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Jack White à Fourvière, le 8 juillet 2018 ©Ray Spears

Je n’ai pas tant que ça l’habitude de poster des billets personnels sur ce blog. Mis à part la Lettre à l’ado de 15 ans que j’ai été publiée en mai (qui a eu des répercussions inattendues sur ma vie privée, qui m’ont soulagée et permis d’avancer), je publie peu de choses sur mon quotidien.

Mais j’ai pensé que pour ceux qui me suivent depuis un moment, je me devais de raconter deux-trois trucs. Sans pour autant rentrer dans les détails personnels, parce que 1. la vie privée prévaut, 2. ça pourra peut-être en aider quelques-uns si je reste plus générale.

Premièrement, sachez qu’il existe un syndrome du cœur brisé, appelé le « tako-tsubo ». Il y a quelques semaines, je me suis retrouvée malgré moi victime d’un chagrin romantique. Rien de romanesque. Une histoire vaguement classique à base de : une fille aime un garçon qui n’est pas réceptif, elle renonce à insister, mais a quand même envie de se ficher en l’air quand il sort avec une personne qui n’est pas elle. Bon, j’ai eu des envies de destruction pendant moins de vingt-quatre heures. J’avais beau salement encaisser la situation, je suis d’avis que quand on a des projets et de l’ambition, il ne faut pas se dire : « Ma vie est finie, je ne vaux rien » en tortillant des mouchoirs trempés de larmes entre ses mains. (J’ai quand même dopé ma consommation de kleenex la semaine où ça m’est arrivé.)

Loin de vouloir composer dix mille chansons sur le sujet ou d’avoir l’idée d’un chef-d’œuvre littéraire basé sur ce coup dur, j’ai plutôt dopé mon ego en mode : « Ce garçon n’était pas digne de moi, et le destin me réserve quelqu’un de mieux ». (On invente ce qu’on peut pour tenir, hein.) C’est aussi dans ce genre de moment que j’ai réalisé que j’avais les meilleurs amis du monde, qui ont refusé de me laisser seule avec moi-même pendant les 48 heures qui ont suivi la grande révélation « il s’est mis avec une personne ». (Merci à vous qui m’avez fait à manger, sortir de chez moi et redonné de la motivation. Et encouragée à pleurer comme une fontaine.) C’est aussi pendant cette semaine que j’ai fait ma première lecture publique, celle de mon texte Il fait nuit, et je suis journaliste ténébriste, basé sur mes traditionnelles histoires d’Halloween publiées ici.

Tous les mois, le bar-restaurant Le Rita-Plage (à Villeurbanne) organise une soirée, Meuf-In Stage, où sont mises en avant les artistes féminines, qu’elles soient musiciennes, comédiennes ou autrices. J’ai postulé après avoir vu un épisode de Girls où l’héroïne fait une lecture publique d’un de ses textes et m’être exclamée : « Je veux faire pareil ! ». Et j’ai été programmée. J’ai eu le cœur brisé quelques jours avant Meuf-In Stage. La perspective de cette soirée a contribué à me faire tenir bon. J’ai fait ma lecture devant des proches et de parfaits inconnus, et c’est un des meilleurs moments que j’aie vécu cette année – pour l’instant. C’est aussi pendant cette semaine très difficile à vivre que j’ai reçu plus de détails sur l’émission radio dont je serai l’invitée courant septembre. (17 septembre, 23h, Radio Canut, Dans tes oreilles, une émission consacrée à des autrices et dramaturges. C’est un honneur d’y être conviée et je n’en reviens toujours pas.) Comme l’a dit une amie avec philosophie : « Qu’est-ce qu’un chagrin d’amour comparé à la gloire ? ». Là aussi, tous les prétextes sont bons pour se consoler, mais celui-ci était plutôt efficace.

Revenons au tako-tsubo. Vous en avez déjà entendu parler ? Moi non plus, jusqu’au  jour où mon cœur a été réduit en miettes. Quand ça m’est arrivé, j’ai voulu savoir pourquoi, outre une envie bien compréhensible de pleurer, ma poitrine me faisait si mal que j’avais l’impression qu’un vide s’était creusé à l’intérieur, et qu’une douleur énorme ne lâchait pas mon ventre. La douleur à la poitrine a mis des jours à partir. Sachez qu’une émotion intense – particulièrement une peine romantique – peut causer de tels symptômes. On appelle ça le « tako-tsubo », ou le « syndrome du cœur brisé ». S’il se produit principalement chez des femmes plus âgées et peut parfois entraîner l’hospitalisation, j’ai pu expérimenter, disons… la « version junior » du tako-tsubo. Ca m’a permis de rationaliser ce qui m’arrivait, de prendre un peu de distance, et d’avoir un nouveau sujet d’intérêt. La prescription en cas de tako-tsubo, c’est : du repos. Que je suis finalement parvenue à prendre. Ironiquement, quand mon chagrin d’amour m’est tombé dessus, j’ai pensé que j’étais rentrée dans la cour des grands. J’allais finir comme Norah Jones, à écrire une œuvre cathartique sur le sujet (The Fall et Little Broken Hearts sont d’excellents albums). Mais non. La vérité, c’est qu’un chagrin d’amour fait du mal, qu’on en bave, et que ma seule envie c’était que ma déprime soit loin derrière moi pour me remettre à créer avec toute la joie et l’ambition dont j’avais besoin.

Spoiler : je m’y suis remise. Grâce à Jack White.

Si vous suivez ce blog depuis un moment, vous savez que le monsieur occupe une place très importante dans ma vie et mon écriture. (Je vous renvoie à mon article Six ans avec Jack White ou à cette petite nouvelle, qui l’expliquent bien mieux.) Cette année, Jack White était annoncé aux Nuits de Fourvière, et il était évident que j’irais le voir. Déjà, parce que je n’en avais encore jamais eu l’occasion. Ensuite, parce que ça fait dix ans pile, cet été, que j’ai découvert sa musique, et qu’elle a été un tremblement de terre dans mon existence. C’était l’occasion de fêter un bel anniversaire.

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Jack White à Fourvière, le 8 juillet 2018 ©Ray Spears (Le visage de fille à longs cheveux bruns qui le regarde jouer pile sous sa guitare, c’est le mien)

J’ai réussi à avoir ma place dès sa mise en vente – tout a été vendu en cinq minutes chrono – et j’ai été insupportable avec mon entourage jusqu’au jour J. (Personne ne comprenait que je sois terrifiée à l’idée de voir mon role model jouer, mais je l’étais. C’est une chose d’avoir une figure qui occupe le rôle de Maître dans votre vie, qui peuple votre imaginaire, vos histoires, qui vous a appris à bien vous habiller et vous a inculqué votre éthique de travail. C’en est une autre de le voir en vrai et de s’apercevoir que c’est bien un être de chair et de sang.)

J’ai une pointe de regret : qu’il n’ait pas joué de piano. L’homme improvise ses setlists tous les soirs, et le 8 juillet, il a livré un concert exclusivement à la guitare. Mais il a joué Hypocritical Kiss, un de mes morceaux préférés. Je ne vais pas revenir en détail sur les morceaux, l’ambiance qui a régné ce soir-là : d’autres critiques l’ont fait. Certains journalistes l’ayant vu à Montreux deux soirs plus tard lui ont reproché de privilégier la virtuosité au détriment de l’émotion. Je ne suis pas d’accord : Jack White met ses tripes dans le moindre solo de guitare qu’il joue, et l’émotion est là en permanence.

La maîtrise de la mise en scène et le perfectionnisme de Jack White m’ont envoyé assez d’inspiration pour l’année à venir. J’avais de nouvelles idées qui surgissaient dans ma tête au fur et à mesure que je le regardais jouer, et des choses à ajouter à mes histoires. J’ai aussi résolu de mener à terme un projet que j’hésitais à faire. Je suis sortie du concert en pensant : « Je veux être comme lui plus tard ». Je ne souhaite pas être une rockstar, bien sûr, mais j’aimerais pouvoir porter des projets aussi ambitieux et aboutis que ceux de White. Oh, et j’aimerais pouvoir le rencontrer pour le remercier et lui poser des questions. Je suis journaliste : dans la foulée de ma réservation du concert, j’ai lancé une requête d’interview avec lui qui n’a pas abouti. (En lisant les articles qui ont détaillé ses dates en France, j’ai pu constater qu’aucun entretien n’avait été accordé.) Mais je ne lui en veux pas : White est arrivé à Fourvière à 15h15, après avoir joué tous les soirs de la semaine et passé la journée dans un car qui roulait depuis le nord de la France. Il a joué à 21h30, et le lendemain matin, il était déjà reparti vers la Suisse. Je pense qu’à sa place, arrivée à Fourvière, je serais allée piquer un petit somme après avoir fait mes balances – ce qu’il a probablement fait. Et j’ai eu assez d’émotions avec son concert. La vie est longue, il y aura d’autres occasions.

Après les 24 heures suivantes passées dans un état d’hébétement – « J’ai vu Jack White jouer, c’est fait, je n’arrive pas à y croire » –, je me suis remise à avoir des idées. J’ai eu à nouveau envie de me lever tôt le matin pour écrire mes projets ou m’occuper des tâches importantes avant d’aller au boulot. J’ai recommencé à avoir de l’ambition, l’envie de lire des livres de vulgarisation scientifique, des biographies et de regarder des films en noir et blanc – des lubies que White m’a transmises il y a une dizaine d’années. Même si mon « tako-tsubo » n’est pas tout à fait cicatrisé, je suis prête à avancer et à me lancer dans de nouvelles aventures.

Parce qu’on ne gagne rien à faire du surplace en s’apitoyant sur son sort. La personne que vous aimiez ne vous a pas choisie, ça ne changera pas : il faut tirer un trait et avancer.

 

 

Après avoir assisté au concert de Fourvière, j’ai voulu rechercher des articles et des histoires que j’avais aimé lire sur la Toile des années plus tôt… et qui ont malheureusement disparu. Donc, sans plus attendre et pour conclure cet article sur une note à la fois nostalgique et un peu rigolote, voici une petit liste non-exhaustive des choses qui ont disparu d’internet et que j’aimerais tellement y retrouver :

  • Le forum Candy Cane Children (consacré aux White Stripes), dont j’ai fait partie il y a dix ans, entièrement en anglais, et le seul à contenir autant de fanfictions sur ce groupe. J’aime les fanfictions (bien écrites), je ne m’en cache pas, et oui, ce site me manque. Il a été supprimé. What a shame.
  • Une interview fabuleuse d’Alexandre Astier par une universitaire, qui évoque avec lui la présence de Dieu dans son œuvre et son rapport à la foi. Je l’ai dévorée un jour et jamais retrouvée depuis, malgré toutes mes recherches.
  • Tous les dessins et les fanarts que j’avais enregistrés sur mon compte Deviantart, et que leurs auteurs ont choisi de supprimer. (Moralité : toujours enregistrer les œuvres qui vous plaisent sur votre ordinateur.)

Et maintenant, en avant.

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