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Archive for September, 2015

Tout est dans le titre, l’article est fait, je peux vous laisser avec. Non ? Non.

Giotto painting the Portrait of Dante - Rossetti

Giotto Painting the Portrait of Dante – Dante Gabriel Rossetti (1859)

Beaucoup commenceraient un article sur l’art par une citation d’Oscar Wilde, expert en la matière. Cependant, malgré la relation de Maître-élève que j’entretiens avec l’illustre Irlandais, je m’en dispenserai. Sortir un aphorisme de Wilde pour résumer sa pensée sur l’art serait très réducteur, et aussi une erreur : il n’est aucun aphorisme de l’écrivain sur l’art qui ne soit contredit par un autre. Si vous souhaitez vraiment connaître la position d’Oscar, je vous conseille de lire son essai Le Déclin du Mensonge où il explique son idée sur la question.

Je ne commencerais pas non plus cet article avec une citation de Wilde, parce que le rôle de l’art au XXIème siècle est légèrement différent de celui qu’il tenait au XIXème. Disons plutôt que de nouvelles fonctions sont apparues, et des fonctions qui ne sont pas négligeables en 2015.

Chacun accorde à l’art le rôle qu’il souhaite. Pour ma part, j’aime à penser que la fonction principale de l’art est d’élever l’âme et de viser à la Beauté. C’est une fonction qui peut paraître simple, voire superficielle, mais elle est en réalité difficile à concrétiser. Pour d’autres, la fonction principale de l’art est de servir une cause précise, d’être engagé. Je n’ai rien contre les artistes qui dénoncent en chansons, en films ou en livres certaines situations ou certaines formes d’obscurantisme, par exemple. Leur présence est nécessaire, et ils font leur boulot.

Cela dit, on peut concilier ces deux aspects. Le fait de militer pour une forme « d’art pour l’art » est un engagement en soi qui existait déjà XIXème siècle. A mon avis, son besoin se fait encore plus ressentir aujourd’hui.

L’année dernière, Jim Jarmusch a sorti le très beau Only Lovers Left Alive, qui est un résumé parfait d’une partie de ce que je vais tenter de dire ici. Les héros de ce film, Adam et Eve, sont un couple de vampires érudits, passionnés de littérature, de musique, de sciences… bref, ce film est une ode à la polymathie. Dans cette histoire, les zombies existent aussi : c’est le terme utilisé par nos héros pour désigner les humains. Selon les deux vampires, les humains ne sont plus curieux, ne vont plus vers l’art, perdent leur faculté à imaginer… et donc leur humanité.

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Et pourtant l’art et le savoir sont essentiels, car ils peuvent changer le monde. Plutôt que de se laisser dépérir comme Adam en déplorant le déclin de l’Humanité, ne vaudrait-il pas mieux se battre pour diffuser l’art et la culture ?

Finissons-en d’entrée avec le plus évident : l’art contribue à rendre le monde plus beau, plus intéressant, plus supportable – si on adopte un point de vue vraiment cynique. Il permet aussi d’attiser la curiosité, de donner l’envie de se nourrir davantage d’œuvres. L’art est une immense toile d’araignée, chaque œuvre renvoie à une autre. La meilleure chose dans tout ça, c’est que ça ne s’arrête jamais.

Plus on se nourrit de livres, de musique, de films, plus on sait, plus on prend de recul sur le monde. Car le savoir nous permet d’analyser et de comprendre. Et donc de ne pas tomber dans certains pièges.
Bien entendu, l’expérience, le vécu sont aussi importants : on ne peut pas tout comprendre du monde en restant le nez dans des livres ou en regardant des tableaux. Cependant, cette connaissance peut nous permettre de mieux appréhender ce qui nous entoure. J’ai lu plusieurs « classiques » ces derniers temps, et en refermant certains d’entre eux, j’ai eu l’impression d’avoir franchi une nouvelle strate. Je comprenais brusquement une multitude de choses qui m’échappaient auparavant, des références que je n’avais pas vues, et j’étais capable d’apporter de nouveaux arguments pendant les discussions, forte de ce nouveau savoir.
Je prends l’exemple des livres, mais il en va de même pour la peinture, la musique ou le cinéma.

Arthur Prince Spear - The Pendulum

Je profite de cet article pour faire la promo d’Arthur Prince Spear, un peintre américain qui a laissé peu de toiles et que personne ne connaît. Ici, The Pendulum.

C’est bien beau tout ça, allez-vous me dire, mais qu’est-ce que ça nous apporte concrètement ? Je vais tenter de répondre.

  • Je pense effectivement que l’art rend la vie plus supportable, tout comme le fait de s’en nourrir. Matt Haig écrit dans Reasons to Stay Alive que la lecture compulsive de livres a contribué à le sortir de sa dépression. Et que serait la vie sans la musique, je vous le demande ?
  • J’ai déjà dit que le savoir permettait de ne pas tomber dans certains pièges, en voici quelques uns : savoir quand un journaliste écrit ou prononce une erreur (ie : très souvent), ou ne pas vous laisser embobiner par les représentants d’une secte quand ils frappent à votre porte. Ça vaut aussi pour les terroristes qui essaient d’embrigader de jeunes recrues à coup de discours incohérents mais très persuasifs.

Nous y voilà. Le titre de cet article est : l’art et la culture peuvent changer le monde. C’est une chose en laquelle je crois fermement. Si les jeunes gens adoptent ce goût de l’art et du savoir, s’ils le cultivent, alors ils seront à même d’avoir du recul, de reconnaître les pièges qu’on leur tend et de les éviter. Et peut-être auront-ils envie, à leur tour, de créer.

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Comme l’apprend le peintre Rossetti dans Desperate Romantics, ça prend parfois du temps.

Je pense que c’est le rôle de tous ceux qui partagent cette conviction d’essayer de transmettre cette envie d’apprendre, d’être curieux, à leur échelle. (J’ai beaucoup de respect pour un individu aussi médiatisé que Tom Hiddleston qui va poster un extrait de Sénèque sur son compte Twitter. Si ça peut inciter ses fangirls à lire le bouquin, c’est déjà quelque chose.)

Je sais que j’en fais souvent la promotion, mais  un nombre incalculable de livres et de belles choses sont téléchargeables gratuitement sur des sites comme Internet Archive, Project Gutenberg ou Wikisource. A mon échelle, j’utilise Facebook pour partager des chansons ou parler de films et de livres qui m’ont plu. Je vous en reparlerai dans les prochains mois, mais j’ai écrit une pièce de théâtre pour une troupe lyonnaise, et l’une des consignes de la metteuse en scène qui me l’a commandée était que le texte devait comporter des références. Si, en sortant de la salle, un seul spectateur veut aller lire ou regarder l’une des œuvres que je cite dans ma pièce, j’estimerais que mon texte a servi à quelque chose.

Créer l’étincelle. Être à l’origine de ce déclic qui va pousser une personne à aller regarder des tableaux, écouter des disques, lire des livres, se mettre à écrire ses propres histoires ou sa propre musique. Ça peut paraître très dérisoire, ou très ambitieux. Pourtant, j’ai la conviction que le monde ne s’en porterait que mieux.

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