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“Une Cérémonie Sanglante ? Tu es sûre de toi ?”

Bonjour à tous et Joyeux Halloween ! C’est pour moi un grand plaisir de vous retrouver pour vous présenter, comme chaque année, les aventures de ma journaliste ténébriste et de son vampire. J’ai été heureuse de pouvoir écrire sur ces personnages à nouveau, et j’espère que ce nouvel épisode vous plaira !

Pour retrouver les histoires précédentes, vous pouvez cliquer sur ces liens :

Sachez aussi que ces personnages apparaissent dans un texte, Il fait nuit, et je suis journaliste ténébriste, dont j’ai fait une lecture publique en juillet dernier pendant un événement à Lyon, mais qui n’est pas publié ici. (J’y raconte notamment le bal chez la reine Néfertari, qui est mentionné ici.) Bonne lecture !

Ah, Halloween. Son ambiance pluvieuse, ses décorations orange et noir, ses gens déguisés, ses playlists, ses fantômes gémissant sous la lune, ses zombies qui errent dans la rue si on ne les surveille pas.

Depuis le début de l’automne, je m’échine à expliquer à mes collègues du journal Nocturnae pourquoi cette saison est fantastique. Ils râlent tous. En revanche, pour Halloween, ils se mettent d’accord : après tout, c’est un peu notre Noël. Ce qui me fait penser qu’on a reçu un paquet de bonbons à l’arsenic il y a quelques jours à la rédaction, parce que nos « investigations approfondies ne sont pas passées inaperçues ». Je me demande si c’est un compliment mal placé ou une réelle tentative de meurtre. Les mages ont toujours eu un humour approximatif.

Cette année encore, je devais retrouver le vampire pour notre traditionnel article d’Halloween. Le principe : je passe la nuit en sa compagnie, et le jour suivant, j’en écris le récit pour Nocturnae. Au bureau, les jours qui ont précédé la fête ont été particulièrement… pénibles. Mes collègues journalistes – et surtout mon rédacteur en chef – ne se privent pas de faire des blagues douteuses à propos de mon « rencard » annuel avec le vampire. Je pense que j’aurais dû garder l’arsenic.

« Nous devrions le faire », m’a dit le vampire une semaine plus tôt.

On remontait une ruelle à la recherche d’une mystérieuse inscription gravée sur un mur. Un sort puissant s’y cachait – prétendument. J’étais persuadée que la piste ne mènerait nulle part.

« Plaît-il ?

– S’organiser une soirée tous les deux, poursuivit le vampire. Un rencard, comme le disent tes collègues. Un qui soit purement amical, bien entendu. Tes lecteurs et ton équipe obtiendraient la satisfaction qu’ils réclament depuis des années… Quant à toi, tu serais tranquille.

– Laisse-moi récapituler, dis-je. Ton idée, c’est que cette année, on s’organise un rendez-vous galant pour Halloween, pour plaire à un lectorat avide de ce genre de trucs. La petite journaliste sort avec son vampire », souris-je avec un air goguenard.

Je venais de trouver l’inscription, que j’éclairais avec ma lampe de poche. Je poussais un soupir.

« De l’hébreu, marmonnai-je. Génial. (Je ne sais pas le lire. Je dégainai mon téléphone portable pour prendre la formule en photo. Je l’enverrais plus tard à un traducteur pour savoir s’il était raisonnable de laisser cette inscription à la vue de tous depuis trois siècles.) Donc, un date d’amis, en quelque sorte.

– Exactement. Il serait assez plaisant de montrer que même les endroits les plus romantiques ne sauraient nous corrompre.

– Vendu. La question étant : quel serait le lieu parfait pour le meilleur des rendez-vous ? »

Nous sommes restés silencieux un moment, songeurs. Un fantôme est passé au-dessus de nos têtes dans la ruelle vide.

« Une maison hantée ? suggéra le vampire.

– Déjà fait. C’était notre première vraie sortie, rappelai-je. On a vu un opéra de goules l’année dernière… difficilement surpassable.

– Et nous sommes allés au bal de la reine Néfertari récemment. Un bal organisé par une reine millénaire, avec tout le gratin de la société surnaturelle, où nous avons dansé.

– Sans oublier les explorations de cimetières. »

Le silence dura.

« Je crois que nous sommes déjà allés dans tous les lieux possibles pour un rendez-vous digne de ce nom », déclara le vampire.

C’était peu de le dire : en quatre ans, lui et moi avions mis la barre très haut en la matière. Je me surpris à penser que si l’un de nous deux était un jour invité à un date, la personne devrait rivaliser d’imagination pour nous séduire. Et plus encore après l’idée qui nous vint.

« Et une Cérémonie Sanglante ? »

Le vampire m’observa attentivement.

« Tu n’es pas sérieuse.

– Parfaitement sérieuse. »

Le vampire mit quelques secondes avant de répondre, et son visage se fendit d’un fin sourire.

« Très bien. Que fait-on avant ? »

C’est ainsi que le vampire et moi avons décidé que le rencard tant attendu par les lecteurs de Nocturnae se déroulerait d’abord dans un musée. Rien n’est plus beau que d’admirer des toiles dans des galeries tenues par des momies ressuscitées pour le soir d’Halloween. (Je sais que vous vous attendiez tous à un restaurant aux chandelles, mais je n’allais pas manger mon dîner sous les yeux du vampire pendant qu’il n’aurait aucune gorge à se mettre sous la dent. Quel ennui.)

Le grand soir est arrivé, et comme à mon habitude pour Halloween, j’ai porté un soin tout particulier à ma tenue. Encore plus cette année : une Cérémonie Sanglante n’arrive qu’une fois. Le vampire m’attendait devant la galerie d’art, habillé comme toujours avec élégance, sans pour autant chercher à en mettre plein la vue. Même s’il savait qu’une cohorte de jeunes filles se retourneraient sur son passage cette nuit-là.

La galerie était impressionnante. Entre les toiles de vampires (scoop : De Vinci n’est pas mort, il peint toujours) et les sculptures de sorcières (très portées sur l’art contemporains, elles), nous avons parcouru les couloirs à demi éclairés. Chaque pièce était surveillée par une momie à moitié enveloppée dans ses bandelettes, dont les articulations craquaient légèrement au moindre geste. C’était un beau prélude, curieusement tranquille. Mes lecteurs allaient être ravis.

Puis, nous avons quitté le musée et nous sommes dirigés d’un pas sûr vers la Cérémonie Sanglante. Le cimetière où elle se déroulait n’était pas éloigné. La cérémonie avait lieu dans un grand caveau illuminé par des bougies. Derrière un gisant, un prêtre zombie à l’air un peu las officiait. Bon, pour que vous soyez au courant : les Cérémonies Sanglantes ont lieu pendant toute la nuit d’Halloween. Des créatures et des mortels se rendent au caveau pour la célébrer, elle a lieu sans rendez-vous et à l’improviste. Un zombie est là toute la nuit pour la faire.

« C’est pour ? nous demanda le prêtre zombie d’un ton grinçant.

– Une Cérémonie Sanglante, bien sûr, répondit le vampire d’un ton ferme.

– Vous avez de la chance, vous arrivez dans un creux. J’ai officié pour dix cérémonies à la suite il y a trois quart d’heure, mais l’affluence est retombée. Il ne devrait y avoir personne avant un moment. Abrégeons. Vous êtes… (Il nous dévisagea.) Un vampire et une humaine. Bon. Inhabituel, mais pourquoi pas. Les temps changent. Le but de la Cérémonie, si ce n’est pas trop personnel ?

– Voir comment ça se passe, répondis-je franchement. Je travaille chez Nocturnae. »

Je mis quelques secondes avant de poursuivre. Une Cérémonie Sanglante ne s’envisage pas à la légère.

« Et sceller notre relation, quelle qu’elle soit. »

Le vampire hocha la tête.

« Je n’ai rien de plus à ajouter.

– Très bien, très bien, articula le prêtre zombie. Mettez-vous l’un en face de l’autre. Prenez ça (il me tendit un poignard ouvragé) et ça (il tendit une coupe au vampire). Vous savez comment ça se passe, ou je dois vous l’expliquer ?

– Nous le savons », répondit le vampire.

Je saisis sa main, et l’entaillai sans ciller au-dessus de la coupe qu’il tenait. Du sang y coula légèrement avant que sa blessure ne se referme. La mienne allait nécessiter un bandage et je n’y avais pas pensé.

« Pas forcément, murmura le vampire. Les blessures des Cérémonies Sanglantes ne sont pas supposées rester, même sur les humains. Ce poignard est particulier. »

Il entailla la paume de ma main et la coupe recueillit mon sang – qui avait, je le vis, une fort jolie couleur. Dû à un sortilège posé sur la lame, ma blessure se referma aussitôt. Le prêtre zombie reprit la coupe, la souleva au-dessus de sa tête et baragouina une formule incompréhensible en latin médiéval. A cet instant, toutes les bougies s’éteignirent, et je sentis des spectres envahir le caveau. Ils nous frôlaient, et… ils chantaient. Je n’avais jamais entendu de fantômes chanter, mais la rumeur était vraie : c’était magnifique. Une fois leur chant terminé, les bougies se rallumèrent, et le prêtre zombie toussota.

« Bien, bien, dit-il. Afin de conclure la Cérémonie, buvez chacun dans cette coupe et prononcez votre serment. »

La coupe débordait à présent d’un liquide rouge, résultat du mélange de nos deux sangs et… d’un autre sortilège qui avait vraisemblablement fait gagner quelques centilitres au mélange.

Je saisis la coupe et but. Le sang était chaud, et je ne peux pas dire que c’était foncièrement déplaisant – je crois que je devrais revoir mes fréquentations. Le vampire but à son tour et tendit la coupe au prêtre zombie, qui la reprit.

Puis, en nous regardant bien dans les yeux, le vampire et moi récitâmes le serment que j’avais appris par cœur dans un grimoire, et que lui connaissait depuis longtemps.

« Bien, bien, je crois que c’est tout, grommela le prêtre zombie. Je vais faire la vaisselle avant l’arrivée des prochains. Vous pouvez disposer ?

– C’est tout ? demandai-je, étonnée. Il n’y a pas de registre à signer ?

– Votre registre est sur votre main, jeune dame, répliqua le zombie. Sortez, à présent. »

Un instant plus tard, le vampire et moi sortions du cimetière. Je m’arrêtais sous le réverbère le plus proche afin de regarder ma main entaillée quelques instants plus tôt. Si la blessure était parfaitement refermée, une cicatrice demeurait.

« Je vois », dis-je.

Le vampire sourit et me montra sa propre main blessée quelques instants auparavant. La même marque y était visible.

« Donc, même si tu es censé pouvoir guérir de tout…

– Une Cérémonie Sanglante ne s’efface pas, confirma-t-il. Je pense que tu as assez de matière pour nourrir au moins trois articles, dont le moindre sera sur les conséquences de certains sortilèges sur les peaux de vampires. »

Je l’avais rarement vu aussi serein. Il était temps de décider de la suite.

« Chez moi, comme d’habitude ? proposai-je.

– Bien entendu. Une Cérémonie Sanglante ne peut se conclure sans danse, et il me semble que toute la musique nécessaire se trouve dans ta demeure.

– Cependant, tout ce qui va se passer ce soir ne pourra décemment pas se retrouver dans mon article, tu le sais ? »

Le vampire me sourit. Oh que oui, il le savait.

« Invente », dit-il.

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The Dead Weather - Impossible Winner screenshot

Je me suis réveillée cette nuit, angoissée par le nombre de livres que je voulais lire et le fait de ne pas savoir lequel choisir. Commencer par Le Fantôme et Mrs Muir de R.A. Dick, petite sucrerie vintage ? Ou entamer l’autobiographie de Harpo Marx ? (Jack White a dit une fois que c’était son livre préféré, Goodreads semble d’accord.) Non, embrayer sur le quatrième volume du Dit de la Terre Plate de Tanith Lee, une série qui en compte cinq et que je me suis promis d’avoir lue cette année ? Ou encore… il y en a tellement, tellement, tellement. Oh et puis c’était futile, on prendra le premier qui nous tombera sous la main au matin. Retournons dormir.

(Et parfois il y a des cauchemars, mais pas cette nuit. Juste quelques bruits de pas et de meubles. Si un jour je dors dans une maison hantée, je n’aurais pas peur une seconde : je demanderai plutôt au fantôme s’il peut me laisser dormir tranquille, merci beaucoup. Va jouer ailleurs, je te chanterai des chansons demain soir si tu veux.)

Depuis peu, j’ai repris les bonnes habitudes, à savoir me lever tôt le matin avant de partir travailler. L’objectif étant bien entendu de pouvoir écrire et inventer des choses. Le soir, je suis en général trop fatiguée pour ça, et mon envie primaire consiste tout bêtement à dévorer des bouquins ou à découvrir des films. J’ai perdu trop de temps. D’un côté, on connaît tous des phases de stress, d’angoisse, ou tout simplement de panne d’inspiration. C’est normal de ne pas avoir envie d’écrire, de lire, de juste… se poser un instant. Sauf qu’une fois cette période passée, j’ai tendance à la regarder avec recul et à me dire : bon sang, quel temps perdu. J’ai encore tellement de trucs à faire après, et il y a la mort au bout du chemin et tu as déjà 27 ans. Grouille-toi. (C’est excessif, j’en conviens. Je me soigne.)

Anna Akana disait dans sa dernière vidéo qu’au lieu d’envier les personnes qu’on admire en lisant les sites internet et en errant sur Instagram et Twitter, il suffisait de tout fermer pour aller mener la vie qu’on voulait. Sa vidéo est sortie au moment exact où je pensais qu’au lieu de me plaindre de ne pas être aussi productive que mes Maîtres, j’allais vraiment me mettre un coup de pied aux fesses. Autrement, en continuant à ce rythme, j’allais arriver à 80 ans, toujours geignante, en train de dire : Ooooh si seulement j’avais fait ça. J’espère toujours que ce jour n’arrivera jamais.

Je fais partie de ces gens qui ont besoin de restrictions et de consignes ultra-sévères pour avancer et ne pas partir dans tous les sens. Par négligence ou optimisme, que sais-je, j’en avais laissé tomber la plupart un peu avant l’été. Résultat, les histoires n’avancent point. Du. Tout. Les idées restent à l’état de brouillons sur des carnets. DONC. Puisqu’il me fallait des consignes encore plus drastiques, autant mettre la barre au-dessus. Réveil à 6h30 quoi qu’il arrive, vision board comme fond d’écran. (Ma sœur a écrit un très bon article sur le vision board, qui m’a été utile. L’astuce consiste à réunir des images symbolisant vos objectifs, à les assembler sur un tableau et à les mettre en fond d’écran, histoire que les idées s’impriment bien dans votre tête.) Oh et emploi du temps réglé heure par heure – il n’est pas encore au point, j’y travaille. Est-ce que c’est quasi monastique ? J’aimerais que ça le soit. J’aimerais que ça le soit.

On va dire que ça va marcher. Ça marchera.

Je lis toujours un bouquin par semaine. L’écueil que j’ai rencontré cette année étant le suivant : j’ai envie de lire tant de choses, et je me lasse si vite, que j’ai abandonné beaucoup trop de livres en cours de lecture, avec dans l’idée de les finir plus tard. (Certains ont été finis. Le dernier en date étant une autobiographie commencée en août, abandonnée, puis terminée cette semaine.) Et il y a aussi ce truc du livre qui paraît alléchant, mais ne l’est pas autant que vous l’imaginiez en lisant le résumé, ou que quand on vous en a parlé.

En tout cas, je dors nettement mieux depuis que j’ai commencé à mettre en place de nouvelles contraintes. (Les cauchemars ne comptent pas. On parle bien du fait de s’endormir aussitôt que les lumières sont éteintes.) Et aussi depuis que j’ai recommencé à griffonner des histoires au stylo. Ça me manquait, et c’était la raison toute bête pour laquelle un de mes projets d’histoire courte n’avançait pas : l’ordinateur, ça va bien cinq minutes. Rien ne vaut une main tachée d’encre et des ratures sur un manuscrit !

Enfin. Suite au prochain épisode. Les maîtres mots étant rigueur et travail. (On bannit les pleurs et les grincements de dents, comme dirait l’autre.) (C’est une expression biblique, je viens de découvrir qu’il en existait 13 avec “grincements de dents”. Marrant.)

En avant toutes.


J’en profite pour glisser ici que vous pouvez écouter et/ou télécharger le podcast de Dans Tes Oreilles, l’émission de Radio Canut où j’ai été invitée le mois dernier pour parler de mon travail d’écrivain. C’était un honneur d’y être, et un beau moment aussi.

J’ai deux types de listes de lecture. Une, griffonnée sur un carnet, énumère les livres que je lis depuis le début de l’année. Ça fait deux ans que je me prête à l’exercice, suite à la frustration de ne pas savoir combien de livres je lisais en un an. (Ça m’aide aussi à avoir où j’en suis dans le quota de lectures annuelles que je me suis fixé.) Ma seconde liste, c’est un fichier Excel sur mon ordinateur, qui répertorie aussi les films, les BD et les séries. Celle-ci, je l’utilise surtout pour ne pas oublier les titres d’œuvres que j’ai envie de découvrir. Je note le titre et l’auteur, et je coche une case une fois que j’ai eu accès à l’œuvre en question. J’ai lu Rage de Stephen King ce week-end et, au moment de trouver la ligne Excel que j’avais préparée pour ce bouquin, je me suis rendu compte que je ne l’avais jamais inscrit dans ma liste. Pourtant, l’envie de lire Rage est présente dans ma tête depuis un bon moment.

L’histoire de ce livre est un peu particulière. En bref, c’est un des premiers romans de Stephen King, dont il a écrit la première version au lycée, et qu’il a publié en 1977 sous le pseudonyme de Richard Bachman. En 1999, King a décidé de ne plus faire réimprimer Rage. Le roman a en effet été retrouvé dans les affaires de plusieurs adolescents qui ont commis des tueries dans des lycées américains. Si pour King les livres, films et jeux vidéo violents ne sont pas à mettre en cause concernant ces tragédies, il pense en revanche que son roman a pu servir de déclencheur chez des esprits déjà fragiles et malades. Je ne peux pas m’empêcher de vous mettre une vidéo d’Orson Welles où il donne un point de vue similaire avec l’éloquence qui le caractérise. (Je m’étais aussi exprimée sur la question dans mon article De l’influence néfaste de l’art.)

Ça, c’était pour le contexte. A l’heure actuelle, il est donc impossible de trouver Rage en librairie, à moins de mettre la main dessus dans une brocante ou une librairie d’occasion. Ou… de fouiller internet, où des âmes charitables ont publié la version numérique du livre (en anglais et dans ses traductions : je l’ai lu en français). Le livre fait 198 pages, et raconte l’histoire d’un adolescent qui tue deux de ses professeurs, avant de prendre une classe en otage.

Ça doit sûrement vous être arrivé : vous avez depuis longtemps un livre dans votre PAL, et un beau jour, vous sentez que c’est le moment de le lire, que c’est maintenant, et vous vous lancez dedans. J’ai lu Rage d’une traite, en suivant les pensées de son anti-héros, Charlie Decker, puisque tout le récit est à la première personne.

Et bon sang, que ça m’a fait du bien.

Des œuvres sur des adolescents à l’origine de massacres dans les lycées américains, il y en a eu. Les plus célèbres étant probablement le film Elephant, de Gus Van Sant (très contemplatif, avec une ambiance pesante qui reste collée au moral pendant des jours), ou encore Il faut qu’on parle de Kevin, un roman brillant dont l’adaptation filmique l’est tout autant, et dont la blogueuse Charmant Petit Monstre parle très bien dans sa critique. Mais Elephant se contente de suivre ses protagonistes, quand Il faut qu’on parle de Kevin adopte le point de vue de la mère et traite des relations complexes qu’elle entretient avec son fils. Ma plus grande frustration, en lisant Il faut qu’on parle de Kevin puis en voyant le film, c’était de ne pas savoir ce qui se tramait dans la tête du garçon. Pourquoi est-ce qu’il agit ainsi et quelles sont ses motivations (qu’on ne peut que soupçonner) ?

[Note : après des recherches sur les sites Babelio et Goodreads, j’ai pu remarquer qu’il n’y avait quasiment aucun roman, excepté celui de King, qui adoptait le point de vue d’adolescents meurtriers dans des lycées. En revanche, le thème a été exploité un certain nombre de fois au cinéma, et dans des registres très différents, dont un qui porte le « doux » nom de « school revenge movies ». Pourquoi n’y a-t-il pas de romans ? Oh et autre réflexion en passant : ce sont toujours des personnages masculins qui sont représentés. Tout simplement parce que dans la vie réelle, les tueries dans les lycées sont commises par des garçons. Jamais par des filles. Ça n’interpelle personne ? Je pose ça là.]

Dans Rage, la question du mobile de l’anti-héros ne se pose pas. Le récit se déroule sur une matinée, celle où Charlie Decker sort d’une énième confrontation avec le proviseur de son lycée, et pète les plombs. Ses motivations, on les connaît grâce à des flashbacks, qui nous montrent un père abusif ou les collégiens qui l’ont harcelé. Le style de King, jeune au moment de l’écriture du livre, est imparfait, mais cru et efficace. Surtout, le basculement de la matinée ordinaire d’un lycée américain vers le moment où tout part en vrille s’opère brutalement, sans ménager son lecteur.

Il y a un seul (gros) bémol selon moi : la réaction des lycéens pris en otage. Sur le site Goodreads, un critique a dit que Rage se résumait à « Holden Caulfield qui prend le Breakfast Club en otage », et il y a un peu de ça. Ce qui suit n’est pas un spoil, puisqu’on le sait dès le début. Loin de s’affoler alors que Charlie a tué des professeurs sous leurs yeux, les élèves qu’il retient restent quasiment tous d’un calme olympien, et en viennent rapidement à le soutenir. Un dialogue va s’instaurer entre eux, et plusieurs adolescents vont raconter leurs traumatismes ou leurs problèmes… oui, c’est une vraie thérapie de groupe. Et c’est peu vraisemblable. (On a d’ailleurs droit à un passage efficace contre le harcèlement de rue via le récit d’une des lycéennes. Et on était dans les années 70, eh oui !)

J’ai hésité à faire un article de blog à propos de ce livre parce que, comme je l’ai dit, sa lecture m’a fait du bien. Pour mieux expliquer ce que j’ai ressenti, je vais citer Jack Parker dans un excellent podcast où elle parle notamment de harcèlement scolaire : « Ma colère est née au collège, à force de subir ça tous les jours, de n’avoir aucun soutien nulle part. D’être vraiment profondément mal-aimée, ou pas aimée, voire complètement détestée viscéralement. (…) C’est pour ça que… Il faut que je fasse très attention à comment je formule ça. Que je comprends ce qui peut pousser des élèves à faire des fusillades dans les collèges et les lycées. Je n’excuse pas, jamais de la vie, je ne justifie pas, il ne faut pas le faire, jamais, ce n’est pas une solution. Mais je me suis endormie tous les soirs avec des scénarios de vengeance où je débarquais, je défonçais tout et je mettais tout le monde à mes pieds. Je comprends comment ça peut pousser à l’extrême. Mais je n’ai jamais fait de mal à personne, on peut très bien avoir ces envies-là sans agir dessus. »

Pour avoir été dans un cas similaire (et être toujours en colère), je sais que j’ai pensé, en lisant Rage : « C’est le livre que j’aurais voulu lire étant ado ». Parce que ça été une vraie catharsis, et que la fiction sert aussi à ça : évacuer le trop plein et nos pulsions négatives. Certains jouent à des jeux vidéo, d’autres écoutent de la musique violente. Je lis des bouquins, j’écoute de la musique, je regarde des films et j’écris des histoires. Et, parfois, j’ai besoin d’un bon shot livresque qui mettra en mots tout ce que je ne peux ni faire, ni dire. Rage a été ça, pour moi. Et je me dis qu’il aurait peut-être pu faire du bien à d’autres adolescents. D’un autre côté, c’est peut-être mon recul d’adulte qui me permet d’apprécier autant ma lecture ?

Avec quelques bémols, cependant. Comme je l’ai dit, la prise d’otages me paraît peu vraisemblable, et j’aurais aimé que la rage qui a donné son titre au livre soit plus présente. Il manquait quelque chose. Je crois que je m’attendais à plus intense et spectaculaire, et le fait d’avoir eu une action marquante au début, suivi d’un huis-clos prenant, certes, mais « calme », en est la cause.

En fin de compte, je me demande si la censure que s’est imposée Stephen King avec son livre est pertinente. Je comprends les raisons qui l’ont poussé à retirer son roman de la circulation, bien sûr – même si avec internet, il est désormais possible de le lire. Mais son œuvre n’est pas la seule à avoir nourri l’imagination d’esprit malades. Ce n’est certainement pas en cette période que le livre sera à nouveau publié. Quoiqu’il en soit, j’encourage tous les curieux à découvrir ce livre, parce qu’il est intéressant, lucide, et pointe du doigt des problèmes qui sont particulièrement d’actualité quarante ans après sa parution. (Et que, pour certains lecteurs, il pourra être étrangement réconfortant.)

Générique de fin.

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Jack White à Fourvière, le 8 juillet 2018 ©Ray Spears

Je n’ai pas tant que ça l’habitude de poster des billets personnels sur ce blog. Mis à part la Lettre à l’ado de 15 ans que j’ai été publiée en mai (qui a eu des répercussions inattendues sur ma vie privée, qui m’ont soulagée et permis d’avancer), je publie peu de choses sur mon quotidien.

Mais j’ai pensé que pour ceux qui me suivent depuis un moment, je me devais de raconter deux-trois trucs. Sans pour autant rentrer dans les détails personnels, parce que 1. la vie privée prévaut, 2. ça pourra peut-être en aider quelques-uns si je reste plus générale.

Premièrement, sachez qu’il existe un syndrome du cœur brisé, appelé le « tako-tsubo ». Il y a quelques semaines, je me suis retrouvée malgré moi victime d’un chagrin romantique. Rien de romanesque. Une histoire vaguement classique à base de : une fille aime un garçon qui n’est pas réceptif, elle renonce à insister, mais a quand même envie de se ficher en l’air quand il sort avec une personne qui n’est pas elle. Bon, j’ai eu des envies de destruction pendant moins de vingt-quatre heures. J’avais beau salement encaisser la situation, je suis d’avis que quand on a des projets et de l’ambition, il ne faut pas se dire : « Ma vie est finie, je ne vaux rien » en tortillant des mouchoirs trempés de larmes entre ses mains. (J’ai quand même dopé ma consommation de kleenex la semaine où ça m’est arrivé.)

Loin de vouloir composer dix mille chansons sur le sujet ou d’avoir l’idée d’un chef-d’œuvre littéraire basé sur ce coup dur, j’ai plutôt dopé mon ego en mode : « Ce garçon n’était pas digne de moi, et le destin me réserve quelqu’un de mieux ». (On invente ce qu’on peut pour tenir, hein.) C’est aussi dans ce genre de moment que j’ai réalisé que j’avais les meilleurs amis du monde, qui ont refusé de me laisser seule avec moi-même pendant les 48 heures qui ont suivi la grande révélation « il s’est mis avec une personne ». (Merci à vous qui m’avez fait à manger, sortir de chez moi et redonné de la motivation. Et encouragée à pleurer comme une fontaine.) C’est aussi pendant cette semaine que j’ai fait ma première lecture publique, celle de mon texte Il fait nuit, et je suis journaliste ténébriste, basé sur mes traditionnelles histoires d’Halloween publiées ici.

Tous les mois, le bar-restaurant Le Rita-Plage (à Villeurbanne) organise une soirée, Meuf-In Stage, où sont mises en avant les artistes féminines, qu’elles soient musiciennes, comédiennes ou autrices. J’ai postulé après avoir vu un épisode de Girls où l’héroïne fait une lecture publique d’un de ses textes et m’être exclamée : « Je veux faire pareil ! ». Et j’ai été programmée. J’ai eu le cœur brisé quelques jours avant Meuf-In Stage. La perspective de cette soirée a contribué à me faire tenir bon. J’ai fait ma lecture devant des proches et de parfaits inconnus, et c’est un des meilleurs moments que j’aie vécu cette année – pour l’instant. C’est aussi pendant cette semaine très difficile à vivre que j’ai reçu plus de détails sur l’émission radio dont je serai l’invitée courant septembre. (17 septembre, 23h, Radio Canut, Dans tes oreilles, une émission consacrée à des autrices et dramaturges. C’est un honneur d’y être conviée et je n’en reviens toujours pas.) Comme l’a dit une amie avec philosophie : « Qu’est-ce qu’un chagrin d’amour comparé à la gloire ? ». Là aussi, tous les prétextes sont bons pour se consoler, mais celui-ci était plutôt efficace.

Revenons au tako-tsubo. Vous en avez déjà entendu parler ? Moi non plus, jusqu’au  jour où mon cœur a été réduit en miettes. Quand ça m’est arrivé, j’ai voulu savoir pourquoi, outre une envie bien compréhensible de pleurer, ma poitrine me faisait si mal que j’avais l’impression qu’un vide s’était creusé à l’intérieur, et qu’une douleur énorme ne lâchait pas mon ventre. La douleur à la poitrine a mis des jours à partir. Sachez qu’une émotion intense – particulièrement une peine romantique – peut causer de tels symptômes. On appelle ça le « tako-tsubo », ou le « syndrome du cœur brisé ». S’il se produit principalement chez des femmes plus âgées et peut parfois entraîner l’hospitalisation, j’ai pu expérimenter, disons… la « version junior » du tako-tsubo. Ca m’a permis de rationaliser ce qui m’arrivait, de prendre un peu de distance, et d’avoir un nouveau sujet d’intérêt. La prescription en cas de tako-tsubo, c’est : du repos. Que je suis finalement parvenue à prendre. Ironiquement, quand mon chagrin d’amour m’est tombé dessus, j’ai pensé que j’étais rentrée dans la cour des grands. J’allais finir comme Norah Jones, à écrire une œuvre cathartique sur le sujet (The Fall et Little Broken Hearts sont d’excellents albums). Mais non. La vérité, c’est qu’un chagrin d’amour fait du mal, qu’on en bave, et que ma seule envie c’était que ma déprime soit loin derrière moi pour me remettre à créer avec toute la joie et l’ambition dont j’avais besoin.

Spoiler : je m’y suis remise. Grâce à Jack White.

Si vous suivez ce blog depuis un moment, vous savez que le monsieur occupe une place très importante dans ma vie et mon écriture. (Je vous renvoie à mon article Six ans avec Jack White ou à cette petite nouvelle, qui l’expliquent bien mieux.) Cette année, Jack White était annoncé aux Nuits de Fourvière, et il était évident que j’irais le voir. Déjà, parce que je n’en avais encore jamais eu l’occasion. Ensuite, parce que ça fait dix ans pile, cet été, que j’ai découvert sa musique, et qu’elle a été un tremblement de terre dans mon existence. C’était l’occasion de fêter un bel anniversaire.

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Jack White à Fourvière, le 8 juillet 2018 ©Ray Spears (Le visage de fille à longs cheveux bruns qui le regarde jouer pile sous sa guitare, c’est le mien)

J’ai réussi à avoir ma place dès sa mise en vente – tout a été vendu en cinq minutes chrono – et j’ai été insupportable avec mon entourage jusqu’au jour J. (Personne ne comprenait que je sois terrifiée à l’idée de voir mon role model jouer, mais je l’étais. C’est une chose d’avoir une figure qui occupe le rôle de Maître dans votre vie, qui peuple votre imaginaire, vos histoires, qui vous a appris à bien vous habiller et vous a inculqué votre éthique de travail. C’en est une autre de le voir en vrai et de s’apercevoir que c’est bien un être de chair et de sang.)

J’ai une pointe de regret : qu’il n’ait pas joué de piano. L’homme improvise ses setlists tous les soirs, et le 8 juillet, il a livré un concert exclusivement à la guitare. Mais il a joué Hypocritical Kiss, un de mes morceaux préférés. Je ne vais pas revenir en détail sur les morceaux, l’ambiance qui a régné ce soir-là : d’autres critiques l’ont fait. Certains journalistes l’ayant vu à Montreux deux soirs plus tard lui ont reproché de privilégier la virtuosité au détriment de l’émotion. Je ne suis pas d’accord : Jack White met ses tripes dans le moindre solo de guitare qu’il joue, et l’émotion est là en permanence.

La maîtrise de la mise en scène et le perfectionnisme de Jack White m’ont envoyé assez d’inspiration pour l’année à venir. J’avais de nouvelles idées qui surgissaient dans ma tête au fur et à mesure que je le regardais jouer, et des choses à ajouter à mes histoires. J’ai aussi résolu de mener à terme un projet que j’hésitais à faire. Je suis sortie du concert en pensant : « Je veux être comme lui plus tard ». Je ne souhaite pas être une rockstar, bien sûr, mais j’aimerais pouvoir porter des projets aussi ambitieux et aboutis que ceux de White. Oh, et j’aimerais pouvoir le rencontrer pour le remercier et lui poser des questions. Je suis journaliste : dans la foulée de ma réservation du concert, j’ai lancé une requête d’interview avec lui qui n’a pas abouti. (En lisant les articles qui ont détaillé ses dates en France, j’ai pu constater qu’aucun entretien n’avait été accordé.) Mais je ne lui en veux pas : White est arrivé à Fourvière à 15h15, après avoir joué tous les soirs de la semaine et passé la journée dans un car qui roulait depuis le nord de la France. Il a joué à 21h30, et le lendemain matin, il était déjà reparti vers la Suisse. Je pense qu’à sa place, arrivée à Fourvière, je serais allée piquer un petit somme après avoir fait mes balances – ce qu’il a probablement fait. Et j’ai eu assez d’émotions avec son concert. La vie est longue, il y aura d’autres occasions.

Après les 24 heures suivantes passées dans un état d’hébétement – « J’ai vu Jack White jouer, c’est fait, je n’arrive pas à y croire » –, je me suis remise à avoir des idées. J’ai eu à nouveau envie de me lever tôt le matin pour écrire mes projets ou m’occuper des tâches importantes avant d’aller au boulot. J’ai recommencé à avoir de l’ambition, l’envie de lire des livres de vulgarisation scientifique, des biographies et de regarder des films en noir et blanc – des lubies que White m’a transmises il y a une dizaine d’années. Même si mon « tako-tsubo » n’est pas tout à fait cicatrisé, je suis prête à avancer et à me lancer dans de nouvelles aventures.

Parce qu’on ne gagne rien à faire du surplace en s’apitoyant sur son sort. La personne que vous aimiez ne vous a pas choisie, ça ne changera pas : il faut tirer un trait et avancer.

 

 

Après avoir assisté au concert de Fourvière, j’ai voulu rechercher des articles et des histoires que j’avais aimé lire sur la Toile des années plus tôt… et qui ont malheureusement disparu. Donc, sans plus attendre et pour conclure cet article sur une note à la fois nostalgique et un peu rigolote, voici une petit liste non-exhaustive des choses qui ont disparu d’internet et que j’aimerais tellement y retrouver :

  • Le forum Candy Cane Children (consacré aux White Stripes), dont j’ai fait partie il y a dix ans, entièrement en anglais, et le seul à contenir autant de fanfictions sur ce groupe. J’aime les fanfictions (bien écrites), je ne m’en cache pas, et oui, ce site me manque. Il a été supprimé. What a shame.
  • Une interview fabuleuse d’Alexandre Astier par une universitaire, qui évoque avec lui la présence de Dieu dans son œuvre et son rapport à la foi. Je l’ai dévorée un jour et jamais retrouvée depuis, malgré toutes mes recherches.
  • Tous les dessins et les fanarts que j’avais enregistrés sur mon compte Deviantart, et que leurs auteurs ont choisi de supprimer. (Moralité : toujours enregistrer les œuvres qui vous plaisent sur votre ordinateur.)

Et maintenant, en avant.

J’ai récemment lu le recueil Lettres à l’ado que j’ai été, dirigé par Jack Parker. Le principe : demander à des personnalités, youtubeurs, artistes, d’écrire à l’ado qu’ils ont été. Comme le but de l’initiatrice du projet était de pousser ses lecteurs à se prêter à l’exercice, j’ai décidé de publier sur ce blog une lettre à l’ado que j’étais à 15 ans. C’est un choix qui n’a pas été facile, mais ça fait un moment que je cherche un moyen de parler du harcèlement scolaire. Si ce témoignage peut aider ou réconforter des lecteurs qui passent par là, ou même leur ouvrir les yeux sur des situations qu’ils connaissent, cette lettre aura été utile.

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Ma chère Adeline,

Quand tu reçois cette lettre, tu dois avoir quinze ans. Je sais que tu es terrifiée à l’idée de savoir ce que l’avenir te réserve, mais je t’envoie ce petit aperçu de toi dans douze ans et quelques mois, en 2018. A titre d’encouragement, disons. Déjà, tu seras toujours en vie. Tu penses mourir jeune parce que ça fait très poète romantique, mais je te l’annonce : à 27 ans, tu seras encore là, et tu n’auras plus la moindre envie d’y passer.

Tu as quinze ans en recevant ma lettre, donc. Tu es dans une sorte… d’entre-deux. Tu te dis que tu as déjà vécu la pire année de ta vie, celle de 4ème. Et tu as raison : tu auras d’autres années très dures dans le futur, mais rien qui égale les horreurs de celle-là. Cette année où tu es arrivée dans un nouveau collège, loin de la ville où tu avais grandi, et où tu avais si peur d’être nouvelle. Tu aurais voulu te faire des amis mais, dès le premier jour où tu t’es mise dans la queue de la cantine avec des filles de ta classe, on t’a clairement fait comprendre que tu « tapais l’incruste ». (Oui, les ados de l’époque avaient une façon très raffinée de s’exprimer.) L’année de 4ème a été la pire de ta vie. C’est celle où on t’a volé tes habits de sport, enfin c’est ce que tu croyais jusqu’à ce que tu t’aperçoives qu’on les avait jetés dans les toilettes du collège. (Tu les as récupérés, lavés et les as portés au cours suivant comme si de rien n’était. Tu voulais montrer à ta classe que ça ne t’atteignait pas. C’était faux.) On a tagué ton casier, on t’a craché dessus et on a fait rimer ton nom de famille avec toutes les insultes possibles. On a aussi accroché ta photo dans les toilettes en y ajoutant quelques enjolivures d’un goût douteux.

Les adultes t’ont fait comprendre que tu devais peut-être être moins arrogante, moins froide avec les autres, que tu devais « te fondre dans la masse ». Ce qu’ils ne comprenaient pas, c’est que tu étais d’une fragilité dingue et que ton orgueil était une des armures que tu utilisais pour tenir bon. Ça n’était peut-être pas la bonne, mais aujourd’hui je sais que c’était la seule que tu pouvais utiliser pour te blinder – même si certains des élèves de ta classe n’étaient pas aveugles et voyaient que tu souffrais. Tu te rappelles qu’un de tes tourmenteurs t’a dit une fois, « Quoi qu’on te fasse, tu restes toi-même et j’admire ça chez toi » ? Ça t’a aidée, mine de rien.

Repenser à cette période, même douze ans plus tard, sera toujours dur et te donnera toujours envie de pleurer. Alors laisse-moi te dire que, quoi qu’on t’ait dit, quoi que tu aies fait, tu ne méritais pas ce qui t’est arrivé. Personne ne le mérite. Tu vas me répondre qu’il y a des collégiens à qui on a fait bien pire, et c’est vrai. Mais ce que tu as subi est inexcusable, et vu les séquelles que ça te laisse des années plus tard, ça ne sera jamais négligeable. Le harcèlement scolaire ne laisse jamais indemne. Ah, j’ai lâché la sacro-sainte expression.

Désormais, tu as quinze ans. La 3ème était une amélioration comparé à la 4ème, la 2nde aussi, même si ça reste une année compliquée où tu manges seule presque chaque midi. Rassure-toi, ça ne va pas durer : la 1ère et la Terminale se passeront beaucoup mieux. Je sais que tu fais encore des rêves de vengeance tous les soirs, où tu fais payer de sanglante manière ceux qui t’ont fait du mal. La vengeance sera ton moteur pendant plusieurs années encore : ton ambition est sans limites, ils verront bien de quoi tu es capable ! Ta vengeance à toi, ce sera de réussir à accomplir tes rêves.

La bonne nouvelle, c’est que tu vas effectivement accomplir des choses. Par exemple, tu vas publier ton premier roman chez un petit éditeur dans cinq ans, que tu tiendras imprimé dans tes mains la veille de tes 20 ans. Pas mal, non ? Plus tard, tu vas aussi écrire des pièces qui seront jouées dans de vrais théâtres, devant de parfaits inconnus. Tu vas interviewer des artistes et des musiciens pour des webzines sur internet. Ton cercle d’amis sera en partie composé de comédiens et d’illustrateurs. (Et oui, tes trois amies les plus proches seront toujours là douze ans plus tard.) A l’heure où je t’écris, je suis en train de rédiger un texte que je vais lire dans un mois, pendant une soirée dédiée aux artistes féminines – tu seras aussi considérée comme une artiste. (Tu ne vivras pas de tes histoires dans douze ans, mais tu vivras de ta plume, ce qui est déjà bien.)

Mais ne nous précipitons pas. Je te disais qu’à 15 ans, tu étais dans un entre-deux. Tu as vécu le pire de ta vie, mais les plus grands bouleversements sont devant toi. Je suis sûre que tu ne vas pas croire la moitié de ce que je vais te raconter, mais ça vaut peut-être mieux : tu seras toujours aussi surprise quand ça t’arrivera.

Déjà, la musique va commencer, dans un an ou deux, à occuper une place très importante dans ta vie. Tu vas d’abord devenir fan de Marilyn Manson. Si, si, je t’assure ! Je sais qu’il te fait très peur à l’heure actuelle, mais tu ne vas pas tarder à virer de bord – et tu auras raison. Et puis, Jack White va débarquer, et ça va être un tremblement de terre dont tu ne te remettras pas. Arrête d’ouvrir de grands yeux. Je sais que chaque fois que tu passes devant l’album Get Behind Me Satan à Carrefour ou à la Fnac, tu ne peux pas t’empêcher de le regarder en te demandant quelle musique se cache derrière une pochette aussi élégante. Tu ne vas pas tarder à le savoir. Jack White aura une influence aussi importante sur toi qu’Oscar Wilde – on l’aime toujours autant douze ans plus tard, pas de soucis. Tu vas devenir une dingue de musique grâce à ce choc. Ce sera une passion aussi forte et vorace que ta cinéphilie ou ton amour des livres, et ça va t’apporter de très belles choses.

Quoi d’autre ? Tu vas devenir féministe. Ne fais pas cette mine horrifiée. Pour toi, « féministe » est presque une insulte, et tu imagines en l’entendant des femmes à barbe prônant leur suprématie sur les hommes. Oublie. Oublie tout de suite ! Je ne vais pas te faire un cours d’Histoire, mais sache que si tu vas devenir une féministe engagée dans le futur, c’est pour d’excellentes raisons.

Oh, et tu te rappelles quand tu t’intéressais à la sorcellerie à 12 ans et que tout le monde trouvait ça bizarre ? Eh bien, en 2018, on peut se revendiquer sorcière et faire de la magie sans que ça paraisse aberrant. C’est d’ailleurs ce que tu feras, après des années passées à lire des grimoires et des essais sur la question sans oser sauter le pas.

Aussi, on te dit souvent qu’en grandissant les filles se féminisent plus, qu’il y a d’anciens « garçons manqués » (quelle sinistre expression) qui ne jurent désormais que par le maquillage et le lisseur depuis qu’elles sont au lycée ? De ton côté, tu as ce truc étrange : il y a des matins où tu te lèves en étant « d’humeur fille » et d’autres où tu es « d’humeur garçon », et où ton comportement change imperceptiblement en fonction. Tu es persuadée que tout ça va se stabiliser un jour, quand tu seras définitivement adulte… et donc une femme. J’ai un truc à t’apprendre : ça ne partira jamais. Et c’est normal, parce que ça fait partie de toi. Ces « humeurs », comme tu les appelles, ne te quitteront pas. C’est pour ça que tu aimeras jouer des rôles de garçon au théâtre douze ans plus tard, comme te faire belle et porter des robes vintage. Grâce à la magie d’internet, tu vas découvrir que tu n’es pas la seule à n’être « pas seulement » une fille, à être à la fois une fille et un garçon. Ça va grandement te soulager. Tu n’éprouveras jamais le besoin de te déclarer « non binaire » ou de « genre neutre » sur tes descriptions Twitter ou Facebook, mais tu seras en paix avec toi-même à ce niveau. Tu peux déjà commencer à l’être : tu n’es pas bizarre !

D’ailleurs, tu estimes à 15 ans que le maquillage est de trop sur ton visage et que c’est une perte de temps, pas vrai ? A 27 ans, ce sera toujours pareil. Tu ne te maquilles pas parce que, veinarde, tu aimes ton visage comme il est. Ah, c’est un autre truc qu’il faut que je te dise : tu vas devenir belle en grandissant. Physiquement, tu ne seras d’ailleurs pas si différente des héroïnes que tu décris dans tes histoires, une fois que tu auras compris que c’est en arrêtant de te sécher les cheveux au sèche-cheveux que tu peux avoir une magnifique tignasse bouclée au lieu d’un tas de paille sur la tête. (J’ai un scoop tout récent : en fait, les cheveux longs, ça te va bien ! Aie confiance et arrête de les couper sans arrêt.) Vu que tu n’aimes pas tes vêtements et les moqueries qu’ils t’ont attiré au collège, je vais te donner un autre aperçu du futur. Plus tard, les gens te trouveront élégante, que tu sois en robe ou en redingote. Ça t’en bouche un coin, pas vrai ? En même temps, tu as passé ton adolescence et tu passeras une partie de ta vie de jeune adulte à aduler les types les plus classes qui soient. Pas étonnant que tu prennes des notes en les regardant.

D’ailleurs, en parlant d’hormones : non, nous n’avons toujours pas rencontré le brun ténébreux ou le génie classieux qui sera notre mari et le père de nos enfants. Si jamais on se marie, parce qu’en grandissant, tu vas petit à petit comprendre que le mariage n’est pas le but de ton existence. Qu’écrire et savoir qui tu es sont bien plus importants, dans un premier temps. Maintenant qu’on commence un peu à maîtriser notre identité, restons ouvertes à l’éventualité d’un coup de foudre.

Je pense souvent à toi, ces derniers temps. Je me demande ce que tu penserais de la toi du futur, de ce qu’on est devenues. J’aimerais si fort que tu sois contente de ce que tu verrais. Bien sûr, tout n’est pas parfait, loin de là. Tu m’as quand même laissé de sacrées casseroles : beaucoup de peurs que j’essaie de démonter une à une. Et ta foutue ambition : je peux t’assurer que même si beaucoup me disent que j’ai fait pas mal de choses, j’ai l’impression de ne pas avoir accompli le quart de ce que j’aurais dû faire à 27 ans. Depuis peu, je me donne un gros coup de pied aux fesses en pensant à toi, pour que tu sois fière. Mais avant toute chose, c’est de toi que je suis fière. Parce que tu as survécu à ta 4ème. Tu as montré à ceux qui t’ont torturée de quoi tu étais capable, tu es restée toi-même coûte que coûte. Certains viendront même te voir pour s’excuser, plus tard. Et tu leur pardonneras parce qu’au fond, tu n’attendais que ça.

Maintenant, si j’ai un conseil à te donner qui pourrait te faciliter la vie : c’est d’en parler. Je sais que tu gardes toute ta souffrance au fond de toi et que ça te bouffe, parfois de façon visible. Si tu en parlais, que tu t’ouvrais, ça nous ferait beaucoup de bien à toutes les deux. Je sais que c’est difficile, j’ai hérité de ta méfiance envers autrui. Je sais que tu as une affection toute particulière pour les héros un peu sombres parce que tu te sens proche d’eux. Et je ne te cache pas que douze ans plus tard, c’est encore plus le cas ! Mais parle, et tu seras écoutée. Au moins à tes parents qui ne savent qu’une infime partie de ce qui t’est arrivé. Je crois que tu ne t’en rends pas compte, alors je préfère te le dire.

Autre chose : on te dira souvent au cours de ton adolescence « Ne te compare qu’aux meilleurs ». Très mauvaise idée. Tu es partie pour des années de complexe d’infériorité par rapport à tes modèles, et ton ambition en sera décuplée. Mon conseil, ce sera : ne te compare pas. Point final. Tu n’arrêtes pas de fanfaronner en clamant « Moi, c’est moi », alors accepte d’être singulière et de ne pas avoir la même évolution que les aînés que tu admires. Ça t’évitera d’être trop dure envers toi-même, comme tu l’es déjà. Je te l’avoue, je le suis toujours à l’heure actuelle, mais je me soigne – parfois. Attention, je ne te dis pas que tu ne dois pas bosser et continuer à inventer. Fais-le, mais avec de l’indulgence envers toi-même – ça ne signifie pas être paresseuse.

Les douze prochaines années vont être riches et vont profondément te faire évoluer, alors profites-en. Profite de cette troisième année de Licence qui sera l’année de fac que tu as toujours voulu avoir. Profite de toutes les découvertes musicales que tu vas faire. Profite des rencontres, des amitiés à naître et des histoires à écrire. Profite de tes premiers voyages. Tu vas découvrir de ces films et de ces bouquins, je t’envie ! (Retiens : Sherlock Holmes, Marvel, nouvelle trilogie Star Wars.) Tu vas tellement les adorer. Il m’arrive encore d’en baver sacrément, mais je suis sur la bonne voie, celle que tu as toi-même initiée. Parce que tu as surmonté cette année de 4ème et que tu as été tellement, tellement forte. (T’es maline de me faire pleurer sur la fin de ma lettre.) Alors je vais continuer à aller de l’avant pour toi.

Dors bien.

P.S. : Dis, ton crush du moment, c’est pas Sayid de Lost, par hasard ? Je l’aimais bien.

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Santa Maria del Fiore – ça, c’est de la cathédrale

Ah, Florence. Je ne me souviens plus de la première fois que j’ai entendu parler de cette ville. En revanche, je me souviens de la période où je me suis dit que j’aimerais bien l’explorer. C’était en lisant Hannibal de Thomas Harris. Il y a largement plus de dix ans, donc (j’ai lu Le Silence des Agneaux très jeune et sa suite peu après, mais je ne crois pas que ça ait trop nuit à ma santé mentale).

Dans ce livre, Hannibal Lecter passe la majeure partie de son temps à Florence, en Italie. Comme il est érudit, il réside dans la vieille ville, s’empiffre de visites dans les musées et autres lieux historiques, et usurpe même l’identité d’un universitaire pour donner des conférences sur Dante. Bref, il s’éclate. A travers ma lecture, je l’avais suivi dans de vieux bâtiments et des rues que je m’étais promis de visiter un jour.

C’est désormais chose faite. Je suis allée à Florence récemment avec ma sœur, et j’ai eu envie de faire un article sur ce petit voyage. Je vous arrête tout de suite : je ne vais pas écrire « Le premier jour, je suis allée là et c’était génial ! ». Il existe des centaines d’articles à propos de Florence sur le net, je pense que vous y trouverez toutes les descriptions que vous voulez. (Youtube est bien pour ça, aussi.) Je voulais juste revenir sur l’impression que m’a laissée ce voyage et ce qui m’y a le plus marquée.

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A savoir : les rues et les ruelles.

Ce n’est que la deuxième fois que je voyage à l’étranger malgré mes jeunes 27 ans, mais… (Comment ça, j’ai fait seulement deux voyages ? William Blake n’est jamais sorti d’Angleterre de son vivant.) Chaque fois, je pars pour une raison précise : j’ai lu tant de livres et vu tant de films qui se passaient dans une ville que j’estime qu’il est temps d’arrêter les frais et de m’y rendre en personne. Ah, les joies de la vie active, où je peux enfin décider de prendre un avion parce que j’ai le budget !

Chose marquante numéro un : l’avion pour Florence était mon premier avion. C’était absolument terrifiant. Beau, mais terrifiant. D’un côté, je comprends pourquoi les pilotes ont choisi leur boulot, qui consiste en partie à passer le plus clair de leurs journées dans un ciel bleu, au-dessus des nuages – ou sous les étoiles.

Qu’il s’agisse de Londres, où je suis allée l’an dernier, ou de Florence, je choisis les lieux que j’y visite en fonction de mes lectures ou des héros que j’admire. Quand j’ai dressé une petite liste d’endroits florentins à visiter avant mon départ, j’ai d’abord recherché les lieux fréquentés par Hannibal Lecter et les poètes romantiques anglais (ils adorent l’Italie, et j’ai compris pourquoi en y allant). J’aime aller trouver des lieux explorés par des auteurs que j’apprécie, tenter de comprendre pourquoi il les ont aimés, et savoir comment je vais les percevoir. Quand je me suis rendue à Londres avec une amie l’an dernier, nous avons volontairement laissé de côté Westminster et Buckingham pour explorer la Tate Gallery et Baker Street.

DONC. Florence en deux mots : reposant et magnifique. Pourtant, je n’y ai passé que trois jours, mais c’était suffisant pour qu’une fois rentrée en France, j’aie l’impression d’être partie depuis au moins une semaine. (C’est toujours très étrange, ces retours de l’étranger : vous prenez le métro qui vous conduit chez vous comme si de rien n’était, parmi des gens qui sont au beau milieu de leur train-train hebdomadaire et qui ne se rendent absolument pas compte de ce que vous venez de vivre.)

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Palazzo Vecchio

Il a plu pendant tout le temps que j’ai passé à Florence avec ma sœur (ou presque), mais ça ne nous a pas empêchées de profiter des bonnes choses. Je conseille à tout le monde de voyager hors saison : il y a de la place dans les hôtels et les restaurants, et pour des prix abordables. Notre hôtel était situé dans la vieille ville, juste à côté de la cathédrale, ce qui nous a mis dans le bain pendant trois jours.

Se réveiller tous les matins dans une chambre d’hôtel (qui comptait trois pièces), prendre un petit-déjeuner délicieux servi en room service, et sortir dans une rue située pile à côté d’une des plus belles cathédrales d’Europe : quelle vie ! L’autre raison qui me pousse à partir à l’étranger, c’est recharger les batteries et trouver l’inspiration. Florence a été accueillante, chaleureuse et belle.

Alors OUI, bien sûr, nous avons fait la Galerie des Offices, qui est LE musée le plus connu de la ville. Oui, c’est un lieu très visité et qui figure en bonne place sur tous les guides touristiques. Mais il a des toiles de Botticelli, qui figure dans le top 3 de mes peintres préférés, que voulez-vous ? Voir Le Printemps en vrai était profondément émouvant. (Même si nous étions à côté d’un couple en adoration devant le tableau, et qui avait manifestement décidé d’effectuer un rituel hippie bizarre, à grands renforts de gestes lents et synchronisés.)

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On y a aussi croisé des anges androgynes…

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…ainsi que des chevaliers badass et mystérieux. Parfait, donc.

Et la nourriture était bonne, mais bonne ! Instant conseil gastronomie : Dal Barone. Un petit restaurant cosy, avec du bois partout, des bougies, de la bonne cuisine et des gens charmants. C’est le genre d’endroit sur lequel on tombe par hasard, à la fin d’une journée où on a beaucoup marché, et qui se révèle être la meilleure découverte culinaire du voyage.

En vrac, voici ce que j’ai préféré à Florence (dans sa vieille ville, en tout cas) :

  • Les rues, les rues, les rues. C’était un plaisir constant d’y marcher, de regarder l’architecture, les maisons, les petites ruelles, les avenues plus grandes avec des magasins. Souvenir : les pavés cabossés sous la pluie, sur lesquels on traînait nos valises l’après-midi de notre arrivée, capuchons sur la tête. Je vous jure qu’à ce moment-là, j’avais l’impression de visiter l’un des univers des livres de fantasy que j’affectionne – Gagner la Guerre ou Les Salauds Gentilhommes s’inspirent de toute façon de l’Italie.
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Pavés cabossés, donc…

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…mais aussi de grands espaces fort sympathiques.

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Sérieusement, on pourrait trouver une idée d’histoire dans chaque rue !

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Amour des rues florentines, épisode numéro quatre.

 

  • Le Ponte Vecchio, le dernier matin du voyage : le ciel était bleu, il y avait du soleil, et j’ai compris comment on pouvait le trouver ce pont beau. Le mauvais temps n’aide pas le Ponte Vecchio à faire bonne figure. Vraiment pas.
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Ledit pont.

  • L’ambiance chaleureuse et paisible qui se dégage de la vieille ville, que ça soit dans les rues ou les restaurants. Dépaysement garanti si vous vivez dans une grande métropole.
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Non mais regardez-moi ce tunnel. N’est-il pas adorable ?

  • Le musée Galileo : il regroupe une collection impressionnante d’objets et d’appareils scientifiques, datant de la Renaissance au début du XIXème siècle. Si vous avez comme moi une affection pour les astrolabes, le steampunk et plus globalement pour les anciens outils scientifiques, cette visite fera votre bonheur.
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Et voici une sphère armillaire.

 

  • L’Officina Profumo-Farmaceutica di Santa Maria Novella : trouvée en recherchant ce que Lord Byron avait pu aimer à Florence. C’est une parfumerie historique et ouverte au public (hors de prix, bien entendu, je me suis contentée de regarder et de sentir). Elle vaut le coup d’œil.
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Il paraît que la reine d’Angleterre elle-même s’y fournit. Voyez-vous ça.

  • Marcher à côté de la cathédrale tous les jours, et se dire que des personnages et des auteurs appréciés étaient passés dans les rues que je parcourais. J’ai été contente de pouvoir aimer ces lieux à mon tour.
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Nous avons habité à une minute de ce point précis (à gauche, la cathédrale) pendant trois jours. Comment faire mieux ?

Une chose pour finir : pendant mon voyage, je me suis amusée à chercher des gifs de la saison 3 d’Hannibal (je n’ai vu que sa fin, ne cherchez pas à comprendre), dont la première moitié se passe à Florence. Il semble que Mads Mikkelsen et Gillian Anderson soient passés par tous les endroits que ma sœur et moi avons fait. Comme la ville me manquait à mon retour en France, j’ai démarré le pilote de ladite saison, un soir, pour revoir les rues que j’avais aimées. En oubliant la raison pour laquelle je ne pouvais jamais continuer la série : le malaise dans lequel elle me plonge à la fin de chaque épisode.

C’est toujours le cas. Désolée, Mads. Mais sans le livre Hannibal, je n’aurais sans doute jamais eu l’idée d’aller à Florence. On va dire que cet article rembourse ma dette ? Allez.

Bonus :

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Au sommet du vertigineux Duomo, à la cathédrale Santa Maria del Fiore.

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Je parie que vous ne vous attendiez pas à me revoir si vite. J’avais pourtant dit que j’écrirai plus ici en 2018 ! Même si, je l’admets, deux billets dans le même mois, c’est exceptionnel.

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On y croit.

Aujourd’hui, j’avais envie de publier un article sur la panne d’inspiration. (Les anglais appellent ça writer’s block, j’aime assez l’expression.) J’ai écrit dans mon bilan culturel que j’avais souffert d’une panne d’écriture pendant la plus grande partie de 2017. Elle semble petit à petit arriver à son terme, ce qui me rassure grandement.

Récemment, une étudiante m’a demandé comment je faisais pour écrire en-dehors de mon activité professionnelle : est-ce que je me force tous les jours, est-ce que j’ai le temps ? Je lui ai répondu que si on voulait écrire, il était toujours possible de trouver du temps. Chacun trouve l’organisation qui lui plaît. Pour ma part, il y a des week-ends où je décide de ne pas sortir, parce que je sais que ces journées sont propices à l’écriture pour moi. (Aujourd’hui est un de ces jours : j’ai bloqué mon samedi pour me reposer, avoir quelques lectures plaisirs – de Daniel O’Malley aux fanfictions Darkpilot – et écrire.) Selon mon envie, en semaine, je peux écrire le soir ou le matin. Depuis peu, je me lève souvent plus tôt, histoire d’avoir du temps pour moi avant de démarrer ma journée de travail. Ce temps est parfois consacré à l’écriture.

Je fonctionne surtout à l’inspiration quand j’écris. Je sais que certains artistes sont capables de se forcer à produire tous les jours. Que des écrivains ou des musiciens se mettent à leur bureau ou à leur piano, chaque jour à la même heure, avec la régularité d’une horloge, pour créer. Je n’y arrive pas. Si je me force à écrire en n’étant pas inspirée, ce que j’écris est systématiquement plat et ennuyeux. (Même avec le recul, en relisant des textes écrits sous la contrainte, l’impression reste : je les trouve parfaitement inintéressants.)

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Je sais, c’est désespérant.

Aussi, quand j’ai fait ma traversée du désert en 2017, il a fallu trouver des solutions. Elles n’ont pas marché tout de suite, mais en ce début 2018, je suis plus inspirée… en partie parce que j’ai mis ces bases en place. En partie seulement, parce qu’il y a d’autres facteurs qui m’ont rendu mon imagination et que je dois encore m’accrocher.

  • La première solution, ça a été de lire des livres qui m’ont fait voyager, qui exploraient à chaque fois un univers différent, et qui me faisaient me sentir bien. J’avais tendance à penser que je tournais en rond dans mon écriture. Un des remèdes à ça était donc de changer mon background culturel, de renouveler tous les paysages et types de personnages que j’avais connus. Ça explique la grande variété de films et de livres que vous avez pu voir dans mon top culturel 2017, et la réduction drastique d’œuvres gothiques (même si j’en consomme toujours de temps en temps).
  • Seconde solution : tenter de nouvelles choses dans la vie réelle. Déjà, parce que parler avec de nouvelles personnes ou aller dans de nouveaux endroits fait du bien au moral. Mais aussi parce que ça permet, avec le recul, d’avoir de nouvelles couleurs à ajouter à sa palette d’écrivain. Je ne voyais pas forcément l’intérêt de ces expériences sur le moment, mais je pense qu’elles m’ont finalement aidée. Dire oui à l’imprévu et aux invitations impromptues, tenter des choses, c’est pour moi me faire violence. Mais, hé, rien n’est pire que la stagnation, et l’inspiration se gagne. J’ai mis très timidement cette solution en place l’an dernier, mais je compte l’exploiter totalement cette année !
  • Troisième solution : écrire des choses dont on n’a absolument pas l’habitude, même si on pense qu’on peut ne pas y arriver. L’année dernière, j’ai peu écrit, mais j’ai fait un récit en trois chapitres que je ne me serais jamais crue capable de faire il y a plus d’un an. Je n’avais jamais écrit de scènes de combat dans le désert, ni mentionné de vaisseaux spatiaux. Je me suis dit qu’il fallait que j’essaie, en bannissant très fort (et plusieurs fois) le « Mais je ne vais jamais être à la hauteur ». Finalement, mon histoire était exactement telle que je l’avais imaginée, et ça, mes amis, ça s’appelle faire un pas en avant ! J’espère recréer cette impression dans mes projets officiels.
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Et c’était sacrément chouette.

  • Quatrième solution : assumez ce que vous voulez écrire. C’était une de mes résolutions de l’an dernier, que j’arrive de mieux en mieux à tenir. L’idée, c’était de faire péter toutes les barrières que je me mettais en écrivant, et qui cantonnaient finalement mes personnages à des… conventions. Il m’arrive parfois, quand j’écris un dialogue entre des personnages ou que je décris une action, de me dire : « Mais je ne vais quand même pas écrire ça ? ». Parce que je n’ose pas, parce que tout de même c’est un peu… enfin ! Quand ce genre de chose arrive, désormais, je me fais violence pour l’écrire quand même. Parce que renouveler son écriture et améliorer ses personnages, c’est aussi bousculer ses propres frontières. Mes personnages se sont donc mis à être brutally honest (comme disent les anglais) les uns envers les autres en 2017, à assumer leurs sentiments et à agir. Je ne dis pas que c’est facile à faire, mais c’est plutôt libérateur, et ça insuffle quelque chose dans mes écrits.
  • Dernière astuce : suivez les conseils qu’on vous donne. (Je ne parle pas des miens.) J’ai remarqué que mon entourage, qu’il s’agisse de ma famille ou de mes amis, donnait en fait d’excellents conseils, que je me suis donc mise à suivre. Y compris pour l’écriture ! Quand ils me conseillent une œuvre, de la musique, un film, un bouquin, j’essaie d’aller découvrir ça. Quand ils me donnent des conseils pour m’aider à baisser la pression concernant mes projets officiels, je les suis. (Vous n’avez pas idée de la pression que je mets sur mes projets officiels. Maintenant que j’y pense, j’aurais peut-être écrit ma dernière pièce plus vite si je n’avais pas pensé en écrivant chaque réplique du premier jet : « J’espère que la metteuse en scène va aimer, j’espère que ce n’est pas nul, j’espère que… ».)

Traverser une panne d’inspiration, surtout quand elle est longue et que l’écriture est votre moteur, peut être extrêmement difficile. Le vide est immense, l’impression de ne servir à rien aussi, et l’autodépréciation est tout le temps présente. Et, finalement, c’est contre-productif ! La moi positive (bonjour !) pense plutôt qu’une panne d’inspiration, c’est l’occasion ou jamais de tester de nouvelles choses. Inutile de se dire tous les jours : « Mais à mon âge Untel avait déjà fait ça, aaaargh ». Il faut juste faire en sorte d’aller bien, et quand l’inspiration revient, ne pas. La. Lâcher.

Vous ne savez pas à quel point je retiens l’inspiration en ce moment. Je vais poser des pièges pour qu’elle reste avec moi toute l’année et lui offrir des gâteaux pour qu’elle n’ait plus jamais envie de partir.

Aussi, j’ajoute à ce billet deux vidéos pour finir en beauté. La première vient de la chaîne d’Anna Akana, une youtubeuse que je respecte beaucoup et qui a souvent d’excellents conseils à donner (parce qu’elle en a sacrément bavé de son côté). Chacune de ses vidéos est une dose de lucidité et de bonne humeur. Pour les non-anglophones, beaucoup de ses vidéos sont sous-titrées en français, dont celle-ci, que je viens juste de voir et qui s’accorde tellement bien avec la fin de cet article que c’est sans doute le DESTIN :

Enfin, une fois n’est pas coutume, je mets aussi un lien vers une vidéo de la chaîne Oh, life., qui n’est tenue par nulle autre que ma petite sœur. Ses vidéos humoristiques étant un sacré coup de boost pour mon moral, j’en déduis qu’elles le seront pour ceux qui liront cet article. Voici la dernière en date, qui en plus contient un petit message positif :