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Archive for May, 2013

Je trouve enfin le temps d’écrire sur ce blog. Mes visites se raréfient, mais il y a énormément de choses qui se produisent en ce moment – objectivement, même si j’ai l’impression que rien n’arrive, ce qui est un de mes problèmes.

On m’a demandé d’écrire une pièce de théâtre, par exemple, ce qui est vite devenu quelque chose de plus dans mon esprit – je pense écrire des chansons pour l’accompagner. Je préfère ne pas en trop en dire pour le moment. Les idées sont placardées au-dessus de mon bureau.

L’évènement le plus marquants de ces dernières semaines, le voilà : j’ai résolu une enquête. Enquête dont le résultat s’est rapidement élevé au rang de petite découverte universitaire. Comme quoi les influences servent.

Le générique de Sherlock Holmes s’impose, je crois :

Sans ma passion pour Sherlock Holmes et Dante Gabriel Rossetti, en effet, je n’aurais jamais mené cette enquête jusqu’au bout.

Tout commence un beau jour de… Mars, si j’en crois mes mails. Peut-être un peu avant. Bref, ce jour-là, je suis allée à la bibliothèque universitaire pour emprunter le bouquin qui me faisait envie depuis un moment : un essai sur le peintre préraphaélite Dante Gabriel Rossetti.

Imaginez : un tout petit livre aux airs de grimoire avec de très belles reproductions en noir et blanc, dont la mystérieuse Washing Hands, que j’ai découverte à cette occasion. La première phrase de l’ouvrage est la suivante : « Rossetti must not be considered as master, but as a genius ». Je ne pouvais qu’être séduite. C’est pourquoi dès que l’occasion s’est présentée, j’ai couru à la bibliothèque emprunter le précieux petit ouvrage que j’avais feuilleté auparavant. Il fut glissé précautionneusement dans mon sac et transporté avec moi au cours des jours suivants – je ne manquais pas une occasion de le lire, naturellement.

Jusqu’à ce jour où, pendant un cours sur les légendes arthuriennes – dont les peintres préraphaélites étaient fans, ça ne s’invente pas… – je sors fièrement le livre de mon sac et le montre à une amie. Elle le feuillette et remarque la dédicace écrite à l’encre sur la première page : « To Agnes from [monogramme mystérieux]. Xmas. 1902. »

Amusée, je tourne les pages à la recherche d’autres notes potentielles. J’en trouve deux au crayon de papier, dont une en face d’un paragraphe qui évoque le jeune peintre Arthur Hughes : « Not true of me [monogramme mystérieux], very much of Burne Jones », signale l’inconnu d’une écriture élégante, ornant toujours la note de ces mystérieuses initiales entremêlées.

A cet instant, une idée folle traverse mon esprit et la musique de Sherlock Holmes commence à résonner dans ma tête. Je replace le livre dans mon sac. Rentrée chez moi, l’enquête commence officiellement.

Serait-il possible que l’auteur des notes soit Arthur Hughes en personne ?

Pas d’affolement, commençons par quelques détails formels et concrets. Le livre a été édité en 1902 et écrit par Ford Madox Hueffer, petit fils de Ford Madox Brown, lui-même peintre préraphaélite. Bien. Quant à Arthur Hughes, il était encore vivant en 1902. Une recherche un peu plus poussée m’apprend que Lewis Carroll a pris plusieurs photos de Hughes avec ses enfants, dont une du peintre avec sa fille, prénommée… Agnes.

Ça fait suffisamment de coïncidences, non ? Histoire de me conforter dans mon hypothèse, je tire de mes archives un autoportrait d’Arthur Hughes à 19 ans (en tête de ce post – et oui, j’aimais aussi ce peintre avant cette affaire), sur lequel on peut voir l’écriture manuscrite du jeune peintre. Entre 19 et 70 ans, l’écriture d’un homme a certainement évolué, mais je trouve des lettres communes.

Là, je regarde une image de Rossetti accrochée sur le mur de ma chambre : mon ami, si ma théorie se vérifie, c’est un cadeau que tu m’envoies du ciel.

Donc, le moment est venu de passer à l’action. Durant les jours qui suivent la découverte, je retourne à la bibliothèque où j’obtiens l’adresse mail de la directrice du département des arts, duquel fait partie le mystérieux ouvrage. Et comme je ne veux pas passer pour une douce illuminée, j’envoie des photos à l’appui de mes arguments. Résultat : j’obtiens une réponse dans les semaines qui suivent. La rencontre avec la directrice – charmante – a lieu dans les bureaux de la bibliothèque. Je me sens privilégiée. Pas intimidée : cette émotion m’est interdite.

L’entrevue se déroule à merveille, avec à la clé l’adresse d’un professeur qui pourrait m’aider, ainsi que la promesse de la directrice que le livre de Hueffer sera protégé. (D’ailleurs, comment les notes au crayon de papier ont-elles pu survivre pendant plus d’un siècle ? C’est un miracle. Apparemment, le livre n’a été emprunté que trois fois. En tout et pour tout.)

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Mon souhait était en effet que le livre soit mis à l’abri. La seule pensée qu’il puisse être emprunté ou abîmé – même si les chances étaient faibles – avec un tel contenu m’inquiétait un peu.

Ainsi donc, l’enquête se poursuivait. Elle fut interrompue, cependant, et ne reprit qu’un mois plus tard. Raison : Sherlock Holmes n’avait pas de dossiers à rendre ni des exposés à faire, lui ! Le veinard.

Un mois plus tard, je trouvai enfin le temps de reprendre l’enquête en me maudissant cent fois – environ – pour le temps perdu. Ceux qui me connaissent savent que la patience ne fait pas partie de mes attributions.

Je retrouvai, coincée entre les pages de mon carnet, le morceau de papier sur lequel était inscrite l’adresse du professeur. « Un spécialiste de la peinture du XIXème siècle qui a été en Angleterre. Il répond assez vite, en général », m’avait dit la directrice du département des arts.

Elle ne croyait pas si bien dire.

Jeudi matin, j’envoyai un long mail, assez ressemblant à celui que j’avais envoyé à la dame, photos jointes évidemment. Le soir même, à minuit, les enfants, peu avant d’éteindre les lumières, je vais faire un tour sur ma boîte mail et que vois-je ? Une réponse.

Je l’ai lue. Relue. Et je me suis retrouvée à rire comme une folle devant mon écran pendant les vingt minutes suivantes.

Le professeur confirmait non seulement mon hypothèse (« c’est un monogramme que l’on retrouve sur de nombreux dessins d’Arthur Hughes ») mais m’invitait également à publier une note universitaire sur la question. J’ai 22 ans, je ne suis pas étudiante en art et encore moins professeur. J’ai donc accepté.

(Nota : Une note ou un article universitaire est publié dans une revue spécialisée. C’est une source officielle, fiable, répertoriée, pouvant être utilisée par n’importe quel professeur ou étudiant pour une thèse, un article, une conférence, un mémoire et j’en passe.)

A l’heure actuelle, je suis en train de constituer un dossier de recherches sur Arthur Hughes et de trouver des idées afin de pouvoir prétendre à une publication digne de ce nom. En écoutant les Raveonettes. (Vus en concert samedi. Quelque chose me dit que Sune Rose Wagner et moi aurons un compte à régler un jour.)

Le soir où j’ai reçu l’email qui concluait mon enquête, j’ai non seulement ri mais fixé un regard entendu (et reconnaissant) sur les images de Sherlock Holmes et Rossetti accrochées au-dessus de moi.

Comme quoi, les influences peuvent servir.

(suite au prochain épisode… d’ici là, les recherches sont de mise)

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