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Vampire exaspérant

“On ne change pas une équipe qui gagne.”

Joyeux Halloween à tous ! Il y a deux ans, j’avais publié cette nouvelle pour l’occasion. J’y racontais les déboires d’une journaliste ténébriste contrainte d’interviewer un vampire exaspérant et de l’accueillir chez elle pendant une nuit entière. Voici leurs retrouvailles, deux ans plus tard. Et non, elle ne l’apprécie toujours pas. (Je dois avouer que l’écoute intensive du groupe HIM m’a donné l’idée de cette histoire. Toute mon affection va à Ville Valo et à sa musique, que je caricature gentiment ici.)

Pour la première fois, je dois écrire mon article d’Halloween sur un sujet imposé.

Bon, l’avantage, c’est que ça me dispense de me creuser la tête pour en trouver un. L’an dernier, j’avais trouvé mon idée de reportage un mois à l’avance pour ne pas me retrouver à interviewer un vampire snob au dernier moment. Résultat : j’ai écrit un article passionnant sur un spécialiste des créatures de la nuit et son laboratoire. Mais si, vous savez ! le genre de type qui passe son temps à collectionner les grimoires et à soigner les goules et autres sorciers. Il ne demandait pas mieux que de passer une soirée tranquille pendant Halloween, tout comme moi. L’entretien eut lieu en début de soirée, et chacun resta chez soi ensuite.

Je bosse chaque soir d’Halloween : je suis journaliste ténébriste, je n’ai pas le choix. Chaque année, à la même date, je dois sortir le reportage qui va marcher et impressionner mon rédacteur en chef. Cette fois, mon patron m’a carrément devancée, puisqu’il a décidé de mon sujet d’Halloween à ma place. Comme mon papier Un vampire a passé la nuit chez moi : comment j’y ai survécu a cartonné il y a deux ans, il veut que je retrouve cet épouvantable snob à crocs pour écrire la suite.

Quel intérêt, me direz-vous ? Il se trouve que notre ami le vampire a apparemment choisi cette année pour sortir un album à titre confidentiel – destiné aux créatures nocturnes, vous comprenez – et qu’il donne un concert acoustique dans un petit bar du coin. Mon rédac chef veut que j’assure l’interview. Il s’est même permis une plaisanterie d’un goût douteux : « Je suis sûr que la nuit qu’il a passée chez toi lui a donné l’idée de faire ce disque ».

Mettons les choses au clair, pour ceux qui s’imaginent que j’aurais pris ce vampire en affection. Je me suis vraiment retenue de lui mettre un pieu dans le cœur jusqu’au dernier moment. Jusqu’à ce qu’il franchisse la porte de mon appartement pour rejoindre son cercueil, en fait. J’ai dû faire preuve d’une patience dont je ne me pensais pas capable pour supporter ses manières et ses lamentables tentatives de flirt. (Donc oui, il est tout à fait possible de résister à la séduction d’un vampire : affaire classée.) En plus, c’était un danseur correct – loin d’être exceptionnel.

Bref, inutile de préciser que l’idée de devoir l’interviewer à nouveau ne m’enchante absolument pas. Je ne peux même pas sortir à mon rédac chef une réplique cinglante comme : « Il faudra me payer pour que je fasse cet article », vu que… je suis payée pour le faire. Plus qu’à prier pour que ça passe vite. Voyons le bon côté des choses : au moins, je ne suis pas obligée de passer la nuit entière avec ce bonhomme comme il y a deux ans.

Vérifions nos affaires. Carnet, stylo, portefeuille, livre au cas où le concert serait ennuyeux, pieu, vêtements noirs et foulard. (Non, ce n’est pas pour me protéger d’éventuelles morsures, c’est parce qu’il fait froid. Vu le nombre de tuberculeux que je croise chaque jour au bureau, je préfère éviter de me mettre à tousser à mon tour.)

Le bar où le vampire joue n’est pas très loin de chez moi, et dans un quartier plutôt sympathique. Pas celui où la fête d’Halloween battra son plein. Je ne vais donc pas croiser de convoi de sorcières bourrées, ni de vampires qui se lancent dans des concours de récitation de poésie ou d’arias de Mozart. (Bien sûr que j’aime la poésie et Mozart, mais sérieusement, vous n’avez pas envie de voir des vampires en débiter.)

Le bar est plein quand je pousse la porte. Des gens, assis ou debout, sont occupés à bavarder ou à boire. Je distingue quelques humains, des vampires et des mages aussi. Public hétéroclite, ce qui annonce une ambiance plutôt sereine, a priori. Le vampire est déjà sur scène, et je m’arrange pour qu’il ne me voie pas. Il est assis sur un tabouret, sa guitare en main, et… C’est un joueur de flûte que je vois à sa droite ? Et un clavecin à sa gauche. Je ne sais pas à quoi va ressembler sa musique, mais une chose est sûre : le vampire a manifestement décidé d’impressionner la galerie.

Ce à quoi il s’emploie pendant la demi-heure suivante. Dieu merci, le concert est court. Le vampire, ramenant de temps à autre ses cheveux en arrière avec un air qu’il veut à la fois ténébreux et inspiré, enchaîne une suite de ballades et de chanson où il est question… d’amour éternel, de rejoindre les ténèbres avec sa dulcinée et de la lune qui brille. Je lui prédis plein de fans entre 14 et 20 ans s’il se décide à signer avec une major. A un moment, je retiens un fou rire en m’apercevant que son joueur de flûte présente un air de ressemblance avec Legolas – je crois que c’est un vampire aussi, mais je n’en suis pas sûre. Son joueur de clavecin a des air de majordome anglais : raide et sévère.

« Ah, ma chère ! Je me disais bien que je vous avais vue. »

Je lève les yeux du carnet où j’ai pris quelques notes. Le vampire m’a rejointe à une table, dans un coin du bar.

« Votre rédaction m’a prévenu, évidemment. Quel plaisir de vous revoir.

– Bonsoir. »

Restons calme. Ça ne durera pas longtemps.

« J’ai quelques questions à vous poser à propos de votre… musique, dis-je. Mon rédacteur en chef pense que l’article peut faire un tabac.

– C’est très aimable à lui, réplique le vampire avec la fausse modestie qui le caractérise. Qu’avez-vous pensé du concert ?

– Sincèrement, je pense que vous pouvez faire un malheur auprès de toutes les adolescentes un peu romantiques. Je pense aussi que vos airs ténébreux et vos mouvements de cheveux peuvent y contribuer au moins autant que vos chansons.

– Dois-je y déceler du sarcasme ? »

Il hausse un sourcil. Ce n’est pas le moment de se faire mordre en plein milieu d’une interview. Il faut redresser la barre. Et rentrer chez moi, où l’épisode final d’Edgar Allan Poe’s Murder Mystery Party m’attend.

« Pas forcément, répliqué-je le plus calmement du monde. En tout cas, allez-y, c’est votre moment. Vous avez cinq minutes pour défendre votre album et parler de votre musique. En gros : pourquoi c’est bien ? Je vous écoute. »

Le vampire se lance alors dans une grande tirade sur la poésie mourante de nos jours (je vous avais prévenus), l’absence de compositeurs intéressants, et pourquoi le romantisme semble-t-il disparaître comme la lune au petit matin ? (Il va falloir se calmer avec la lune, mon brave.) Lorsqu’il a fini, je regarde mes notes, estime que c’est largement suffisant et m’efforce de sourire convenablement à mon interlocuteur.

« Je vous remercie, c’était fort instructif. Mes compliments au flûtiste, offrez-lui un verre de sang de ma part. »

Je me lève et remets mon manteau.

« Vous partez déjà ? Je pensais que nous resterions un peu plus longtemps ici.

Nous ? (Je lève les sourcils, incrédule.) Il n’y a pas de nous qui tienne. J’ai fini mon reportage, je rentre chez moi.

– Je le sais bien, c’est pourquoi je vous suis. Votre rédacteur en chef m’a dit que j’allais passer la nuit chez vous, comme il y a deux ans. Ça fait partie de la promotion, je suppose…

– Mon rédac chef vous a dit quoi ? »

Et soudain, je comprends le sourire fourbe et la plaisanterie douteuse de mon supérieur il y a quelques semaines.

« Rien ne vous oblige à faire ça. Et puis, je n’ai même pas de sang dans mon frigo, ne l’oubliez pas. Vous allez vous ennuyer à mourir, comme la dernière fois.

– Je me suis déjà nourri, dit le vampire. Et je ne me suis pas du tout ennuyé il y a deux ans. Nous pourrions regarder la suite de… Ah, ce film que vous m’avez fait voir cette nuit-là.

La Famille Addams, je réponds d’un air sombre.

– Oui, c’est ça. Ou regarder l’intégralité des Twilight.

– Merci bien, j’ai déjà assez d’un cauchemar sur les bras. Attendez, les Twilight ? Vous n’êtes pas sérieux ?

– Non, je vous testais. Vous ne croyez pas que je vais supporter de regarder des vampires à paillettes ? (Il ramène ses cheveux en arrière d’un air satisfait.) Votre rédacteur en chef m’a assuré que les deux parties seraient gagnantes : moi avec un article promotionnel, vous avec une prime.

– Une prime ?

– Pour être parvenue à me supporter une seconde fois.

– Ça se conçoit, il m’a déjà réservé des surprises de ce genre. Il doit vraiment tenir à cet article pour vouloir à tout prix nous remettre dans la même pièce.

– Je le crois. On ne change pas une équipe qui gagne. (Je lève les yeux au ciel.) Je vous suis, donc ?

– Suivez-moi. Je vais d’abord appeler mon rédacteur en chef et s’il s’avère que c’est une entourloupe de votre part, je vous promets que mon article sera beaucoup moins civilisé que le précédent. »

Un instant plus tard, je dois me rendre à l’évidence : ce n’est pas une arnaque. Vu le ton très satisfait de mon rédac chef au téléphone, j’ai intérêt à rendre l’article du siècle si je veux rester haut placée dans son estime. Il me faut donc trouver une nouvelle idée : hors de question de supporter ce vampire chez moi pendant les dix prochaines heures.

« On ne va pas aller chez moi tout de suite. Vous connaissez des maisons hantées intéressantes ?

– Elles risquent d’être agitées, cette nuit. Lesquelles avez-vous déjà visitées ? »

J’énumère la demi-douzaine que je connais.

« Oh, vous n’avez pas encore vu la plus intéressante. Elle est sensationnelle, je vous le garantis. Vous avez de quoi vous défendre, par contre ? Juste au cas où.

– Vous êtes immortel et vous n’êtes même pas fichu d’assurer ma protection ?

– Je pensais que vous la refuseriez. Parfait, allons-y. »

Nous voilà partis. Après tout, ce qui va suivre sera forcément plus intéressant que tout ce que j’aurais pu écrire si j’avais dû inviter directement le vampire chez moi. Un moment, j’ai envie de tout planter là devant le ridicule de la situation : me voilà, le soir d’Halloween, à arpenter les rues de la ville avec un vampire dont la principale occupation est de ravager le cœur des jeunes filles en fleur. Pour mon travail. Certains diront qu’on peut faire pire.

L’espace d’une seconde, je suis tentée de dire qu’ils ont raison. Mais je garde quand même mon pieu à portée de main.

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Alright. I feel like I really need to explain my whim of the day which consists in posting a short story in English here. It’s not the first time, it probably won’t be the last. But why, why AGAIN, you tell yourself, does the girl publish a short story about two inventors? Let me explain the context. You have to imagine a Christmas party with very much noise. Between lunch and diner, the noise is still there, but people are playing games. Instead of listening to them, I take a moment for myself, a pen and my faithful notebook. And I write. I like the little thing I wrote that day, and I thought it would be nice to share it. I think this story could be a good beginning for something longer. But let’s be honest: it’s been five years since I published my first novel, and it seems I’m only interested in writing articles and plays now. And other texts involving lots of dialogues. (That probably explains why the following story is mostly… a dialogue. Well.) I don’t think there ever will be a sequel to this.

Let me introduce you a lady – who is also an inventor -, and a gentleman – who is also an inventor. This is their first meeting, and it probably won’t be the last. This is not a romance. And yes, there is a picture of Sir Thomas Sharpe illustrating this because why not? He’s an inventor too. He goes to parties too.

thomas sharpe

“Alright lady, the night is almost done and our invention is going to change the world. Good work.”

The lady in a green dress put one hand on the door handle, the other on her waist. She couldn’t stay any longer amongst the crowd in the room. Too many guests, far too much noise. She needed an instant for herself before being forced to come back. She went out and found herself alone in the hall.

“Is there something wrong, miss?”

The gentleman behind her apparently had the same idea as her. She looked at him: elegant, but not excessively, with a pretty face strange enough to remain interesting.

“Terribly wrong”, she answered. She was almost irritated.

At first he chose to be gentle.

“I’m sorry. I cannot let a lady alone anyway, if you don’t mind a conversation.”

“If you think you’re qualified for this, then yes.”

Then he decided to be himself. A crooked smile appeared on his face:

“You’re bored.”

“Just as bored as you.”

“What would you like to do?”

“To learn. To produce. To invent. To get some help. Not being forced to return in this room, ever.”

“I’m an inventor. I’m the very reason why all this respectable people assembled.”

“ But you don’t party with them.”

“Too many people, too much noise. But you.”

“But me?”

“You are very interesting. Show me what’s in your purse, if you please.”

She smiled and plunged her hand in the little purse she was carrying. It was a little piece of paper and she handed it to the gentleman. He opened it. His eyes narrowed.

“This is truly beautiful.”

“I know. But I don’t have any mean to…”

“It can be perfected. Follow me.”

He crossed the hall and entered a room in front of the one they had left. Inside were a desk, maps, paper and ink.

“I don’t think the guests will mind if we borrow this place tonight.”

He looked at her.

“If you don’t mind.”

“I don’t.”

“We need more light.”

He lit two more lamps and shut the door behind the lady and him.

“And now. If you’re not worried about the fact that every single one guest present in the ballroom will think we’re lovers at this exact moment, I’ll be glad to help you perfecting your invention tonight. And to make it real. What do you say, miss?”

“I say the pleasure is all mine.”

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Maître de Philippe de Gueldre,

Maître de Philippe de Gueldre, “Un transi entraînant la femme du chevalier”

“I fell in love with a zombie, I fell in love with a zombie, I fell (oooh) in love with a zombie last night!”

The goth kid finished his song and rushed off stage. Some undead people in the crowd said they saw tears in his eyes. The following band was three ghost girls singing, but they were soon kicked out by another band consisting in two human beings alive and (un)well.

“This song is for the boy who fell in love with a zombie”, said one of the members – a girl – with a smirk on her face. The boy lifted his head but tears were shining on his cheeks.

The song was good – at least that’s what the undead people in the crowd said. The boy was busy crying and drinking something weird, and green, that tasted like… what? It didn’t matter. He was in love. With a zombie.

Later that night he was cornered by the girl who dedicated her song to him. When she bit his neck he understood that she was not so alive after all. But (un)well, she was indeed. “I’m not unwell”, she said. “You are. This will ease your pain, darling boy. I’m going to drink your sadness.”

God, he was the unluckiest boy in the world when it came to girls. She drank a bit of blood from him and left him to talk with the three ghost girls. He was not sad anymore, for the moment. Just completely tired. He decided to go back home. Tears were dried on his cheeks. And he was still in love with a zombie.

*The verses of the goth kid’s song were inspired by Last Night performed by Subvision.

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nine inch nails - year zero artwork

Elle avait des cendres dans les cheveux. Cela lui rappela… comment c’était, avant. Avant la destruction du monde. Mais c’était la nouvelle aube.

Et malgré les décombres, les bâtiments détruits, le soleil de cette fin d’après-midi donnait un aspect curieusement rassurant aux choses.

Les cendres étaient emmêlées dans les cheveux de la jeune femme. Elle marchait précautionneusement en tendant les bras pour ne pas tomber, parfois. Les gravas avaient rendu le sol incertain. Lui regardait les choses de loin. Le monde était fini, il n’avait aucun doute là-dessus – quoique. Il était là, il était vivant, après tout – et elle aussi.

Ils s’étaient réfugiés en même temps sous un abri quand les immeubles s’étaient écroulés. Mais à ce stade, c’était déjà presque fini. De là où ils se trouvaient, ils avaient pu tout voir. Autrefois, dans ce genre de situation, il aurait posé ses mains sur les yeux de la jeune femme – ou de n’importe qui d’aussi jeune – pour l’empêcher de voir. Mais il avait compris à quel point c’était dérisoire, parce qu’il fallait qu’elle sache, qu’elle voie et qu’elle se souvienne. Qu’elle raconte, peut-être, si elle croisait quelqu’un d’autre à part lui.

Il avait lu beaucoup de récits sur la fin du monde, mais est-ce que ça l’avait vraiment préparé à ce qu’il avait vu ? Pas vraiment. Est-ce qu’il avait déjà envisagé que ça puisse arriver ? Évidemment.

La jeune femme vacilla une fraction de seconde et reprit son équilibre. Elle resta immobile un moment, les mains sur la taille, à regarder devant. Elle se tourna vers lui.

Est-ce qu’ils allaient croiser des survivants hostiles, des êtres bizarres, de la bonté, personne ? Oublie les livres, se dit-il. Au moins, tu ne te retrouves pas seul dans ce bourbier.

Au-dessus d’eux le soleil brillait, indifférent – ou peut-être bienveillant, tout dépendait du point de vue. C’était bientôt le crépuscule.

 

Écrit dans un train dans une fin d’après-midi.

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Cette nouvelle a été écrite pour pour Halloween. J’espère qu’elle vous amusera, n’hésitez pas à me donner des retours. Joyeux Halloween tout le monde ! Et prenez garde à ce qui vous attend dehors. (Je crée officiellement la profession de journaliste ténébriste. Merci à l’amie qui m’a soufflé le second mot – elle se reconnaîtra.)

Chaque année, c’est la même question : que faire pour Halloween ?

J’ai été invitée à une ou deux soirées que j’ai dû poliment refuser. Le soir d’Halloween, je bosse. S’il y a bien un soir dans l’année où mon boulot se justifie, c’est celui-là.
S’il y a bien un soir où je dois rendre l’article démentiel, l’interview qui tue, l’investigation inédite, c’est le 31 Octobre.

C’est peut-être pour ça que je n’ai jamais d’idées. Trop de pression.

Enfin, ce n’est pas que je n’en ai pas. J’en ai. Mais elles sont d’un bateau…
Les tables Ouija ? Surfait. J’invoque des esprits toute l’année pour les interviewer : niveau originalité, on repassera. J’ai récemment conclu une série d’entretiens avec Mary Stuart et je dois dire que j’ai failli l’appeler pour une interview bonus. Tricherie.

Qu’est-ce qui nous reste ? Les cimetières. Bon. On est toujours sûr d’y trouver un cadavre ambulant ou deux. Rares sont ceux qui acceptent d’être enregistrés et surtout pas le soir d’Halloween – ils ont tous rendez-vous dans des cryptes. Les fêtes des morts-vivants sont vraiment, vraiment très déstabilisantes pour les vivants.
Il y a aussi les maisons hantées. Plutôt sympa… J’entends déjà mon rédac chef me demander quand j’en aurais fini avec les fantômes. Sérieusement, qu’est-ce qu’il nous reste d’autre ? Il faut être suicidaire pour rencontrer des loups-garous la nuit – même sans fourrure, ils sont d’humeur instable. Les sorcières deviennent hystériques le soir d’Halloween, inutile de compter là-dessus.
(Vous savez, quand les filles font des « soirées Disney » en reprenant en chœur les chansons des films ? Les soirées entre sorcières, c’est ça. En mille fois pire et évidemment pas devant des Disney.)

Bon, plus qu’à trouver quelqu’un d’autre. Après avoir mis mon appareil photo autour de mon cou et pris un sac en bandoulière, je quitte ma baraque et pars en quête. L’avantage, c’est qu’il fait nuit tôt en cette période de l’année : si je trouve quelqu’un à interviewer assez vite, je peux espérer passer une fin de soirée tranquille chez moi devant la Famille Addams.

Évidemment, c’est Halloween, le noir est de rigueur. (Pas de couleurs, pas de provocation inutile. Ce serait bête de se faire massacrer pile le soir où tout l’au-delà est de sortie. Restons pro.) Pas besoin de chercher loin, j’ai des vêtements sombres plein mon placard et la pâleur qu’il faut.
On y va.

Les rues à prendre en priorité ? Les vieilles. Si on évite les cimetières et les maisons hantées, il ne reste plus que ça. J’en fais trois ou quatre avant de tomber sur un type emmitouflé dans un long manteau noir, le visage caché dans la pénombre. Ils sont toujours tellement snobs.

« Bonsoir. J’aurais besoin de faire une interview de quelqu’un comme vous ce soir, c’est urgent. Je serai vraiment, vraiment ravie que vous me l’accordiez, je dois rendre un papier ce soir ou mon rédacteur en chef va me tuer.

– A moins que quelqu’un d’autre ne le fasse avant lui. »

Je note qu’il a une jolie voix. Comme la plupart des gens de son espèce, cela dit.

« Vous avez tous un humour assez prévisible, je suis désolée de vous le dire. On peut faire ça où vous voulez, sauf ici, chez vous ou dans un repaire de gens comme vous.

– Ce qui laisse peu d’options.

– C’est vrai. A prendre ou à laisser. Vous avez peut-être entendu parler de notre journal ? (Je lui tends ma carte, qu’il lit sans peine dans l’obscurité.) Alors ? Je croyais que les vampires aimaient les entretiens.

– Sans vouloir vous vexer, votre humour est désastreux. Je suppose que vous n’avez pas de sang dans votre frigo ?

– Vous m’avez vue ? Je suis journaliste ténébriste, pas fournisseuse des créatures de la nuit. Ça sera rapide. Vous pourrez vous nourrir une fois reparti, ça ne prendra pas la nuit. (Je soupire.) Ou, si vous avez vraiment faim, vous pouvez y aller maintenant. Mais pas sur moi. Je suis armée, je vous préviens.

– Je me suis déjà nourri. J’aime bien discuter autour d’un verre, c’est tout. Je vous suis, faisons cela chez vous.

– Grand merci, vous venez de sauver mon Halloween. »

Je me remets à marcher en direction de la maison. A côté de moi, il ne fait aucun bruit, évidemment. Histoire de respecter son image : les vampires sont des gens sophistiqués, distingués, élégants, etc. Ah non mais. Je mettrai un disque de rock en bruit de fond en rentrant, tiens. (Quoiqu’il serait fichu de me donner le nom du producteur et la date où la chanson a été enregistrée, juste pour confirmer son statut de puits de science.)

Je tourne la clé dans la serrure, le précède et allume la lumière.

« Vous pouvez rentrer. Bienvenue chez moi. »

Une fois la formalité d’usage accomplie, le vampire fait un pas, regarde autour de lui, hoche la tête.

« Charmant. J’imaginais l’endroit moins intéressant. »

Snob, je vous dis.
Je lui fais signe de s’asseoir, je sors carnet et stylo de mon sac avant de m’asseoir en face du vampire. Magnétophone en marche.

« Allons-y gaiement. Quand êtes-vous né ?

– Vous tenez vraiment à me poser cette question ? C’est tellement banal.

– Je sais. Je vous ai dit que je n’avais pas d’idées.

– Vous ne l’avez pas dit.

– Je l’avoue. J’ai des questions de secours toutes prêtes, les clichés habituels quand on ne sait pas quelles questions poser.

– Pourquoi ne pas essayer quelque chose de différent ? (Il se cale dans sa chaise et repousse les cheveux qui lui tombent devant la figure avec un geste aristocratique. Exaspérant.) Des entretiens avec des vampires, il y en a eu des dizaines, que dis-je, des centaines, probablement. Des road movies nocturnes aussi, quand j’y pense.

– Que voulez-vous dire ?

– Vous savez, quand l’un d’entre nous entraîne un humain dans notre monde, en lui présentant des fantômes, des lieux particuliers…

– Oui, je vois. Les blogueuses adorent ça. A mon avis, c’est un truc de rockstar : vous faites ça pour les séduire. Ce sont des groupies. Les articles qu’elles écrivent sont toujours élogieux et vous, vous avez droit à quelques gouttes de leur sang en prime. Ça, c’est banal.

– Alors, pourquoi ne pas essayer quelque chose de différent ? (Il a un sourire qu’il veut sans doute inquiétant.)

– Je vous écoute.

– A ma connaissance, personne n’a jamais écrit quelque chose comme : « Un vampire a passé la nuit chez moi – comment j’y ai survécu ».

– Mauvaise blague. Il ne se passera rien entre nous et je suis armée.

– Rien que vous ne souhaitiez.

– Je vous en prie. Je veux un bon article, c’est tout.

– Et vous l’aurez. Je suis d’accord pour faire cette interview, mais franchement, autre chose aurait pu être tellement plus original.

– Attendez une minute. (Réfléchissons. Réfléchissons vite et bien.) En gros, vous restez ici. Vous n’essayez pas de me mordre. Vous ne me séduisez pas.

– Promis. A moins que…

A moins que je ne le veuille, j’avais compris. Le but du jeu, c’est qu’au petit matin, vous repartiez dans votre cercueil et que moi, je sois toujours humaine, parfaitement indifférente à vos bonnes manières et que je ne me sois pas endormie ?

– Exactement. »

J’examine le vampire une minute. Son air satisfait met le feu aux poudres. Il aime les défis, il va bien voir ce qu’il va voir. Je me lève à la recherche de mon téléphone.

« Je vais appeler mon rédacteur pour lui demander un délai. Ou alors… (Inspiration subite.) Je vais alimenter le site du journal au fur et à mesure que la nuit s’écoule. En direct live.

– Je n’y vois pas d’objection.

– Marché conclu. Vous n’invitez pas vos potes à crocs ici, hein ?

– Hors de question.

– Bien. »

Je sélectionne le numéro et, avant d’appuyer sur le bouton « appeler », je me tourne vers mon sujet d’article. Bon, d’accord, vers le vampire.

« Vous allez vous occuper comment ?

– Vous voulez dire quand vous ne me poserez pas de question sur ma vie et que je ne vous en poserai pas sur la vôtre ? Journaliste ténébriste, c’est un joli nom. (Je lève les yeux au ciel.)

– Voilà. J’ai des dvds, mais bon.

– J’ai aperçu votre collection de disques. Je connais tous les groupes, évidemment, mais j’avoue que je suis, comment dites-vous ? Un peu fan de certains d’entre eux. Vous savez danser ?

– Ben voyons. Vous êtes du début du XIXème siècle, pas vrai ? »

Je le vois acquiescer en attendant que mon rédacteur en chef décroche. La nuit va être longue. Y survivre sera un jeu d’enfant. Me retenir de lui planter un pieu dans le cœur, par contre…

Fin

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Oneiroi

Par Adeline Arénas

adam

And the moonlight they’re more thrilling
Those things that he knows
Alex Turner – The Jeweller’s Hands

Elizabeth a oublié ses mitaines et penche la tête de côté. Il est tard, l’aiguille de l’horloge va bientôt en frapper le sommet et… Ah, voilà. Le tintamarre a commencé, rompant le silence de la ville. Douze coups, minuit. Le cliché est vite passé. Ses mains sont froides.

Il n’empêche qu’elle l’attend toujours. D’un côté, s’il était arrivé à minuit pile, ça aurait paru si irréel et si fabriqué que, forcément, un peu de gâchis aurait été constaté. L’instant aurait été gâché.

Elizabeth tourne, observe toutes les entrées des ruelles qui débouchent sur la petite place mais non, il n’est toujours pas là. Dans cinq minutes, elle estimera le cap du retard franchi. Et jurera tout bas, probablement.

« Elizabeth. »

Elle se retourne et le voilà, surgit de la ruelle qu’elle a regardée deux minutes avant. Le temps, une obsession ! C’est la première fois qu’elle aura l’occasion de vraiment lui parler. Plus en tout cas que les cinq minutes de conversation échangées dans une salle de concert, au début de la nuit dernière. Ils étaient venus voir la même chose. Elizabeth se retient d’incliner la tête.
Ce qui est amusant, parce qu’elle s’incline toujours quand on lui présente des gens. N’importe qui. Politesse d’un autre âge qu’elle s’est instituée et qu’elle respecte. C’est le plus ancien, le plus majestueux de tous les êtres qui lui aient été donnés de voir – et pourtant elle ne bouge pas. Elizabeth se contente de le regarder comme un membre de sa famille, avec le respect dû à un aîné depuis longtemps parti et attendu.

« Oneiroi. »

Elizabeth l’a soufflé et l’être semble réfléchir à la portée du nom.

« Si c’est ainsi que tu veux me nommer.
– Peu importe ton vrai nom, ça fluctue et tu en changes souvent. Tu seras Oneiroi pour moi car c’est ainsi que je te vois. »

Lui semble réfléchir. Comme s’il ouvrait un vieux tiroir et souriait à la vue d’un souvenir.

« Les dieux des songes, habitants de l’Érèbe aux confins du monde. »

Elizabeth irradie.

« Que veux-tu voir ?
– Tout.
– Ce qui peut avoir une définition différente pour toi et moi, dit-il. Viens. »

Oneiroi l’entraîne à travers les rues baignées par la nuit. Si calmes, et si peu dangereuses que les confins du monde semblent se trouver là. Elle le dit et elle sait, même s’il ne répond pas, que son idée n’est pas différente.

Les grains de sable qu’elle a ramassé s’écoulent de son poing serré, à la fois rugueux et agréables. Froids, alors qu’ils ont été chauds toute la journée. Pendant qu’ils s’écoulent hors d’elle, Oneiroi lui explique la marche du monde. Elizabeth secoue la tête, sourit : c’est une théorie qu’elle n’approuve pas. Il change de sujet et lui fait voir des constellations. Il place sa main sous la sienne et recueille des grains de sable, les minéraux et les morceaux de rochers qu’elle laisse tomber. Il les compare aux astres et aux étoiles.
Des galaxies il en vient à la musique. Comme ça, juste en passant. Les deux phrases qu’il lâche resteront gravées en elle. Elizabeth veut parler d’une pièce très vieille et très oubliée qu’elle a lue il y a longtemps, à laquelle Oneiroi lui fait penser. C’est au visage de l’être de s’éclairer.

« La chose est peu connue. »

Sa voix à lui est presque raffinée, pleine de tous les livres qu’il a lus et de toutes les musiques qu’il a écoutées. Elle en serait tombée amoureuse si elle n’avait pas déjà un amant qui avait noué son cœur au sien. Il est loin, si loin d’elle en ce moment… Oneiroi est lié, lui aussi, à une épouse qui l’attend à l’autre bout du monde. Il regarde Elizabeth. Son reflet, avec un ou deux millénaires de retard.

Il lui parle de livres et elle se souvient d’articles d’encyclopédies. Elles prennent la poussière, elle doit toujours souffler sur la tranche des pages fines comme du papier bible. Elle imagine les illustrations frappées entre les colonnes chargées d’inscriptions. Bam. Ses lèvres forment une onomatopée muette.

« Et la musique ?
– La musique ?
– Tu ne peux pas te contenter de m’en parler si peu. (Elle se corrige.) Je ne peux pas m’en contenter. Parle-moi des vieux instruments. »

Oneiroi s’exécute obligeamment, comme on satisferait au caprice d’un enfant déjà trop gâté. Elizabeth pose brusquement une question sur la mécanique. Comment fonctionnent les choses ? Est-ce qu’on sait pourquoi…

« C’est à mon tour d’avoir une question à te poser. »

Au loin, le ciel bleuit légèrement. Le noir devient gris, le jour va se lever. La promenade a été longue. Leur point de départ est très loin derrière eux.

Elizabeth regarde Oneiroi.

« C’est ta faim qui t’a poussée à venir me voir, n’est-ce pas ? »

Elle sourit. Qu’il lui pose cette question est un paradoxe en soit.

« Impossible de le nier.
– Suppose que je te donne ceci. (Il dresse une main blanche, qu’elle devine froide sans la toucher, dans l’obscurité qui faiblit.) Y as-tu pensé ?
– Brièvement. Comme une chose qu’il serait trop insultante de demander. Je n’ai pas cette prétention. Je ne veux pas faire offense…
– Si je te fais ce don, c’est à double tranchant. Tu sauras, bien plus que tu ne sais déjà. Infiniment plus. Mais ta faim de savoir sera encore plus grande. »

Oneiroi a un sourire amusé. Une pensée lui est venue.

« Tout en restant parfaitement mortelle, bien sûr. Tu ne veux pas de l’immortalité, je me trompe ? Tu as déjà trop d’errances nocturnes. »

Il se penche vers elle.

« Et il y a un amour immodéré de la lumière,… (Il se redresse.) Ah ! Quel dommage. »

Ses deux derniers mots sont presque inintelligibles. Il soupire.

« Ou peut-être pas. »

Oneiroi décide de mettre fin à ses idées, qui menacent de prendre le dessus sur l’instant présent. Sur Elizabeth, qu’il ne reverra plus. Il ne l’évitera même pas, c’est un simple fait : c’est la dernière fois qu’il la voit. Il le sait et la décision ne relève pas d’eux.

Peu après il l’a quittée. Elizabeth se tient debout, tremblant presque face au ciel qui devient de plus en plus clair. Elle a la pression froide de la main d’Oneiroi contre ses lèvres, et le goût du sang chaud qu’elle a l’impression de sentir encore s’écouler dans sa gorge.

Les idées luttent. La Beauté. La mécanique. Les anneaux autour des planètes. Les grains de sable qui glissent hors d’elle. Oneiroi. « Oneiroi », prononce-t-elle.

Et la faim, la faim qui jamais ne cessera.

Fin

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L’anglais possède une excellente expression pour définir le sujet dont je vais parler. Role model. Traduisible par « exemple » ou « modèle à suivre » en français.
C’est exactement ce dont il s’agit ici. Les personnages de fiction comme modèles à suivre dans la vie courante. Pas n’importe lesquels, bien entendu : un génie infréquentable et une surdouée psychopathe, j’ai nommé Tony Stark et Alice Morgan.

Je vous vois venir d’ici, ce sont des scientifiques et je suis une littéraire. Certes. Ce ne sont assurément pas des role models en raison de leur style de vie légèrement… différent. Il est vrai.
Mais c’est justement là que réside tout l’intérêt du jeu.

J’ai déjà dû expliquer plusieurs fois le syndrome dont je souffre dans les articles de ce blog : je ne supporte pas qu’on cite une référence que je ne connais pas. Premièrement parce que je me sens affreusement frustrée, deuxièmement parce que je déteste admettre que je ne sais pas.

Avec Tony Stark et Alice Morgan, le fossé ne saurait être plus grand. Leurs thèmes de prédilection sont presque immanquablement des sujets dont j’ignore tout. D’où la frustration accrue.
D’où le fait de m’intéresser depuis cet été aux trous noirs et à la mécanique quantique, entre autres.
(Après tout, les « libertins érudits » du XVIème siècle prônaient le fait que « l’homme savant » se devait d’être érudit dans tous les domaines, pas vrai ?)

Mais voici ma théorie. Je pense en effet que ces personnages peuvent être d’excellents modèles à suivre et ce, en dépit de leur caractère hautement dangereux. (Quoique ?)

Tony Stark

L’ayant encore peu croisé dans des comics – je suis plus DC que Marvel, vous m’excuserez –, je m’appuie sur le personnage tel que nous l’ont montré les films de Jon Favreau et Joss Whedon, interprété par Robert Downey Jr.
Il n’est plus à présenter, tout le monde connaît Iron Man, le « genius billionaire playboy philantropist », comme il se décrit lui-même dans le film Avengers. Ses défauts sont immenses et je n’ai pas l’intention de de les cacher – il en avoue d’ailleurs une bonne partie dans son autoportrait de quatre mots. Donc, Stark a un ego surdimensionné, court après toutes les filles qui passent (et se débarrasse d’elles d’une façon toute personnelle), cumule les excès en tous genres et ne fait pas toujours le meilleur usage de son argent. C’est un fils à papa riche, célèbre et qui possède les pires adjectifs attribués à ce statut.
Je ne conseille à personne d’imiter une telle attitude. (Encore faut-il en avoir les moyens.)
Cela va de soi.

Une chère amie a coutume de dire que « les personnes de grand talent ou de grande intelligence possèdent des défauts proportionnels ». Ceux de Tony Stark sont à la mesure de son génie.
C’est un inventeur. Un génie précoce, et beaucoup plus réfléchi qu’il n’y paraît. Il fourmille d’idées dès qu’il s’agit de créer et d’améliorer son armure d’Iron Man. Et bien entendu, c’est un scientifique reconnu par sa profession.

Il y a deux choses que je lui envie particulièrement. Ses hologrammes, déjà. Ils sont magiques. (Si je pouvais mettre mes idées en forme avec un tel moyen, la vie serait parfois bien plus simple.)

Sa faculté à apprendre très vite dès que nécessité se fait sentir. « When did you become an expert in thermonuclear astrophysics ? », lui demande Maria Hill – Avengers, toujours. « Last night », répond Stark l’air de rien.
Et bien sûr ses connaissances en matière de mécanique quantique. Je ne les égalerai certainement jamais, mais je peux toujours essayer de m’instruire et de comprendre certains concepts et notions.
Dont acte.
Au fil des films, Stark s’améliore et trouve divers moyens de gérer sa personnalité instable. De ne pas péter les plombs, disons. Notamment en s’occupant et en se plongeant dans l’invention.
Pour toutes ces raisons, oui, Tony Stark peut être un role model.

Et pour ceux qui m’accusent de ne citer que des hommes parmi mes héros de prédilection, le personnage suivant offrira un démenti.

Alice Morgan

Il n’y a aucun piège, Alice Morgan est bel est bien une femme. « Presque un génie », qui plus est. Une chercheuse en physique entrée à l’université à treize ans et sortie à dix-huit. C’est aussi une tueuse en série dont on apprend, dans le premier épisode de la série Luther, qu’elle a assassiné ses parents.

Pour être franche, Alice est ma principale raison de regarder la série – produite par la BBC, quelle surprise. Brillamment interprétée par Ruth Wilson, Alice Morgan est un personnage fascinant et effrayant à la fois.

Ses défauts sont presque indissociables de ses qualités, ce qui rend son caractère de role model assez difficile à justifier. Je le fais quand même.
Ce qui caractérise Alice, donc, c’est son génie et sa jeunesse. Elle est aussi brillante en physique qu’en meurtre. Ce qui suscite l’admiration de Luther, avec lequel elle va développer une étrange amitié, c’est qu’il est impossible de prouver qu’elle a effectivement tué ses parents : elle n’a laissé aucune trace. Son crime reste donc impuni.
Pour en finir net avec son défaut majeur : c’est une perverse narcissique. Alice désire être admirée et porte un souverain mépris à la plupart des êtres qui l’entourent. Chacun de ses actes est une revanche contre ceux qui ont pu la blesser.

Ceci étant dit, Alice Morgan a de grandes qualités : un sens inné de la répartie – fine et cinglante –, de l’érudition et une élégance certaine. Elle donne également des conseils avisés à Luther, étant lucide sur les comportements d’autrui.

Elle fait ce qu’elle veut comme elle le veut et ne tolère aucune entrave. Elle parvient également à se sortir des situations les plus difficiles avec un calme inquiétant.

Je concède que tout ceci n’est pas follement encourageant. Alice m’a poussée à m’intéresser aux trous noirs, qui n’appartiennent pas du tout à mon domaine.

Sa capacité à rester calme en – presque – toute circonstance, son intelligence ne peuvent que susciter l’admiration. Alice est une source d’inspiration idéale si l’on veut s’aventurer sur des terrains inexpérimentés de la connaissance et désirer être meilleur dans certains domaines. Le tout en avançant avec une calme certitude.

Donc, je n’ai que des modèles fictionnels scientifiques, vous demanderez-vous ? J’ai montré que cela allait au-delà de ces compétences. Il existe d’autres personnages qu’en effet j’aurais pu prendre comme exemple. J’aurais pu citer Sherlock Holmes, mais il n’a que trop visité les pages de ce blog. Cela dit, il représente l’homme dont le savoir est complet : c’est aussi bien un scientifique qu’un littéraire, il se prête à des expériences de chimie et est aussi musicien. (Il a également des défauts non négligeables…)

Mais c’est un cas encore différent. J’ai cité Tony Stark et Alice Morgan parce que leurs exemples sont d’autant plus frappants qu’ils contrastent, au premier abord, non seulement avec l’image de modèles à suivre, mais également avec le domaine dans lequel j’étudie et sur lequel j’écris.

Cependant, en considérant avec discernement les personnages d’un insupportable millionnaire et d’une surdouée psychopathe, en prenant le meilleur d’eux, je crois avoir montré qu’ils peuvent effectivement être des exemples à suivre.

Je pense qu’ils souriraient à cette idée.

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