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Vampire exaspérant

“On ne change pas une équipe qui gagne.”

Joyeux Halloween à tous ! Il y a deux ans, j’avais publié cette nouvelle pour l’occasion. J’y racontais les déboires d’une journaliste ténébriste contrainte d’interviewer un vampire exaspérant et de l’accueillir chez elle pendant une nuit entière. Voici leurs retrouvailles, deux ans plus tard. Et non, elle ne l’apprécie toujours pas. (Je dois avouer que l’écoute intensive du groupe HIM m’a donné l’idée de cette histoire. Toute mon affection va à Ville Valo et à sa musique, que je caricature gentiment ici.)

Pour la première fois, je dois écrire mon article d’Halloween sur un sujet imposé.

Bon, l’avantage, c’est que ça me dispense de me creuser la tête pour en trouver un. L’an dernier, j’avais trouvé mon idée de reportage un mois à l’avance pour ne pas me retrouver à interviewer un vampire snob au dernier moment. Résultat : j’ai écrit un article passionnant sur un spécialiste des créatures de la nuit et son laboratoire. Mais si, vous savez ! le genre de type qui passe son temps à collectionner les grimoires et à soigner les goules et autres sorciers. Il ne demandait pas mieux que de passer une soirée tranquille pendant Halloween, tout comme moi. L’entretien eut lieu en début de soirée, et chacun resta chez soi ensuite.

Je bosse chaque soir d’Halloween : je suis journaliste ténébriste, je n’ai pas le choix. Chaque année, à la même date, je dois sortir le reportage qui va marcher et impressionner mon rédacteur en chef. Cette fois, mon patron m’a carrément devancée, puisqu’il a décidé de mon sujet d’Halloween à ma place. Comme mon papier Un vampire a passé la nuit chez moi : comment j’y ai survécu a cartonné il y a deux ans, il veut que je retrouve cet épouvantable snob à crocs pour écrire la suite.

Quel intérêt, me direz-vous ? Il se trouve que notre ami le vampire a apparemment choisi cette année pour sortir un album à titre confidentiel – destiné aux créatures nocturnes, vous comprenez – et qu’il donne un concert acoustique dans un petit bar du coin. Mon rédac chef veut que j’assure l’interview. Il s’est même permis une plaisanterie d’un goût douteux : « Je suis sûr que la nuit qu’il a passée chez toi lui a donné l’idée de faire ce disque ».

Mettons les choses au clair, pour ceux qui s’imaginent que j’aurais pris ce vampire en affection. Je me suis vraiment retenue de lui mettre un pieu dans le cœur jusqu’au dernier moment. Jusqu’à ce qu’il franchisse la porte de mon appartement pour rejoindre son cercueil, en fait. J’ai dû faire preuve d’une patience dont je ne me pensais pas capable pour supporter ses manières et ses lamentables tentatives de flirt. (Donc oui, il est tout à fait possible de résister à la séduction d’un vampire : affaire classée.) En plus, c’était un danseur correct – loin d’être exceptionnel.

Bref, inutile de préciser que l’idée de devoir l’interviewer à nouveau ne m’enchante absolument pas. Je ne peux même pas sortir à mon rédac chef une réplique cinglante comme : « Il faudra me payer pour que je fasse cet article », vu que… je suis payée pour le faire. Plus qu’à prier pour que ça passe vite. Voyons le bon côté des choses : au moins, je ne suis pas obligée de passer la nuit entière avec ce bonhomme comme il y a deux ans.

Vérifions nos affaires. Carnet, stylo, portefeuille, livre au cas où le concert serait ennuyeux, pieu, vêtements noirs et foulard. (Non, ce n’est pas pour me protéger d’éventuelles morsures, c’est parce qu’il fait froid. Vu le nombre de tuberculeux que je croise chaque jour au bureau, je préfère éviter de me mettre à tousser à mon tour.)

Le bar où le vampire joue n’est pas très loin de chez moi, et dans un quartier plutôt sympathique. Pas celui où la fête d’Halloween battra son plein. Je ne vais donc pas croiser de convoi de sorcières bourrées, ni de vampires qui se lancent dans des concours de récitation de poésie ou d’arias de Mozart. (Bien sûr que j’aime la poésie et Mozart, mais sérieusement, vous n’avez pas envie de voir des vampires en débiter.)

Le bar est plein quand je pousse la porte. Des gens, assis ou debout, sont occupés à bavarder ou à boire. Je distingue quelques humains, des vampires et des mages aussi. Public hétéroclite, ce qui annonce une ambiance plutôt sereine, a priori. Le vampire est déjà sur scène, et je m’arrange pour qu’il ne me voie pas. Il est assis sur un tabouret, sa guitare en main, et… C’est un joueur de flûte que je vois à sa droite ? Et un clavecin à sa gauche. Je ne sais pas à quoi va ressembler sa musique, mais une chose est sûre : le vampire a manifestement décidé d’impressionner la galerie.

Ce à quoi il s’emploie pendant la demi-heure suivante. Dieu merci, le concert est court. Le vampire, ramenant de temps à autre ses cheveux en arrière avec un air qu’il veut à la fois ténébreux et inspiré, enchaîne une suite de ballades et de chanson où il est question… d’amour éternel, de rejoindre les ténèbres avec sa dulcinée et de la lune qui brille. Je lui prédis plein de fans entre 14 et 20 ans s’il se décide à signer avec une major. A un moment, je retiens un fou rire en m’apercevant que son joueur de flûte présente un air de ressemblance avec Legolas – je crois que c’est un vampire aussi, mais je n’en suis pas sûre. Son joueur de clavecin a des air de majordome anglais : raide et sévère.

« Ah, ma chère ! Je me disais bien que je vous avais vue. »

Je lève les yeux du carnet où j’ai pris quelques notes. Le vampire m’a rejointe à une table, dans un coin du bar.

« Votre rédaction m’a prévenu, évidemment. Quel plaisir de vous revoir.

– Bonsoir. »

Restons calme. Ça ne durera pas longtemps.

« J’ai quelques questions à vous poser à propos de votre… musique, dis-je. Mon rédacteur en chef pense que l’article peut faire un tabac.

– C’est très aimable à lui, réplique le vampire avec la fausse modestie qui le caractérise. Qu’avez-vous pensé du concert ?

– Sincèrement, je pense que vous pouvez faire un malheur auprès de toutes les adolescentes un peu romantiques. Je pense aussi que vos airs ténébreux et vos mouvements de cheveux peuvent y contribuer au moins autant que vos chansons.

– Dois-je y déceler du sarcasme ? »

Il hausse un sourcil. Ce n’est pas le moment de se faire mordre en plein milieu d’une interview. Il faut redresser la barre. Et rentrer chez moi, où l’épisode final d’Edgar Allan Poe’s Murder Mystery Party m’attend.

« Pas forcément, répliqué-je le plus calmement du monde. En tout cas, allez-y, c’est votre moment. Vous avez cinq minutes pour défendre votre album et parler de votre musique. En gros : pourquoi c’est bien ? Je vous écoute. »

Le vampire se lance alors dans une grande tirade sur la poésie mourante de nos jours (je vous avais prévenus), l’absence de compositeurs intéressants, et pourquoi le romantisme semble-t-il disparaître comme la lune au petit matin ? (Il va falloir se calmer avec la lune, mon brave.) Lorsqu’il a fini, je regarde mes notes, estime que c’est largement suffisant et m’efforce de sourire convenablement à mon interlocuteur.

« Je vous remercie, c’était fort instructif. Mes compliments au flûtiste, offrez-lui un verre de sang de ma part. »

Je me lève et remets mon manteau.

« Vous partez déjà ? Je pensais que nous resterions un peu plus longtemps ici.

Nous ? (Je lève les sourcils, incrédule.) Il n’y a pas de nous qui tienne. J’ai fini mon reportage, je rentre chez moi.

– Je le sais bien, c’est pourquoi je vous suis. Votre rédacteur en chef m’a dit que j’allais passer la nuit chez vous, comme il y a deux ans. Ça fait partie de la promotion, je suppose…

– Mon rédac chef vous a dit quoi ? »

Et soudain, je comprends le sourire fourbe et la plaisanterie douteuse de mon supérieur il y a quelques semaines.

« Rien ne vous oblige à faire ça. Et puis, je n’ai même pas de sang dans mon frigo, ne l’oubliez pas. Vous allez vous ennuyer à mourir, comme la dernière fois.

– Je me suis déjà nourri, dit le vampire. Et je ne me suis pas du tout ennuyé il y a deux ans. Nous pourrions regarder la suite de… Ah, ce film que vous m’avez fait voir cette nuit-là.

La Famille Addams, je réponds d’un air sombre.

– Oui, c’est ça. Ou regarder l’intégralité des Twilight.

– Merci bien, j’ai déjà assez d’un cauchemar sur les bras. Attendez, les Twilight ? Vous n’êtes pas sérieux ?

– Non, je vous testais. Vous ne croyez pas que je vais supporter de regarder des vampires à paillettes ? (Il ramène ses cheveux en arrière d’un air satisfait.) Votre rédacteur en chef m’a assuré que les deux parties seraient gagnantes : moi avec un article promotionnel, vous avec une prime.

– Une prime ?

– Pour être parvenue à me supporter une seconde fois.

– Ça se conçoit, il m’a déjà réservé des surprises de ce genre. Il doit vraiment tenir à cet article pour vouloir à tout prix nous remettre dans la même pièce.

– Je le crois. On ne change pas une équipe qui gagne. (Je lève les yeux au ciel.) Je vous suis, donc ?

– Suivez-moi. Je vais d’abord appeler mon rédacteur en chef et s’il s’avère que c’est une entourloupe de votre part, je vous promets que mon article sera beaucoup moins civilisé que le précédent. »

Un instant plus tard, je dois me rendre à l’évidence : ce n’est pas une arnaque. Vu le ton très satisfait de mon rédac chef au téléphone, j’ai intérêt à rendre l’article du siècle si je veux rester haut placée dans son estime. Il me faut donc trouver une nouvelle idée : hors de question de supporter ce vampire chez moi pendant les dix prochaines heures.

« On ne va pas aller chez moi tout de suite. Vous connaissez des maisons hantées intéressantes ?

– Elles risquent d’être agitées, cette nuit. Lesquelles avez-vous déjà visitées ? »

J’énumère la demi-douzaine que je connais.

« Oh, vous n’avez pas encore vu la plus intéressante. Elle est sensationnelle, je vous le garantis. Vous avez de quoi vous défendre, par contre ? Juste au cas où.

– Vous êtes immortel et vous n’êtes même pas fichu d’assurer ma protection ?

– Je pensais que vous la refuseriez. Parfait, allons-y. »

Nous voilà partis. Après tout, ce qui va suivre sera forcément plus intéressant que tout ce que j’aurais pu écrire si j’avais dû inviter directement le vampire chez moi. Un moment, j’ai envie de tout planter là devant le ridicule de la situation : me voilà, le soir d’Halloween, à arpenter les rues de la ville avec un vampire dont la principale occupation est de ravager le cœur des jeunes filles en fleur. Pour mon travail. Certains diront qu’on peut faire pire.

L’espace d’une seconde, je suis tentée de dire qu’ils ont raison. Mais je garde quand même mon pieu à portée de main.

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Gustave Courbet – Le Désespéré (1843-1845)

Je sais que ça fait longtemps que je n’ai pas publié d’article sur ce blog, mais j’ai une excellente excuse (pour une fois) : depuis plusieurs mois, j’étais plongée dans l’écriture de ma seconde pièce de théâtre, qui est la suite du Vampire de la rue Morgue dont je vous ai déjà parlé. Il se peut que j’écrive un autre article sur cette aventure, mais après tous ceux que j’ai en tête, que j’espère écrire bientôt. Bref, si je suis là ce soir, c’est parce que c’est le Ray’s Day, la fête de la lecture dont le nom provient du grand Ray Bradbury. Pour l’occasion, j’ai décidé de poster une nouvelle, écrite il y a quelques mois en cadeau à un ami. J’espère qu’elle vous plaira. (Avec le recul, ça m’amuse de voir qu’elle aborde un thème sur lequel j’ai écrit des dialogues pendant des semaines.)

Il entra en ouvrant à peine la porte. Juste assez pour faire passer son corps par l’ouverture, si bien que les cloches ne tintèrent pas.

Il tourna silencieusement la poignée, remit sa main gantée dans sa poche et jaugea l’endroit du regard. Étrangement calme pour un mardi midi. Parfait. Il avait seulement besoin d’un peu de temps. Il choisit une table bien éclairée, non loin de la baie vitrée.

Il promena son regard autour de lui avec une pointe d’indifférence. Une femme pendue à son téléphone injuriant l’amant qui n’était manifestement pas là – son murmure était saccadé. Deux hommes en costumes, occupés à trouver les moyens d’alimenter une conversation formelle et polie.

Non, il n’y avait personne. Personne dont il put se satisfaire vraiment. Il glissa la main dans sa poche, en tira une montre à gousset et regarda l’heure. Dans cinq minutes, il devrait partir. Il n’aurait pas le choix. A moins que…

Les cloches du restaurant sonnèrent. Un jeune homme entra : pâle, épuisé, le poing serré sur une chose invisible. Il balaya le restaurant d’un regard enfiévré et vit celui qui l’observait. Il le reconnut soudain, s’avança vers la table, tira une chaise et s’assit sans même ôter son manteau.

Le jeune homme posa son poing sur la table et l’ouvrit. L’objet se tenait sous leurs yeux, au milieu des couverts sans assiettes. Le jeune homme guetta une réaction.

Mais son interlocuteur se contenta de regarder l’objet et de sourire :

«  Je suis heureux de vous voir, mon ami. Comment se portent les Enfers  ? »

Le jeune homme mit quelques secondes à répondre. Il paraissait presque nerveux. Cependant, il affronta le regard de son interlocuteur sans ciller.

« Les membres du 5ème cercle vous saluent », répliqua-t-il.

Le jeune homme attendit une réponse – qui ne vint pas. Il tapa du bout des doigts sur la table et se décida à poursuivre :

«  J’ai fait ce que vous m’avez demandé. Je vous ai rapporté l’objet. Je vous demande de me libérer du lien que vous m’avez attaché. »

Son interlocuteur haussa un sourcil.

« Pourquoi le ferai-je ? Il se pourrait que j’aie encore besoin de vos talents.

– Vous trouverez quelqu’un d’autre, rétorqua le jeune homme. J’ai écumé des Cercles Infernaux pour vous, j’ai fait une escapade au Purgatoire. »

Comme son interlocuteur ne réagissait pas, le jeune homme le jaugea du regard. Il énonça calmement :

« Et je sais parfaitement qui vous êtes. Je sais pourquoi on vous a chassé, pourquoi ils ne veulent plus de vous ni en haut, ni en bas. Je vous ai apporté l’objet, et je me moque absolument de ce que vous en ferez. J’ai exécuté votre demande, je vous demande de me libérer de mon engagement. »

Son interlocuteur ne détacha pas son regard du sien. Une serveuse passa à côté d’eux sans les voir, parce qu’il voulait qu’il en fût ainsi. Le jeune homme ne pouvait cacher sa nervosité, mais ce n’était pas son interlocuteur qui l’intimidait. Son agitation était due à la fatigue du voyage, et aux forces qui s’agitaient en lui et autour de lui en permanence. Un si beau potentiel à peine développé.

« Soit, dit enfin l’interlocuteur, tout en repliant sa main gantée autour de l’objet. Je vous laisse libre de faire ce que bon vous semble. Vous savez qu’il est inévitable que nous nous recroisions ?

– Je n’ai aucun doute là-dessus. Et je m’y attends. »

L’interlocuteur du jeune homme se leva, l’objet toujours dans la main, et le glissa sous son manteau. Puis il quitta le restaurant aussi calmement qu’il y était entré.
C’est à ce moment que la serveuse se dirigea vers le jeune homme pour prendre sa commande. Il s’exécuta poliment. La normalité du lieu lui paraissait presque étrange. Une escale entre deux voyages, probablement. Il essaierait de faire durer celle-ci.

Lorsque la serveuse se fut éloignée, le jeune homme baissa les yeux et vit le petit morceau de papier laissé par son interlocuteur juste avant son départ. L’écriture manuscrite était parfaitement lisible :

Au plaisir d’une nouvelle collaboration fructueuse. Vous savez où me trouver si vous souhaitez adoucir votre damnation.

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Les ciseaux

 

Cut a record on my throat
But the record’s not broken
JWIII

 

« Que voudrais-tu voir, maintenant ?

– Ta collection de ciseaux. »

She could have asked for anything. But that’s what she had chosen. The scissors.
Elle avait son esprit divisé en deux, en trois, et quand elle vit les lames, plusieurs idées jaillirent dans sa tête. Le meurtre. Les effusions de sang qu’elle aurait aimé boire. Une paire de ciseaux ouverte, posée sur sa propre gorge. Cut the record on my throat, but the record’s not broken.

Elle se demanda qui était le plus dangereux des deux, son hôte ou elle. Qui ? Il pouvait avoir invité un démon chez lui mais elle pouvait tout aussi bien avoir poussé la porte du Diable.
Les ciseaux s’étalaient sous ses yeux, brillant de tout leur éclat nocturne. Des volets étaient ouverts. La Lune prenait un malin plaisir à faire scintiller les ciseaux d’une lueur mauvaise.
Elle touchait les ciseaux et parcourait leur tranchant du bout des doigts. Se trancher les veines ou ressortir dans la rue glacée par la nuit, quelle idée était la plus séduisante…
Deux mains se posèrent sur ses cheveux, de chaque côté de sa tête.
If I left, you’ll never see me again.

« Je n’aurais pas dû te les montrer. »
Elle ferma les yeux. Lâcha les ciseaux, qui atterrirent avec un bruit un peu trop sonore sur la table. Fut parcourue par un frisson.
« Trop d’idées, encore ? »
La voix était grave, mais l’inquiétude n’y laissait pas une trace.
« De très mauvaises idées. » Elle tenta de retrouver ses esprits. Le calme ? Elle n’y songeait pas. Elle l’avait abandonné depuis longtemps. Mais elle se trouvait noyée. Il ne la lâchait pas. Quelque chose la possédait, un mal, un démon, peu importait. Quelque chose qui ne voulait pas la quitter. Et qui ne la quitterait probablement jamais, jusqu’à temps que…

« Comment vis-tu avec ? » La question était terriblement vaine, elle le savait. Elle ne le voyait pas, il était toujours derrière elle. Les mains posées sur ses cheveux, il ne la lâcha pas.
« Tu veux dire comment je survis… Comment je ne me laisse pas submerger ? »
Elle hocha la tête, à peine, comme si elle craignait de bouger.
« Je suis tout le temps submergé. A chaque instant. » Un autre frisson allait s’emparer d’elle, mais il l’arrêta. Ses mains glissèrent sur ses épaules et il murmura dans sa chevelure :
« Je cohabite avec un démon et je suis l’ami de la Mort. J’accepte leur sombre compagnie. Je suis submergé, mais je connais la nature du sortilège. C’est ainsi que je ne succombe pas. »

Le silence menaça, à nouveau, mais il le repoussa. « Je les empêcherai de t’entraîner. »
Elle regardait à présent les ciseaux désordonnés : une charmante collection maléfique égarée au milieu de la nuit. Avec précaution, il les rangea dans un coffret et tourna la clé dans la petite serrure avant dans la dissimuler dans ses vêtements.
Puis, lui prenant la main, il quitta avec elle la pièce qu’ils laissèrent dans l’ombre.

Le 13/12/12.
17h et des poussières.
Nuit.

 

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