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Posts Tagged ‘littérature’

J’ai deux types de listes de lecture. Une, griffonnée sur un carnet, énumère les livres que je lis depuis le début de l’année. Ça fait deux ans que je me prête à l’exercice, suite à la frustration de ne pas savoir combien de livres je lisais en un an. (Ça m’aide aussi à avoir où j’en suis dans le quota de lectures annuelles que je me suis fixé.) Ma seconde liste, c’est un fichier Excel sur mon ordinateur, qui répertorie aussi les films, les BD et les séries. Celle-ci, je l’utilise surtout pour ne pas oublier les titres d’œuvres que j’ai envie de découvrir. Je note le titre et l’auteur, et je coche une case une fois que j’ai eu accès à l’œuvre en question. J’ai lu Rage de Stephen King ce week-end et, au moment de trouver la ligne Excel que j’avais préparée pour ce bouquin, je me suis rendu compte que je ne l’avais jamais inscrit dans ma liste. Pourtant, l’envie de lire Rage est présente dans ma tête depuis un bon moment.

L’histoire de ce livre est un peu particulière. En bref, c’est un des premiers romans de Stephen King, dont il a écrit la première version au lycée, et qu’il a publié en 1977 sous le pseudonyme de Richard Bachman. En 1999, King a décidé de ne plus faire réimprimer Rage. Le roman a en effet été retrouvé dans les affaires de plusieurs adolescents qui ont commis des tueries dans des lycées américains. Si pour King les livres, films et jeux vidéo violents ne sont pas à mettre en cause concernant ces tragédies, il pense en revanche que son roman a pu servir de déclencheur chez des esprits déjà fragiles et malades. Je ne peux pas m’empêcher de vous mettre une vidéo d’Orson Welles où il donne un point de vue similaire avec l’éloquence qui le caractérise. (Je m’étais aussi exprimée sur la question dans mon article De l’influence néfaste de l’art.)

Ça, c’était pour le contexte. A l’heure actuelle, il est donc impossible de trouver Rage en librairie, à moins de mettre la main dessus dans une brocante ou une librairie d’occasion. Ou… de fouiller internet, où des âmes charitables ont publié la version numérique du livre (en anglais et dans ses traductions : je l’ai lu en français). Le livre fait 198 pages, et raconte l’histoire d’un adolescent qui tue deux de ses professeurs, avant de prendre une classe en otage.

Ça doit sûrement vous être arrivé : vous avez depuis longtemps un livre dans votre PAL, et un beau jour, vous sentez que c’est le moment de le lire, que c’est maintenant, et vous vous lancez dedans. J’ai lu Rage d’une traite, en suivant les pensées de son anti-héros, Charlie Decker, puisque tout le récit est à la première personne.

Et bon sang, que ça m’a fait du bien.

Des œuvres sur des adolescents à l’origine de massacres dans les lycées américains, il y en a eu. Les plus célèbres étant probablement le film Elephant, de Gus Van Sant (très contemplatif, avec une ambiance pesante qui reste collée au moral pendant des jours), ou encore Il faut qu’on parle de Kevin, un roman brillant dont l’adaptation filmique l’est tout autant, et dont la blogueuse Charmant Petit Monstre parle très bien dans sa critique. Mais Elephant se contente de suivre ses protagonistes, quand Il faut qu’on parle de Kevin adopte le point de vue de la mère et traite des relations complexes qu’elle entretient avec son fils. Ma plus grande frustration, en lisant Il faut qu’on parle de Kevin puis en voyant le film, c’était de ne pas savoir ce qui se tramait dans la tête du garçon. Pourquoi est-ce qu’il agit ainsi et quelles sont ses motivations (qu’on ne peut que soupçonner) ?

[Note : après des recherches sur les sites Babelio et Goodreads, j’ai pu remarquer qu’il n’y avait quasiment aucun roman, excepté celui de King, qui adoptait le point de vue d’adolescents meurtriers dans des lycées. En revanche, le thème a été exploité un certain nombre de fois au cinéma, et dans des registres très différents, dont un qui porte le « doux » nom de « school revenge movies ». Pourquoi n’y a-t-il pas de romans ? Oh et autre réflexion en passant : ce sont toujours des personnages masculins qui sont représentés. Tout simplement parce que dans la vie réelle, les tueries dans les lycées sont commises par des garçons. Jamais par des filles. Ça n’interpelle personne ? Je pose ça là.]

Dans Rage, la question du mobile de l’anti-héros ne se pose pas. Le récit se déroule sur une matinée, celle où Charlie Decker sort d’une énième confrontation avec le proviseur de son lycée, et pète les plombs. Ses motivations, on les connaît grâce à des flashbacks, qui nous montrent un père abusif ou les collégiens qui l’ont harcelé. Le style de King, jeune au moment de l’écriture du livre, est imparfait, mais cru et efficace. Surtout, le basculement de la matinée ordinaire d’un lycée américain vers le moment où tout part en vrille s’opère brutalement, sans ménager son lecteur.

Il y a un seul (gros) bémol selon moi : la réaction des lycéens pris en otage. Sur le site Goodreads, un critique a dit que Rage se résumait à « Holden Caulfield qui prend le Breakfast Club en otage », et il y a un peu de ça. Ce qui suit n’est pas un spoil, puisqu’on le sait dès le début. Loin de s’affoler alors que Charlie a tué des professeurs sous leurs yeux, les élèves qu’il retient restent quasiment tous d’un calme olympien, et en viennent rapidement à le soutenir. Un dialogue va s’instaurer entre eux, et plusieurs adolescents vont raconter leurs traumatismes ou leurs problèmes… oui, c’est une vraie thérapie de groupe. Et c’est peu vraisemblable. (On a d’ailleurs droit à un passage efficace contre le harcèlement de rue via le récit d’une des lycéennes. Et on était dans les années 70, eh oui !)

J’ai hésité à faire un article de blog à propos de ce livre parce que, comme je l’ai dit, sa lecture m’a fait du bien. Pour mieux expliquer ce que j’ai ressenti, je vais citer Jack Parker dans un excellent podcast où elle parle notamment de harcèlement scolaire : « Ma colère est née au collège, à force de subir ça tous les jours, de n’avoir aucun soutien nulle part. D’être vraiment profondément mal-aimée, ou pas aimée, voire complètement détestée viscéralement. (…) C’est pour ça que… Il faut que je fasse très attention à comment je formule ça. Que je comprends ce qui peut pousser des élèves à faire des fusillades dans les collèges et les lycées. Je n’excuse pas, jamais de la vie, je ne justifie pas, il ne faut pas le faire, jamais, ce n’est pas une solution. Mais je me suis endormie tous les soirs avec des scénarios de vengeance où je débarquais, je défonçais tout et je mettais tout le monde à mes pieds. Je comprends comment ça peut pousser à l’extrême. Mais je n’ai jamais fait de mal à personne, on peut très bien avoir ces envies-là sans agir dessus. »

Pour avoir été dans un cas similaire (et être toujours en colère), je sais que j’ai pensé, en lisant Rage : « C’est le livre que j’aurais voulu lire étant ado ». Parce que ça été une vraie catharsis, et que la fiction sert aussi à ça : évacuer le trop plein et nos pulsions négatives. Certains jouent à des jeux vidéo, d’autres écoutent de la musique violente. Je lis des bouquins, j’écoute de la musique, je regarde des films et j’écris des histoires. Et, parfois, j’ai besoin d’un bon shot livresque qui mettra en mots tout ce que je ne peux ni faire, ni dire. Rage a été ça, pour moi. Et je me dis qu’il aurait peut-être pu faire du bien à d’autres adolescents. D’un autre côté, c’est peut-être mon recul d’adulte qui me permet d’apprécier autant ma lecture ?

Avec quelques bémols, cependant. Comme je l’ai dit, la prise d’otages me paraît peu vraisemblable, et j’aurais aimé que la rage qui a donné son titre au livre soit plus présente. Il manquait quelque chose. Je crois que je m’attendais à plus intense et spectaculaire, et le fait d’avoir eu une action marquante au début, suivi d’un huis-clos prenant, certes, mais « calme », en est la cause.

En fin de compte, je me demande si la censure que s’est imposée Stephen King avec son livre est pertinente. Je comprends les raisons qui l’ont poussé à retirer son roman de la circulation, bien sûr – même si avec internet, il est désormais possible de le lire. Mais son œuvre n’est pas la seule à avoir nourri l’imagination d’esprit malades. Ce n’est certainement pas en cette période que le livre sera à nouveau publié. Quoiqu’il en soit, j’encourage tous les curieux à découvrir ce livre, parce qu’il est intéressant, lucide, et pointe du doigt des problèmes qui sont particulièrement d’actualité quarante ans après sa parution. (Et que, pour certains lecteurs, il pourra être étrangement réconfortant.)

Générique de fin.

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Il est venu le temps d’écrire le top culturel 2017 ! *sortez les confettis* Ça fait deux ans que j’écris moins sur ce blog, mais je lui reste fidèle. Avec le temps, je le vois vraiment comme un refuge où je peux publier ce qui ne peut pas l’être sur les sites où je travaille/collabore. Cela dit, j’aimerais qu’il soit un peu plus alimenté en 2018, mais nous verrons.

L’année 2017 n’a pas été facile, mais je suis heureuse de dire qu’elle s’est bien terminée. Si elle a plutôt été placée sous le signe de l’introspection en ce qui me concerne, l’action devrait être le maître mot de 2018 ! J’ai très peu écrit pour mes projets personnels en 2017, en raison d’une grosse panne d’inspiration. Apparemment, ladite inspiration s’est rappelée à moi pendant les dernières semaines de décembre, où j’ai été plus productive qu’au cours des onze mois précédents. J’ai donc bouclé la première version d’Élise, une pièce de théâtre destinée à la jeunesse, qui s’éloigne de l’univers gothique du Vampire de la rue Morgue (qui tourne toujours avec le Théâtre Ishtar et se porte bien !).

Autre gros changement : je vais désormais régulièrement collaborer à SyFantasy.fr, un de mes sites préférés dédié à la SF, à la Fantasy et au fantastique. Mon premier article pour eux a été publié récemment. Il porte sur Kylo Ren en tant que personnage romantique, et les retours ont été si enthousiastes sur les réseaux sociaux que j’en suis absolument stupéfaite et ravie. C’était la meilleure façon de finir 2017, et c’est aussi la réalisation d’un grand rêve. J’ai mis tout mon cœur dans cet article, alors n’hésitez pas à aller le lire si le cœur vous en dit !

Un autre article que j’ai été heureuse de publier en 2017 est celui sur le manque de superhéroïnes intelligentes, sorti sur le webzine Ta Chatte. Il est le fruit d’une réflexion sur les modèles féminins qu’on m’avait donnés à voir depuis petite, et le point de départ de l’écriture d’Élise. Sans transition, le top culturel de l’année 2017.

TOP DES SERIES 2017

J’en ai vu plus que l’an dernier, indéniablement. Pour une bonne partie, il s’agissait surtout de séries que j’avais déjà commencées. La saison 4 de Sherlock était un peu décevante (j’ai donné mon avis ici dans une lettre adressée au héros). J’ai enfin pu terminer la websérie Carmilla, que je recommande à tout le monde. La saison 3 est un mélange d’humour, de féminisme, de références pop culture, de geekerie et d’ambiance cosy absolument parfaite. Il ne me reste plus qu’à voir le film ! American Gods était une excellente adaptation, même si je redoute un peu la saison 2 maintenant que Bryan Fuller n’est plus aux commandes. Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire était l’adaptation que nous attendions tous – même si j’adore le film aussi –, avec quelques messages bien placés. Vivement la suite ! Enfin, j’ai également rattrapé les saisons de Game of Thrones. Jaqen H’Ghar reste mon personnage préféré, et j’espère qu’il viendra faire un coucou dans la dernière saison, prévue pour 2019. Mais le coup de cœur de cette année va à…

SWEET/VICIOUS

Sweet/Vicious

La série a commencé en 2016, mais sa diffusion s’est achevée en 2017. C’est une série importante, que j’ai conseillée à beaucoup de monde après l’avoir vue, j’en profite donc pour le faire ici. L’histoire de ces deux justicières qui décident de punir les violeurs qui sévissent sur leur campus est à la fois dure, émouvante et drôle. Je persiste à dire qu’elle devrait être montrée dans les collèges et lycées, parce qu’elle joue un vrai rôle éducatif sur la culture du viol. J’en ai largement parlé ici (c’est rare que je vous mette des liens vers le site pour lequel je travaille officiellement, mmh ?), et je n’ai pas grand chose à ajouter sur le sujet. Regardez-la, aimez-la et recommandez-la à vos amis, parce que vous ne le regretterez pas et qu’elle le mérite.

Les séries que je voudrais voir en 2018 : je préfère ne pas trop prévoir, étant donné que je regarde rarement celles que je pronostique. Cependant, je compte bien finir Girls. Oh, et j’attends la suite de la websérie Kyloki, petite découverte hilarante que je vous conseille ! Ainsi que la suite des Orphelins Baudelaire. Et l’adaptation de De bons présages, dont les premières photos me laissent perplexe, mais c’est un de mes bouquins préférés.

TOP DES FILMS 2017

Je suis pas mal allée au cinéma en 2017, et je dois dire que je n’ai pas été déçue. Ça a été une très bonne année en terme de films, à tel point que je serai incapable de départager un grand coup de cœur en particulier. Ils sont plusieurs, ils sont légion ! Avant de vous parler d’eux et des films qui occupent une place à part dans mon cœur, je précise que je n’ai vu ni Blade Runner 2049, ni Silence. Ce sera fait, un jour. Donc, les films que je retiens en 2017 sont :

LoganLogan, de James Mangold : un grand film, et un western plus qu’un film de superhéros. C’était voulu, et c’était le Wolverine que je souhaitais voir à l’écran. Cette ambiance de poussière, de sang et de road movie avait tout pour me séduire. C’est avec ce film que j’ai pu amorcer une évolution dans mon écriture et mes histoires. Logan/Wolverine/James Howlett fait partie des personnages qui m’ont marquée et m’ont appris la vie en 2017, mais j’y reviendrai dans mon top de lectures. Sacré voyage, en tout cas.

Free Fire, de Ben Wheatley : un film passé totalement inaperçu, très pfree fireeu distribué, et c’est bien dommage. Pourtant, le casting fou du film (Cillian Murphy, Sam Riley, Brie Larson, Armie Hammer) était à lui seul un argument de vente ! J’y suis allée un soir d’été, sans autre attente que de me laisser embarquer dans cette histoire d’affrontement armé entre gangsters dans un entrepôt. Résultat : mes hormones m’ont dit merci en sortant. Ce film était exactement ce dont j’avais besoin en cet instant T, et c’est un sentiment assez rare pour que Free Fire figure dans ce top. Regardez-le.

dunkirkDunkirk, de Christopher Nolan : je n’aime pas les films de guerre. Mais ce film immersif a été une vraie claque visuelle, sonore et émotionnelle. J’ai l’impression que beaucoup se méprennent sur son propos et son sujet quand j’en parle autour de moi. Si vous ne l’avez pas vu, oubliez tous vos préjugés, parce que ça ne ressemblera certainement pas à ce que vous imaginiez. Et ce casting ! Tant d’acteurs que j’apprécie au même endroit, c’est indécent. Un peu comme dans Free Fire.

Logan Lucky, de Steven Soderbergh : là aussi, je connais peu de personnLogan Luckyes qui l’ont vu. Quand j’ai vu l’affiche avant la sortie de la bande-annonce, j’ai cru à un fake : Adam Driver, Daniel Craig et Channing Tatum devant cette voiture, ça avait tout du fanmade. Eh bien pas du tout ! Ce film de casse au pays de l’Amérique profonde était drôle, intelligent et divertissant. Tous les acteurs ont l’air de s’éclater (surtout toi, Daniel, en roue libre) et leur plaisir est communicatif.

Thor : Ragnarok, de Taika Waititi : j’aime le réalisateur Taika Waititi, et j’attendais Thor thor ragnarok3 depuis trois longues années. Il est enfin arrivé, et malgré quelques imperfections, je n’ai pas été déçue. Loki était impérial, ce personnage me manquait beaucoup trop. Les retrouvailles furent joyeuses : ce film est un pur feel good (à voir quand vous avez besoin de motivation), parsemé de trouvailles visuelles, et mine de rien assez gonflé. Détruire toute la mythologie d’un personnage en deux heures, il fallait oser, Waititi l’a fait. (Un peu comme un certain Rian Johnson…)

Mentions honorables : La La Land, auquel je n’ai cessé de penser pendant les dix jours qui ont suivi son visionnage avant de l’oublier petit à petit. Ça reste un très beau film. Spiderman : Homecoming, qui était une bonne relecture du personnage (et MJ est fabuleuse !). Et Baby Driver, pour la prouesse sonore et visuelle d’Edgar Wright (et Jon Hamm, aussi).

Les deux coups de cœur à part : l’année est placée sous le signe d’Adam Driver, manifestement, puisqu’il figure Patersondans les deux films en question. Paterson (de Jim Jarmusch) est sorti fin 2016, mais je l’ai vu début 2017. J’ai dû penser à ce film chaque semaine depuis, tant il m’a marquée. Son message est tout simple : son héros mène une vie routinière, griffonne des poèmes dans son carnet, il s’en contente, est heureux et profite de chaque petite chose. C’est un film lent et contemplatif, qui donne l’impression de vous envelopper dans un cocon. Je ne sais pas si je le reverrai un jour, mais il m’est resté. Vraiment.

the last jediStar Wars : The Last Jedi, de Rian Johnson. Passées les presque 24h de « Mais qu’est-ce que je viens de voir ? Est-ce que j’ai aimé ou pas ? ». Oui, j’ai aimé. L’audace de Rian Johnson, la beauté visuelle du film, la richesse du propos (notamment sur l’échec et la zone grise de certains personnages), les personnages féminins bien écrits, me font lui pardonner ses quelques défauts d’écriture. J’attendais mes retrouvailles avec Kylo Ren avec beaucoup d’appréhension, et il m’a encore plus bouleversée que dans le 7. A l’heure où j’écris ces lignes, j’ai honoré SW8 d’un second visionnage, et il se bonifie avec le temps !

Les films que je veux voir en 2018 : The Shape of Water, de Guillermo Del Toro, ce qui ne saurait tarder. Pour le reste, je vais me laisser porter comme en 2017, et rester à l’affût des bonnes surprises !

TOP LIVRES 2017

En 2017, j’avais un défi de lecture : lire un livre par semaine. J’ai relevé le challenge, et j’en suis sacrément fière ! (Mon carnet indique 60 livres lus en 2017, en comptant le peu de comics et de mangas que j’ai lus.) Je crois bien que c’est la première année où on trouve si peu de gothique et autant d’auteurs actuels dans mes coups de cœur, mais écoutez, j’avais décidé d’élargir mes horizons. En 2017, j’ai eu envie de lire de grands récits d’aventure, de partir à la découverte de nouveaux paysages et de nouveaux mondes avec des personnages intéressants. Et j’en ai rencontré ! Donc, plutôt que de faire un : « En première position… », je vais présenter les gars que j’ai croisé en 2017 dans les pages de mes bouquins. Ceux-là mêmes qui m’ont « appris la vie » comme je le disais en parlant de Logan : ils m’ont rendue plus courageuse, plus déterminée et m’ont sacrément remonté le moral.

gagner la guerreDon Benvenuto, (anti)héros de Gagner la guerre, de Jean-Philippe Jaworski : je vous ai déjà beaucoup parlé de ce roman sur mon blog. Ça reste LA claque de 2017 pour moi, un immense livre dont je ne me suis toujours pas remise.

Melmoth, (anti)héros de Melmoth, l’homme errant de Charles Robert Maturin : ce roman est un classique gothique du XIXème siècle (oui, bon…) qui m’a fascinée du début à la fin. Melmoth est le personnage que j’attendais de croiser en littérature. Il a tout pour lui : la classe, la façon de s’exprimer élégante et ténébreuse, le passé qui n’est jamais dit, la terreur (ou l’amour !) qu’il provoque chez ceux et celles qui le croisent. Et c’est un immortel, bon sang ! Mais j’en reparle bientôt sur SyFantasy.fr. Je lui avais aussi consacré un podcast à la sauvage ici.

Kaz Brekker, héros de Six of Crows de Leigh Bardugo : ce type-là vient se rangersix of crows aux côtés d’Artemis Fowl, de Locke Lamora et de Daniel Atlas. Oui, c’est un jeune voleur à l’ego surdimensionné. Sa particularité, c’est de boiter, d’avoir toujours les mains gantées… et bien entendu de garder un coup d’avance sur ses ennemis. J’ai aimé explorer Ketterdam, la ville imaginaire et corrompue créée par Leigh Bardugo, en sa compagnie. J’ai hâte de lire le deuxième et dernier tome de ses aventures !

Archibald, personnage de la saga La Passe-Miroir de Christelle Dabos : j’ai dévoré les trois premiers tomes de la série à différents moments de l’année. Pour une fois, Booktube aura eu raison : cette série est très bien, l’univers est intéressant et ses personnages aussi. Si le personnage de Thorn a son lot de fangirls, c’est surtout Archibald qui a retenu mon attention. Je le vois comme un cousin éloigné de Dorian Gray, avec un caractère qui lui est propre (et bien plus profond qu’il n’y paraît). Vivement le tome 4, Archibald a encore plus d’un tour dans son chapeau !

carry onBaz, héros de Carry On de Rainbow Rowell : dans la catégorie plaisir coupable, je nomme ce bouquin dévoré en quelques jours, et qui m’a fait un bien fou. C’est une petite sucrerie qui parlera à tous ceux qui ont lu Harry Potter, Fangirl de Rainbow Rowell (où Baz était déjà mentionné dans les écrits de plusieurs personnages) ou les fanfictions. Baz est un vampire de dix-sept ans, qui est aussi un élève brillant au sein de son école de magie. Il est insupportable, il est beau, il est arrogant, il est doué et il le sait. Oh, et il habite dans un manoir (parce que pourquoi pas, hein). Bref, il est bien trop cool, et ce roman était parfait pour se détendre entre deux lectures plus sérieuses.

Madeleine de Maupin, héroïne de Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier : relecture récente de ce livre que j’avais adoré à 20 ans. Madeleine est badass, elle se bat en duel, elle se déguise en homme, elle choisit d’aimer qui elle veut (hommes et femmes), elle vit des aventures et est dotée d’une aura presque byronienne. Elle reste une de mes héroïnes préférées. Et ce livre a été publié en 1835 !

Mentions spéciales : Oscar’s Books, de Thomas Wright. C’est un des livres que j’ai ramenés de mon petit voyage à Londres, et qui a pour sujet la bibliothèque d’Oscar Wilde, ainsi qui les lectures qui ont émaillé sa vie. C’est un livre touchant, qui donne beaucoup d’idées de lectures et qui confirme ce que je soupçonnais : le Maître adorait lui aussi Mademoiselle de Maupin. L’enfant et le Maudit, une série de mangas signée Nagabe et toujours en cours (trois tomes sont sortis). La relation entre les deux personnages principaux est tellement belle et émouvante que je conseille cette série à tout le monde.

Ce que je voudrais lire en 2018 : comme pour les films, j’ai envie de me laisser surprendre. Et de continuer à élargir mes horizons, en découvrant de nouveaux personnages forts avec qui traverser cette année.

TOP ALBUMS 2017

Cette année musicale n’aura pas tenu ses promesses : malgré des sorties intéressantes, je reste un tantinet déçue. Cependant, j’ai fait quelques découvertes dont je tenais à vous parler ici. Les deux plus importantes de l’année restent pour moi (et là, oui, on va être un brin gothique) Drab Majesty et The Horrors.

Drab Majesty a sorti l’album The Demonstration début 2017, et je suis tombée dessus totalement par hasard (au détour d’une playlist aléatoire Deezer, probablement). Si certains titres m’ont plu immédiatement, il m’a fallu plusieurs écoutes pour apprécier les autres. The Demonstration est un album parfaitement maîtrisé et bien produit, qui dévoile sa richesse au fil des écoutes. Le groupe est influencé par toute la vague cold wave et gothique des années 80’s (on trouve des hommages évidents à The Cure, notamment). Si vous aimez ce style et la voix grave et profonde du chanteur, vous ne serez pas déçus. Mentions spéciales à Dot In The Sky, Cold Souls, Kissing The Ground et Behind The Wall, qui sont mes morceaux favoris du disque.

Je connaissais quelques chansons de The Horrors et je les aimais beaucoup, mais je n’avais jamais tenté plus loin l’expérience. Ils ont sorti l’album V en 2017, et je suis allée l’écouter pour vérifier le bien fondé des bonnes critiques que je lisais. J’ai adoré, adoré V. Je n’ai même pas de titre favori : cet album est vraiment la découverte d’un univers sonore pour moi. Résultat : je me suis fait toute la discographie du groupe. (Unpopular opinion : Luminous, leur avant-dernier album, est celui qui m’émeut le plus.) La voix grave de ce grand échalas de Faris Badwan fait des merveilles dans mes oreilles, et je ne manque pas une occasion de chanter sur sa musique. V est le meilleur album sorti en 2017 pour moi. C’est du rock qui déploie des paysages devant vos yeux, et vous enveloppe dans son atmosphère. Ou alors il vous fait danser. Je suis incapable de lui coller une étiquette ! Anecdote : Something to Remember Me By est devenue la chanson que j’écoute pour me mettre dans la peau du Chevalier de La Locandiera, pièce que je joue avec le Théâtre Ishtar. (Mais je vous mets Hologram parce que j’adore cette ouverture d’album.)

Mentions honorables : Noel Gallagher, Queens of the Stone Age et Marilyn Manson ont tous signé d’excellents albums en 2017. C’est aussi le moment où j’admets publiquement que l’album de Harry Styles est (vraiment) très bien, et j’en suis la première surprise. Je vais donc suivre de près la carrière de ce petit (qui joue aussi fort bien dans Dunkirk). La petite génie Lorde a sorti un album à la hauteur de mes attentes. J’ai découvert sur le tard l’album Manipulator de Ty Segall (qui est assez fou). Si vous aimez le blues-rock bien badass qui sent la poussière et le sang, je vous conseille le dernier EP du groupe Blackbird Hill, Midday Moonlight. Et dans le registre darkwave, celui de Perturbator, New Model, que je ne m’attendais pas du tout à aimer. Enfin, Nine Inch Nails s’est encore fendu d’un bon EP, qui m’a plutôt bien servi lors de séances d’écriture. La petite playlist que je m’étais constituée pour une de mes histoires pleine de sabres lasers, de désert et de batailles (oui, j’ai utilisé Kylo Ren pour m’exercer à écrire des scènes de baston) aura également été un des beaux moments musicaux de mon année.

Les albums que je veux écouter en 2018 : ceux de Jack White, de Ghost, de BRMC et d’Anna Calvi. S’ils ne se ratent pas, ils peuvent à eux seuls rendre 2018 radieuse en terme de musique. Dans ce domaine en particulier, j’aimerais élargir mes horizons et découvrir plein de nouvelles choses.

Fin du bilan 2017 ! *trompettes et tambours* J’espère qu’il vous aura donné quelques idées d’œuvres à découvrir. Je crois que c’est l’année la plus diverse en terme de culture que j’aie présentée ici. Que 2018 soit grande, belle, et que la Force soit avec vous.

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vampire chronicles

Soit la question qu’on se pose depuis quelques décennies.

Il est des livres qu’on s’obstine à finir parce qu’on a envie de croire, jusqu’à la dernière page, qu’une bonne surprise nous attend… même si on sait au fond de nous-même que ça n’arrivera pas. Récemment, j’ai vécu ce cas de figure avec le désastreux Blood Canticle (Le Cantique Sanglant, en français) d’Anne Rice, l’avant-dernier tome de ses Chroniques des vampires. Je ne m’attendais pas à un roman exceptionnel, loin de là, mais j’espérais une histoire bien écrite et qui tienne la route. Dieu sait qu’Anne Rice, même dans ses histoires les plus mauvaises, arrive à garder un style d’écriture particulier. Orage, désespoir : en plus de présenter une mauvaise intrigue, Blood Canticle est mal écrit. Afin d’être sûre que je n’étais pas devenue une épouvantable snob et que le style était effectivement mauvais, j’en ai lu plusieurs passages à l’amie chez qui je vivais au moment de ma lecture.

J’ai lu Blood Canticle en anglais, ce qui m’a permis de me rendre compte du fossé abyssal qui séparait ce roman d’Entretien avec un Vampire. Ne serait-ce qu’au niveau du style : Entretien avec un Vampire est écrit dans un style raffiné, loin d’être évident pour les néophytes et certainement pas pour une première lecture en anglais. A l’inverse, Blood Canticle est d’une simplicité déconcertante, accessible même pour ceux qui voudraient commencer à lire en anglais. Pour reprendre les termes de l’amie qui a été témoin de mes plaintes et récriminations : « On dirait que ça a été écrit par un ado de 15 ans ». (Heureusement, ce livre a le mérite d’être relativement court.)

J’ai déjà parlé au moins une fois d’Entretien avec un Vampire sur ce blog : c’est pour moi un chef d’œuvre de la littérature vampirique, et un chef d’œuvre tout court. Je l’ai lu à douze ans. Dès lors, c’était fichu : j’étais destinée à devenir romantique, le narrateur Louis de Pointe du Lac est entré au panthéon de mes personnages favoris en littérature et Anne Rice a été une influence majeure sur ma façon d’écrire. Entretien avec un Vampire est un des trois livres que je relis régulièrement, ce qui n’est pas peu dire. Il y a une finesse d’écriture et un vrai propos philosophique. A la parution du livre, en 1976, Rice est parvenue à dépoussiérer totalement le mythe du vampire tout en restant dans une tradition très XIXème siècle.

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“Salut, gamine.” : Louis de Pointe du Lac dans Entretien avec un Vampire de Neil Jordan (1994).

Après le succès de son roman, Anne Rice a décidé de ne pas s’arrêter en si bon chemin et d’écrire plusieurs suites, faisant de l’histoire de Louis le premier tome de la saga des Chroniques des vampires. Je vais m’attirer les foudres de la plupart des lecteurs : pour moi, Anne Rice aurait dû arrêter son histoire à la fin d’Entretien avec un Vampire.

Attention, je ne dis pas que les tomes suivants sont nuls. Je dis qu’à côté du chef d’œuvre qu’est Entretien avec un Vampire, le reste de la série se hausse, au mieux, au rang de divertissement de luxe. Nombreux sont ceux qui préfèrent Lestat le Vampire, le tome qui suit directement Entretien. J’avoue que ça m’a toujours laissée perplexe. Je conçois qu’on puisse préférer Lestat à Louis : le premier est flamboyant, cynique, libertin, alors que le second fait dans l’introspection romantique et passerait sa vie le nez dans des bouquins s’il le pouvait. Mais Lestat le Vampire amorce selon moi la descente de la saga. Pourquoi ? Parce qu’il rend manifeste ce que le premier tome ne faisait que sous-entendre. Entretien avec un Vampire est beau parce qu’il ne montre pas tout : on sait que les sentiments de Lestat envers Louis sont ambigus, mais ils ne sont jamais explicitement décrits (et pour cause !). Ceux de Louis sont encore plus complexes et de son propre aveu, il lui arrive de haïr son créateur – Lestat, donc.

Dès Lestat le Vampire, tout change : Lestat devient le narrateur de l’histoire – et celui de la majorité des tomes suivants. Selon lui, Entretien avec un Vampire est parsemé de mensonges inventés par Louis et ne rend pas justice à sa personne. Eh oui, en vrai Lestat est triste et a désespérément besoin d’amuuur. Quant à Louis, c’est LE grand amour de Lestat (et réciproquement), une idée qui sera souvent répétée par l’un ou l’autre de nos deux vampires au cours des livres suivants.

BON. Pourquoi pas. Je suis en revanche un peu agacée face à la décision de Rice de faire table rase de certaines choses évoquées par Louis dans Entretien : « En fait, Louis était furieux contre Lestat et racontait des craques, mais c’est pas du tout ce qui s’est passé ! » (Anne Rice, probablement).

lestat

Attention, Lestat revient pour rétablir LA vérité.

Et la relation coming outée de Lestat et Louis est symptomatique de celles des autres personnages : désormais, dans Les Chroniques des vampires, plus rien ne sera sous-entendu. Le point culminant de cette nouvelle optique est la scène – assez gênante – du livre Armand le Vampire où celui-ci fait la connaissance de Marius, son créateur, de façon très… charnelle. (On remarquera d’ailleurs que si la quasi-totalité des personnages masculins des Chroniques sont bisexuels, les femmes, elles, sont hétérosexuelles. Je me suis toujours demandé pourquoi.)

Tous les livres qui suivent Entretien avec un Vampire ne sont pas abominables, loin s’en faut. Lestat le Vampire et La Reine des Damnés (qui forment un diptyque) sont amusants et bien fichus : Lestat qui devient rockstar, l’idée est séduisante… La réinvention de l’origine des vampires est originale aussi. Ensuite, la série est en dents de scie. Pour moi, ce sont Armand le Vampire et Le Sang et l’Or qui sortent le plus du lot. Malgré quelques passages assez désastreux, le premier est une jolie exploration de l’esprit d’Armand. Le second est le récit de la vie de Marius, son créateur. Dans Le Sang et l’Or, Anne Rice semble soudainement se ressaisir : elle est proche de la flamboyance de son style d’autrefois, les personnages sont beaux, l’atmosphère est raffinée… Bémol : le sort réservé à Santino, un des personnages les plus intéressants et complexes de la série, réglé en deux minutes à la fin du roman.

C’est le moment de parler des « atermoiements religieux » d’Anne Rice. Au cours de sa vie, l’auteur s’est en effet éloigné, puis rapproché, puis rééloigné de l’Église catholique. Elle en a parfaitement le droit, c’est son cheminement. Le problème, c’est que les personnages des Chroniques des vampires en subissent les conséquences… et perdent en cohérence. Ainsi, Memnoch le Démon est moins une énième aventure de Lestat qu’un livre de questions théologiques, et Blood Canticle démarre sur un interminable monologue de Lestat qui souhaite devenir un saint. (Principalement pour être aimé du monde entier, vu que sa carrière de rockstar est une affaire classée…)

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Voilà. Ça, c’est le genre de réplique que pouvait sortir Lestat dans Entretien avec un Vampire. Tempus fugit…

[Parenthèse : en parlant de manque cohérence, quid du petit Benji transformé en vampire dans Armand le Vampire ? Dans Entretien, on nous démontre en long et en large que transformer un enfant en vampire, c’est le mal. A cet égard, Claudia est sans doute le personnage le plus marquant de la saga. Plusieurs livres plus tard, Armand se voit offrir un enfant de 12 ans comme compagnon vampirique, et on lui explique que c’est très bien, en oubliant apparemment que Benji est désormais piégé ad vitam aeternam dans un corps d’enfant. WTF ?]

La question religieuse est présente dans les Chroniques depuis Entretien avec un Vampire, où Louis s’interroge sur l’existence de Dieu, ainsi que les notions de bien et de mal. Mais cette question est aussi importante que les autres thèmes du roman, et posée subtilement. Dans les tomes suivants, l’existence de Dieu n’est plus remise en question, bien au contraire. On sait que la vampirette Merrick a vu la lumière du Paradis dans Le Domaine Blackwood, ce que ne cesse de répéter Lestat à sa nouvelle recrue, Mona, dans Blood Canticle. Ici, il est devenu le parfait opposé du vampire rencontré des décennies plus tôt dans Entretien avec un Vampire : un être sans une once de cynisme, émotif, amoureux d’une mortelle qu’il refuse de transformer en vampire… On n’est pas loin d’un Edward Cullen, ce qui est légèrement effrayant.

louis and lestat

Ceci dit, rappelons que nous avons eu bien pire dans Twilight : des vampires à paillettes.

Évidemment, il est normal qu’un héros évolue. Mais de là à devenir l’antithèse de ce qu’il était auparavant ? Finalement, Les Chroniques des vampires, c’est comme une série avec trop de saisons : les scénaristes, à force de vouloir créer des rebondissements, finissent par trahir leurs personnages et les transforment en l’exact contraire de ce qu’ils étaient auparavant. Sans parler de l’écriture qui perd en qualité…

Concluons donc. De façon générale, les critiques n’ont pas été bonnes pour Blood Canticle, annoncé à sa parution (en 2004) comme le dernier tome des Chroniques des vampires. Tant mieux, merci beaucoup. Sauf que ! L’année dernière, Anne Rice a publié Prince Lestat, revenant ainsi sur sa décision. Je n’ai pas encore lu ce tome, mais je le ferai, ne serait-ce que parce que Louis y figure. On ne se défait jamais de ses amours littéraires. Les critiques ne sont pas grandioses, mais est-ce vraiment surprenant ? Apparemment, Lestat y récupère un peu de son ironie. Je demande à voir… Quitte à espérer jusqu’à la dernière page.

Oh, pour finir sur note comique, voici les choix d’Anne Rice pour un éventuel reboot au ciné des Chroniques : pour Lestat, elle envisageait Robert Downey Jr avec des effets spéciaux, puisqu’il est trop âgé pour le rôle (rappelons que notre ami vampire est âgé de 20 ans au moment de sa transformation). Plus récemment, elle s’est prononcée en faveur de Chris Hemsworth pour reprendre le personnage. Il semble qu’elle manque de discernement pour ça aussi. Je médis.

Je ne peux que vous conseiller de revoir Entretien avec un Vampire de Neil Jordan (Lestat est sans doute le meilleur rôle de Tom Cruise, et le reste du casting est fou). Ou même La Reine des Damnés si vous voulez un petit divertissement qui n’a presque rien à voir avec le roman original, où Stuart Townsend s’en sort plutôt bien.

queen of the damned

Bon. C’est vrai qu’il est rigolo.

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“Madame Bovary” vu par Lisa Brown.

Le moment est venu d’écrire l’article le plus honnête et le plus cinglant de toute l’histoire de ce blog. Au détour d’une conversation avec Alexandra de Diverses et Avariées, nous en sommes toutes deux venues à un constat : les livres qu’il faut lire, autrement dit les classiques, sont tous déprimants.
Afin de rendre justice à Alexandra, disons plutôt qu’elle a énoncé ce constat (auquel j’avais réfléchi dans mon coin sans le dire à personne des jours plus tôt) et que nous avons discuté de cette question.

Arrêtez-vous cinq secondes et réfléchissez. Qu’y a-t-il d’amusant dans :
La Princesse de Clèves
Andromaque
Crime et Châtiment
Le Portrait de Dorian Gray
A peu près tous les romans de Victor Hugo
Les Zola ou les Balzac
Gatsby le Magnifique

Et ça s’applique à quasiment tous les classiques universellement admis comme tels.

J’en entends déjà parmi vous crier : « Et Le Seigneur des Anneaux ! », « Sherlock Holmes ! ». (Juste à côté de moi, quelqu’un vient de lancer cette protestation bien compréhensible.) Sauf que non. Peu d’universitaires font étudier les livres de Tolkien et Conan Doyle en cours (même s’ils font l’objet de mémoires écrits par des étudiants), parce qu’ils ne sont pas considérés comme des classiques. J’en vois déjà là-bas qui citent Alexandre Dumas.

Anecdote : une amie, professeur à l’université, s’est spécialisée dans l’étude d’Alexandre Dumas père. Pourquoi ? Parce que Dumas, auteur populaire s’il en est depuis le XIXème siècle dans les milieux non-intellectuels, n’était de ce fait pas pris au sérieux dans les cercles universitaires. Pour cette amie, devenir spécialiste d’Alexandre Dumas était une façon de lui rendre justice, et de démontrer la richesse d’une œuvre trop souvent dévalorisée.

Mais nous n’avons pas répondu à la grande question : pourquoi les classiques sont-ils déprimants ?

Soit ils ont des histoires atroces – si tant est qu’ils se finissent bien – soit ils se terminent mal.

Certains des plus grand chefs-d’œuvre de la littérature ont pour auteurs des gens dépressifs. Plusieurs articles le démontrent, dont un de mes préférés : Why a touch of madness boosts creativity.

Tous ces écrivains ne font pas des romans déprimants : si Dickens écrivait constamment afin d’éviter de sombrer dans la dépression, il a aussi publié Les aventures de Mr Pickwick. Et le monde entier oublie l’humour dévastateur de Virginia Woolf, qui a écrit l’essai Suis-je snob ?. La majorité des gens retient De grandes espérances et Mrs Dalloway.

Pourquoi ? Excellente question. On considère communément que la gaieté ne va pas de pair avec la crédibilité ou la profondeur. Un livre considéré comme un classique est, la plupart du temps, sérieux. Cf : la liste ci-dessus et la plupart des classiques auxquels vous pourrez penser.

J’imagine un cercle d’universitaires très sérieux recommandant Dostoïevski plutôt que Gogol ou Boulgakov parce qu’il est, pensent-ils, de leur devoir de donner à lire des pavés décrivant avec une intensité dramatique les tourments de l’esprit humain.
Comme si l’être humain n’était pas assez tourmenté chaque jour.

Ce qui nous ramène à la conception que chacun a de la lecture. Pour moi, la lecture a toujours été synonyme d’évasion. Bien sûr, elle a aussi pour but de faire réfléchir. Mais bon sang, entre un pavé russe et De bons présages pour me remonter le moral, je n’hésite pas un quart de seconde.
(Je ne conseillerais jamais assez ce bouquin de Neil Gaiman et Terry Pratchett. C’est un des romans les plus drôles et les plus intelligents jamais écrits. Interrompez la lecture de cet article et commandez-le fissa sur le net – rares sont les librairies qu’il l’affichent dans leurs étagères.)

Hommage aux auteurs Terry Pratchett (à gauche) et Neil Gaiman (à droite), qui se sont amusés comme des petits fous avec ce roman génial.

Les romans joyeux ou ceux qui ont pour but d’amuser, de divertir, ne sont jamais pris au sérieux par les universitaires. Des exemples ? Les œuvres de Jules Verne, malgré leur complexité et leur aspect visionnaire, sont toujours considérées comme des romans jeunesse. Roald Dahl n’est pas mieux perçu. Peu de gens prennent au sérieux la lecture de Peter Pan (un livre qui a pourtant déterminé énormément de choses). J’attends toujours de voir Tolkien largement étudié à l’université comme il le mérite (en France, du moins).

Pourquoi devrait-on toujours étudier les tourments psychologiques ou la guerre ? Pourquoi Saki n’aurait-il pas autant de valeur que Céline ? Pourquoi Dahl ne serait-il pas à ranger à côté de Dostoïevski ?

La solution serait de faire une bonne fois pour toutes évoluer la notion de « classique ». Si l’on juge l’impact littéraire de Balzac, Flaubert ou Henry James sur la littérature mondiale, bien évidemment, ce sont des auteurs à l’importance capitale, des classiques dont je ne conteste ni le mérite ni la valeur. Mais James Matthew Barrie, Alexandre Dumas et Lord Dunsany ont également eu un impact énorme sur la production littéraire. Leur influence est encore manifeste de nos jours.

Ce n’est pas parce qu’un roman plaît largement au-delà d’une élite littéraire qu’il n’a pas droit au titre de « classique » de la littérature. Et ce n’est pas parce qu’une histoire est joyeuse et date de moins de deux siècles qu’elle devrait rester cantonnée au gentil rang de divertissement.

J’invite chacun à redéfinir sa conception de classique de la littérature. Et surtout, à lire ce qu’il a envie de lire, parce que ça lui fait plaisir et pas toujours parce qu’il faut avoir lu tel ou tel bouquin.

(Il n’empêche que les sœurs Brontë restent indispensables. Mais ça ne doit pas vous empêcher de vous éclater avec De bons présages.)

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Pour ceux qui en douteraient encore, Mai est le plus fou des mois de l’année. En effet, tout le monde est encore en manteau/écharpe alors qu’on devrait être en robe. (Ou short.)

Ça n’est pas une raison ? Alors laissez-moi dire que Mai a été le plus fou des mois de l’année pour moi, en tout cas. Mai a vu mes trois projets de l’année se réaliser.

Dans l’ordre :

1) La suite et fin de la publication de mes six articles sur l’esthétique de Jack White pour le site Whitestripes.fr.

2) Aller au concert des Raveonettes. (Ce qui m’a permis de récupérer une setlist et, au passage, de tomber amoureuse de Sune Rose Wagner.)

3) Donner une interview publique de l’écrivain américain Richard Powers.

Mon interview a eu lieu mardi et elle fut épique. C’est le mot.

Pour faire court, les élèves de mon master à Lyon avaient l’opportunité de participer aux Assises Internationales du Roman. Parmi les rôles proposés, il était possible de donner une interview publique d’un auteur issu de la liste des invités. Cette mission porte le nom très smart de : modérateur(trice, dans mon cas) en bibliothèque. (Oui, modérer, c’est la vie.)

Ni une ni deux, je suis rentrée chez moi avec la liste dans la main et j’ai aussitôt fait des recherches sur chacun des auteurs. Histoire de déterminer leur profil, v’voyez. Richard Powers m’a très vite intéressée. Le monsieur est ancien programmateur informatique, musicien accompli, professeur dans une fac de lettres dans l’Illinois et accessoirement romancier. « Un des romanciers les plus importants de ce début de siècle », ai-je entendu dire plusieurs journalistes.

Bref, Powers est presque un génie, qu’on se le dise. Ma lecture de ses interviews l’a confirmé. Dès lors, je voulais interviewer celui-là et pas un autre. Ceux qui fréquentent ce blog connaissent mon dangereux penchant pour les messieurs qui touchent à tous les domaines.
Cela dit, sans ma fréquentation assidue d’un certain Anthony Stark cette année, je n’aurais pas mis autant de volonté à vouloir interviewer cet écrivain et pas un autre.

Donc, j’ai décroché ce que je voulais : une interview publique avec Richard Powers, le 28 Mai 2013. Joie, bonheur, etc. La date fatidique approchait et la veille de l’interview, j’ai procédé à plusieurs manœuvres afin d’être certaine que tout se passerait pour le mieux.

– Comme je suis une étudiante sérieuse, j’ai relu les questions que j’avais préparées, ajoutant une note ici et là.

– Comme je voulais absolument m’endormir et me réveiller dans un bon état d’esprit, j’ai revu Thor. Oui, Thor, le film. Ma dernière affection en date se nomme Tom Hiddleston et, entre Thor et The Deep Blue Sea, le choix est vite fait s’il s’agit de garder le moral. (Oui, Tom est drôle, Tom est élégant, Tom est amoureux de Robert Downey Jr, Tom joue Shakespeare, Tom invite ses fans à le saluer dans la rue, Tom cite des ouvrages que je ne connais pas et que j’ai envie de lire. Tom est parfait. Loki l’est encore plus, mais j’y reviendrai dans un prochain post.)

Finalement, le grand jour est arrivé. Et ô miracle, il faisait presque beau. Presque. J’ai donc revêtu la robe prévue pour l’occasion et écouté Miles Kane me seriner pour la millième fois que « je ne devais pas oublier qui j’étais ».
Puis, avec un air de conquérante, je suis partie affronter mon destin.

Et c’est là que les choses se sont gâtées et que le mot épique prend tout son sens. Après une matinée teintée de trac – et quand toutes vos amies vous disent que ça va bien se passer, ne croyez pas, ça ne fait qu’empirer les choses ; et aussi quand vous êtes tombée quelques jours auparavant sur un blog annonçant l’évènement –, je me suis mise en route pour la médiathèque où devait avoir lieu la rencontre fatidique.
Je voulais arriver une demi-heure en avance – je suis une journaliste sérieuse (ton de Bridget Jones) – mais le métro de Lyon a contré mes plans. Une puissance d’un autre monde a trouvé le moyen de bloquer la ligne que je devais emprunter.

Là, vous devez imaginer une petite fille en robe vintage totalement désemparée et affolée sous la pluie. Vous l’avez ? C’est moi.

J’ai un aveu à faire : je n’aime pas les portables. Mais cette fois, le mien m’a été utile. Et comme j’ai des amies fantastiques, j’ai pu prévenir l’une d’elle qui a pu alerter la bibliothèque de mon retard.
Résultat des courses : rejointe par des amies, j’ai pu prendre le métro débloqué et arriver avec deux minutes de retard sur les lieux.

On peut résumer la situation ainsi : arrivée à la médiathèque, je parviens à une porte dont le panneau affiche un terrible COMPLET. Un cerbère en barre l’entrée.

« C’est pour l’interview de Richard Powers.

– C’est complet, je suis désolée.

– C’est moi qui dois lui poser des questions. »

Forcément, ça change tout. La porte s’ouvre et là, je constate qu’effectivement, la salle est pleine à craquer, que l’interprète et l’auteur sont déjà sur scène. En bref, qu’ils n’attendent plus que moi.
Doux Jésus. Je n’ai d’autre choix que de m’avancer, monter sur scène, serrer la main de Mr Powers avec qui je n’aurais pas échangé un mot avant. Et d’enchaîner.

Le stress consécutif à cette aventure a petit à petit disparu au cours de l’interview. Je suis contente de dire que j’ai bien géré mon temps et que, chose heureuse, le public a été très réactif. Oui parce qu’il y a forcément la partie échange avec le public. Partie au terme de laquelle j’ai pu prononcer la phrase mainte fois entendue dans des films ou de vraies conférences : « Encore une question et nous devrons terminer l’entretien ».

Et c’est au terme de cette interview d’1h30 que j’ai enfin pu parler à Richard Powers. Seule à seul. En anglais.

Le test de la mort, en quelque sorte. Parce que, si j’ai appris à parler cette langue toute seule – les cours ne servent absolument à rien si on veut parler couramment –, que la plupart de mes recherches universitaires se font en anglais, que je suis capable de voir des films en vo sans sous-titres et que je parle anglais tous les soirs environ, passer à une pratique en direct live avec un américain en chair et en os relevait d’un tout autre jeu.

Ce fut merveilleux. Pas seulement parce que je parlais à un auteur pour lequel j’ai appris à avoir, au fil des derniers mois, une grande admiration, pas seulement parce que je pensais au fur et à mesure de la conversation que « bon sang, tu parles anglais exactement comme tu imaginais que tu parlais anglais, ma petite ! », mais aussi parce que j’ai pu lui parler de sujets totalement inattendus.
Nous avons parlé de Jack White.

Et ouais. Suite à une question d’un spectateur, Richard Powers avait donné un peu plus tôt un de ses derniers coups de cœur littéraires en date : un livre sur l’histoire du rock. Notre dialogue (après qu’il m’ait dit que j’avais fait un bon travail et signé quelques autographes à des lecteurs), si j’en donne une traduction approximative, a donc donné à peu près ça.

« Quel est votre groupe de rock préféré ?

– Actuel ou d’avant ?

– Peu importe, comme vous voulez.

– C’est cliché si je dis les Beatles ?

– Pas du tout ! C’est un groupe génial. Moi, ça serait Jack White.

– (d’un air convaincu) Oh, bon choix.

– Il est un peu byronien…

– En effet.

– Vous approuvez ?

– Oui, il a cette aura romantique. »

Là, une petite lampe s’allume au-dessus de ma tête parce que c’est exactement l’analyse que j’avais faite de White dans mes récents articles. Je vous épargne une traduction intégrale. J’ajoute simplement que j’ai réussi ma mission du jour : Mr Powers m’a donné l’autorisation de lui écrire. (Si je n’avais pas tenté ça, je serais rentrée chez moi avec l’impression d’avoir manqué ma journée.) J’ai aussi pu glisser que j’avais été publiée et il m’a demandé mes projets. Bref.

Tout est bien qui finit bien. Surtout quand on clôt une journée, même épuisante et pluvieuse, dans un bar à donuts avec des amies.
Une question, cependant, me turlupinait : avais-je été digne des maîtres et héros qui m’avaient formée et que j’admirais ? Pouvais-je rentrer chez moi et oser croiser le regard d’un seul des personnages accrochés sur mon mur ? Je n’en étais pas certaine.

Cependant, avec le recul, dès le lendemain, je me suis rendue compte que je ne m’en étais pas trop mal sortie. Après tout, j’ai fait cela avant tout pour mes études et un professeur qui était là durant mon entretien m’a dit que j’avais fait du bon travail. Et j’ai pu rencontrer Richard Powers, un presque génie, un des plus grands écrivains actuels. Un homme que j’admire et avec qui j’ai pu parler de Jack White. Que demander de plus ?

Après tout, je n’ai peut-être pas été une élève indigne de Stark et consorts.

Et maintenant ? C’est un sentiment bizarre que d’avoir réalisé tous ses projets de l’année. Le sentiment de vide est assez… déconcertant. Je me suis donc efforcée de penser à tous les nouveaux projets qui s’étaient présentés à moi ces derniers jours et de continuer le boulot.
Au cours de la semaine des Assises Internationales du Roman, je suis aussi allée assister à d’autres rencontres, des entretiens menés par des amies, une table ronde avec de prestigieux auteurs irlandais (expérience étrange : voir que le public qui a recours à la traduction simultanée rit vingt secondes après que vous, vous ayez compris la blague de Kate O’Riordan).

Les étudiantes qui participent à ces Assises répètent que nous prenons part à une expérience extraordinaire et que nous avons une opportunité fantastique. Ça, c’est le genre de chose qui m’échappe et que je ne réaliserai que trois mois plus tard. Si je le réalise.

Pour l’heure, je suis contente d’avoir fait du bon boulot.

Et je m’en vais retourner à mes préoccupations du moment. Il se peut que j’en parle prochainement sur ce blog, d’ailleurs. Il y a la suite de mon enquête sur Arthur Hughes, évidemment, et d’autres projets. Il y a aussi une préoccupation nommée Loki Laufeyson…

A suivre, donc.

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Tout le monde connaît Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde. Bien des gens ont été fascinés par son héros, un jeune homme à la beauté immortelle, dont le portrait porte la marque de ses vices et du temps qui passe. D’autres sont amusés par Lord Henry, son mentor, et ses réparties cyniques qui reflètent assez bien les mots d’esprit dont Wilde lui-même usait dans la bonne société.

Cependant, trop peu de gens se passionnent pour Basil Hallward. C’est pourtant un personnage aussi intéressant, peut-être même davantage, car sa profondeur surpasse parfois celle des deux autres. Il m’aura fallu des années, et l’interprétation d’un acteur remarquable – Ben Chaplin, dans une adaptation par ailleurs assez mauvaise du roman – pour m’en rendre compte.

Dans le film Dorian Gray, réalisé en 2009 par Oliver Parker, Ben Chaplin incarne le peintre Basil Hallward avec finesse et une grande délicatesse. Hallward est un peintre qui, subjugué par sa rencontre avec le jeune Dorian Gray (Ben Barnes), décide d’en faire sa muse et de peindre son portrait. Gray fait le vœu de rester éternellement jeune tandis que son portrait vieillira à sa place… Ce qui, naturellement, entraîne le jeune homme dans toutes sortes d’excès une fois qu’il a compris que rien, absolument rien – ou presque – ne pourrait lui arriver.
Là réside finalement le talent de Ben Chaplin : Basil Hallward, impuissant face à la conduite de plus en plus perverse du jeune homme, ne peut s’empêcher d’être fasciné par Dorian Gray.

La passion d’un artiste envers sa muse, dont Hallward s’aperçoit avec un effroi bien compréhensible pour l’époque – où l’homosexualité était sévèrement réprimée – qu’elle se transforme en passion amoureuse, est montrée dans ce qui reste probablement la scène la plus sensuelle du film.

Avouons-le, elle a sans doute été réalisée pour donner un côté plus sulfureux au film – elle est absente du roman. Pourtant, l’interprétation de Chaplin la sauve de toute vulgarité. Au cours d’une soirée, Dorian et Basil se retrouvent seuls à discuter. « I’m not sure that I really expressed my gratitude », glisse Dorian avec un regard à la fois candide et chargé de sous-entendus. Il se penche vers le peintre et l’embrasse. Basil recule, bouleversé et incrédule. Son expression cède bientôt place au désir qu’il peut enfin révéler, rendant à Dorian son baiser.

L’aveu de la passion très ambiguë de Basil à Gray a lieu dans un magnifique passage du roman de Wilde, au chapitre IX.
« Dorian, du jour où je vous rencontrai, votre personnalité eut sur moi une influence extraordinaire. Je fus dominé, âme, esprit et talent, par vous. Vous deveniez pour moi la visible incarnation de cet idéal jamais vu, dont la pensée nous hante, nous autres artistes, comme un rêve exquis. Je vous aimai ; je devins jaloux de tous ceux à qui vous parliez, je voulais vous avoir à moi seul, je n’étais heureux que lorsque j’étais avec vous. Quant vous étiez loin de moi, vous étiez encore présent dans mon art…
Certes, je ne vous laissai jamais rien connaître de tout cela. C’eût été impossible. Vous n’auriez pas compris ; Je le comprends à peine moi-même. Je connus seulement que j’avais vu la perfection face à face et le monde devint merveilleux à mes yeux, trop merveilleux peut-être, car il y a un péril dans de telles adorations, le péril de les perdre, non moindre que celui de les conserver… »

Où s’arrête l’admiration, la passion due à une Muse, et où commence l’amour amoureux ? La question est ambiguë et peut prêter à maints débats philosophiques. Il n’est pas question de la résoudre ici – si tant est qu’elle puisse être résolue. L’intérêt du personnage de Basil Hallward est justement qu’il représente cette lutte.

C’est peut-être le personnage le plus touchant, le plus humain du roman. Le plus réel en tout cas. A côté de lui, Lord Henry paraît superficiel – même si c’est effectivement le masque qu’il veut se donner – et Dorian est trop irréel, trop fantastique.

Peut-être est-ce une question d’âge ou d’expérience. Basil ne me causait aucune émotion il y a quelques années. Ayant publié et énormément écrit, ayant eu plusieurs inspirations – et plusieurs Muses – depuis ma première lecture du roman, je suis à même, parfois, de comprendre son trouble.
Comme lui, je ne cesse de m’interroger… et je noircis des pages pour y mettre fin.

(Nota : La meilleure incarnation de Dorian Gray ne se trouve pas dans une adaptation du roman d’Oscar Wilde, mais bel et bien dans La Ligue des Gentlemen Extraordinaires (Stephen Norrington, 2003, adapté du comic d’Alan Moore où Gray n’apparaît pas). Dans ce film où des héros littéraires du XIXème siècle s’allient pour sauver le monde, il est joué par le formidable Stuart Townsend. Subtil, ambigu et désabusé, c’est un Dorian Gray qui a déjà trop vécu que le film nous montre. Mon préféré, personnellement.)

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Voici donc un essai sur le roman gothique. Une fois n’est pas coutume, je tente l’exercice – sur un coup de tête, et nous verrons ce que cela donnera.

Après tout, Balzac, Dumas et George Sand se sont tous amusés à écrire quelques romans noirs dans leur jeunesse. Louisa May Alcott a également débuté par ce genre… Et, pour le moment, moi aussi. Je crois donc avoir quelque légitimité à noircir un écran en jetant ces phrases. Parce qu’une impulsion subite n’est jamais tout à fait mauvaise et que j’aime bien amuser la galerie.

Ne me boudez donc pas, cher lecteur, et lisez ce qui suit.

Règle n°1 : Nourrissez-vous du genre

Et pas seulement des livres de la fin du XVIIIème siècle et début du XIXème. Cependant, si vous prétendez vous connaître en littérature gothique, avoir lu au moins un roman d’Anne Radcliffe reste indispensable. (Pour moi, il s’agit des Mystères de la Forêt et je l’ai choisi par pure coquetterie : l’héroïne porte le même prénom que moi. Publié en 1791 et récemment réédité en poche. Je vous garantis que les cauchemars de l’héroïne nous valent quelques frissons.) Le Moine de Matthew Gregory Lewis est également un grand classique, écrit par un jeune homme de 19 ans et censuré à son époque. Pas mal du tout.

Évidemment, un peu de fantastique plus récent ne fait pas de mal. Au XIXème siècle, Dracula, Frankenstein et Carmilla sont des must read. Sans oublier quelques nouvelles d’Edgar Allan Poe. Entretien avec un vampire (d’Anne Rice) est très important au XXème – s’il ne fallait en retenir qu’un.

A partir de là, vous pouvez dire que vous avez une certaine culture littéraire en la matière. N’oublions pas les films. Les adaptations des romans susdits peuvent être intéressantes et donc : fouinez dans les filmographies de Coppola et Neil Jordan pour retrouver Dracula et Louis le Vampire.

Un autre film gothique qui me vient immédiatement à l’esprit est Sleepy Hollow de Tim Burton. Dans le fond, c’est une histoire assez sarcastique, mais chaque plan est un véritable tableau : s’imprégner de son atmosphère est hautement recommandable.

Et last but not least, Gothic de Ken Russell. Certains vont crier au scandale et d’autres applaudir des deux mains face à cette référence. Sur un forum, je suis tombée par hasard sur cette citation qui, à mon sens, résume parfaitement l’atmosphère de ce film :

« Pour les déviants assumés qui aimeront se retrouver dans ces portraits pas très flatteurs de dandys décadents, ça peut être une vrai source de plaisir primitif, de la bonne grosse grand-guignolade avec aussi de très belles choses. C’est un peu comme si Barbey d’Aurevilly avait écrit un épisode de Freddy, mi-classe mi-grotesque. »

Vous l’aurez compris, c’est un film ultra kitsch et baroque. J’ai adoré, commandé le dvd, et j’avoue que, quand j’ai écrit mon roman-feuilleton Le Manoir d’Érèbe cet été, j’ai regardé ce film. Plusieurs fois. Pourquoi ? Parce que Gothic m’a appris une règle essentielle.

Règle n°2 : évitez la sobriété :

C’est un truc simple dont vous vous rendrez compte assez rapidement. Pour qu’un roman gothique digne de ce nom marche, qu’il soit apprécié, il faut en mettre plein la vue.

La révélation m’est venue avec Gothic, mais qui peut dire que Ligeia de Poe fait dans la sobriété ? La Nonne Sanglante dans Le Moine de Lewis est sacrément baroque aussi.

C’est encore plus vrai quand vous écrivez un roman-feuilleton. Dans un roman imprimé directement en volume, vous pouvez laisser à l’action le temps de s’installer et le surnaturel arriver petit à petit.

Dans un feuilleton, le lecteur doit être accroché dès le premier épisode et, s’il a une connaissance réduite des histoires gothiques, vous devez installer l’ambiance immédiatement. A l’épisode 2, les fantômes – ou le diable, ou ce que vous voudrez – doivent apparaître. Question de rebondissement.

Et si vous n’êtes pas forcément obligé de faire peur, vous devez néanmoins développer votre esthétique.

Règle n°3 : n’hésitez pas à apporter votre touche personnelle :

Un professeur a résumé la semaine dernière, de façon légèrement cynique, les canons du roman gothique. Étant donné que le genre est rarement abordé à l’université, j’ai été particulièrement attentive durant ce cours…

« Dans un roman gothique, vous trouvez l’héroïne blonde prisonnière d’un château avec ses horribles bourreaux. Elle subit d’horrible sévices en attendant son prince charmant. »

D’accord, ce n’est pas tout à fait faux. C’est même souvent la trame suivie dans la plupart des romans noirs. Je pourrais me justifier en disant que l’héroïne n’est PAS toujours blonde, et qu’il y a parfois un héros – cf Le Moine de Lewis ou Melmoth de Charles Robert Maturin. Cela dit, le professeur n’a pas totalement tort.

Il vous reste donc une voie de secours afin d’échapper à cette règle immortelle du roman gothique : apporter votre touche personnelle au genre. Évidemment, vous n’allez pas le révolutionner mais au moins, vous l’aurez rendu attrayant en y apportant deux ou trois éléments de votre cru.

Quand j’ai publié mon feuilleton Le Manoir d’Érèbe, j’ai d’emblée fait deux choix essentiels : mon héroïne ne serait pas une cruche larmoyante façon fin XVIIIème et son prince charmant ne serait pas charmant du tout. Annabel, emprisonnée dans un manoir pour avoir eu une liaison avec un homme relativement infréquentable, assumerait pleinement ses actes et observerait avec cynisme ses geôliers et les évènements fantastiques qui se dérouleraient autour d’elle. Pas un instant elle ne cèderait au désespoir. Quant à Branislav, il serait un aristocrate que le lecteur pourrait soupçonner du pire – et je reste persuadée qu’il l’a fait.

Mon coup de pinceau ainsi apporté, je m’en suis donné à cœur joie dans l’exagération et la profusion de symboles : évidemment les fantômes de jeunes filles qui hantaient le manoir étaient trois, et les domestiques qui gardaient l’endroit semblaient sans âge.

Un soir, non loin de chez moi, un incendie a eu lieu sur une colline et j’ai pu l’observer de loin. Je tenais la fin – volontairement spectaculaire – de mon histoire : le manoir brûlerait.

Règle n°4 : amusez-vous !

Il me paraît utile de préciser à la fin de ce court essai qu’écrire du gothique est avant tout, comme diraient les anglais, « monstrously good fun ».

C’est le genre le plus amusant qui soit parce qu’il ne possède aucune limite. Le coffre à jouets est immense : fantômes, vampires, monstres, meurtres – et je vous passe le choix des armes –, jolies damoiselles et mystérieux messieurs, châteaux abandonnés et nuits d’orage…

Et tous les formats sont admis : poèmes, nouvelles, romans.

J’ignore s’il s’agit d’une phase par laquelle les jeunes écrivains passent ou d’une noire passion qui reste ancrée toute une vie. Tout ce que je sais, c’est qu’à 21 ans, mes deux « enfants » publiés sont des romans gothiques et que je n’en ai pas encore fini.

Et pour être parfaitement honnête avec vous, lecteur, écrire du gothique permet de rester civilisé en société. Les démons demeurent sur le manuscrit.

Mes publications :

Clothilde & Adhémar, roman, Éditions La Bouquinerie (2010).

Le Manoir d’Érèbe, roman-feuilleton paru dans le Dauphiné Libéré de Juillet à Septembre 2012 (tous les épisodes sont disponibles sur ma page facebook).

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