capacité de survie et des aptitudes de duelliste, peut-être.) Mais le voyage vaut le détour. J’avais prévu de lire des livres qui font voyager cette année, de grandes aventures, et celle-ci est assurément la plus marquante.

Irez-vous à la rencontre de Des Esseintes et Don Benvenuto ? Le choix vous revient.

louis de pointe du lac

– Je vois…, dit le vampire d’un air pensif.
Puis lentement, il traversa la pièce pour aller se poster à la fenêtre. Il y resta un long moment; sa silhouette se découpait sur la clarté diffuse qui émanait de Divisadero Street et sur les rayons des phares des automobiles. L’ameublement de la pièce apparaissait maintenant plus clairement au jeune homme : la table de chêne ronde, les chaises. Contre l’un des murs, il y avait un lavabo surmonté d’un miroir. Il posa sa serviette sur la table et attendit.
– De combien de bandes disposez-vous ? demanda le vampire en tournant la tête de manière à offrir son profil au regard du jeune homme. Assez pour l’histoire de toute une vie ?
– Certainement, si c’est une vie intéressante. Quand j’ai de la chance, il m’arrive d’interviewer jusqu’à trois ou quatre personnes le même soir. Mais il faut que l’histoire en vaille la peine. C’est normal, non ?

– Anne Rice, Entretien avec un vampire (1976) –

Cet incipit est sans doute celui qui m’est le plus familier. Parfois, quand j’entre dans une librairie, je me dirige vers la section Fantastique, je prends un exemplaire d’Entretien avec un vampire et je le feuillette. C’est exactement comme saluer un vieil ami – même si, depuis, le livre est vendu dans nouvelle traduction qui n’est plus tout à fait la même que celle que j’ai mise ici.

J’ai parlé plusieurs fois d’Anne Rice et de son roman Entretien avec un Vampire ici, et j’ai publié sur ce blog plusieurs histoires de vampires (au moins quatre au cinq, voici les liens de mes préférées). Cette fois, j’ai eu envie de consacrer tout un article à son héros, Louis de Pointe du Lac. Dans la saga des Chroniques des vampires (à laquelle j’ai consacré un article), tout le monde n’a d’yeux que pour Lestat, ou Armand, ou même Marius, tiens. Louis reste un personnage très sous-estimé au sein du fandom et du grand public en général.

Je n’ai jamais compris pourquoi. Bien sûr, Louis n’a pas la flamboyance d’un Lestat ni le je-m’en-foutisme absolu d’un Armand. (Je schématise à l’extrême : je connais les personnalités des deux gars, on se fréquente depuis quinze ans, mais ce n’est pas sur eux que j’écris aujourd’hui.) Je pense que pour expliquer comment j’ai rencontré le sieur Louis de Pointe du Lac, je dois opérer une petite remise en contexte.

entretien avec un vampire 1

Quand j’étais petite, il y avait à la maison la cassette vidéo de L’Étrange Noël de Mr Jack, enregistré sur Canal +. (Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, etc.) Juste avant que le film ne démarre, la chaîne avait montré la bande-annonce du film Entretien avec un Vampire de Neil Jordan, qu’elle allait bientôt diffuser. J’avais quatre ans, j’étais évidemment bien trop petite pour le voir, mais le titre et les quelques images que j’avais vues m’avaient intriguée. Puisqu’on m’avait dit que j’aurais le droit de le regarder « quand je serai plus grande », j’ai pris mon mal en patience et j’ai attendu. Pendant sept longues années. À onze ans, j’ai reçu le film pour mon anniversaire.

Premier choc : contrairement à ce que l’affiche vendait, ce n’était pas Lestat/Tom Cruise qui était le héros du film, mais bien Louis/Brad Pitt – quand je vous dis qu’on sous-estime le bonhomme. Quoi qu’il en soit, ça a été l’amour entre Louis et moi au premier regard, j’ai acheté et dévoré le roman ensuite et… le reste appartient à l’Histoire, comme on dit. Je dis souvent que le livre et le film m’ont fait découvrir le romantisme et ont été une influence majeure sur l’univers de mes histoires. (Avec le recul, je pense effectivement qu’ils ont été une porte d’entrée, mais que s’ils ne l’avaient pas été, une autre œuvre aurait tenu exactement le même rôle. Si je regarde les lectures et les films que j’aime depuis petite, c’était évident que j’allais finir dans cet univers à un moment donné. Tous les signes étaient là.)

Au fil du temps, j’ai rencontré d’autres personnes – assez peu, il est vrai – qui ont lu Entretien avec Vampire et les livres de la saga. J’ai surtout lu les critiques et les réactions des gens sur Goodreads et Tumblr, entre autres. J’ai regardé – et regarde toujours – des fanarts des personnages sur Deviantart. J’ai pu constater que Louis était l’un des personnages principaux des Chroniques qui suscitait le moins d’enthousiasme parmi ses collègues. Il est temps de lui rendre justice.

entretien avec un vampire 2

Premièrement, Louis pose des questions. Il s’interroge sur l’origine des vampires, les notions de Bien et de Mal, l’existence de Dieu, sa propre raison d’être… et il ne le garde pas pour lui. Il échange, discute, confronte les points de vue. Plutôt que de se la jouer vampire qui se la pète mais qui n’en mène pas large au fond, il assume le fait de n’avoir aucune réponse et d’en chercher. C’est cet aspect-là, surtout, qui me touche chez lui. Cette volonté d’aller plus loin, d’être toujours en quête de réponses et de savoir.

Deuxièmement, s’il est respectueux envers ses aînés (pas comme certains, suivez mon regard vers un blondinet à canines dont le nom commence par L-E-S…), ça ne l’empêche pas de s’opposer à eux quand quelque chose lui semble particulièrement injuste. Il est peut-être celui qui a le moins de pouvoirs parmi ses potes – on y reviendra –, mais au moins, il a du cran. Il est d’autant plus méritant de s’opposer à des vampires millénaires qu’il sait parfaitement qu’il est très vulnérable, et qu’ils pourraient le mettre en pièces en deux secondes. Comme il fait preuve de tact et qu’il est diplomate, il s’en sort. N’oublions pas qu’il est fondamentalement généreux, chaleureux, et que c’est un individu digne de confiance. Bref, un type bien. Même si les choses sont un peu plus compliquées que ça, évidemment.

Troisièmement, c’est un amoureux des livres. Plusieurs passages des Chroniques des vampires montrent Louis en train de lire. Je me souviendrai toujours de ce passage, dans Lestat le Vampire, où Armand lit à toute allure des livres avant de les jeter par terre l’un après l’autre. (C’est, certes, pendant une scène de tension.) Louis, au contraire, est du genre à passer toute la nuit dans un fauteuil confortable en bouquinant au coin du feu. Ça peut paraître négligeable, mais c’est un aspect de sa personnalité que j’aime beaucoup.

Et j’en viens à sa caractéristique principale, que j’ai tue jusqu’ici parce qu’on la rabâche sans arrêt dans la série des Chroniques : Louis est montré comme le plus humain des vampires. Même si, au cours de la série, il accepte son immortalité et sa condition de vampire, Louis reste très attaché à sa nature humaine. C’est d’ailleurs une grande partie de la problématique d’Entretien avec un Vampire, et ce pourquoi il y est l’objet des moqueries de Lestat. Ce dernier a embrassé sa nature vampirique dès les premières nuits, et voit sa condition comme une bénédiction – en tout cas au début. Louis, quant à lui, tient à conserver des sentiments humains et la possibilité de mourir s’il le souhaite. Avoir trente-six mille pouvoirs et être résistant au feu ne l’intéresse pas. C’est pourquoi il refuse de boire le sang des vampires les plus anciens, afin de conserver tout ce qui fait qu’il est… lui. De rester proche de ce qu’il était en tant que mortel. Ce refus obstiné de devenir plus puissant provoque d’ailleurs une certaine fascination chez ses pairs. Si Lestat tombe amoureux de tout le monde, beaucoup des vampires des Chroniques tombent amoureux de Louis, ou sont en tout cas captivés par lui. Précisément parce qu’il est le plus humain d’entre eux.

entretien avec un vampire

(Dans Merrick, Anne Rice a finalement fait en sorte que Louis boive – bien malgré lui – un sang ancien, supposé le ramener à la vie après son suicide. En revanche, Louis conserve sa part d’humanité et n’en réclame jamais à nouveau.)

Cependant, Louis de Pointe du Lac n’en reste pas moins un vampire, et un vampire qui doit tuer pour survivre. Même si l’idée le révolte au début, il s’y résigne, et il excelle en la matière. « Il paraissait à la fois mortel et délicat. Ses victimes l’avaient toujours adoré », peut-on lire dans Lestat le Vampire. C’est un paradoxe qu’on retrouve dans les premiers livres des Chroniques. Il s’atténue un peu (et c’est bien dommage) par la suite, lorsque les vampires s’emploient à ne tuer que les humains « malfaisants ». Ce qui en fait des sortes de justiciers un peu étranges, à la réflexion. Aussi généreux et compréhensif soit Louis, sa nature est celle d’un tueur impitoyable. Dans les premiers tomes, cette ambiguïté est mise en avant à plusieurs reprises, puisque Louis se nourrit des humains qui croisent sa route, qu’ils soient innocents ou non. On est donc très loin d’un héros manichéen. (D’ailleurs, ses relations avec Claudia et Armand, décrites dans Entretien avec un Vampire, contribuent à le rendre éminemment compliqué et à l’éloigner de tous les clichés du vampire prévisible et mièvre.) Même s’il paraît plus simple à définir que son acolyte Lestat, Louis est tout aussi complexe. Tous deux représentent une facette différente du romantisme. Pourtant, Louis est probablement celui qui l’incarne le mieux, à travers ses contradictions, ses questionnements et sa nature ténébreuse qu’il considère comme un fardeau, même s’il s’en accommode au fil des années.

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Enfin, et je le place en dernier parce que c’est un point presque superficiel, Louis est beau. « Normal, c’est un vampire », direz-vous. Peut-être, mais quand vous avez douze ans et que vous lisez la description d’un jeune homme au teint pâle, aux longs cheveux noirs bouclés et aux yeux verts qui s’avère être immortel, ça fait son petit effet. Ne crachons pas dans la soupe, Brad Pitt l’incarne à la perfection dans le film Entretien avec un Vampire, même s’il a déclaré que le tournage avait été un calvaire pour lui. Merci de l’avoir vécu, Brad. Je l’ai dit au début de cet article, mais j’aime beaucoup regarder des fanarts de Louis. Je revois aussi le film régulièrement, et Entretien est un des rares livres que j’ai relu (et relirai) plusieurs fois : mon impression est toujours la même. Mon amour pour cette histoire et son héros ne s’est pas atténué. Même si j’ai découvert énormément de choses depuis et que j’ai agrandi mes horizons, je retourne toujours à cette œuvre. Il y en a qui ont une importance si grande dans votre vie qu’elles font partie de vous, de votre personnalité. Elles ont contribué à faire de vous ce que vous êtes.

Oscar Wilde parlait souvent de la mort de Lucien de Rubempré dans Splendeurs et misères des courtisanes comme de l’une des plus grandes tragédies de son existence, qui l’a fait pleurer lorsqu’il était adolescent et qu’il n’a jamais oubliée. Il exagérait un brin, bien évidemment, mais il y a toutefois un fond de vérité dans ses propos. Lucien était le héros préféré de Wilde – avec Julien Sorel –, et les deux livres de Balzac où il apparaît l’ont profondément marqué. Il les a relus tout au long de sa vie. Je pense que j’entretiens une relation tout aussi forte avec le personnage de Louis de Pointe du Lac, vampire de son état.

Cet article lui est dû.