Feeds:
Posts
Comments

Certes, j’ai presque une semaine de retard pour publier cet article. Mais c’est parce que je tenais absolument à y inclure un roman que je pensais avoir fini de lire bien plus tôt. Cette chronique sera également la dernière de cette petite série confinée.

(Même si, soyons honnête, ce déconfinement n’en est absolument pas un de mon côté. Je travaille toujours bloquée à la maison, les cinémas et les salons de thé sont fermés. Les dates de début de mon seule en scène, prévues en juin, ont été annulées. D’un côté, ça me laisse le temps d’avancer sur d’autres projets. Et de lire, bien évidemment.)

Je vais donc vous présenter trois livres issus des non-lus de ma bibliothèque – que je vide consciencieusement avant d’acheter de nouveaux bouquins. C’est parti, roule Raoul en voiture Simone.

L'Evangile du gitan - Jean-Marie Kerwich

L’Evangile du gitan de Jean-Marie Kerwich m’a été offert il y a douze ans par une de mes tantes. (Il est sorti en 2008 aux éditions Mercure de France.) Je n’ai jamais ressenti l’élan pour le lire, jusqu’à ce confinement. Et quelle découverte, les enfants ! Je pense que c’était exactement le bon moment pour le dévorer. J’aurais voulu témoigner mon admiration à l’auteur d’une façon ou d’une autre, mais il est décédé en 2018. Talk about missing out. 

Il me sera compliqué de parler de ce livre en détail parce qu’il s’agit de poésie en prose, et que c’est donc une affaire de ressenti. Je ne lis pas du tout de poésie contemporaine, mais ce petit livre a été une jolie révélation. Chaque poème est un paragraphe d’une page environ. Kerwich y évoque sa vie de gitan, la misère (qu’il voit et dans laquelle il vit), la beauté dans les plus petites choses, la pluie et les orages (dont il est amoureux), l’écriture, le milieu littéraire dans lequel il ne se sent pas à sa place, et Dieu. Car oui, il va parler de foi, beaucoup. L’Evangile du gitan était la petite claque qu’il me fallait en début de semaine dernière. Les informations sur son auteur sont difficiles à trouver : le poète était très peu connu de son vivant, il n’a quasiment rien publié, et tout le monde l’a oublié désormais. Faites-vous une faveur et procurez-vous sa poésie !

The Bone Garden - Heather Kassner

J’ai ensuite totalement changé de registre en enchaînant avec The Bone Garden, un conte gothique d’Heather Kassner publié en 2019 par les éditions Titan Books. Une fois de plus, c’est un livre qui n’a pas (encore ?) de traduction en français. Mais il la mérite : j’aimerais que ce roman soit accessible au plus grand nombre parce que c’est une petite merveille. C’est aussi le premier roman de son autrice, que je vais suivre de près. Je n’ai pas envie de trop en dire, sous peine d’atténuer l’émerveillement que vous pourriez ressentir en le lisant. J’improvise ici l’ébauche d’un pitch pour vous donner faim :

Irréelle est faite de poussière d’os, de cannelle et d’imagination. Créée par une femme mystérieuse et inquiétante, la petite fille possède des bras et des jambes d’une longueur inégale. Son rôle : se procurer de la poussière d’os, dont sa créatrice a besoin, dans le cimetière voisin. Mais ce qu’Irréelle souhaite par-dessus tout, c’est devenir… réelle.

Je m’attache rarement aux personnages principaux d’une histoire, et bien plus souvent aux personnages secondaires. The Bone Garden est l’exception qui confirme la règle : j’ai voulu adopter Irréelle dès la page 3. Cette héroïne est adorable, attachante, émouvante, et je l’ai suivie tout au long de l’histoire en ayant peur pour elle ou en étant attendrie. Je ne peux rien dire des autres personnages sans gâcher la surprise, mais tous sont intéressants et/ou fascinants. L’atmosphère du roman est sombre et onirique – on n’est pas loin de Coraline de Neil Gaiman. Si vous avez envie de suivre Irréelle dans un conte étrange de 300 pages, foncez !

The Pre- Raphaelite Seamstress - Amita Murray

Je tenais absolument à conclure ces chroniques confinées avec The Pre-Raphaelite Seamstress d’Amita Murray. Là aussi, on part sur un roman en langue anglaise, et qui ne sera jamais traduit parce qu’il a été autoédité. Il fut un temps où je suivais plusieurs blogs sur la peinture préraphaélite. En 2014, plusieurs d’entre eux ont relayé la sortie de ce roman dont le pitch est simple :

En pleine époque victorienne, Rachel Faraday est une couturière indépendante et aspirante artiste. Tout ceci serait déjà bien assez compliqué sans une rencontre qui va changer sa vie : un soir, elle fait la connaissance d’un gentleman sur qui elle crushe, et qui se retrouve accusé de meurtre le lendemain. Rachel, décidée à prouver l’innocence du monsieur, va mener l’enquête. Au passage, elle va aussi devenir l’élève de Dante Gabriel Rossetti, qui va l’aider à y voir plus clair dans ses rêves et avec qui elle va développer une relation très… sensuelle.

J’étais ravie de pouvoir enfin mettre la main sur un bouquin qui promettait un pur divertissement dans un cadre qui m’était si familier : l’époque victorienne et les peintres préraphaélites. J’ai déjà parlé de Rossetti plusieurs fois sur ce blog : c’est mon peintre favori, et j’étais curieuse de voir comment il serait montré ici. Sa personnalité est assez bien respectée, excepté un défaut, dont souffrent tous les personnages masculins du roman. Amita Murray présente en effet comme de la séduction ce qui est du harcèlement… et ça ne passe pas. Le livre n’est pas parfait, loin de là, mais j’ai quand même passé un bon moment. Il y avait aussi une ou deux réflexions féministes (malgré les maladresses citées) qui étaient réjouissantes, comme ce passage où Rachel revendique le droit de faire ce qu’elle veut de son corps et d’aller voir Rossetti si ça lui chante, au détriment du qu’en dira-t-on.

Depuis The Pre-Raphaelite Seamstress, Amita Murray a été publiée. Exceptées les quelques critiques qu’on trouve de ce roman sur la Toile, il semble que l’autrice elle-même n’ait plus vraiment de considération pour lui – elle ne le mentionne pas sur son site officiel. Désormais, on le trouve uniquement d’occasion en format papier : j’étais contente de voir ma chasse au livre couronnée et de pouvoir manger ce roman.

C’est donc la fin de la série #ChroniqueConfinement ! J’ai pris beaucoup de plaisir à la faire, et ce petit projet m’a aidée à tenir, je ne vous le cache pas. Rassurez-vous, ce n’est pas la dernière fois que je parle bouquins sur ce blog, même si mes billets seront désormais plus espacés. Prenez soin de vous, mangez du chocolat, bouquinez et regardez des films !

Après avoir dévoré un pavé, j’aime enchaîner avec un texte court. Ayant avalé Les brumes de Riverton de Kate Morton, j’ai décidé, en début de semaine dernière, de revenir à une valeur sûre : Oscar Wilde.

J’ai déjà parlé plusieurs fois de lui sur ce blog, c’est mon auteur préféré du monde entier et de tous les temps, et j’ai lu tout ce qu’il a écrit. (Sauf sa correspondance, que je déguste petit à petit, ainsi que quelques poèmes.) En période de confinement, il est parfois bon de retourner à des piliers, des lectures doudous. Oscar Wilde est ça pour moi : une voix familière que j’aime retrouver, qui me réconfortera à coup sûr, me fera réfléchir et rire.

J’avais lu son essai politique L’âme humaine il y a plusieurs années sur un écran d’ordinateur – merci le domaine public, le texte ayant été publié pour la première fois en 1891. J’en gardais finalement assez peu de souvenirs. Son édition papier (publiée aux éditions Arléa) faisant partie des non-lus de ma bibliothèque, je m’en suis emparée pour me plonger dans ses 77 pages.

Oscar Wilde - L'âme humaine

Voici le pitch de Wikipédia :

L’auteur défend passionnément une société égalitaire dans laquelle la richesse serait partagée entre tous, tout en mettant en garde contre les dangers d’un socialisme autoritaire qui détruirait toute individualité.

Ce n’est pas tout, puisque Wilde y défend l’individualisme comme moyen de développer sa personnalité et l’harmonie au sein d’un peuple. Il évoque aussi la liberté de l’artiste, lequel devrait, selon Wilde, créer pour son plaisir avant tout et ne pas avoir peur de proposer du neuf, au lieu de calquer son travail sur ce qui a été fait avant pour plaire au public. Cet aspect, entre autres, m’a paru très actuel : j’ai dressé de nombreux ponts dans ma tête avec ce qui se passe dans la pop culture. Les idées politiques d’Oscar Wilde se rapprochent davantage de l’anarchisme que du socialisme, mais je vous laisse le soin de consulter cet article très intéressant qui l’explique bien mieux que moi. (En passant, vous ne le saviez peut-être pas, mais Wilde était aussi féministe.)

On peut ne pas être d’accord avec la thèse développée par Oscar Wilde, mais son essai a le mérite de faire cogiter, de trouver un écho en 2020 et… de faire rire, puisque l’auteur se fend de quelques épigrammes bien senties. C’est un texte qui reste très accessible et dévoile une autre facette de son auteur : je vous le recommande ! (Un jour, je vous parlerai peut-être de son essai Le Déclin du mensonge, mon préféré, qui parle de l’art et de la vie.)

The Last Werewolf - Glen Duncan

Après avoir reçu un câlin d’Oscar Wilde, je suis partie à la découverte d’un autre non-lu de ma bibliothèque : The Last Werewolf de Glen Duncan. Le roman a été publié en 2011 aux éditions Canongate, mais si vous préférez le lire en français, sachez qu’il bénéficie depuis quelques années d’une traduction aux éditions Gallimard (Folio SF). Youpi ! Là aussi, ça a été une très bonne lecture. Je vous traduis le pitch anglais, parce que celui de l’édition française en dévoile déjà trop :

Pendant deux siècles, Jacob Marlowe a erré à travers le monde, esclave de ses appétits lunatiques et tourmenté par le souvenir de son premier et plus monstrueux crime. Désormais dernier de sa race, il se sait incapable de continuer. Mais tandis que Jake commence son compte à rebours vers le suicide, un meurtre violent et une rencontre extraordinaire le replongent dans la poursuite désespérée de la vie.

Et je n’ai vraiment pas envie de vous en dire plus, sous peine de vous gâcher les nombreuses surprises que le roman réserve. Sachez juste que le style de l’auteur est excellent, au point que j’avais envie de m’y rouler dedans comme un chat. Ce livre est aussi très drôle, ce que le résumé ne laisse pas forcément voir. Le récit étant à la première personne, on est plongés dans la tête de Jake, dernier loup-garou en vie, cynique et un brin déprimé, qui va nous faire part de ses réflexions sur la vie quand il ne sera pas occupé à… non, CHUT. Je ne dirai rien. Le livre a quelques défauts ici et là, mais son concept et son écriture sont tellement bons que je les excuse. Bref, c’était trop bien. (Choqués par mon langage, vous vous êtes bien entendu tous évanouis.)

Pour l’anecdote, j’ai découvert ce roman grâce à la musique. Stephen Coates aka The Real Tuesday Weld, ami de l’auteur, a composé une bande-originale pour accompagner le roman. C’est elle qui m’a donné envie d’acheter le livre il y a presque dix ans, et c’est la chanson ci-dessous que je fredonnais entre deux sessions de lecture. L’histoire racontée par le clip n’a absolument rien à voir avec le livre, vous pouvez y aller sans crainte :

Jusqu’à présent, les livres que j’ai présentés ici, depuis le début du confinement, étaient tous numériques. Or, il se trouve que j’ai également une PAL d’une quarantaine de livres papiers. C’est moins que certains bibliophiles, mais c’est quand même un nombre conséquent. Cette semaine, je me suis donc mis en tête de réduire un peu cette fameuse pile.

Ces derniers temps, j’ai vu plusieurs booktubeuses parler des Brumes de Riverton sur leurs chaînes. Et celle qui m’a le plus convaincue est Margaud Liseuse, qui a consacré toute une vidéo à son autrice, Kate Morton. Coïncidence, il se trouve que Les brumes de Riverton était un des non-lus de ma bibliothèque. Je me suis donc lancée dans cette brique de 688 pages (publiée chez Pocket) et l’ai terminée peu avant d’écrire cette chronique. Ceci donc un avis à chaud, mais je doute qu’il change.

Si, la semaine dernière, Wicked Saints m’avait d’abord agacée pour me laisser avec un sentiment plutôt positif, c’est l’inverse qui s’est produit avec Riverton : je suis passée d’agréablement surprise à franchement agacée. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs, voici le résumé.

Les brumes de Riverton

Été 1924, dans la propriété de Riverton.
L’étoile montante de la poésie anglaise, lord Robert Hunter, se donne la mort au bord d’un lac, lors d’une soirée. Dès lors, les sœurs Emmeline et Hannah Hartford, seuls témoins de ce drame, ne se sont plus adressé la parole. Selon la rumeur, l’une était sa fiancée et l’autre son amante…
1999. Une jeune réalisatrice décide de faire un film autour de ce scandale et s’adresse au dernier témoin vivant, Grace Bradley, à l’époque domestique au château.
Grace s’est toujours efforcée d’oublier cette nuit-là. Mais les fantômes du passé ne demandent qu’à se réveiller.

Vous l’aurez compris, on part sur une double narration : Grace va nous raconter son présent en 1999, et son passé dans les années 1920. Je ne vous cache pas que j’ai nettement préféré la voix de la Grace du passé, et c’est heureusement celle qui prédomine.

J’avais de nombreux a priori sur ce roman : j’avais peur qu’il soit rempli de clichés, que l’écriture soit plate, que l’action ne m’intéresse pas. (Si vous vous demandez pourquoi diantre il était dans ma bibliothèque, c’est parce qu’on me l’a donné.) Me fiant aux bonnes critiques entendues, j’ai mis mes préjugés de côté pour me lancer dans ce bouquin. Premier point positif : l’écriture est fluide et parfois très jolie. Ce roman est un vrai un page turner (donc peu de risque d’ennui, excepté quelques longueurs en seconde partie) et le propos est féministe, ce que j’ai apprécié. On y parle notamment de la place des femmes dans les années 1920, de leur désir d’émancipation par le travail, de la possibilité de choisir un emploi pour elles-mêmes ou non… Tous ces aspects m’ont énormément plu, sans compter les références aux romans gothiques qui parsèment l’histoire. Kate Morton possède en effet un solide bagage universitaire en littérature victorienne et gothique, et nous donne une liste de références en fin d’ouvrage. (Merci madame.)

Pourtant… ce livre ne m’a pas laissé un sentiment positif en le refermant. Mais avant de vous parler de la fin (je vous avertirai), je peux vous dire que c’est parce que j’ai ressenti une baisse de rythme pendant la seconde partie du livre. De plus, certains personnages, auxquels je m’étais attachée pendant plusieurs centaines de pages, m’ont fortement agacée (Grace en premier lieu, Hannah ensuite). Et surtout, surtout, pourquoi a-t-il fallu attendre le dernier tiers du livre pour qu’un personnage longtemps annoncé apparaisse enfin et s’avère être sans profondeur ?

Dans quelques lignes, je vais parler de la fin. L’autrice n’est pas responsable de ma déception : je crois que c’est purement une affaire de goût. Cela dit, si vous aimez les intrigues familiales, les manoirs et l’aristocratie anglaise vue par les yeux des domestiques qui travaillent pour elle, foncez lire Les brumes de Riverton !

SPOILERS SPOILERS SPOILERS

SPOILERS SPOILERS SPOILERS

S’il y en a parmi vous qui ont déjà vu le film Reviens-moi (ou ont lu le roman duquel il est adapté), vous vous souvenez sans doute que tout ce qui arrive aux amants est causé par un quiproquo dont est responsable la petite sœur de l’héroïne. Une erreur dont elle portera toute sa vie le poids de la culpabilité. Les brumes de Riverton repose exactement sur le même principe : une erreur stupide commise par Grace, qui a provoqué la tragédie de l’été 1924. Il est rare qu’une fin de roman me rende furieuse, mais c’était le cas ici. Sans doute parce que je déteste les quiproquos et les non-dits. Sans doute parce que si Grace n’avait pas été aussi obsédée par l’idée d’être proche de Hannah et ne lui avait pas menti, tout aurait été différent. C’est personnel, et je suis certaine que de nombreux lecteurs trouvent le twist final aussi déchirant que brillant. Ça n’a pas été mon cas, et ça explique en partie le goût amer que m’a laissé ma lecture.

Je n’ai pas fait exprès, depuis quatre chroniques, d’alterner un auteur et une autrice. Cette parité est tout à fait accidentelle, mais elle est aussi bienvenue. Comme j’ignore encore quelle sera ma prochaine lecture, il est possible que ce rythme soit maintenu, ou pas du tout.

Depuis le début du confinement, mes besoins en lecture sont parfaitement primaires. Bien souvent, j’ai envie de bouquins où :

  1. Il y a de beaux décors gothiques qui claquent.
  2. L’un des personnages sera un individu de genre masculin à la beauté époustouflante (ou tout au moins charismatique), doté de longs cheveux noirs, et de préférence parfaitement infréquentable.
  3. Il y a des passions extrêmes.

Je me suis donc fournie en lectures gothiques et, pour le moment, je traverse le confinement avec elles. Cette semaine, j’ai enfin terminé Wicked Saints d’Emily A. Duncan. Il s’agit du premier tome de sa trilogie Something Dark and Holy, dont deux volumes sont déjà parus aux éditions Wednesday Books. Oui, il s’agit d’une lecture en anglais, car ces romans n’ont pas (encore ?) été traduits.

Je dis « enfin terminé » parce que j’avais commencé Wicked Saints il y a plusieurs mois. Je l’ai donc repris là où je m’étais arrêtée, ça n’a pas été difficile d’y replonger, et je l’ai fini. Je ressors de cette lecture assez mitigée. Si mon avis avait été totalement négatif, je n’en aurais pas parlé, parce que j’estime qu’il y a assez de négativité sur internet pour que je me passe d’en rajouter. Or, Wicked Saints présentait plusieurs points intéressants. Mais d’abord, de quoi ça parle ?

Wicked Saints

La mieux placée pour résumer Wicked Saints étant l’autrice elle-même, je vous traduis son pitch issu de cette interview:

C’est une série de dark fantasy qui se déroule dans un univers inspiré de l’Europe de l’Est. Nous suivons une fille qui parle aux dieux, forcée de s’échapper du monastère où elle a grandi quand celui-ci est attaqué par le prince ennemi. Pendant sa fuite, elle rencontre un trio de réfugiés, dont un redoutable mage de sang. Ils la persuadent de les accompagner dans le royaume ennemi afin d’assassiner le roi et de mettre un terme à la guerre. C’est étrange, parfois idiot, et ça lorgne vers l’horreur cosmique.

Voilà. J’ai un petit doute sur la façon dont un traducteur s’occuperait du terme « blood mage », mais mage de sang, ça fait l’affaire, non ? Je ne vous cache pas que ce qui m’a convaincue de lire Wicked Saints, ce sont les fanarts que j’ai vus sur Malachiasz, le mage en question. En voici quelques-uns. Eh oui, Malachiasz est le personnage doté de longs cheveux noirs, infréquentable et à la beauté époustouflante que j’attendais.

Petit aparté sur lui, d’ailleurs : dans ses remerciements, Emily A. Duncan révèle que Kylo Ren lui a servi d’inspiration pour le personnage – ce que je savais avant ma lecture et que je redoutais un peu, étant donné mon amour pour le premier. Heureusement, Malachiasz a une identité propre. Exceptés ses vêtements et cheveux noirs, son ambition, et le fait qu’il soit excellent magicien, la comparaison s’arrête là. Sans trop en dire, Malachiasz est assez sûr de lui et a un plan qu’il entend mener à terme, là où Kylo Ren peut se montrer assez vulnérable, douter et se laisser envahir par ses émotions (c’est aussi pour ça qu’on l’aime). Ce qui m’a plu chez Malachiasz, c’est non seulement sa soif de pouvoir, mais aussi son absence décomplexée de scrupules.

La suite de cette chronique va être simple, les amis, puis qu’on va partir sur une petite liste de défauts et de qualités du bouquin. Comme je l’ai dit, je suis sortie de ma lecture assez mitigée, mais je lirai quand même le tome 2.

Les défauts :

Le rythme. Sans doute le plus gros bémol du livre : la première moitié est très, très lente, et toute l’action se précipite dans la seconde. Je n’ai aucun souci avec les univers qu’on prend le temps d’installer, mais il y avait un problème de dosage.

Le trope ennemies to lovers n’est pas crédible. Ce n’est pas un spoil, ça faisait partie de la promo du livre : Nadya (l’héroïne) et Malachiasz ont une romance. Elle est vêtue de couleurs claires et parle aux dieux, il est vêtu de noir, est du camp opposé et utilise la magie du sang. Ca vous rappelle quelque chose ? Emily A. Duncan est une fan déclarée de reylo, que je ne shippe pas – par contre, ça fait de magnifiques fanarts – et vous laisse le soin de googler. Certains lecteurs ont aussi rapproché cette romance et l’univers de Wicked Saints de la trilogie Grisha de Leigh Bardugo, que je compte aussi découvrir. Le problème de la romance de Wicked Saints, c’est que la progression ennemies to lovers est faussée parce que Nadya craque pour son blood mage dès le jour 1. Elle a beau se répéter qu’il est son ennemi, ses hormones ont parlé at first sight. Je trouve aussi Nadya absolument insupportable, mais c’est totalement subjectif.

Les qualités :

Les points de vue alternés : celui de Nadya s’alterne avec celui de Serefin, le fameux prince ennemi du résumé… qui est, avec elle et Malachiasz, le héros de la trilogie. Le lecteur suit donc à tour de rôle notre jeune fille qui parle aux dieux et Serefin, qui se révèle être un très bon personnage.

• Les différents types de magie : attention, gros TW sang/scarification si vous êtes sensible à ça. La magie de Malachiasz et celle de Serefin est basée sur le fait d’utiliser leur propre sang afin d’activer les sorts inscrits sur un grimoire qu’ils portent constamment sur eux. D’où le fait d’avoir toujours des lames de rasoir dans les ourlets de leurs vêtements. La magie de Nadya, et tout le mysticisme développé autour, m’a également beaucoup plu. Tout ça devrait prendre beaucoup plus d’ampleur dans la suite.

Malachiasz. Au cas où vous ne l’auriez pas compris. Je ne dirai qu’une chose : la scène de la porte (ceux qui l’ont lue savent et ont probablement toujours chaud). Oh, et la fin, aussi. C’est pour ce blood mage hot as hell et dévoré par l’ambition que…

…je lirai le tome 2 avant longtemps. Parce que la dernière partie du livre m’a tout de même sacrément divertie, que l’esthétique était jolie et qu’il y avait des passages sanglants assez inattendus. Ils contrastent un peu trop fort, parfois, avec la personnalité des (anti)héros, qui sont définitivement ancrées dans le Young Adult. Mais, écoutez, j’ai envie de laisser une chance à la suite.

Je l’ai dit maintes et maintes fois ici : j’aime les romans oubliés. Une de mes passions dans la vie, c’est d’aller chercher et de lire les livres cités par les personnages de romans du XIXème siècle. Par exemple, je dois avoir lu quasiment tous les best-sellers d’époque cité par Jo March dans Les Quatre Filles du Dr March, et dès qu’Oscar Wilde cite une œuvre que je ne connais pas dans un de ses écrits, je l’ajoute à ma liste de livres à lire.  Ces bouquins nécessitent parfois une véritable traque, parce qu’ils ne sont plus édités dans 90% des cas. Heureusement, les liseuses et internet existent, mais même les sites les plus connus du domaine public n’ont pas toujours les livres en question. C’est comme ça que je me retrouve à explorer les tréfonds de Gallica ou d’Archive.org, en tapant des dates de parution ou des pseudonymes obscurs afin de mettre la main sur l’objet convoité. La dernière fois que j’ai fait ça, c’était pour trouver la première édition de Vivian Grey de Benjamin Disraeli, un énorme pavé qui n’a évidemment jamais été traduit. (La première édition, oui, parce que du texte a été coupé dans les suivantes.)

(Ce phénomène de livres plus édités concerne aussi des auteurs plus récents : coucou Tanith Lee, dont j’ai dû commander une traduction d’occasion, ou encore Poppy Z. Brite et son roman Le cœur de Lazare, qui se situe dans l’univers de The Crow.)

Bref. Tout ça pour dire que quand j’ai vu que Vincent Tassy (encore lui, désolée) dirigeait une nouvelle collection aux Editions du Chat Noir consistant à rééditer des romans gothiques oubliés, mon sang n’a fait qu’un tour. Son premier choix est intéressant, puisqu’il s’agit d’un roman français : Le Solitaire du vicomte d’Arlincourt, un illustre inconnu aujourd’hui mais star de son époque. Ce que Tassy explique dans sa préface, laquelle dit également en substance : attention, c’est un roman qui en fait des caisses, mais qui est bien sympathique tout de même.

le solitaire

En même temps : roman paru en 1821, esthétique romantique et gothique. Je m’attends à du drama, que croyez-vous ! Eh bien, j’ai été servie. L’amie à qui j’ai commenté ma lecture en temps réel sur Facebook peut en témoigner. (Du coup, nous avons bien ri.) Je vais spoiler l’intrigue à un moment, mais je vous préviendrai. Voici le résumé officiel de la bête :

Helvétie, XVe siècle. Sur les rives du lac Morat, la douce orpheline Élodie, recueillie par son oncle Herstall, habite un vieux monastère. Tout comme les villageois de la vallée d’Underlach, Élodie est à la fois effrayée et fascinée par le Solitaire, un homme mystérieux qui hante les montagnes surplombant la vallée. Qui est-il ? Pourquoi se cache-t-il ? Quels affreux crimes cherche-t-il à expier en secourant les nécessiteux, furtif comme une ombre, toujours drapé dans son manteau noir ?

Il m’a immédiatement vendu l’histoire. Je vais commencer tout de suite par parler des défauts du livre, parce qu’il y en a :

• L’auteur insiste beaucoup, beaucoup, sur la pureté, l’innocence et la douceur de son héroïne, Élodie. Dieu que c’est agaçant. C’est propre à l’époque, bien sûr, c’est très male gaze, mais même Byron était capable d’écrire de bons personnages féminins (Gulnare du Corsaire à jamais dans mon cœur).

• On est avec un auteur romantique, donc les descriptions de la nature abondent, et c’est bien normal. (On a même des descriptions dans les descriptions.) Cependant, cette surenchère se fait au détriment…

•…de l’évolution psychologique des personnages, qui ne vont jamais plus loin que les archétypes qu’ils représentent : l’héroïne pure, le beau ténébreux, etc. Sauf Ecbert, qui se présente d’abord comme un soupirant superficiel d’Élodie et a une évolution très intéressante, mais je ne peux pas dire pourquoi sans spoiler.

Au-delà de ça, je me suis énormément amusée pendant ma lecture. Un peu comme lorsque j’ai lu L’héritier de Redclyffe de Charlotte Mary Yonge l’année dernière (encore un best-seller oublié, merci Jo March !). Le Solitaire était rempli de péripéties que je n’attendais pas, et je dois dire que son plot twist m’a laissée comme ça :

pikachu

C’était exagéré, over the top en permanence, et j’ai adoré ça.

Autre originalité du bouquin : faire s’inscrire la petite histoire dans la grande. On pourrait croire qu’on a juste affaire à une romance gothique entre une jeune fille (pure) et un homme ténébreux qui cache un lourd passé, à qui les gens et les événements vont mettre plein de bâtons dans les roues. Mais le vicomte d’Arlincourt (sans doute un peu fan de Walter Scott), décide d’inscrire cette romance dans la trame politique qui se joue à l’époque, à savoir le conflit entre Louis XI et Charles le Téméraire. Si ce contexte est placé en toile de fond, il devient beaucoup plus important dans le dernier tiers du roman. Et… ça fonctionne !

Si ce que vous avez lu vous a convaincu, vous pouvez quitter cette chronique et vous procurer le roman. Sinon, restez ici, et lisez la suite. Parce qu’il faut qu’on parle de LA FIN.

SPOILERS SPOILERS SPOILERS

SPOILERS SPOILERS SPOILERS

ALORS. Je l’avoue, j’ai juste envie de râler un peu sur d’Arlincourt, parce que j’ai l’impression que le bougre me l’a faite à l’envers. Non pas une, ni deux, mais trois fois.

Première fois : le fameux plot twist, c’est que le Solitaire est en réalité Charles de Bourgogne, aka Charles le Téméraire himself, qui s’est fait passer pour mort. Il est, accessoirement, la cause de la mort du père d’Élodie, et de sa tante (dont il a été amoureux). Gros passif. J’accepte tout ça. Mais j’accepte moins que d’Arlincourt nous ait martelé que le Solitaire était jeune et beau quand, en réalité, il a plus de 40 ans et qu’Élodie en a à peine 20, puisqu’elle était encore dans le ventre de sa mère quand Charles a tué son père. Eeew.

Seconde fois : la mort d’Élodie. Connaissant la littérature de l’époque, c’était couru d’avance (celle de Charles aussi). Mais cette mort est bâclée, arrive comme un cheveu sur la soupe et n’a aucun sens dans la manière dont elle est écrite. C’est comme si d’Arlincourt s’était brusquement souvenu que son histoire ne devait pas avoir de happy end pour respecter les conventions romantiques.

Troisième fois : la mort de Charles. Eeet oui, je sais. Je m’y attendais après la mort d’Élodie. Enfin, jusqu’à ce que ce brave Ecbert, le meilleur ami de Charles (qui lui a même cédé Élodie dont il est amoureux), lui propose de vivre ensemble. « J’abandonne mon rang et ma fortune, et je viens vivre dans ta demeure solitaire où nous serons heureux », lui dit-il à peu près. (Je shippais Ecbert et Charles depuis quelques centaines de pages, j’ai un peu vu ça comme une confirmation.) « Est-il possible que j’aie mon happy end, en fin de compte ? », me suis-je demandé. Eh non, car Charles s’arrange pour mourir pendant les quelques heures où Ecbert le laisse à lui-même, alors qu’il lui avait promis de ne pas attenter à ses jours. Charles ne se suicide pas, mais meurt… comme ça. A côté du corps d’Élodie. Parce qu’à l’époque romantique, des émotions fortes peuvent être fatales.

Bref, que de drama, vous dites-vous. C’est une bonne raison pour aller découvrir ce roman en période de confinement, non ?

 

Je sais, je sais. La précédente chronique date de deux semaines. « Quand même, en étant confinés, on pouvait s’attendre à plus ! », râlez-vous. Je sais. Mais j’ai des excuses qui tiennent la route, vous allez voir. Il y a deux semaines, pour succéder à mon excellente première lecture, j’ai tenté d’embrayer sur une seconde tout aussi palpitante. J’ai donc entamé trois ou quatre livres auxquels je n’ai pas accroché. (Ils sont tous très bien ou bizarres, j’en suis sûre, ce qui fait de bonnes raisons de retenter plus tard. Ce n’était tout simplement pas le moment.)

Et puis je suis en télétravail et j’ai, de plus, un spectacle à apprendre et répéter. (Protip : les répétitions en visioconférence, c’est… beaucoup mieux que rien.) J’ai des films à rattraper, aussi – c’est le moment ou jamais. Je fais ce que je peux, hein, mais tout ça prend du temps.

Au bout d’une semaine, donc, alors que je pensais avoir définitivement perdu mon mojo en lecture, j’ai reçu un message de ma petite sœur qui me conseillait une énième fois de lire le premier tome de Nevermoor de Jessica Townsend. Cette fois, ses arguments se sont révélés convaincants : « L’héroïne s’habille tout le temps en noir et elle est sassy, et le personnage du rouquin ressemble à Archibald ». (Pour une meilleure compréhension, je vous informe qu’Archibald est mon personnage préféré de la saga littéraire La Passe-Miroir, que je vous conseille vivement.)

Vaincue, j’ai donc acheté l’édition numérique du premier tome de la série Nevermoor : Les Défis de Morrigane Crow, et commencé ma lecture.

Moralité : écoutez vos petites sœurs. C’était exactement le bouquin qu’il me fallait.

Nevermoor t1

Je l’ai terminé hier soir. Il est toujours compliqué de résumer le premier tome d’une saga qui se passe dans un autre monde sans se perdre dans des explications. Mais j’essaie ici même, voici le pitch de départ :

Morrigane Crow est une enfant maudite : accusée d’être à l’origine de toutes les catastrophes autour d’elle, la fillette est aussi destinée à mourir le jour de ses onze ans. Pourtant, le soir de son anniversaire, un élégant dandy nommé Jupiter Nord affirme qu’il va lui sauver la vie et l’entraîne dans un royaume inconnu, l’Etat libre de Nevermoor. Là-bas, Morrigane va découvrir un monde rempli de magie et passer des épreuves pour intégrer une mystérieuse académie.

Première chose : Jessica Townsend écrit bien. Vraiment bien. Son style est fluide, élégant et prenant. Ses héros, qui sont principalement des enfants, s’expriment comme des enfants, ce qui est assez rare pour être souligné. L’autrice arrive à déployer une galerie de personnage intéressants auxquels on s’attache très vite… un peu comme Morrigane le fait. D’ailleurs, j’ai d’habitude assez peu d’empathie pour les héros des sagas jeunesse, mais Morrigane est crédible et bien campée. C’est une enfant qu’on a dévalorisée toute sa vie qui, petit à petit, se rend compte qu’elle a le droit d’exister et va prendre confiance en elle. (Ce qui ne l’empêche pas de prendre une ou deux décisions stupides, mais personne n’est parfait.)

L’univers de Nevermoor est coloré et truffé de trouvailles qui rappellent parfois Lewis Carroll. Townsend a une imagination débordante qui m’a fait me demander plus d’une fois :  « Mais où va-t-elle chercher tout ça ? ». On pourrait s’attendre à un roman envahi de descriptions, car c’est un premier tome qui pose un univers. Il n’en est rien : le roman est parfaitement rythmé, addictif, chaque description est utile et destinée à faire avancer l’intrigue.

Bien évidemment, je ne peux pas terminer cette chronique sans mentionner mes personnages favoris. Big up, donc à Hawthorne, adorable monteur de dragons (qui porte de gros pulls avec des chats brodés !) et bien sûr, à Jupiter Nord, meilleur père adoptif vu depuis longtemps. Je vais me laisser un peu de temps avant de retrouver tout ce petit monde dans le prochain tome – la série est en cours de publication chez Pocket Jeunesse. En attendant, si vous avez besoin d’une lecture intelligente, remplie de magie et réconfortante en ces temps obscurs, le premier tome de Nevermoor est pour vous.

« Quoi, des chroniques de livres sur ce blog ? », vous demandez-vous, effarés. Ecoutez, on est confinés et on s’occupe avec les projets qui se présentent à nous. J’ai donc décidé que je publierai de petites chroniques de mes lectures pendant le confinement. Parce que :

  1. Vous n’en avez absolument rien à faire d’un journal de confinement de ma part.
  2.  Plutôt que de soliloquer chez moi en parlant de mes lectures et de me plaindre que « personne ne connaît les livres que je lis », j’ai décidé d’en parler ici afin de partager mes découvertes.
  3.  Je me suis engagée à faire ces chroniques auprès d’une personne qui me suit sur Twitter.

Donc, nous y sommes. Ces articles seront courts, faits juste après lecture, et j’espère qu’ils vous amuseront. Cet après-midi, j’ai terminé la lecture (commencée hier) de Loin de lui le soleil de Vincent Tassy (publié aux Editions du Chat Noir). Et c’est une lecture validée de mon côté. C’est tout pour moi, merci, à bientôt !

Loin de lui le soleil - Vincent Tassy

D’accord, un peu de contexte. J’avais déjà lu Apostasie et Comment le dire à la nuit du même auteur, auxquels j’ai à chaque fois trouvé de grandes qualités. Pour expliquer pourquoi, il va sans doute falloir mettre un peu de contexte.

Vincent Tassy a mon âge, Vincent Tassy aime/fait du metal, Vincent Tassy a des références littéraires communes avec moi. Il connaît ses classiques gothiques, a lu Anne Rice et Tanith Lee, et a visiblement une passion pour les romans gothiques oubliés. (Dans ma sélection de livres pour les prochains jours se trouve d’ailleurs Le Solitaire du vicomte d’Arlincourt, que Tassy a exhumé et préfacé.) Tout ça pour dire que je me suis toujours retrouvée en terrain familier dans les écrits du monsieur. J’étais ravie de découvrir enfin des histoires qui prenaient place dans ces univers, avec de beaux personnages de vampires, moi qui désespérais de voir des auteurs et autrices contemporains reprendre le flambeau. Vincent Tassy l’a fait, et a réussi son coup.

Mais.

Je restais, malgré tout, toujours légèrement sur ma faim. L’écriture de Vincent Tassy était très belle, l’univers identifiable, ses romans originaux dans le paysage littéraire actuel. Je me souviens avoir pensé, après la lecture de Comment le dire à la nuit, qu’une voix, sa voix, était en train d’émerger au milieu des références qui se faisaient sentir dans son écriture. J’attendais de la voir s’exprimer pleinement – d’où ma frustration.

Dès les premières pages de Loin de lui le soleil, j’ai pensé : « On y est, c’est ça ». Dans ce court roman, Vincent Tassy a laissé de côté les références habituelles, il s’est dépouillé de tout ce qui entravait son écriture… ce qui donne son meilleur écrit, tout simplement. J’ai l’impression que c’est un livre beaucoup plus personnel que les autres. Le courant dans lequel il s’inscrit reste reconnaissable : on reste dans une histoire gothique, un conte avec un jeune homme étrange amoureux d’un vampire, de l’onirisme et des visions esthétiques.

Je ne sais pas en combien de temps ce livre a été écrit, ni comment, mais c’est une histoire à la première personne avec un flot continu d’émotions brutes, de phrases qui frappent fort et juste, où les sentiments les plus intenses n’ont aucune honte à être dits. C’est une histoire qui arrive à exprimer l’absolu, ce qui est extrêmement rare. Rien que pour ça, je suis contente qu’elle existe.

Well done, sir.