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Archive for October, 2013

Ça faisait un moment que je n’avais pas consacré de petit essai à un personnage fictif sur ce blog. Une fois de plus, voici l’exemple de : comment une série ou, dans le cas présent, un téléfilm sans importance, peut mener à des découvertes et une véritable étude.

Aujourd’hui, nous avons donc le cas de… TADAAAM ! Ricky Deeming. Un personnage secondaire du premier épisode de la série George Gently : Gently Go Man, réalisé par Euros Lyn et diffusé le 13 Mars 2011 sur France 3 (sous le titre Inspecteur George Gently : Gently entre jeu). Si on m’avait dit un jour que je décortiquerais le cas d’un personnage mineur d’une série diffusée sur France 3, je ne l’aurais jamais cru.

Sauvons les meubles, cette série est anglaise et a été produite par la BBC. Pour racheter encore un peu mon honneur, son pilote bénéficie d’un casting trois étoiles, d’une photographie magnifique et, last but not least, d’une BO qui tue. La série se passe en effet dans les années 1960, ce qui lui donne un cadre vintage tout à fait bienvenu.

Sans oublier Ricky Deeming : ma seule et à ce jour unique raison de regarder l’épisode Gently Go Man. Ricky Deeming, donc, est joué par Richard Armitage et est un nid de contradictions et de références à lui tout seul.
Certes, on ne le voit pas beaucoup. Il doit avoir quoi, quatre ou cinq scènes en tout. Grand maximum. Et elles sont courtes. Pour un épisode d’une heure trente, ça n’est déjà pas si mal, mais ça ne casse pas non plus des briques. Et pourtant.

J’ai déjà évoqué mon intérêt pour le groupe Black Rebel Motorycle Club dans ce blog mais, ce que je n’ai pas dit, c’est que j’ai déjà perçu des points communs entre Peter Hayes (l’un de ses deux leaders) et le sieur Armitage. Ça demanderait toute une explication et ça n’arrangerait pas mon cas à vos yeux mais, pour faire court, l’épisode en question n’a pas diminué mes convictions. Bien au contraire.

Ricky Deeming, donc, est le chef d’un clan de motards nommé les Durham Defenders dans le Northumberland, en Angleterre. Il est jeune, charismatique, adoré des membres de son groupe. Évidemment, il tient un discours révolté et anticonformiste – à base de ténèbres et d’êtres de lumière, tout un programme. Quand il ne traverse pas les routes à dos de sa Manx Norton, Ricky aime casser des trucs au marteau en chemise à carreaux. Notre héros a également un penchant sous-entendu, jamais explicitement dit, pour les garçons – à l’époque, l’homosexualité masculine est encore considérée comme un crime en Angleterre. Celui qui est amoureux de lui, Billy Lister (Christian Cook) est d’ailleurs un artiste qui passe le plus clair de son temps à le dessiner sous toutes les coutures. Or, Lister est assassiné et Ricky se retrouve suspect numéro un.

Intrigue ordinaire, pas de quoi en faire tout un post. Mais si. Le personnage de Ricky Deeming revisite toute une culture et m’a fait (re)découvrir plein de trucs que je me devais de partager ici. Il suffit de voir la chambre de Billy Lister : tout cela se trouve ressuscité sous vos yeux.

Quand Gently (Martin Shaw), le héros détective, enquête sur la mort du jeune homme, il se rend chez lui et explore sa chambre. Outre les dessins à l’effigie de Ricky accrochés partout, sans oublier un portrait en cours d’élaboration, il tombe nez à nez avec une foule de photos, affiches et dessins des plus intéressants. (Blague à part, connaissant la modestie d’Armitage, je me demande ce qu’il a ressenti en voyant autant de dessins qui le représentaient dans la même pièce. Le pauvre.)

La chambre de Lister est décorée de dessins de James Dean, Marlon Brando, Elvis Presley, de photos de motos et de groupes de rock. Quelques clins d’œil sont évidents, notamment les allusions aux films La Fureur de Vivre (Nicholas Ray, 1955) et L’équipée sauvage (Lazlo Benedek, 1953). Ce second film raconte précisément l’histoire d’un gang de motards dont le leader est un jeune homme passionné, a rebel without a cause. Le gang se nomme d’ailleurs Black Rebels Motorcycle Club, ce qui a inspiré au fameux groupe de rock son nom (notez qu’ils ont enlevé le s).

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La chambre de Billy Lister. De gauche à droite : des portraits de Marlon Brando dans “L’équipée sauvage”, James Dean et Elvis Presley.

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Lister écoute du rock, collectionne les photos de motos…

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…et dessine ou peint Ricky Deeming à ses heures perdues (on peut voir un début de portrait à droite et un croquis à moitié caché).

Il y a aussi beaucoup de photos de groupes de rock que je n’ai pas pu identifier. On aperçoit The Who, ce qui n’a rien d’étonnant. Du coup, j’ai fait des recherches et j’ai découvert qu’il existait un genre de rock spécifiquement destiné/consacré aux motards : le biker rock (on parle aussi de motorcycle music et de biker songs). Yep. Merci Ricky, sans toi…

Justement, Ricky Deeming. La description de la chambre de Billy Lister n’aura pas été inutile puisqu’elle permet de bien cerner l’environnement et la mentalité de ce personnage. Le dessin de Lister qui fait l’objet de conflits dans l’épisode représente d’ailleurs Ricky Deeming crucifié tel le Christ. Sans doute pour symboliser le fait que Deeming soit une icône sacrifiée pour l’exemple ? (J’ai envie d’aller plus loin et de rappeler la fascination de Wilde et certains auteurs de la fin du XIXème pour le catholicisme, notamment parce qu’ils trouvaient cette religion sensuelle et transgressive. Mais je m’égare.) Gently parle d’ailleurs des apôtres de Deeming, le parallèle n’a rien d’anodin.

Deeming, comme je l’ai déjà dit, est le leader de son groupe. The leader of the pack, comme le chantaient les Shangri-Las. Il initie les petits nouveaux de son clan en les plongeant dans la mer – tiens donc –, roule ses clopes pendant les interrogatoires et n’a pas l’intention de se laisser impressionner par qui que ce soit.

Son discours pendant le fameux interrogatoire vaut son pesant d’or, sérieusement. Le voici en version originale à partir de 4:23 jusque 7:50.

Morceaux choisis (l’adaptation est d’Yves Lecordier) :

« Ricky Deeming : Billy et Laurie [assassinés, NdA] ont atteint les ténèbres, rien de plus. Ça arrive en moto. Vous ne pouvez pas comprendre, faut aimer la vitesse. On ne fait plus qu’un avec sa moto, avec sa machine, avec l’esprit de sa machine.

George Gently : Vos Durham Defenders, qu’est-ce qu’ils défendent, au juste ?

Deeming : Nous-mêmes, j’imagine. Contre les plans minables, la vie de monsieur tout le monde, les rêves bien ordinaires, le crédit de la maison. (…) Et le monde qui tourne et tourne comme machine, toujours à la même allure, et rien qui peut jamais changer, à part le temps.

Gently : Alors vous prétendez donc sortir vos apôtres des griffes de notre société banale et ordinaire ?

Deeming : (…) Laurie Elton s’est trouvé une moto à lui et une famille avec qui partager des valeurs. Et quand il a jeté un coup d’oeil à votre monde, ça l’a pas intéressé du tout. Tout à fait comme moi. C’est la fin de votre monde, George, inévitablement. Vous ne verrez plus l’Angleterre dans quelques années. »

C’est un vrai fatras métaphysique parsemé de quelques répliques cyniques sur la société. Un discours pas si différent de celui de Marlon Brando dans L’équipée sauvage, maintenant que j’y pense. Pour le reste, j’avoue que la veste en cuir sied plus que bien à Deeming et que sur un plan, il ressemble tant à Peter Hayes que ça m’a troublée.

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Encore une fois, rien n’est jamais dit sur les amours de Ricky, mais les allusions d’un des deux détectives, ainsi qu’une phrase ambiguë de Deeming lui-même laissent peu de doutes. Billy Lister était « un être lumineux » selon lui. Fort bien.

Je voulais juste montrer qu’un personnage comme lui est une bonne idée pour rééxplorer tout un univers. Deeming est une bonne synthèse de tous ces films et chansons, en quelques sorte, en plus d’être assez paradoxal. Ça n’est pas un argument pour regarder ce téléfilm, mais c’en est un pour aller plus loin, si jamais on l’a regardé.
Du coup, je me demande même si je ne vais pas lire le roman dont est tiré ce téléfilm : Gently Go Man, publié en 1961 par Alan Hunter, dans lequel Ricky se nomme en fait Dicky. C’est un choix.

Avec tout ça, je ne peux pas m’empêcher de conclure cet article sur la chanson des Shangri-Las (la vidéo inclut un motard old school) :

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© Sibylline Meynet

Aujourd’hui, grande première puisque ce blog voit sa première interview – pas la dernière. Il y a quelques semaines, je suis allée dans mon salon de thé préféré à Lyon, Laureline’s Corner. C’est un endroit que j’aime, pas seulement parce que tout, absolument tout y est délicieux et fait maison (vive les cupcakes et les chocolats chauds aux marshmallows !), et que ceux qui tiennent l’endroit sont adorables : c’est un lieu accueillant et joli, sous le signe du vintage, avec en musique de fond des girls bands des années 60. Un après-midi, je me suis retrouvée là-bas avec une amie, et des tableaux accrochés au mur ont attiré mon attention.

Mission : demander le nom de l’artiste avant de partir. (Dans ma tête, les mots article, découverte, article, blog se livraient déjà une bataille féroce. Le coup de pinceau de ce peintre avait attiré mon œil et j’étais décidée à le partager avec le monde entier. Au minimum.) « C’est ma petite sœur », me répond Laureline, qui me donne l’adresse du site de la demoiselle. Ni une, ni deux, je la contacte sitôt rentrée chez moi. L’artiste que je vais vous faire découvrir se nomme Sibylline Meynet. A 22 ans, c’est une artiste freelance avec de nombreuses années de carrière derrière elle et de très, très beaux projets à venir.

J’aime beaucoup son style, qui appartient à un mouvement rétro que j’affectionne. Le trait de Sibylline est gracieux et juvénile à la fois, délicat et pas dénué de raffinement. Je voulais absolument savoir qui se cachait derrière ses dessins, et je n’ai pas été déçue.

Mary Blair

Quels sont les artistes qui t’ont influencée ?

Je pense avoir été très influencée par les dessins animés Disney quand j’étais petite, je suis d’ailleurs toujours aussi fan des films et des artistes ayant contribué à ces chefs d’œuvres, tels que Marc Davis, Mary Blair, Eyvin Earle, Glen Keane… Les illustrations de Brenot, Gruau, Whitcomb, Elvgren sont aussi une immense source d’inspiration pour moi, leurs femmes sont toujours belles et élégantes, et leurs hommes super chics et rigolos. J’aime bien regarder un dessin qui soit beau et drôle à la fois.

Je suis aussi pas mal d’artistes sur internet, je vais régulièrement voir leur blog quand j’ai envie de rêver un peu. Parmi eux Geneviève Godbout, Annette Marnat, Maike Plenzke, Stevie Lewis, Babs, Leslie Hung pour n’en citer que quelques uns !

Tu as fait la décoration du salon de thé Laureline’s Corner, à Lyon, et c’est comme ça que je t’ai découverte. C’est d’ailleurs ta sœur qui tient ce salon de thé. Le vintage est une manie familiale ?

© Sibylline Meynet

Oui ! Mon père est artiste aussi et est né dans les années 1960, du coup il s’intéresse beaucoup à cette époque qui le replonge en enfance. Il a beaucoup de livres et de films « en noir et blanc », ça a toujours fait partie de notre univers au quotidien. En grandissant, j’ai fait mes petites recherches sur les années 1950 ; cette période me paraissait tellement chic, élégante, presque inaccessible, que j’en suis tombée amoureuse.

Est-ce que c’est un domaine que tu voudrais continuer à explorer, le design, la création de décors ?

J’ai vraiment aimé aider ma sœur à créer cet univers car il me correspondait aussi. J’adore les intérieurs des années passées, recréer des ambiances rétro c’est vraiment chouette, c’est d’ailleurs pour ça que je dessine. Le faire dans la vraie vie, ça demande plus d’efforts, mais c’est tellement bien de voir le résultat final ! Je ne pense pas me diriger dans la déco dans le futur, sauf si c’est quelque chose qui m’intéresse vraiment, quelque chose qui m’éclate, et que je prenne du plaisir à le faire.

A quoi ressemble une journée dans la vie de Sibylline ?

© Sibylline Meynet

Je suis quelqu’un d’assez organisé, du coup j’ai mon petit agenda, mon petit planning, et je peux me mettre à bosser ! Sur mon mur, j’ai un post-it qui me rappelle quelles sont mes priorités : le matin je m’occupe des commandes qu’on me passe. L’après-midi, je travaille sur des projets pro, magazines, comics, le tralala des maisons d’édition, et si je n’ai pas de commandes pro, j’en profite pour avancer sur mes projets personnels. Le soir, je m’accorde une ou deux heures, parfois plus, pour gribouiller ce qui me passe par la tête. La plupart du temps je dessine sur papier car je passe mes journées sur l’ordinateur. En général je me couche assez tard parce que j’adore travailler la nuit. C’est tellement paisible !

Question incongrue : travailles-tu en musique ? (Dixit celle qui écrit très souvent avec un disque en musique de fond…)

OUI ! Ça aide à se concentrer, ça rend heureux, c’est motivant ! Parfois je travaille sans musique sans m’en rendre compte, et dès que je m’aperçois que c’est le silence complet, je balance un peu d’Elvis pour m’accompagner dans ma solitude d’illustratrice freelance.

J’ai lu que tu avais écrit : « j’aime les films en noir et blanc et la musique qui grésille ». Si tu devais choisir un film et un album qui grésille, lesquels prendrais-tu ?

On va me prendre pour une vieille dame dans l’âme, mais j’aime, j’adore la musique qui grésille de Louis Armstrong. Ça me repose et ça me fait aussi penser à mon enfance. J’aime beaucoup Peggy Lee, Aretha Franklin, The Chordettes, The Ronnettes, The Marvelettes, The Bobettes, The Supremes, Bobby Vinton et tellement d’autres… Mais celui qui a conquis mon cœur, c’est Elvis Presley.

Niveau films, je suis fan d’Alfred Hitchcock. « North By Northwest » est un de mes préférés avec «Marnie ». « Some Like It Hot » de Billy Wilder me fait rêver (et beaucoup rire !) aussi.


Un projet fou que tu aurais particulièrement envie de réaliser ?

Il y en a tellement ! Avoir mon propre magazine en fait partie. Travailler avec les gens que j’admire est un de mes plus grands rêves, surtout avec mes groupes de musique préférés ! Faire leur pochette d’album, les dessiner, partager avec eux… Ça serait vraiment le pied ! Bien sûr, j’adorerais avoir ma propre bande dessinée éditée, c’est d’ailleurs ma priorité en ce moment.

Un autre projet qui me tient à cœur, quand j’aurai le temps et l’argent, c’est d’aller à Graceland, visiter la propriété d’Elvis Presley. Ça fait un peu groupie, c’est pas non plus un projet super fou, mais c’est quelque chose qu’il faut absolument que je fasse au plus vite !

© Sibylline Meynet

What’s next ?

Bonne question ! Je m’efforce de garder quelques projets secrets, mais je peux aujourd’hui annoncer que j’ai travaillé ces derniers mois sur une BD de Garfield qui fait 10 pages, et qui sera publiée aux USA dans peu de temps. J’ai eu la chance d’être contactée par BOOM ! Studios à Los Angeles, qui travaille directement avec Jim Davis. J’ai un peu stressé au début parce que, quand même, c’est un peu une légende. Ça s’est super bien passé et j’ai hâte de vous la montrer !

Sinon je peux aussi vous dire que je vais passer ces prochains mois cloitrée chez moi à travailler sur un ouvrage trèèès épais.

Il y a encore un autre projet dont j’aimerais vous parler mais j’en ai pas encore le droit ! A suivre !

Merci à Sibylline qui a si gentiment accepté de répondre à mes questions ! N’hésitez pas à lui rendre visite sur son blog ou à aimer sa page facebook. Et pour avoir un aperçu de son travail en « en vrai » (et manger des cupcakes !), vous pouvez toujours aller là :

Laureline’s Corner
4, rue Romarin
69001 Lyon

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L’article jeté à l’instant sur vos écrans est consacré à un musicien que j’ai (re)découvert il y a peu. Jay Reatard.

Je me souviens du jour où je l’ai découvert : celui de l’annonce de sa mort. C’était un jour gris de 2010, j’étais seule dans mon appart et j’ai vu pour la première fois le visage de ce jeune homme dans un article. Ce jour-là, des chansons et des démos avaient été mises gratuitement en ligne et j’en ai pris un certain nombre… plutôt sympathiques.

Trois ans plus tard, dans ma logique de consommer une œuvre par jour, je me suis souvenue de Reatard, que je n’avais pas écouté depuis des temps immémoriaux. Je ne sais pas pourquoi j’ai choisi Watch Me Fall ce jour-là. Toujours est-il que l’album a été vraie claque et que depuis, je l’écoute tous les jours sur mon samsung, dans les transports, dans la rue, partout.

Donc, j’ai décidé de partager cette découverte. Parce que Jay n’est pas assez connu et qu’il mérite de l’être, tout simplement. Après tout, ce blog est surtout là pour ça : transmettre ce que j’aime.

Jay Reatard (né Jimmy Lee Lindsey Jr) est mort à 29 ans en 2010, alors qu’il commençait à sortir de la confidentialité de la scène garage/punk et à faire les couvertures des journaux. Carrément.

Avant ça, il aura eu 22 albums, une quarantaine de singles et des poussières au compteur – d’après the man himself. A une époque, Jay Reatard disait même écrire une chanson par jour. Il fallait que ça sorte et la vie de Jay Reatard a toujours été à l’image de son œuvre : urgente, nécessaire, remplie jusqu’à ras bord.

© Audrey Cerdan

A 15 ans, les parents de Jay l’ont mis face à un choix : soit il arrêtait de gratter sa guitare dans sa chambre pour aller en cours, soit il dégageait. Jay a pris ses cliques et ses claques et n’est jamais revenu.

A partir de là, sa vie fut corps et âme dédiée à la musique. Jay a connu plusieurs groupes, sorti un nombre incalculable de chansons et apparemment, travaillait encore sur un album peu avant sa mort.

Celui qui l’a révélé au grand public – et récolté des critiques dithyrambiques – s’intitule donc Watch Me Fall (2010). C’est un disque court (32 minutes et quelques secondes) et beau. Surtout beau.

J’ignore si le terme garage-pop existe, mais c’est vraiment ça. Jay Reatard a longtemps œuvré dans la musique punk et le garage bien cracra, ce qui n’est pas pour me déplaire. Watch Me Fall a toujours cette rage, mais il est traversé de mélodies fulgurantes et de chansons qui mettent de bonne humeur pour la journée. En dépit des paroles.

Impossible de ne pas agiter la tête sur Ain’t Gonna Save Me, par exemple. Pourtant, les paroles de Jay Reatard sont souvent sombres et désespérées. Il a parfois dit qu’il ne fallait pas y prêter trop attention, que seule la mélodie comptait. Tu parles. Sans y voir de présages concernant sa mort, je préfère y déceler la sincérité d’un jeune homme qui mettait toutes ses tripes dans ses chansons.

Et du coup, quand je l’entends chanter « There is no sun… for me », je pense à tous les héros que j’aime – ceux que j’ai créés ou les autres types que j’admire, là-bas – et je me dis que Jay a parfaitement sa place parmi eux.

C’est d’ailleurs pour ça que je l’aime bien. J’admire la vie qu’il a eue parce qu’il a eu le courage de vivre entièrement par et pour ce qu’il aimait, sans concession. J’apprécie sa culture musicale absolument dingue. D’ailleurs, je ne dois pas regarder cette interview parce que je vais me mettre à chercher tout ce dont il parle. Foutue manie. Mais je la poste pour vous, sait-on jamais.

J’apprécie aussi le fait qu’avec le temps, il soit passé du garnement à cet homme intelligent, terriblement lucide, qu’on a pu voir dans ses dernières interviews, qui sont toujours intéressantes à écouter ou à lire.
(Et quand il parle, il a la même voix que Jack White. C’est un peu déstabilisant, au début.)

J’aime bien Jay Reatard parce que bon sang, il s’est toujours complètement fichu du qu’en dira-t-on et que jusqu’à la fin, il a porté son art et l’a incarné. On a besoin de plus de gens comme lui, qui ne se soucient pas d’être sages ou bien vus, et qui aient une telle sincérité.

En attendant, je fais ce que j’aime et j’essaie de le faire connaître le plus possible. Qui sait, il parviendra peut-être à créer une étincelle chez un de mes lecteurs, hein ?

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