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Les ordis portables des années 90 étaient tellement mignons.

J’ai remarqué que j’avais assez peu posté sur ce blog cette année. Il y a plusieurs raisons à cela, outre le fait que mon année ait été très chargée. Je compte bien faire revivre ce petit coin, qui tient une place particulière dans mon cœur, au cours des mois à venir. A quel rythme, je l’ignore. Wait and see.

C’est au milieu d’une année pourtant bien pleine de projets que j’ai eu l’idée de me lancer dans le NaNoWriMo (National Novel Writing Month). Il s’agit d’un défi un peu fou, qui a lieu chaque année en novembre, et qui consiste à écrire 50 000 mots en un mois. L’idée, c’est de rédiger une première ébauche de roman, et de booster la quantité plus que la qualité. Le site officiel du NaNoWriMo permet de mettre sa jauge de mots à jour quotidiennement, et de voir où on en est : est-ce qu’on a du retard, est-ce qu’on est toujours dans la course, etc.

Chaque année, plusieurs personnes me demandent via Facebook si je compte faire le NaNoWriMo. Jusqu’à ce mois-ci, ma réponse a toujours été non. Je n’en avais pas le temps, ou pas l’envie, ou pas la motivation. Je me suis toujours dit que je le ferai un jour, « mais pas maintenant ». En cette année 2016, j’ai décidé sur un coup de tête de faire le NaNoWriMo… et je ne le terminerai pas.

Ce n’est pas un aveu d’échec, parce que je considère que cette expérience m’a appris des choses sur moi et mon écriture.

Au moment de commencer le NaNo, j’ai dit à un ami que c’était paradoxal que je me lance dans cette expérience précisément l’année où j’avais le moins de temps pour la faire. Prémonitoire. Dans l’idéal, pour réussir le NaNoWriMo, il faut écrire 1600 mots par jour, ce qui équivaut à trois pages Word et des poussières. Et si vous n’avez pas toujours le temps de les faire… vous pouvez toujours vous rattraper pendant le week-end.

Au quotidien, je vis de ma plume : je suis rédactrice web/journaliste. (Quant à savoir où, petits malins, une simple recherche sur Google vous l’apprendra.) C’est-à-dire que j’écris déjà chaque jour. Je doute fort d’avoir rédigé 50 000 mots pour mon travail à la fin de chaque mois, mais il est clair que je laisse toujours une certaine quantité de texte derrière moi.

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Ceci est un de mes gifs préférés au monde et je me devais de le placer dans cet article.

Parenthèse. Traditionnellement, quand je m’attelle à mes autres projets d’écriture (comme mes pièces de théâtre), je les rédige sur le papier, avant de les corriger et de fixer leur version définitive sur ordinateur. J’ai déjà dit que j’aimais voir la progression d’un texte au stylo, les ratures, les annotations… Mais si j’écris à la main, le soir et le week-end, c’est aussi parce que je fais un rejet des écrans, après les avoir regardés pendant une journée de travail. En semaine, le soir, je vais lire (du papier ou l’écran mat de ma liseuse), écrire (à la main), et éteindre absolument tous mes écrans à 22h. J’admets que mon téléphone portable est parfois – souvent – totalement éteint à 21h. Ça me permet de me recentrer, de me détendre et surtout, de me prouver que je ne dépends pas des écrans. Fin de la parenthèse.

Tout ceci pour expliquer que faire le NaNo était une renonciation à ces habitudes, en quelque sorte. Pour le réussir, il est indispensable de taper son texte sur ordinateur. Ce qui s’est rapidement révélé déplaisant. D’un autre côté, ça m’a permis de constater à quel point j’avais besoin de mon moment sans les écrans, et combien mon rejet d’eux était vivace. (Ce que j’ai tendance à considérer comme un bon signe, en ces temps ultra connectés, où certaines connaissances m’avouent être incapables d’éteindre leur portable pendant la nuit.) Quand on rentre chez soi après une longue journée à écrire, à devoir trouver des idées et à voir du monde, écrire frénétiquement trois pages à l’ordinateur peut être la dernière chose dont on a envie. Ça va sembler épouvantablement girly, mais : écouter son corps, c’est important.

Mais surtout, le NaNo m’a fait prendre conscience d’éléments fondamentaux concernant ma façon d’écrire. Il m’a rappelé que j’ai mes limites, mais il m’a aussi fait découvrir des ressources insoupçonnées. Je ne partais pas de nulle part en commençant le défi : j’avais une trame principale, au moins trois personnages principaux dessinés dans ma tête, et une idée de la structure de l’histoire. Même si j’aime boucler mes projets assez vite, je préfère écrire quand l’inspiration est là, et ne pas me forcer quotidiennement. Si l’envie n’est pas là, ça se débloquera plus tard.

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Excellente idée. Inutile de tourner en rond.

Pendant le NaNoWriMo, j’ai découvert que j’étais parfaitement capable d’inventer chaque jour la suite de mon histoire sous la contrainte – même si, encore une fois, ça n’était pas souvent agréable. Soit j’étais inspirée, soit j’étais motivée par ma maudite fierté à aller jusqu’au bout : toujours est-il que je suis contente de ce que j’ai écrit pendant le temps où j’ai tenu. Je finirai cette histoire, je pense, mais ça prendra plus de temps que prévu, et infiniment plus de soin.

L’enjeu du défi était aussi, pour moi, de savoir si on pouvait faire le NaNo tout en ayant un travail, des projets artistiques et une vie à côté. La réponse est officiellement non, du moins en ce qui me concerne. Ce qui a un côté infiniment rassurant : somme toute, j’ai une existence assez « remplie » pour ne pas avoir le temps de faire le NaNo. Ça n’aurait sans doute pas été le cas il y a quelques années. (Sortez les violons.)

Si on choisit de faire ce défi littéraire, il ne faut se consacrer qu’à ça, et j’ai regretté bien des fois de ne pouvoir dévorer des livres tranquillement le soir, ou de ne me pouvoir me consacrer aux projets d’écriture que je trouvais vraiment importants. En définitive, je n’ai pas exactement perdu mon temps, parce que je tire des leçons de cette courte aventure.

Et pour une fois, je ne vais pas trépigner en songeant que les héros que j’admire le plus auraient, eux, remporté le NaNoWriMo s’ils y avaient été confrontés. Le fait de ne pas le réussir m’a fait prendre conscience de choses très positives. Si certains considèrent cela comme un échec, je l’accepte de bonne grâce.

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Hesiode et la Muse – Gustave Moreau (1891)

[Une fois n’est pas coutume, cet article sera un peu particulier puisqu’il a été écrit pour répondre à défi. Alexandra est une amie de longue date qui écrit, est passionnée de romans, de séries de la BBC et de héros intéressants. Elle tient l’un des blogs que je préfère, La Bouteille à la mer : courez-y et lisez ses billets. Le seul problème étant, je vous avertis d’entrée, que vous aurez envie de découvrir tout ce dont elle parle, car la gente dame sait diablement donner envie. (Le blog a également le mérite d’être très beau à regarder…) C’est grâce à elle que j’ai découvert Guy de Gisborne, auquel j’ai consacré deux essais et le conte publié cette semaine sur ce blog, L’hymen maudit. Ça veut tout dire, je crois. Un beau jour, j’ai posté une citation d’Anne Rice sur le mur facebook de mon amie, et elle a presque aussitôt  lancé l’idée d’écrire un texte à partir de cet extrait. Un défi, soit ! Mission acceptée. Alexandra a rédigé une très belle nouvelle néo-victorienne, The Gipsy Gentleman, avec des personnages qu’il me tarde de retrouver sous sa plume. Cette histoire m’a ravie et troublée à la fois, et je vous invite à la découvrir. La demoiselle touche juste.
Quant à moi, j’ai écrit la courte nouvelle poétique qui suit. J’espère que son ange noir vous plaira…]

“I love you still, that’s the torment of it. Who will take care of me, my love, my dark angel, when you are gone?”
– Anne Rice, Interview with the vampire –

ENLUMINURES

J’ai inventé des litanies, créé des phrases au hasard. J’ai dansé, chanté des vers, tout le temps, sans arrêt. Et pourtant, cela me semble toujours vain. Comment parler de ce que je ressens si tout a été fait ? J’ai cherché dans les livres. J’ai vu ce que Miss Browning disait et je l’ai pris à cœur. Il me semblait que cela résumait parfaitement mon humeur. How do I love thee ? demandait-elle d’une voix douce, presque timide, cependant que la question faisait écho dans mon esprit.

J’ai marché dans les rues et la seule chose qui me venait à l’esprit étaient des noms, lancés au hasard. Comment mon invocation peut-elle fonctionner si elle ressemble à toutes les autres ? J’ai regardé les étendues d’herbe, j’ai cherché une réponse dans les fleurs sauvages ou domestiquées que j’ai pu croiser. J’ai même tenté de percevoir une réponse dans les rayons du soleil qui me brûlaient le visage – sacrifice ultime. Rien !

La réponse la plus immédiate fut : la fiction. Par une histoire je pouvais montrer, peut-être, ce que je ressentais. Tout déguiser. Du papier, de l’encre, et advienne que pourra. De toute évidence, le monde entier sait ce que tu ressens – ça n’est un secret pour personne. Ils n’ont qu’à regarder ta figure et écouter les paroles que tu chantes, voir les tableaux nouvellement accrochés dans les couloirs de la maison, en remplacement des anciens placés au grenier.

Je passai des nuits à violer la blancheur de feuilles qui n’avaient rien demandé. Ou qui ne demandaient que ça, je l’ignore. Je dessinai une lettrine au début de chaque chapitre que je colorai avec des poudres trempées dans l’eau, récupérées ici et là. Des oiseaux, des feuilles, des plantes joliment vénéneuses. Le travail fini, je vis que j’avais créé une belle chose. Juste pour dissimuler – trop mal – les sentiments qui y étaient déversés. Il en découvrirait donc l’ampleur, s’il ne la soupçonnait pas déjà. Après tout, ne me laissait-il pas le voir chaque soir ?

Il était temps de lui remettre la chose, pensai-je. Il faut qu’il sache, que cela scelle ma perte ou non. De toute façon, il pouvait partir d’un moment à l’autre. L’ennui de s’attacher à un être sans attache. Cela dit, s’il partait irrémédiablement, j’étais toujours libre, moi aussi, de renoncer à toute forme d’attachement. Je pouvais me jeter du haut de ma fenêtre et offrir un sublime martyre à ces temps troublés. Pourquoi pas ?

Le rouleau en main, je partis le trouver. Les pages enluminées glissèrent l’une après l’autre de ses mains au fur et à mesure que ses yeux faisaient sien chaque mot. Il avait compris, évidemment. Il ne parut pas le moins du monde effrayé par ce qu’il avait lu – s’il l’était, le masque était parfait. Ou peut-être avait-il l’habitude de causer cet effet. D’autres avaient certainement succombé avant moi. Après tout, son visage était celui d’un ange, un ange noir… Il m’annonça qu’il partait. A cause de mes écrits ? Non. Il partait, tout simplement. D’autres avaient certainement succombé avant moi et, ne supportant pas son départ, avaient eu recours à un expédient pour se défaire de tout attachement ?

Je lui posai la question. Il n’en avait jamais eu connaissance. Il fixa sur moi des yeux limpides. Comment allais-je faire, moi, sans mon ange des ténèbres, lui demandai-je ? Comment pourrais-je apprendre et voir ? Je perdrais la raison. Je me perdrais tout court. Et plutôt que de vivre cela, lui dis-je, je préférais encore me soustraire à ce monde à l’instant où il aurait quitté les lieux.

J’avais un amour pour lui qui était beaucoup trop grand, ajoutai-je en tordant dans mes mains des pans de ma robe. Je ne savais pas… et je tournais la tête de tous côtés. Enfin, il avait bien vu, n’est-ce pas ? Il pouvait parfaitement concevoir, comme une fin possible, envisageable, que je veuille me défenestrer après son départ ?

Il était fort impoli de ma part de l’interrompre, dit-il. Je l’avais coupé d’une façon fort impétueuse. Il partait et désirait que je l’accompagne, me dit l’ange noir. Si, cependant, je désirais le laisser aller seul et me défenestrer, il n’y verrait pas d’objection. Il lui suffirait simplement de s’acheter un poison dans le pays où il arriverait afin de rejoindre la destination où je l’aurais précédé séance tenante.

Laquelle de ces solutions m’agréait ? Il me regardait toujours de ses yeux ressemblant à deux onyx. Il me fallut le temps de la réflexion. La première me semblait, je crois, la plus engageante : je le suivrais. Cela dit, si cette issue s’avérait insatisfaisante, libre à nous d’opter pour la seconde, n’est-ce pas ?

L’ange noir roula mes feuilles enluminées et les pressa un moment contre ses lèvres. Absolument, mon amour, absolument. Il est si facile de se soustraire au monde. Et que deviendrai-je, quant à moi, si vous décidez de partir ?

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